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Full text of "Histoire de la vie et du règne de Nicolas Ier, empereur de Russie"

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SAINTE | 
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HISTOIRE 

D > t. A VIE ET DU RÈGNE 



DE 



NICOLAS I" 



EMPEREUR DE RUSSIE 






ps 6. 



L'auteur se réserve tous droits dfl production et de traduction 
dans cet ouvrage, qui formera huit à 



Paris.— Typ. de Ch. UeyrueU, rue Cajss, 13. — lh/t. 



HISTOIRE 

DE LA VIE ET DU RÈGNE 



Il F. 



NICOLAS 



EMPEREUR T)E RUSST* 



T> A T 



ANISL, LA 2 e CLASSE, ETC. 

BIBLIOTHÈQUE o.: l'akSENAL 



OME SIXIEME 





PARIS 
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET GOMPAGNII 

BOULEVARD SAINT-GERMAIN , N° 77 

1871 

Tous droits réservés. 



CLXXX 



Le général Krukowiecki, comme il le déclara lui-même 
depuis à la face de l'Europe, avait accepté la présidence du 
gouvernement de Pologne, « avec la résignation d'un 
homme prêt à subir tous les dangers et tous les coups du 
sort, afin de sauver, s'il était possible, le vaisseau de 
l'Etat, qui était déjà à moitié brisé. « L'ambition person- 
nelle, on peut le croire, fut tout à fait étrangère à sa con- 
duite dans les derniers événements qui l'avaient forcé de 
s'emparer du pouvoir; il n'espérait plus qu'une heureuse 
chance pour le salut de sa patrie : un traité de conciliation 
honorable et avantageux avec l'empereur de Russie, avant 
ou après une grande bataille sous les murs de Varsovie. 

A peine eut-il été nommé président, qu'il se fit rendre 
compte de la situation morale et matérielle de l'armée po- 
lonaise, et qu'il recueillit lui-môme les renseignements les 
plus exacts sur l'état des esprits dans la population. Il ap- 
prit avec chagrin que, depuis la fatale nuit du lo août, l'in- 
quiétude, le découragement, la terreur, n'avaient pas cessé 
de faire des progrès dans toutes les classes de citoyens : on 
attendait d'un jour à l'autre l'entrée des Russes à Varsovie. 
Et pourtant l'armée était animée des meilleurs sentiments 

VI j 



patriotique?; elle avait encore pleine confiance dans le suc- 
cès de la cause nationale; elle ne comptai! pas moins de 
soixante-dix à quatre-vingt mille hommes, dont plus de 
soixante mille défendaient la capitale. On avait pensé à aug- 
menter d'un tiers le nombre des défenseurs de la ville, 
en distribuant des armes au peuple, qui les demandait; 
mais ou dut renoncer à ces dangereux auxiliaires, dans 
lu crainte de voir se renouveler les excès et les massacres 
provoqués, el peut-être soudoyés, par des chefs apparte- 
nant au parti du mouvement ou de la révolution. 

Varsovie n'était pas. d'ailleurs, en état de soutenir un 
siège, encore moins de résister a un blocus prolonge. Les 
magasins renfermaient des \i\res pour onze jours, et des 
fourrages pour sept; les fortifications, tracées et commen- 
cées au mois de juillet, sur un développement de plus de 
trois lieues, n'avaient pas ete continuées; on n'y travaillait 
que mollement et sans suite: la première ligne de défense 
pouvait a peine arrêter l'ennemi pendant vingt-quatre 
heures; la seconde ligne était mieux armée et plus facile à 
conserver, par cela même qu'elle était beaucoup moins 
étendue; niais la moitié des pièces de gros calibre, en 
fonte de fer, qu'on y avait mises en batterie, n'étaient pas 
capables de tirer cinquante coups sans se fendre ou sans 
éclater. Quant aux munitions de guerre, on n'en avait pas 
pour quinze jours. 

Krukowiecki convoqua, le l'<» août, un grand conseil de 
guerre : le vice-président du gouvernement, V. Niempîow- 
ski ; le général en chef de l'armée, C. Malaehowski ; le 
gouverneur de Varsovie, Chrzanowski, et les généraux 
chargés de commandements, assistaient à ce conseil. 

On discuta longuement et violemment sur la marche à 
suivre pour les opérations militaires. Krukowiecki n'hésita 



— 3 — 
pas à déclarer qu'il ne restait qu'un seul parti à prendre : 
c'était de livrer bataille devant Varsovie. Urainski proposa 
de défendre la ville et de soutenir le siège, tandis que des 
corps d'armée polonais rayonnant dans le palatinat de Plock 
assureraient les subsistances des assiégés. Dembinski , au 
contraire, insista pour épargner à la capitale les horreurs 
d'un siège et pour que la Diète et le Gouvernement allas- 
sent s'établir en Lithuanie sous la protection de l'armée. 

Ces trois plans différents donnèrent lieu à d'intermi- 
nables débats; Krukowiecki y mit fin, en demandant que les 
assistants écrivissent et signassent leurs votes. La majorité 
se prononça en faveur du plan d'Uminski. En conséquence, 
le général Lubienski reçut l'ordre de se rendre, à la tête 
d'un corps de cavalerie, dans le palatinat de Plock. et le 
général Ramorino, de passer, avec un corps de vingt mille 
hommes, sur la rive droite de la Vistule, pour combattre 
successivement les corps d'année des généraux Rosen et 
Golowine, et pour essayer de les détruire. 

Cette double expédition réussit en apparence, mais elle 
fut cause de la perte de Varsovie, quoiqu'elle empêchât 
cette capitale de souffrir de la disette pendant le blocus, 
qui se resserrait de jour en jour. 

Lubienski, avec ses trois mille cavaliers qui avaient fait 
reparaître les bandes de partisans dans le palatinat de 
Plock, n'empêcha pas la jonction du corps de Kreutz avec la 
grande armée russe; il s'était avancé, sans rencontrer d'ob- 
stacles, jusqu'à la frontière prussienne, et il interceptait les 
approvisionnements que l'ennemi tirait de ses magasins éta- 
blis en Prusse ; il ne s'arrêta pas même à Plock ; il se porta 
sur Ozieck, c'est-à-dire à l'extrême limite de la Pologne. 

Ramorino agissait, en même temps, sur la rive droite de 
la Vistule, avec la même fougue, la même imprudence et la 



même apparence de succès. Depuis qu'il était sorti du fau- 
bourg de Fraga, emmenant plus de vingt et un mille 
hommes de troupes d'élite, il avait livré au général Golo- 
wine plusieurs combats, à Krinka, à Miendzyrzec, à Rogoz- 
nica; mais le gênerai russe, qui n'avait que des forces très- 
inégales à lui opposer, se retirait toujours, après avoir fait 
mine d'accepter la bataille : il manœuvrait de manière à se 
rapprocher de Karczéw, où il devait opérer son passage de 
la Yistule sur un pont que Paskewitch lui avait préparé; de 
concert avec le général Hosen, qui battait en retraite au 
delà du Bug, il était parvenu, en perdant, il est vrai, quel- 
ques milliers d'hommes tues ou faits prisonniers, à éloi- 
gner de Varsovie le corps d'armée de Ramorino, qui s'ima- 
ginait poursuivre un ennemi démoralisé et à moitié vaincu, 
et qui se laissa entraîner de la sorte, sans pouvoir joindre 
cet ennemi, à Biala, a Tcrespol, et enfin à Brzese-Litewski. 
Ramorino se voyait alors à quarante lieues de la capitale, 
après six jours île marches forcées, et il avait devant lui une 
\ille forte dans laquelle Rosen s'était renfermé avec qua- 
torze mille hommes, qui suffisaient pour garder cette place, 
où se trouvaient réunis les immenses approvisionnements de 
l'armée russe. Ramorino ne songea pas à en faire le siège, 
d'autant plus qu'il venait de recevoir une lettre de Kruko- 
wiecki, qui lui reprochait d'avoir étendu immodérément le 
cercle de ses opérations, et qui lui ordonnait de revenir en 
toute hâte, car les troupes qu'il commandait pouvaient être 
utiles a la défense de la capitale. Ramorino se remit en 
marche aussitôt, mais avec lenteur et précaution, poursuivi 
à son tour, ou plutôt observé, par le général Rosen, qui 
n'était pas en force pour le couper, mais qui pouvait du 
moins entraver et retarder son retour à Varsovie. 11 fallut 
plus d'une fois que Ramorino fit balte pour donner un peu 



de repos à ses soldats, ou pour se préparer à repousser une 
attaque qui ne se réalisait jamais. Le 6 septembre, il était 
encore à Miendzyrzec, et il n'avait pas reçu de nouveaux 
ordres. 

Le peu de jours qui s'étaient écoulés depuis les heureux 
commencements de l'expédition de Ramorino ne furent pas 
perdus pour les préparatifs de défense de la capitale : Kru- 
kowiecki, aussi bien que le vieux généralissime Malachow- 
ski, trouvait des forces dans son patriotisme pour supporter 
le fardeau d'une espèce de dictature, car on lui laissait la 
responsabilité de tousses actes, et les membres du Gouver- 
nement affectaient de se tenir à l'écart, sans approuver 
toutefois ce qui émanait de l'initiative du président, celui-ci 
ne leur ayant pas caché que, dans sa conviction intime, 
la Pologne ne pouvait plus prolonger la lutte contre l'em- 
pereur de Russie, et que l'heure de la soumission ou de 
la ruine avait sonné. 

Krukowiecki ne s'occupait pas moins, avec autant de pré- 
voyance que d'activité, de mettre la capitale en état de ré- 
sister le plus longtemps possible : il faisait travailler jour 
et nuit aux fortifications; il avait établi de nombreuses 
batteries et construit des ouvrages en terre considérables 
sur les deux lignes de défense, et principalement autour du 
village de Wola, qui devait être le point principal de l'at- 
taque des assiégeants. Il échauffait, par ses proclamations 
et par ses discours, le courage et l'enthousiasme de l'armée 
et de la garde nationale, mais il avait aussi l'œil ouvert sur 
les menées sourdes des révolutionnaires, qui voulaient re- 
courir aux moyens extrêmes pour exécuter une levée en 
masse et pour appeler aux armes tous les habitants. Il eut 
même la prudence de faire sortir de la ville, en leur con- 
fiant des missions et des postes d'honneur, Pierre Wisoçki. 



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— 6 — 
Joseph Zaliwski, et quelques-uns des héros les plus dange- 
gereux de la conspiration du 20 novembre 1X30. 

Cependant, il n'hésita point à faire le premier pas pour 
éviter l'effusion du sang: d'accord avec le président du Sé- 
nat et plusieurs des ministres tenant au parti conservateur. 
il entra en négociations avec le général en chef de l'armée 
russe, sur les bases des dernières propositions d'accommo- 
dement et d'amnistie que Paskewitch avait adressées, de la 
part de l'empereur Nicolas, aux membres du gouvernement 
national de Pologne. Dès le 3 septembre, il recevait une 
lettre confidentielle du général de Witt, qui l'invitait à se 
rendre en personne aux axant-postes, pour s'aboucher avec 
le feld-mareehal. krukowieeki n'\ alla pas lui-même, mais 
il envoya, en son lieu et place, le général Prondzynski, 
son aide de camp, et le colonel Pierre Wisoçki, principal 
auteur de l'insurrection polonaise, mais patriote sincère, 
sans antre mission que de recueillir officieusement les com- 
munications qu'on voudrait leur faire. 

Le général Danneberg vint à la rencontre de ces deux en- 
voyés, et se mit en rapport avec eux. en se disant autorisé 
par le général en chef de l'armée russe. Prondzynski 
annonça qu'il se présentait an nom du président Kruko- 
wieeki, mais qu'il n'était revêtu d'aucun caractère officiel; 
Wisoçki, qui semblait ne se trouver la qu'en qualité de té- 
moin, garda un silence morne et farouche. 

Le général Danneberg leur fit à l'un et l'autre un accueil 
poli et presque amical; il s'empressa de leur déclarer que 
son auguste maître était disposé à faire droit aux griefs lé- 
gitimes des Polonais, à oublier le passé, à donner toutes les 
garanties désirables pour l'avenir; mais, quanta la réunion 
des anciennes provinces polonaises à la Pologne, quant 
à l'amnistie à assurer aux rebelles de ces provinces, l'em- 



■ ■ 



pereur ne pouvait prendre d'engagement; on devait toute- 
fois compter sur sa magnanimité et sur son intention d'effa- 
cer les dernières traces d'une regrettable mésintelligence 
entre le souverain et ses sujets. 

Prondzynskj promit de rendre compte de cette entrevue 
au président du gouvernement national, qui transmettrait 
une réponse au maréchal Paskewitch. Wisoçki ne prononça 
pas une seule parole et retourna directement à son poste, 
dans la redoute de AVola. 

Le lendemain, Krukowieeki rassembla les membres du 
Gouvernement, en présence du président et du maréchal de 
la Diète, et du président du Sénat : il leur exposa les con- 
ditions avantageuses que l'empereur offrait encore aux Po- 
lonais, et il conseilla d'accepter ces conditions. Le président 
du Sénat, les ministres de l'intérieur et des finances, se ran- 
gèrent à son avis; mais les autres ministres, le vice-prési- 
dent du Gouvernement, le maréchal de la Diète, et le gé- 
néralissime Malaehowski, protestèrent avec la plus grande 
violence contre tout projet de transaction qui ne rétablirait 
pas la Pologne dans ses anciennes limites. 

Krukowieeki n'insista pas pour faire prévaloir son opi- 
nion, et dans une réponse fière et digne adressée au maré- 
chal Paskewitch, il déclara (pie, malgré le désir qu'il avait 
personnellement de voir cesser l'effusion du sang, tout 
accommodement lui semblait impossible, « les Polonais 
ayant pris les armes pour l'indépendance nationale dans les 
limites qui les séparaient anciennement de la Russie. » 

Lorsque cette lettre fut partie, Krukowieeki prévint avec 
calme les membres du Gouvernement, qu'on n'avait plus 
qu'à se préparera mourir et que les Russes attaqueraient 
certainement le lendemain ou le jour suivant. Là-dessus, 
il congédia le Conseil et alla partout, avec son état-major, 












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visiter les lignes de défense et s'assurer que tout était prêt 
pour recevoir l'ennemi; il établit ensuite son quartier-gé- 
néral dans le retranchement, aux environs de Mokatoff, 
parce qu'il jugeait que ce point de la première enceinte, 
étant le plus faible, serait le plus exposé aux efforts de 
l'ennemi. 

Paskewifcli ne reçut la réponse de Krukowiecki que le 
matin du S septembre, et aussitôt il donna l'ordre de tout 
préparer pour l'attaque générale qui aurait lieu dès le len- 
demain. 

Il savail que le corps de Ramorino était trop loin de 
Varsovie pour porter secours à la capitale et que les foi-ces 
des assiégés ne s'élevaient pas à plus de cinquante mille 
hommes, donl quinze mille étaient fournis par la garde na- 
tionale de la ville et des en\ irons. Il avait, en ce moment, 
sous la main, plus de cent mille hommes, avec quatre cents 
pièces d'artillerie, car les différents corps qu'il attendait de- 
puis plus de quinze jours, pour exécuter une attaque décisive, 
le corps de Rudiger, celui de Kreutz el celui de Golowine, 
avaient enfin opéré leur jonction avec l'armée assiégante. 

Cette aimée se mit en mouvement dans la nuit du 6 sep- 
tembre et se rapprocha des murs de Varsovie, en étendant 
ses lignes vis-à-vis des retranchements de Wola et en pre- 
nant position entre les routes de Cracovie et de Kalisz. 

Paskewitch avait établi son quartier-général dans le vil- 
lage de Wloehy, au milieu des forces qu'il faisait marcher 
contre la première enceinte de la ville. L'ordre de bataille 
avait été ainsi disposé : le général Pahlen commandait l'aile 
gauche; le prince Schakhowskoï, le centre; le grand-duc 
Michel, l'aile droite, comprenant toute la garde; la cavalerie 
et le corps du général Kreutz composaient la réserve. .Alille 
volontaires pris dans tous les régiments étaient répartis 



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— 9 — 

entre les différents corps et formaient la tête des colonnes 
d'attaque. 

Dès la veille, le mouvement de l'armée russe avait été 
signalé et tout le monde à Varsovie était prévenu que Pas- 
kewitch attaquerait le lendemain. On ne pouvait pas même 
ignorer que le principal effort de l'ennemi se porterait sur 
le village retranché de Wola. Cependant le généralissime 
Malachowski ne changea rien aux dispositions qu'il avait 
prises et ne chercha pas à augmenter les moyens de défense 
sur la première ligne qui n'offrait que des fortifications in- 
complètes et des ressources tout a fait insuffisantes en 
hommes et en artillerie. 

Cette première ligne, il est a rai, tracée a plus de seize cents 
mètres du corps de la place, ne présentait pas une suite 
continue de retranchements et se trouvait ouverte, en quel- 
que sorte, sur beaucoup de points qui n'avaient pas été 
fortifiés. Le village de Rakowiec, par exemple, était abso- 
lument sans défense. En revanche, le village de Wola avait 
été transformé en forteresse; l'église, les maisons, le mur 
d'enceinte entouré d'un large fossé, pouvaient soutenir un 
siège, et le front de cette espèce de citadelle était couvert 
par cinq redoutes qui, pour se protéger l'une l'autre, au- 
raient dû être mieux garnies de canons et renfermer chacune 
un plus grand nombre de défenseurs. 

La seconde ligne, qui n'était pas à plus de six cents mè- 
tres de la place, offrait aussi des insuffisances et des lacunes 
dans ses fortifications comme dans son armement : le géné- 
ral Dembinski n'avait, dit-on, sous ses ordres, que dix à 
douze mille hommes à répartir sur cette seconde ligne, dont 
la défense lui était confiée. 

Ce général Bem, qui avait d'abord accepté la tâche diffi- 
cile de défendre la première ligne avec l'artillerie de la 





— 10 — 
garde nationale et quelques milliers de. volontaires, n'espé- 
rait pas pouvoir arrêter l'ennemi pendant pins de vingt- 
quatre heures : « Après quoi, avait-il dit tranquillement à 
Krukowiecki, nous serons tous morts ou prisonniers de 
guerre, et nous vous laisserons faire le reste pour l'honneur 
et le salut de la Pologne. » 

Le 6 septembre, au point du jour, les masses profondes 
de l'armée russe s'ébranlèrent simultanément sur un espace 
de plusieurs milles, et dès que l'artillerie fut à portée d'agir 
avec efficacité, deux cents pièces de gros calibre tonnèrent 
a la fois et foudroyèrenl les retranchements de la première 
lieue, qui ne répondirent que faiblement a cette vigoureuse 
canonnade. Au bout de quelques heures, les redoutes éle- 
vées entre les chaussées de Kalisz et de Cracovie furent 
ruinées et leur feu à peu près éteint. Alors les colonnes 
d'attaque s'elancerent à l'assaut avec une irrésistible intré- 
pidité et pénétrèrent dans ces redoutes ou il ne restait qu'un 
petit nombre de blesses : ceux qui essayèrent de combattre 
encore furent passés à la baïonnette. 

Tout à coup une effroyable explosion confondit dans la 
même catastrophe vainqueurs et vaincus : un sous-lieute- 
nant d'artillerie polonais, nommé Gordon, avait mis le feu 
aux magasins à poudre et se faisait sauter avec ses com- 
pagnons d'armes plutôt que de se rendre. Les redoutes ce- 
pendant avaient été enlevées, et les Russes s'y établirent 
sur des ruines teintes de leur sang et du sang de l'ennemi. 
Le village de Wola restait à réduire et les défenses mul- 
tipliées qui l'entouraient en rendaient l'assaut aussi péril- 
leux que difficile. En outre, cette position pouvait être 
puissamment défendue par les troupes que l'armée polo- 
naise lui enverrait successivement, de manière à renouve- 
ler sans cesse la garnison qui se composait de trois mille 



— 11 



hommes avec une bonne artillerie. Mais, par une étrange 
fatalité, le général Dembinski ne jeta qu'un bataillon d'in- 
fanterie dans Wola qui était déjà entouré par des forces 
supérieures; il n'osa pas affaiblir davantage son corps de 
réserve, qu'il avait distribué en avant du faubourg de Czyste 
et qu'il se proposait de porter alternativement sur les points 
les plus menacés. 

Les colonnes russes, en effet, s'avançaient de différents 
côtés à la fois, en laissant derrière elles le village de Wola, 
qui ne semblait plus avoir été choisi comme point principal 
de l'attaque. Le généralissime polonais, par suite d'un in- 
croyable aveuglement, avait concentré toutes ses forces sur 
la gauche, sans soupçonner que les démonstrations de l'en- 
nemi contre les barrières de Czyste, de Jérusalem et de ~S\o- 
katoff n'avaient pas d'autre objet que de dégarnir de troupes 
et d'artillerie la première ligne de défense. Les Russes oc- 
cupèrent, sans éprouver de résistance, les villages de Rako- 
wiee, de Paluchy et de Szopy où ils s'établirent solidement : 
leurs batteries, mieux disposées et mieux servies que celles 
des Polonais, qui tiraient hors de portée, tinrent en haleine 
les défenseurs des faubourgs de Varsovie et les empêchèrent 
même de songer à secourir Wola qui fut abandonné à son 
malheureux sort. 

L'ordre de l'assaut général avait été donné à huit heures 
du matin : il y avait encore à emporter plusieurs redoutes 
formant les fortifications extérieures de Wola , avant de 
pénétrer dans ce village fortifié. Le 1 er corps d'infanterie 
russe marcha donc à découvert, avec des fascines et des 
échelles, sous un feu terrible de mousqueterie et d'artillerie, 
qui fil de grands ravages dans ses rangs, mais qui ne l'arrêta 
pas : les volontaires, traversant rapidement, la baïonnette 
croisée, l'espace qui les séparait des fortifications, deseen- 





— 12 - 

dirent dans le fossé, y renversèrent les palissades, et, au rai- 
lieu d'une grêle de projectiles, escaladèrent le rempart. En 
moins de cinq minutes, ils avaient occupé la crête du para- 
pet, ils étaient maîtres des retranchements où beaucoup de 
sang avait coulé. 

On avait remarqué, au milieu du l'eu, un jeune soldat po- 
lonais, qui, constamment appuyé sur le parapet, sans s'in- 
quiéter des obus et des boulets sifflant à ses oreilles, encou- 
rageait ses camarades du geste et de la voix; il ne quitta 
pas son poste, quand les Russes se furent précipités dans 
la redoute, mais, ramassant un drapeau dont le porteur \e- 
nait de tomber à ses pieds, il s'enveloppa dans les plis de 
ce drapeau troué par les balles, il attendit, il accepta en 
silence le coup de la mort. Ce jeune soldat élait une femme. 
qui n'avait pas voulu survivre à son amant. 

Malgré la prise des ouvrages avancés de Wola, le village 
tenait encore et toute la garnison s'y était réfugiée pour 
s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité, l.e général 
Pahlen, qui dirigeait l'attaque, ne voulut pas laisser aux 
assiégés de Wola le temps de se reposer et d'attendre des 
secours : il ordonna aux volontaires de se tenir prêts à con- 
tinuer l'assaut. Comme il avait perdu du monde et qu'il ne 
pouvait dégarnir les redoutes et les retranchements dont il 
s'était emparé, il demanda du renfort au général en chef, 
qui lui envoya une brigade, avec ordre de fournie r les for- 
tifications de Wola et d'attaquer le côté de la place, faisant 
face à Varsovie. Ce mouvement inopiné déconcerta la gar- 
nison; elle refusa pourtant de mettre bas les armes. 

Le général Sowanski, qui commandait dans la citadelle, 
répondit à la sommation qu'on lui faisait de se rendre : « Un 
de vos boulets m'a emporté une jambe à la bataille de la 
Moskowa; je ne suis plus en état de faire un pas en ar- 



— 13 — 

rière! » On sonna l'assaut : les régiments du 1 er corps assail- 
lirent la citadelle, y entrèrent de vive force, chassèrent les 
Polonais de rue en rue, firent le siège de chaque maison et 
se frayèrent un chemin sanglant jusqu'à l'église oùSowanski 
s'était retranché. Il fallut faire sauter une partie de l'édi- 
fice pour en rester maître; Sowanski était tombé mort au 
pied de l'autel; la plupart de ses officiers avaient péri en 
combattant; il resta environ deux mille prisonniers qui 
eurent la vie saine, quoiqu'ils cherchassent à se faire tuer. 
Parmi eux se trouvait Pierre Wisoçki, qui avait fait l'in- 
surrection de Varsovie : on le reconnut parmi les morts; 
il était criblé de blessures, mais il n'avait pas eu le bon- 
heur de mourir les armes à la main. Quand il reprit ses 
sens, il demandait à grands cris, qu'on l'achevât; il déchi- 
rait avec ses dents l'appareil qu'on avait mis sur ses plaies; 
on fut obligé de le garrotter et de le garder à vue pour l'em- 
pêcher de se détruire. « C'en est fait! répétait-il dans un 
accès de délire : notre sainte Pologne est perdue; les traî- 
tres l'ont assassinée ! » 




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CLXXX1 



Le général Krukowiecki, qui s'était montré sur le champ 
de bataille dès le point du jour, persistait a croire que, d'un 
moment à l'autre, tous les etlbrts de l'ennemi se porteraient 
du coté de la barrière de Mokatoff, qu'il regardait comme 
le point vulnérable de la défense de Varsovie; mais les 
Russes s'étaient contentés de menacer les barrières de Czyste 
et de Jérusalem, pour couvrir l'attaque de Wola. 

Krukowiecki, en apprenant que cette importante position 
venait d'être enlevée presque suus ses yeux, rentra dans la 
ville et se présenta devant la Diète assemblée, pour lui an- 
noncer que la situation semblait désespérée. 

Cependant la canonnade continuait de part et d'autre sur 
toute la première ligne des batteries polonaises; le général 
Uminski avait tenté une vigoureuse diversion, en s'avançant 
sur la route de Raszyn et en lançant une brigade avec vingt- 
quatre pièces d'artillerie contre le village de Szopy, que 
les Russes occupaient et qu'ils furent forcés d'abandonner. 

En même temps, le général Dembinski, qui avait reçu 
l'ordre de tout sacrifier pour reprendre Wola, se dirigeait 
à la hâte, avec de fortes colonnes et quarante pièces de ca- 




■ 












— 16 — 
non, contre les ouvrages à moitié détruits de cette place, 
que les vainqueurs n'avaient pas encore eu le temps de 
mettre en état de défense. A trois reprises, ces colonnes 
d'attaque s'approchèrent résolument à la distance d'une 
demi-portée de fusil, mais elles furent toujours repoussées 
et poursuivies à la baïonnette. 

Le maréchal Paskewitch rendit inutile toute nouvelle 
tentative contre Wola, en y transportant son quartier-géné- 
ral et en y concentrant les corps de réserve. Il était alors 
trois heures de l'après-midi. 

Le général Pahlen. qui avait enlevé avec une rare in- 
trépidité, la pins grande partit' des retranchements et des 
forts de la première enceinte de Varsovie, demandait l'au- 
torisation de continuer son mouvement offensif: il se flattait, 
disait-il, d'occuper les faubourgs de Czyste et de Jérusalem, 
avant la nuit. 

On savait, en effet, que l'armée polonaise, qui n'était pour- 
tant pas découragée par h' mauvais succès de la journée, 
se plaignait d'être mal commandée et accusait de trahison 
quelques-uns de ses chefs. La populace de la capitale avait 
voulu s'armer cl se porter en masse aux avant-postes, mais 
le gouverneur Chrzanowski s'y était opposé avec énergie, 
en menaçant de faire fusiller quiconque s'offrirait pour con- 
duire le peuple sur le champ de bataille. 

Paskewitch jugea que l'approche de la nuit ne permettait 
pas de procéder à une entreprise aussi difficile que l'assaut 
d'une ville fortifiée : il remit cet assaut au lendemain. 

Pendant toute la nuit, les batteries russes envoyèrent des 
bombes et des obus qui ne causèrent que des dégâts insi- 
gnifiants dans les faubourgs : les batteries polonaises ne 
tiraient qu'à de longs intervalles, pour économiser leurs 
munitions. 



. . ■ 



— 17 — 
Les préparatifs de l'assaut, qui .levait avoir lien au point 
du jour, furent terminés vers trois heures du matin. A ce 
moment même, le général Prondzynski arrivait aux avant- 
postes russes, avec une lettre du comte Krukowiecki, dans 
laquelle le chef du gouvernement provisoire des rebelles 
exprimait en termes formels l'intention de se soumettre, 
ainsi que toute la nation polonaise, à l'empereur de Russie 
son légitime souverain. Prondzynski, amené devant le 
maréchal Paskewitch, lui demanda de fixer les bases sur 
lesquelles il consentirait à négocier. Paskewitch répondit 
vivement qu'il n'en admettait pas d'autres qu'une soumis- 
sion pleine et entière aux ordres qu'il plairait à l'empe- 
reur de donner à ses sujets coupables et repentants: « Au 
reste, ajouta-t-il, la négociation sera plus prompte et plus 
facile, si le comte Krukowiecki veut bien se rendre près de 
moi. » 

Prondzynski se retira, en disant qu'il allait revenir pres- 
que aussitôt avec le président du gouvernement provisoire. 
Paskewitch ordonna donc la suspension des hostilités. 

Ce n'est qu'à huit heures du matin qu'on vit reparaître 
Prondzynski avec le comte Krukowiecki. Paskewitch les 
reçut, en présence du grand-duc Michel, qui avait fait ap- 
peler comme témoins de cette conférence le comte Toi! 
chef d'état-major général, et le général-major Berg. 

Krukowiecki tint un langage tout différent de celui qu'on 
était en droit d'attendre de sa part; il démentit les ternies 
mômes de sa lettre à Paskewitch, il désavoua les paroles 
que son envoyé et fondé de pouvoirs avait transmises en 
son nom et surtout celles que Prondzynski avait cru pou- 
voir y ajouter sous sa propre responsabilité. Prondzynski 
était présent et gardait le silence. 

Paskewitch parut très-blessé de l'inexplicable change- 
ai 2 



— 18 — 

ment qui s'était opéré dans les dispositions du comte Kru- 
kowiecki, et il déelara nettement que la soumission absolue 
des Polonais était le seul point de départ qu'il pût accepter 
pour entamei' une négociation. Krukowiecki avait espéré 
que la négociation pourrait se trader sur des hases plus 
favQrablesà la Pologne • il discuta, avec vivacité, avec amcr- 
lunie, les conditions pénibles et humiliantes qu'on préten- 
dait imposer a la nation polonaise, et il finit par affirmer 
qu'il n'avait pas reçu de la Diète les pouvoirs nécessaires 
pour traiter de la paix sur de pareilles hases. 



Eh bien! restons-en là ! dit lïoidemc 



nt Paskewitcli. 



en tirant sa montre. L'assaut dans une heure! 

Le grand-duc Michel s'interposa pour calmer l'irritation 
de Paskewitcli, et, se tournant vers Krukowiecki qui se con- 
sultait a voix basse avec Prondzynski, il exposa, dans une 
chaleureuse allocution, tous les malheurs qu'une déplorable 
opiniâtreté appellerait sur la Pologne, Il insista autant qu'il 
le pouvait auprès du chef du gouvernement des rebelles, 
pour le déterminer à s'employer franchement et activement, 
dans l'intérêt de ses compatriotes, a l'œuvre de pacification. 
Krukowiecki eut l'air de se laisser persuader; il témoigna 
le désir et l'espoir d'amener la Diète à l'acceptation défini- 
tive des conditions qu'il se chargeait de lui porter de la 
part du grand-duc .Michel. Paskewitcli, qui soupçonnait que 
les tergiversations de Krukowiecki n'avaient pas d'autre but 
( pie de gagner du temps, coupa court à de nouveaux re- 
lards, en déclarant qu'il attendrait la réponse de la Diète 
.jusqu'à une heure de l'après-midi. Le grand-duc Michel 
avait tout t'ait pour éviter l'effusion du sang: il libella de 
sa main le texte des conditions préliminaires du traite et 
le remit au président du gouvernement polonais, en lui di- 
sant que l'apposition de sa seule signature au bas de cet 



— 19 — 

engagement ferai! cesser les hostilités, lors même que le 
combat serait engagé. 

Trois heures pins tard, on n'avait reçu, au quartier-géné- 
ral de Wola, aucune nouvelle de Krukowiecki ni du gou- 
vernement polonais. 

La Diète était réunie depuis le matin : Prondzynski lui 
avait rendu compte de l'entrevue du président du Gouver- 
nement avec le général en chef de l'armée russe. Cette 
communication faite avec autant d'adresse que d'éloquence 
avait été souvent interrompue par des éclats d'indignation 
et de fureur. Le vice-président du Gouvernement, Vincent 
Niemoïowski, et plusieurs des ministres donnèrent l'un 
après l'autre leur démission. 

Alors, Niemoïowski, en sa qualité de simple nonce, dé- 
clare qu'il faut agir, au lieu de discuter; que Varsovie peut 
encore résister à l'ennemi et que la Diète, en aucun cas, 
ne doit transiger. Le palatin Ostrowski, a l'appui de la 
proposition de Niemoïowski, veut qu'on appelle aux armes 
toute la population de Varsovie. 

Prondzynski essaye de reprendre la parole; on lui ferme 
la bouche. Les nonces appartenant au parti modéré ne 
peuvent se faire entendre ou n'osent pas tenir tête aux 
hommes d'action. C'est en vain que Nakwaski demande 
que la Diète envoie à Paskewitch une députation, composée 
du prince Radziwil, du général Paç et de quelques person- 
nages animés du même esprit de conciliafion, pour obtenir 
au moins des conditions honorables; il n'y a qu'une opinion 
qui semble unanime, c'est de combattre, c'est de défendre 
Varsovie. 

— Si la ville est obligée de se rendre, s'écrie Szaniecki, 
lorsque les Russes entreront par une porte, la Diète et l'ar- 
mée polonaise sortiront par l'autre! 



— -2(1 — 
Goclebski proteale contre tout arrangement; Zienkowicz 
répète, à chaque instant, que le temps presse; Lelewel sou- 
tient, dans un discours de rhéteur, que la Diète doit déli- 
bérer sans hâte et sans inquiétude, puisqu'elle est protégée 
par sa vaillante armée. 

In aide de camp de Krukowiecki est introduit; il vient 
rappeler à la Diète que l'heure s'avance. Le maréchal de 
la Diète propose alors de faire une démarche auprès du 
-encrai en chef de l'armée russe, pour obtenir une pro- 
longation d'armistice. L'assemblée repousse énergiquement 
cette proposition comme contraire à sa dignité. Szamecki 
s'élève avec force contre toute transaction avilissante. 

Wolowski imagine alors un moyen terme qui mettrait la 
Diète en dehors d'une grave responsabilité : « Krukowiecki 
serait autorisé à conduire les négociations comme bon lui 
semblerait et à les terminer sous sa propre garantie. » Les 
nonces paraissent incliner vers ce parti qui doit les déli- 
vrer d'une intervention directe dans les événements. 

Mais un vieillard octogénaire, le palatin Koehanowski, 
s'indigne de la faiblesse des représentants de la Pologne, et 
proclame, d'un accent solennel, que la Diète peut se réunir 
partout ailleurs qu'à Varsovie, pendant que le Gouverne- 
ment et l'armée défendront la capitale. Pas de négocia- 
tions, pas de traité. H ne faut pas désespérer de la situa- 
tion : l'armée est pleine de courage et de confiance. Si 
Varsovie résiste seulement vingt-quatre heures, le corps 
de Ramorino viendra la secourir. Tel est l'avis du nonce 
Ielowicki, avis auquel se rangent César Plater et Lelewel. 
On ne prorogera donc pas la Diète, qui restera en séance 

pendant la bataille. 

_ Mettons-nous à la tête du peuple, s'écrie Szaniecki, et 

courons aux remparts! 



■ 



— 21 — 
Mais Barzykowski voudrait qu'on nommai un conseil de 
guerre chargé de surveiller le président, dont il est bon de 
se défier, dit-il, et qui semble disposé à traiter avec les 
Russes plutôt qu'à les combattre. 

— Le président nous trahit ! murmnre-l-oii dans plusieurs 
groupes des nonces; il est vendu à la Hussie. On devrait le 
mettre en accusation! 

Un messager de Krukowiecki vient annoncer que l'ar- 
mistice est expiré. Prondzynski sort «le la salle, en disant 
que son devoir l'appelle au milieu des troupes. 

La délibération continue plus bruyante, pins désordonnée 
que jamais. On décide enfin que la Diète ne peut être pro- 
rogée et qu'il est interdit au président du Gouvernement 
d'entamer ou de poursuivre aucune négociation, sans l'a- 
veu des Chambres. Le bruit du canon se fait entendre. 

— Nous pouvons périr, s'écrie Roman Soltyk, mais nous 
abaisser, jamais! Nous avons fait notre devoir de membres 
de la Diète, faisons maintenant notre devoir de soldats! 

On revient au projet d'un conseil de guerre, pour con- 
trôler les actes du chef du Gouvernement, mais il est im- 
possible de s'accorder sur le rôle et sur les éléments de ce 
conseil de guerre. 

La canonnade redouble; les nouvelles les plus inquiétantes 
circulent dans l'assemblée. On dit que les Russes sont déjà 
maîtres des ouvrages extérieurs de la barrière de Jérusa- 
lem. 

La discussion se ralentit et change d'objet; l'idée d'un 
conseil de guerre à nommer est abandonnée; on comprend 
que Krukowiecki donnerait sa démission plutôt que de se 
soumettre à cette espèce d'injurieuse surveillance. Swid- 
zinski conjure l'assemblée de déclarer, par un vote unanime, 
qu'elle s'oppose en principe à toute négociation avec l'en- 






22 

nerai. Le maréchal de la Diète proteste tout à coup contre 
cette atteinte portée aux pouvoirs du président, pouvoirs 
illimités en t'ait d'initiative, mais soumis à la sanction de la 

Diète. 

Le bruit du canon semble se rapprocher; une grande 
bataille se livre aux portes de Varsovie. L'assemblée se 
sépare, en renvoyant la séance à quatre heures du soir. 

Les hostilités n'avaient recommencé qu'à une heure et 
demie. Paskewiteh avait envoyé son aide de camp, le prince 
Souwaroff, pour dénoncer à Krukovvieeki la lin de l'armis- 
tice. Krukowieeki avait bien essayé de le prolonger, en 
objectant que la Dicte était toujours en délibération, mais 
le général en chef de l'armée russe s'était refusé absolument 
à tout nouveau délai-, il avait toutefois renouvelé la pro- 
messe d'arrêter le feu, dès qu'il recevrait la capitulation 
signée par le président. 

Deux cents pièces de gros calibre avaient ouvert le feu 
contre la ville et les faubourgs. Les obus tombaient dans les 
rues de Varsovie, pendant que l'artillerie battait en brèche 
les retranchements des barrières de Czyste, de Jérusalem et 

de Wola. 

C'était sur ce dernier point que l'attaque devait avoir lieu. 
Le généralissime Malachovvski l'avait prévu, et il avait 
réuni dans les redoutes et derrière les remparts tout ce qu'il 
avait de troupes disponibles, car il se voyait forcé de laisser 
des postes nombreux dans la ville où le peuple menaçait de 
se soulever, mais l'artillerie polonaise n'était pas en état 
de réduire au silence les formidables batteries de l'ennemi : 
le feu continua, faillie et intermittent du côté des assiégés, 
non interrompu et terrible du coté des assiégeants. 

L'aile gauche de l'armée russe s'était mise en mouvement 
et s'appuyait a la route de Wola ; le corps du général Mou- 



1 



— 23 — 

rawieff marchait sur la barrière do Jérusalem; Kreutz et 
Pahlcn, sur la barrière de Czyste; les gardes et la cavalerie 
formaient la réserve et restaient immobiles. 

Les colonnes polonaises, commandées par les généraux 
Uminski et Milberg, se portent en avant contre les Russes, 
et un combat terrible s'engage à la baïonnette, sous une 
grêle de mitraille. Ce combat acharné se renouvelle plu- 
sieurs Ibis, avec des chances alternatives de succès; la 
cavalerie, de part et d'autre, vient eu aide à l'infanterie, et 
l'artillerie légère augmente le nombre des victimes sans 
changer la face du combat. 

Enfin les Russes restent maîtres du terrain couvert de 
morts et de blessés. Le corps de Mourawieff , dans cet enga- 
gement meurtrier, n'avait pas eu d'autre but que d'attirer 
de ce côté toutes les forces des rebelles. Il ('lait quatre 
heures, lorsque toutes les batteries russes dirigèrent leur 
feu sur les fortifications du faubourg de Czyste; les colonnes 
d'attaque, sous les ordres des généraux Kreutz et Fabien, 
arrivaient, avec leurs fascines et leurs échelles, à trois cent 
cinquante mètres des remparts, quand on donna le signal 
de l'assaut. Ces colonnes, précédées des volontaires de la 
garde, s'avancent, tambour battant, en chantant à l'unisson 
un chœur militaire; tous les retranchements sont enlevés, 
en peu d'instants, à l'arme blanche. 

Les Polonais, qui s'étaient adossés aux jardins derrière le 
rempart, reviennent à la charge, sont repousses et s'effor- 
cent encore de chasser l'ennemi victorieux. Le faubourg 
de Czyste est en flammes. 

Les Russes se tournent ensuite contre la barrière de Wola; 
Dembinski, qui n'avait que quelques milliers d'hommes 
pour défendre ce point mal fortifié et mal armé, fait de- 
mander du renfort au général en chef; mais les Russes 





— u 2't — 



sont déjà maîtres de la barrière. Dembinski essaye de les 
déloger; Uminski lui envoie quelques bataillons qui lui 

permettent de réoccuper la barrière et de s'y maintenir jus- 
qu'à la nuit. 

De toutes parts, les Russes gagnaient du terrain et s'éta- 
blissaient avec des troupes fraîches dans les postes qu'ils 
avaient enlevés. Le général en chef Malachowski ayant 
retiré l'infanterie qui gardait la barrière de Jérusalem, cette 
barrière était tombée au pouvoir de l'ennemi qui n'osait 
pourtant pas pénétrer dans les faubourgs, quoique l'armée 
polonaise eût commencé à battre en retraite. 

La canonnade et la fusillade continuaient, cependant, 
de loin en loin, sans amener aucun résultat. 

Vers quatre heures du soir, Prondzynski avait reparu au 
quartier-général de Paskewitch; il venait annoncerque Kru- 
kowiecki était enfin revêtu des pouvoirs suffisants pour 
traiter; mais, comme l'envoyé du président n'apportait pas 
la capitulation signée, Paskewitch avait refusé de le rece- 
voir. 

Le colonel Annenkoff, aide de camp du grand-duc Michel, 
et le prince Souwaroff, aide de camp de l'empereur, reçu- 
rent l'ordre toutefois d'accompagner le général-major Berg 
auprès du président du gouvernement polonais et de s'en- 
tendre avec lui pour la cessation immédiate des hostilités. 

Ces allées et venues, de la part de Prondzynski, ne ser- 
vaient qu'à traîner les choses en longueur; Kiukowiecki 
attendait d'une heure à l'autre le retour du corps d'armée 
de Ramorino, auquel il avait enjoint de revenir à marches 
forcées sur Varsovie, mais Ramorino ne tenait pas compte 
des dépêches qu'il recevait coup sur coup depuis trois jours ; 
il n'était encore qu'à Siedlce, el il y avait fait halte, sons 
prétexte de faire reposer ses troupes. 



■ 



— 25 — 
Prondzynski, suivant les instructions secrètes de Kruko- 
wiecki, ne se pressa pas de conduire auprès de lui les 
officiers russes qui venaient le mettre en demeure de sous- 
crire aux conditions préliminaires du traité de soumission. 
Ce ne fut qu'au bout d'une heure que ces officiers se trou- 
vèrent, au palais du Gouvernement, en présence de Kru- 
kowieeki, qui eut recours à tous les subterfuges pour re- 
tarder encore la signature du traité. Il ne disait pas qu'il 
avait adressé sa démission à la Diète et qu'il attendait 
qu'elle fut acceptée; mais il disait que les pouvoirs pour 
signer lui manquaient toujours et que ces pouvoirs lui 
seraient transmis infailliblement, puisque la Diète était 
réunie pour les discuter. 

Le général Berg, impatienté de ces lenteurs calculées, 
annonça formellement qu'il se retirait. En même temps, 
des officiers d'ordonnance vinrent prévenir le président, que 
les troupes russes s'ébranlaient pour donner l'assaut. 

— Eh bien! s'écria-t-il en proie à une violente émotion ; 
j'assume sur moi une bien grande responsabilité; pour 
sauver Varsovie, je consens à tout ! 

Il prit une plume et écrivit une lettre à l'empereur, pour 
lui déclarer que la nation polonaise se soumettait sans 
condition à son autorité souveraine, Cette lettre, qui con- 
tenait une promesse très-explicite de rendre la ville et de 
mettre bas les armes, le général-major Berg ne put la 
remettre, qu'une heure plus tard, dans les mains du maré- 
chal Paskewitch, car il fut arrêté plus d'une fois en chemin 
par l'incendie des faubourgs, qui lui barrait le passage, et 
par la rencontre de plusieurs détachements polonais, qui 
lui auraient fait un mauvais parti, sans l'intervention protec- 
trice de Prondzynski. 

Celui-ci était porteur d'un projet de traité, que la Diète 



— 26 — 
avait adressé au président, en refusant d'accepter sa dé- 
mission, et ce projet, dont le général Berg n'avait pas voulu 
se charger, différait entièrement des conditions qu'il avait 
apportées comme ultimatum envoyé aux Polonais par le 
maréchal Paskewiteh. Aussi, quand les généraux Berg et 
Prondzynski arrivèrent au fort de Wola, où le maréchal 
les reçut ensemble, en présence du grand-duc Michel, la 
contradiction inexplicable, qui existait entre la lettre auto- 
graphe de Krukowiecki à l'empereur, et le contre-projet de 
capitulation approuvé par la Diète, empêcha d'ordonner la 
cessation immédiate des hostilités. 

Le maréchal fit partir sur-le-champ un de ses officiers 
pour Saint-Pétersbourg, avec la lettre de Krukowiecki des- 
tinée à être mise sous les yeux de l'empereur; mais, en 
même temps, il déclara inacceptable le contre-projet qu'on 
lui avait présenté de la part du président et de la Diète, 
et il invita Prondzynski, qui s'était montré l'agent actif et 
infatigable d'un arrangement pacifique, à s'emplo\er encore 
personnellement pour mettre lin à des difficultés renais- 
santes qui n'avaient que trop prolongé les malheurs de la 
guerre. Le comte Krukowiecki était donc sommé pour la 
dernière fois d'adhérer purement et simplement aux con- 
ditions qui lui avaient été offertes dans son entrevue avec 
le chef de l'armée russe et dont il ne lui serait pas permis 
de changer une syllabe. Faute de signer cette pacification 
définitive de la Pologne révoltée, il fallait s'attendre à voir 
la capitale exposée aux suites désastreuses d'un assaut 
général. 

Pendant tous ces pourparlers, le combat avait continué 
avec acharnement; les Russes s'étaient emparés du rempart 
principal derrière la barrière de Jérusalem, et leurs co- 
lonnes, trois fois supérieures en nombre aux troupes que 



97 



la défense leur avait opposées, occupaient déjà tous les 
abords des barrières de Jérusalem et de Czyste. Krukowiecki 
envoya inutilement un aide de camp pour parlementer et 
pour demander une suspension d'armes jusqu'au retour 
du général Berg. 11 n'y eut pas d'armistice régulièrement 
consenti, mais les généraux Kreutz et Pahlen ne poussèrent 
pas davantage l'attaque, sans toutefois faire taire leurs bat- 
teries. 

La Diète délibérait encore avec une confusion et une 
violence inexprimables; les propositions les plus insensées 
se croisaient au milieu du tumulte de l'assemblée, qui flottait 
entre plusieurs courants d'opinion. La démission du prési- 
dent Krukowiecki n'avait pas élé acceptée; maison revint 
bientôt sur cette décision, lorsqu'on apprit qu'il avait écril 
lui-même à l'empereur Nicolas, et qu'il était prêt à signer 
la capitulation de Varsovie. 

Berg et Prondzynski n'étaient pas encore revenus du 
quartier-général de Paskewilch. Le maréchal de la Diète 
fut envoyé, avec une députation de nonces et de sénateurs, 
au palais du Gouvernement, pour enjoindre au président de 
ne signer aucun traité avec les Russes, ou bien de donner 
sa démission. Aussitôt, Krukowiecki annonça qu'il se dé- 
mettait de tous ses pouvoirs entre les mains du maréchal 
de la Diète, et il exigea, des personnes qui composaient la 
députation, un acte en forme, par lequel il se trouvait 
délié des devoirs de la présidence. 

— Maintenant, Messieurs, leur dit-il avec calme, avisez 
à sauver Varsovie, qui va rester sans défense! 

Quelques voix s'élevèrent pour s'informer du moment où 
l'on pouvait espérer de voir reparaître le corps d'armée de 
Kamorino, car c'était vers cette dernière chance de salut 
que se tournaient les efforts d'une suprême résistance. 



— 28 - 
— Je ne suis plus président, reprit Krukowieeki; mais, 
comme général, mon devoir est de sauver l'armée. 

Il monta à cheval avec son état-major el se rendit au 
faubourg de Praga, qu'il trouva encombré de troupes, quoi- 
que l'ordre n'eût été donné par personne de taire sortir de 
la ville l'armée polonaise. La retraite commençait pourtant 
à s'effectuer, mais avec tant de précipitation et de désordre, 
que le passage de la Vistule eût été tout à fait intercepté, 
si le général Krukowieeki n'avait [iris les mesures néces- 
saires pour faciliter le mouvement des différents corps qui 
abandonnaient leurs positions pour se concentrer sur Praga. 
11 dirigea lui-même, pendant trois heures consécutives, 
cette retraite générale, qui s'acheva en silence et sans acci- 
dents. A deux heures du matin, trente-deux mille hommes, 
formant Farinée active de Varsovie, avaient passé sur 
l'autre rive de la Vistule. Krukowieeki y passa enfin avec 
eux et crut pouvoir se permettre un peu de repos. 

Il dormait depuis peu d'instants, quand le chef d'état- 
major Lewinski vint lui ordonner, au nom du nouveau 
Gouvernement, de retourner à Varsovie, où sa présence 
était indispensable, car lui seul pouvait empêcher les mal- 
heurs résultant de la reprise des hostilités. Krukowieeki 
eut beau déclarer que, sa démission donnée et acceptée, il 
n'était plus qu'un simple général, et qu'il n'avait pas à se 
mêler des négociations, Lewinski lui représenta les funestes 
conséquences que son refus pourrait avoir pour le salut de 
Varsovie; il le conjura de céder au vœu de ses* concitoyens 
el de reprendre sa démission, qui ne lui avait été demandée 
que par suite d'un regrettable malentendu. Krukoxxiecki, 
pressé, sollicité, harcelé, finit, bon gré mal gré, par suivre 
Lewinski, en protestant qu'il n'était plus et qu'il ne voulait 
plus être responsable des fautes de la Diète. 



— -29 — 

Le général Berg, accompagné de Prondzynski, était re- 
venu au palais du Gouvernement, vers onze heures du soir: 
il n'y avait pas trouvé le comte Krukowiecki, mais il y 
trouvait l'état-major de l'armée polonaise, les membres du 
Sénat et de la Chambre des nonces, et beaucoup de person- 
nages de la haute noblesse, la plupart sans uniforme et ar- 
més de sabres. Tout le mdhde vint à sa rencontre, avec 
beaucoup d'égards et de prévenances. 

Berg exprima poliment les regrets du maréchal Paske- 
witch et du grand-duc Michel, au sujet, de l'obstination de 
Krukowiecki, lequel, en refusant de signer la capitulation 
avant une heure de l'après-midi, s'était rendu responsable 
d'une grande effusion de sang. Les assistants semblaient 
partager ces regrets et n'essayaient pas de disculper Kru- 
kowiecki. Les principaux de cette réunion, le généralissime 
Malachowski, les généraux Sewinski, Dembmski, Rybinski 
et d'autres, ainsi que le maréchal de la Diète, Ostrowski, et 
plusieurs nonces, voulurent être présentés, par Prondzyn- 
ski, au général Berg. 

Celui-ci s'étonnait de ne pas voir paraître le comte Kru- 
kowiecki; on ne lui dit pas que le président du Gouverne- 
ment avait donné sa démission et qu'il était à Praga, diri- 
geant la retraite de l'armée polonaise. Berg était assailli de 
conversations particulières qui n'avaient aucun rapport avec 
l'objet de sa mission. Enfin, après avoir attendu trois heures 
entières, il annonça l'intention de se retirer, car le maréchal 
Paskewitch avait ordonné pour le matin même l'assaut de la 
ville et des barricades. Berg ne savait pas qu'en ce moment 
l'armée avait évacué Varsovie, en remettant tous les postes 
à la garde nationale. 

L'assemblée parut vivement inquiète de l'intention que 
Berg manifestait de retourner immédiatement au quartier- 



— 30 — 
général russe : on (/épargna ni représentations ni prières 
pour le retenir. Chacun des assistants s'adressait person- 
nellement à lui, pour se lamenter sur cette malheureuse 
révolution de Pologne, que chacun prétendait avoir tou- 
jours déplorée. Berg consentit à envoyer le colonel Annen- 
koff au maréchal, en s'excusant des retards qu'on lui faisait 
subir par suite de l'absence prolongée de Krukowiecki. 

Cette situation ne pouvait durer plus longtemps; Berg 
comprit qu'on lui cachait la vérité, et l'on fut bien obligé de 
lui avouer que Krukowiecki avait donné sa démission, et 
que Niemoïowski avait été élu président à sa place. Berg 
n'eut pas l'air de s'apercevoir qu'il était joué, et que, de- 
puis trois heures, on retardait à dessein la conclusion défi- 
nitive du traité. On attendait, en effet, d'un instant à 
l'autre, l'arrivée du corps d'armée de Ramorino, pour 
rompre les négociations. 

Le général Berg annonça qu'il se retirait, et que l'assaut 
de la ville aurait lieu à quatre heures du matin. Cette dé- 
claration consterna les assistants; ils se consultèrent entre 
eux à demi-voix et se décidèrent enfin à envoyer chercher 
Krukowiecki par le colonel Lewinski, qui avait ordre de 
l'amener de gré ou de force. Krukowiecki parut enfin au 
bout d'une heure. 

Berg se hâta d'aller à sa rencontre et lui reprocha sévè- 
rement d'avoir manqué à sa parole, en ne signant pas les 
conditions qu'il avait acceptées verbalement. 

— Je ne suis plus rien ! s'écria Krukowiecki, en jetant son 
bonnet à terre avec emportement; je ne suis plus prési- 
dent, et je n'ai pas le droit de signer quoi que ce soit! Te- 
nez, ajouta-t-il en désignant Niemoïowski, adressez-vous à 
mon successeur, qui aura peut-être le courage de sauver à 
tout prix la ville et ses habitants. 



— 31 — 
A ces mots, mie querelle des plus violentes s'engagea 
entre Niemoïowski et Krukowiecki, qui, dans leurs récrimi- 
nations réciproques, s'accusaient mutuellement d'avoir 
perdu la Pologne; peu s'en fallut qu'ils ne tirassent leurs 
satires pour s'en servir l'un contre l'autre. 

Le maréchal de la Diète, Ostrowski, voulut prendre 
parti pour Niemoïowski. La colère de Krukowiecki ne con- 
nut plus de bornes; il se répandit en invectives contre 
Ostrowski et Niemoïowski, et il en vint à s'attaquer à la 
Diète tout entière, en disant que c'était une réunion de 
fous. Puis, se tournant vers le général Berg, qui était resté 
spectateur muet de cette scène affligeante : 

— Dites de ma part au maréchal Paskewitch, s'écria-t-il, 
(pie je recommande à son humanité les habitants de Varso- 
vie, et que le comte Malachowski, généralissime de l'ar- 
mée polonaise, se chargera d'exécuter loyalement la capi- 
tulation que je ne puis signer. 

La-dessus, il partit, suivi d'un seul aide de camp, avec 
l'intention de rejoindre l'armée, qui évacuait Varsovie; 
mais un détachement de troupes qui barrait le pont de 
Praga lui en interdit le passage; il voulut forcer la con- 
signe donnée par le général Uminski : les soldats mirent 
la baïonnette en avant, et plusieurs le couchèrent enjoué. 
Krukowiecki dépêcha son aide de camp à l niinski, pour lui 
demander des explications. Uminski répondit qu'il le ferait 
fusiller, si ce général osait se montrer sur l'autre rive de la 
Vistule. Krukowiecki se vit donc obligé de rentrer en ville, 
mais il refusa de se mêler de rien. 

Berg était demeuré seul avec Prondzynski, car Nie- 
moïowski, Ostrowski, les membres de la Diète et les géné- 
raux, avaient quitté le salon presque en même temps (pie 
Krukowiecki. Le jour commençait à poindre; Berg ne sa- 




— M — 

vait que résoudre; il ne pouvait prolonger son absence 
plus longtemps, et il avait à cœur de rapporter au maré- 
chal la capitulation de Varsovie. Prondzynski lui déclara 
qu'il se considérait comme garant de celte capitulation, qui 
était conclue de fait, mais qui n'avait pas été signée par 
suite de circonstances indépendantes de la volonté de Kru- 
kovsïeeki. 

Prondzynski et Tîerg sortirent ensemble du palais du Gou- 
vernement, pour retourner au quartier-général de l'armée 
lusse; mais ils furent rappelés par plusieurs généraux po- 
lonais, Dembinski, Krasinski, Andrychewicz, etc., qui 
avaient décidé le général en chef Malaehowski à conclure 
avec le général Berg une convention militaire dont ils se 
portaient tous garants. 

Dans une lettre adressée au maréchal Paskewitch, Mala- 
ehowski expliqua et motiva son intervention, par l'ab- 
sence du comte Krukowiecki, qui, disait-il, s'était éloigné 
de Varsovie, sans prévenir les autorités du Gouvernement 
et de la ville. Il annonçait que, pour éviter l'effusion du 
sang, l'armée polonaise évacuerait, jusqu'à cinq heures du 
matin, le pont sur la Vistule et le faubourg de Praga. En 
conséquence, à partir de cinq heures, l'armée russe pour- 
rait faire son entrée dans la ville et en prendre possession, 
ainsi que du pont et du faubourg de Praga. Toutes les mu- 
nitions de guerre seraient livrées aux Russes, à l'exception 
des effets d'habillement et d'équipement, qui devraient 
suivre l'armée dans sa retraite sur Plock. « Nous espérons 
tous, généraux, officiers et soldats, et moi, leur chef, 
ajoutait-il dans cette lettre, que vous voudrez bien ordon- 
ner que l'occupation de Varsovie et de Praga se fasse de 
manière à ne pas exposer les habitants de la ville aux suites 
désastreuses d'une occupation de vive force. » 



— 33 — 

En ce moment, il ne restait plus dans la ville que quel- 
ques centaines de traînards à moitié ivres; l'armée, compo- 
sée de trente-trois mille hommes, avait passé sur la rive 
droite de la Vistule, et la garde nationale n'était point 
assez nombreuse pour occuper tous les postes en face de 
l'ennemi, qui ne songeait pas d'ailleurs à renouveler l'at- 
taque de la veille : on relevait encore les blessés et on 
enterrait les morts. 

Dans le terrible combat qui s'était livré sous les murs de 
Varsovie, les Russes avaient perdu plus de cinq mille 
hommes; ils avouaient, en outre, cinq mille blessés, parmi 
lesquels on comptait un grand nombre d'officiers, outre les 
généraux Gheismar, Gortchakoff, Martinoff, Nostitz et Sass. 
La perte des Polonais n'était pas moindre. 

Lne morne stupeur régnait dans Varsovie, dont les rues 
étaient désertes et les maisons fermées. Le bruit courut 
vers le matin, que la capitulation avait été signée, et que 
les Russes entreraient à six heures, pendant que l'armée 
polonaise battait en retraite et faisait halte a Jablona, der- 
rière la Vistule, à deux milles du faubourg de Praga. La 
garde nationale se retira et se dispersa en silence : les 
postes qu'elle abandonnait, pour déposer ses armes, furent 
occupés successivement par les troupes russes, et à dix heu- 
res, le maréchal Paskewitch, accompagné du grand-duc 
Michel, fit son entrée dans la ville, à la têle de l'armée 
victorieuse. 



VI 



ii,1 -:- '• ■:..... 



CLXXXII 



La nouvelle de la prise de Varsovie se répandit en un 
instant à Saint-Pétersbourg, et une illumination générale eut 
lieu spontanément dans tous les quartiers, avant que cette 
grande nouvelle fût confirmée par le bruit du canon. 

La joie était égale et unanime dans les différentes classes 
de la population; mais, dès les premiers moments, l'opinion 
publique se divisa en deux partis bien tranchés, à l'égard 
des Polonais rebelles, l'un qui demandait une réparation, 
une punition exemplaires, l'autre qui désirait le pardon et 
l'oubli. 

L'empereur Nicolas appartenait à ce dernier parti, le 
moins nombreux et le plus faible : il ne s'était jamais laissé 
emporter à des sentiments de vengeance pendant la durée 
de la rébellion, et maintenant qu'elle était vaincue, il sem- 
blait décidé a jeter un voile sur le passé : « Car, disait-il 
souvent, les Polonais, si coupables qu'ils soient, sont tou- 
jours mes sujets et mes enfants. » 

^ Le feld-maréchal Paskewitch d'Érivan avait envoyé à 
l'empereur le journal des dernières opérations de l'armée 



— 36 — 

avec toutes les pièces relatives à la prise de Varsovie. Ces 
pièces furent publiées in extenso dans un supplément du jour- 
nal officiel. 

On remarquait parmi elles la lettre du comte Kruko- 
wiecki à l'empereur, laquelle avait été la base de la capitu- 
lation consentie par le général en chef de l'armée russe, 
mais non signée par la Diète de Pologne, ni par le président 
du gouvernement polonais, ni par le général en chef de 
l'armée polonaise; car on ne pouvait considérer comme un 
traité régulier les dernières lettres du généralissime comte 
Malaeliowski au maréchal Paskewileh, lettres dans les- 
quelles il s'était borné à énoncer les conditioi 3 qui devaient 
être signées d'une manière définitive par les généraux Kru- 
kowieeki et Berg. 

Cet acte authentique de pacification ne fut jamais signé et 
n'exista qu'en projet; Krukowiccki, resté à Varsovie sans 
être recherché ni inquiété par les autorités russes, se refusa 
toujours absolument à donner sa signature, quoiqu'il l'eût 
promise deux ou trois fois : « Je me couperais plutôt la 
main! » répétait-il avec obstination, lorsqu'on lui deman- 
dait cette signature, pour régulariser la capitulation de 

Varsovie. 

Le général Prondzynski, quartier-maître de l'armée po- 
lonaise, qui avait représenté le Gouvernement et surtout le 
président Krukowiecki dans ces interminables négociations, 
avait été si chagrin et si honteux du rôle étrange qui pou- 
vait lui être attribué d'après les apparences, qu'il voulut 
se justifier lui-même auprès du grand-duc Michel. 

— .T'ai donné deux fois à Votre Altesse impériale, dit-il 
noblement, ma parole d'honneur à faux; j'ai garanti de ma 
personne, comme je croyais y être autorisé, la conclusion 
d'un arrangement avec le général Krukowiecki, arrange- 



■■■■.-.- 



— 37 — 
ment, dont, malgré tous mes efforts, je n'ai pu obtenir la 
signature; j'ai peut-être ainsi contribué au salut de la ville 
par ces promesses solennelles, qui pourtant ne se sont pas 
réalisées. Je ne veux pas accuser ceux qui m'ont placé dans 
cette triste situation, ni essayer de me justifier, mais je 
dois une réparation à Votre Altesse impériale, je me la dois 
à moi-même. C'est pourquoi je viens me mettre à la dis- 
position de Votre Altesse. 

Le grand-duc Michel lui prit la main, en disant avec 
bonté : 

— Général, vous garderez les arrêts jusqu'à ce que 
j'aie fait votre réconciliation avec l'empereur, votre auguste 
souverain. 

Paskew itch croyait, cependant, que la convention verbale, 
échangée entre lui et Malachowski , s'exécuterait de pari 
et d'autre; que l'armée polonaise se rendrait immédiatement 
dans le palatinat de Plock, pour y mettre bas les armes, 
et que la soumission de la Pologne était dés lors un fail 
accompli. L'empereur le croyait aussi et les instructions 
nouvelles qu'il avait transmises simultanément a Paskewitcb 
et au grand-duc Michel, émanaient exclusivement d'un es- 
prit de conciliation et de clémence; l'empereur disait, en 
propres termes, dans une lettre à son frère, « qu'une douce 
fermeté achèverait heureusement l'œuvre de son armée 
triomphante; que l'amnistie serait à peu près générale; que 
le pardon devait être la conséquence du repentir, et que les 
Polonais, rentrés dans le devoir, n'auraient pas à craindre ni 
à regretter d'autres pertes et d'autres malheurs que ceux 
qu'ils avaient soull'erts par leur faute pendant cette fatale 
période de rébellion et de guerre fratricide. » 

« Faites bien comprendre aux Polonais, ajoutait-il dans 
la même letlie, que le père de famille, lois même qu'il se 



— 38 — 
voit forcé de punir ses enfants leur conserve toute son af- 
fection et ne demande qu'à leur pardonner. » 

Un gouvernement provisoire, institué à Varsovie, com- 
posé de huit membres, moitié russes et moitié polonais, 
devait être chargé, sous la présidence du secrétaire d'État 
Ençel, de réorganiser l'administration civile et de réaliser 
les intentions généreuses de l'empereur. 

Nicolas, qui durant la guerre avait été très-sobre de 
récompenses et surtout de témoignages de satisfaction à 
l'égard des généraux et des officiers de l'armée active, 
s'empressa de payer, en quelque sorte, un arriéré de recon- 
naissance. Dés que la Pologne fut soumise, il adressa d'a- 
bord cet ukase au Scnat-dirigeant : 

« Voulant signaler les services distingués et le brillant 
fait d'armes du commandant en chef de l'armée active feld- 
maréchal comte Paskcwitch d'Érivan, qui a emporte d'as- 
saut, les 2S et 20 août dernier (6 et 7 septembre, nom . 
st. , les nombreuses fortifications de la ville, de Varsovie 
et cette ville elle-même, nous l'élevons, lui et sa postérité, 
à la dignité de prince de l'Empire de toutes les Russies, 
avec le titre d'Altesse, et lui ordonnons de prendre désor- 
mais le nom de Prince de Varsovie comle Pashewilcli d'Eri- 
van. » 

Il écrivit ensuite de sa main la lettre la plus affectueuse 
à Paskewitch, en le nommant gouverneur général de Po- 
logne et en lui assignant une pension de 100,000 roubles; 
car il n'avait plus à lui conférer dans les ordres de l'Empire 
un gracie supérieur à ceux que l'illustre général avait ob- 
tenus déjà par ses actions d'éclat et ses victoires. 

Nicolas ne pouvait songer à récompenser, d'une manière 
honorifique, son frère le grand-duc Michel, qui dans cette 



— 39 — 
rude campagne de Pologne avait fait preuve de tant d'in- 
telligence militaire, de tant d'énergie morale, de tant de 
courage personnel. Le bruit avait couru, à Saint-Péters- 
bourg et même à la cour, que le grand-duc succéderait au 
césarévitch Constantin, non-seulement comme chef suprême 
de l'armée polonaise, mais encore en prenant le titre de 
vice-roi de Pologne. Mais le grand-duc Michel, averti des 
projets que l'empereur pouvait méditer à cet égard, avait 
tout fait pour l'en détourner, et il était parvenu à lui faire 
comprendre, par l'exemple même de leur frère Constantin, 
que l'établissement d'une vice-royauté en Pologne serait 
une diminution de l'autorité impériale dans ce pays qui 
n'avait rien de plus à cœur que de garder son autonomie et 
sa nationalité. 

L'empereur s'était donc rendu aux sages représentations 
de son frère, en se rappelant que le grand-duc Constantin, 
par ses actes personnels et surtout par le caractère que la 
malveillance leur avait prêté si perfidement, avait été, à son 
insu, une des causes déterminantes de l'insurrection polo- 
naise. Il fut donc arrêté en principe que le maréchal Pas- 
kewitch, comme gouverneur général de Pologne, aurait les 
pouvoirs les plus étendus et remplirait en réalité le rôle 
d'un vice-roi, sans en avoir le titre. 

L'empereur, qui achevait de régler la succession de son 
frère Constantin, ordonna, par un ukase adressé au Sénat 
en date du 29 août/10 septembre 1831, d'ajouter aux 
titres du grand-duc héritier celui de césarévitch, conformé- 
ment aux statuts fondamentaux, concernant les droits, hon- 
neurs et prérogatives îles membres de la famille impériale. 
Le moment était venu de remettre en vigueur l'ukase, 
par lequel l'empereur, après la mort d'Alexandre I er , avait 
donné en propriété indivise aux grands-ducs Constantin et 



— 40 — 

Michel le palais d'Oranienhaum avec toutes ses dépendances; 
le grand-duc Michel n'avait pas voulu à cette époque accep- 
ter la moindre part dans un droit de propriété qu'il regar- 
dait comme appartenant exclusivement à Constantin; il re- 
fusa même de se réserver la moitié des villages et des 
riches domaines qui dépendaient de ce palais impérial. 
Mais, Constantin étant décédé, l'empereur décida, par un 
nouvel ukase en date du 2o septembre/7 octobre, que 
tous les biens qui, sous le dernier règne . avaient formé 
les dépendances d'Oranienbaum, deviendraient la pro- 
priété du grand-duc Michel et de ses héritiers. 11 réin- 
corpora seulement, dans les dépendances du palais de Ga- 
tcliina, plusieurs terres et villages qui avaient été légués 
par Paul 1 er au grand-duc Constantin. 

La princesse de Lowicz, qui ne conservait rien des pro- 
priétés territoriales que son mari avait eues en Russie et en 
Pologne, devait vivre dans la famille impériale, avec une 
pension viagère analogue à son rang. 

L'empereur avait eu, peu de temps auparavant, une 
longue et secrète conversation avec la princesse, au sujet 
d'un acte authentique que Constantin s'était engagé.à lais- 
ser après lui, pour dévoiler les motifs qui l'avaient dirigé 
dans sa renonciation au trône, et les véritables causes de la 
conduite, étrange en apparence et encore inexpliquée, qu'il 
avait tenue à l'époque de l'avènement de son frère Nicolas. 
La princesse de Lowicz se souvenait, en effet, que cet acte, 
dont elle ne connaissait pas la teneur, avait été préparé 
selon les intentions du grand-duc; elle l'avait même vu, 
renfermé dans plusieurs plis cachetés, et portant cette in- 
scription : « A mes chers compatriotes! De la part de Son 
Altesse impériale le césarévitch et grand-duc Constantin, 
déclaration solennelle. » Ces papiers précieux avaient peut- 



— 41 — 
être été enlevés ou détruits pendant l'insurrection de Var- 
sovie, car ils étaient déposés au fond d'un tiroir de la table 
de Constantin, dans son cabinet de travail, au palais du 
Belvédère. 

La princesse écrivit au général Kurula, qui avait dû con- 
naître au moins l'existence de ces papiers, en sa qualité de 
confident et d'ami du grand-duc. Le général était alors à 
Varsovie; il prit dos renseignements, il lit des recherches, 
et il découvrit, dans un tiroir de la table à demi brisée. 
qui avait fait partie des meubles du cabinet de Constantin, 
quatre cahiers de son écriture, contenant le même texte et 
portant chacun l'inscription que la princesse de Lowicz se 
rappelait avoir lue. Cette déclaration solennelle, rédigée 
en vue d'une publication posthume, était accompagnée de 
deux lettres du grand-duc, sans date, adressées, l'une à 
son frère Nicolas, l'autre à sa mère, l'impératrice Marie 
Féodorovna, pour les prier de mettre au joui', après sa 
mort, l'acte par lequel il soulevait le voile qui couvrait en- 
core l'origine de son désistement volontaire, en vue de la 
couronne héréditaire de Russie. Le général Kuruta, hési- 
tant sur l'usage qu'il fallait faire de ces papiers d'État, les 
envoya secrètement au prince Pierre Volkonsky, en l'invi- 
tant a les remettre à l'empereur. La princesse de Lowicz 
n'existait plus alors. 

L'empereur lut ces papiers avec émotion, avec admira- 
tion : jamais son frère Constantin ne lui était apparu sous 
un jour plus digne et plus favorable, que dans cette décla- 
ration solennelle, adressée à tous les Russes, mais surtout 
à la famille impériale; ses larmes avaient plus d'une fois 
mouillé les caractères tracés de la main de son frère dé- 
funt, lorsqu'il en vint à la fin de sa lecture. Ce mémoire se 
terminait par ces belles et touchantes paroles : 





i"2 — 



« J'ai épanché mon cœur pour alléger le poids qui l'op- 
pressait, et, ayant la conscience pure, j'espère conserver à 
jamais la confiance de mon auguste frère, l'empereur Nico- 
las; j'espère aussi conserver l'affection de mes compa- 
triotes, car mes services de trente ans ont toujours été si- 
gnalés par la confiance illimitée de mes souverains, de 
mon auguste père et de mes frères, et tous mes efforts, 
comme ma vie entière, ont été purs et désintéressés. J'ai 
renoncé a mes droits, sans transgresser mes devoirs. La 
grandeur et la gloire de la Russie, basées sur la prospérité 
de l'Empire, seront jusqu'à ma mort l'unique but de mon 
existence. » 



— Et voila l'homme que les Polonais calomnient! s'écria 
l'empereur, en gémissant; voilà le prince qu'ils ont voulu 
assassiner' 

Nicolas ordonna au prince Volkonsky de garder ces pa- 
piers, en attendant qu'il fût possible de les publier d'une 
manière utile et convenable; mais ils restèrent ignorés jus- 
qu'à la mort du dépositaire, en 1852, soit que ce ministre 
les eût égarés à son tour, soit que l'empereur eût jugé à 
propos de les tenir cachés, comme un secret de famille 
qui appartiendrait un jour à l'histoire. 

Toutes les personnes qui avaient fait partie de la maison 
de Constantin et qui s'y étaient distinguées par leurs loyaux 
services, furent distribuées, de la main même de l'empe- 
reur, dans les maisons des princes et des princesses de la 
famille impériale; les uns reçurent des grades et des déco- 
rations; les autres, des titres et des pensions. Le général 
d'infanterie Kuruta, l'aide de camp favori du grand-duc 
défunt, fut nommé chevalier de Saint-Georges, et le géné- 
ral-major Fenshawe, son fidèle chambellan, eut la croix de 



— 43 — 
Sainte-Anne. L'un et l'autre, quoique Polonais, s'étaient 
signalés par leur dévouement et leur bravoure dans la 
guerre de Pologne. 

Presque tous les généraux qui, durant le cours de cette 
guerre, avaient été nommés avec distinction dans les rap- 
ports du général en chef, eurent part à cette première dis- 
tribution de récompenses. L'ordre de Saint-Georges de 
première classe fut décerné au général de cavalerie Kreutz, 
au général d'infanterie Rosen, au général d'artillerie Sou- 
khozanet, aux lieutenants- généraux Nostitz, Nabokoff, 
Manderstern, Ougrumoff, Neidhart, Golowine; l'ordre de 
Sainte-Anne de première classe, aux généraux-majors Del- 
lingshausen et Zaborniski; l'ordre de Saint- Vladimir, au 
prince Schakhowskoï ; l'ordre de Saint-Alexandre Newsky, 
enrichi de diamants, aux lieutenants-généraux Gortchakoff 
et Krassowski, etc. 

Avec les décorations, les grades. L'ordre du jour,- en 
date du 5/17 septembre, avait promu, « pour s'être distin- 
gués à l'assaut de Varsovie, » le général-major Berg, au 
grade de lieutenant-général; le capitaine des gardes à che- 
val Souwarolf, au grade de colonel. L'aide de camp gé- 
néral prince Gortchakoff était nommé chef d'état-major 
de l'armée active, à la place du général Toll, et l'aide de 
camp général Berg, quar fier-maître de l'armée active, en 
remplacement de Neidhart, qui venait de reprendre son 
poste auprès de l'empereur. 

Quant au général Toll, qui n'avait cesse de prendre part 
à cette laborieuse campagne, pendant laquelle lui incom- 
baient la plus lourde charge et la plus grave responsabi- 
lité, c'est-à-dire la combinaison de tous les plans straté- 
giques, sa mauvaise santé l'avait forcé de demander à 
l'empereur l'autorisation de se retirer du service. Le res- 



u — 



crit suivant, que lui adressa Nicolas, fut le couronnement 
de sa longue carrière militaire : 



A Vaille de camp général, général d'infanterie, comte Toll. 

« Pendant la guerre actuelle contre les rebelles polonais, 
vous avez, avec celle infatigable activité qui vous distingue 
et avec le zèle le plus ardent, rempli, à Notre entière sa- 
tisfaction, et dans le véritable intérêt de Notre service, les 
vastes et laborieux devoirs de votre place de chef d'état- 
major de l'année active; apportant dans votre administra- 
tion le plus grand esprit d'ordre, ainsi que les dispositions 
les plus sages, et donnant personnellement, dans le com- 
bat, un exemple de valeur inébranlable et d'intrépidité, le 
plus digne d'être pris pour modèle. Par une conduite aussi 
glorieuse, dont les feld-marécliaux comte de Diebitsch-Za- 
balkansky et prince de Varsovie comte Paskewitch d'Éri- 
van Nous ont plus d'une fois rendu témoignage, vous avez 
acquis des droits à Notre éclatante reconnaissance. Voulant 
vous donner une marque distinguée de Notre gratitude, 
Nous vous nommons chevalier de l'ordre de Saint-André, 
dont Nous vous adressons ci-joints les insignes, en vous as- 
surant de la liante bienveillance avec laquelle Nous sommes 

toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 

« Tzarskoé-Sélo, le 11 (23, aouv. st.) septembre 1831. » 

Un autre rescrit, adressé sous la même date à l'aide de 
camp général comte Pahlen, commandant du 1 er corps 
d'infanterie dans l'armée d'opération, répondit au senti- 
ment unanime de l'armée, qui avait été témoin de la bra- 
voure héroïque de ce général, marchant et combattant à la 



— 45 — 
tète de ses troupes, et qui lui attribuait plus qu'a tout 
autre, non-seulement le succès de la bataille de Varsovie, 
mais encore la prise de cette ville, puisqu'il en avait em- 
porte d'assaut les fortifications et occupé les faubourgs, 
avant que Varsovie eût capitulé. 

Au commandant du 1 er corps d'infanterie, aide de camp 
général, général de cavalerie, comte Pahlen. 

« La brillante valeur et l'intrépidité exemplaire qui de- 
puis longtemps ont rendu votre nom célèbre dans les rangs 
de Notre armée, n'ont pas moins illustré la glorieuse car- 
rière de vos services dans la guerre actuelle, que la sagesse 
de vos mesures et la rigoureuse exactitude dans l'exécution 
des mouvements et des opérations dont vous étiez chargé. 
Guidant avec une bravoure éclatante, de victoire en victoire, 
les troupes confiées à votre commandement, vous avez, 
dans le mémorable assaut des fortifications de Varsovie, les 
25 et 26 août dernier (6 et 7 septembre, nouv. st.), opéré 
avec elles des prodiges de valeur et enlevé une grande par- 
tie de ces fortifications, au milieu d'un combat constam- 
ment soutenu avec acharnement et malgré la défense la 
plus désespérée. Voulant signaler d'aussi grands services, 
dont le commandant en chef de l'armée active Nous a 
rendu témoignage, et vous donner une marque de Notre 
juste reconnaissance, Nous vous nommons chevalier de 
l'ordre de Saint-André, dont Nous vous envoyons ci-joints 
les insignes, en vous assurant de la haute bienveillance 
avec laquelle Nous sommes pour toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 

« T&arskoé-Sélo, le 11 (23, nouv, si.) septembre 1831. » 




— 46 — 
Mais l'empereur venait d'apprendre avec douleur, et non 
sans indignation, que la capitulation de Varsovie n'était 
pas exécutée; que les différents corps de l'armée polonaise, 
loin de faire leur soumission et de se retirer dans le gou- 
vernement de Plock pour y attendre les ordres de leur lé- 
gitime souverain, s'étaient refusés à reconnaître les termes 
de la convention acceptée par le comte Krukowiecki, et 
que les membres de la Diète, qui avaient transporté un 
fantôme de gouvernement au milieu de l'armée nationale, 
projetaient de continuer l'insurrection et la guerre. 

Le maréchal Paskewilch n'avait pas caché plus long- 
temps à l'empereur ce qu'il considérait comme une espèce 
de trahison. Dès qu'il s'était convaincu (pie les chefs des 
troupes rebelles cherchaient à gagner du temps pour se 
mettre en mesure de reprendre l'offensive, en donnant pour 
base à leurs opérations ultérieures une place forte comme 
Modlin ou Zamosc, il as ait déclaré que le traité de Varso- 
vie, n'ayant pas été signé et n'étant pas observé par ceux- 
là mêmes qui prétendaient s'en faire une arme ou un bou- 
clier, n'existait plus; en conséquence, il ne se voyait pas 
tenu d'accorder aux rebelles l'armistice de quarante-huit 
heures qu'on lui avait demandé, sous prétexte d'effectuer 
leur retraite; il se croyait en droit de retenir les effets 
d'habillement et d'équipement, qu'il avait consenti à leur 
laisser enlever des magasins de Varsovie. 

Une nouvelle mission pacificatrice fut pourtant confiée 
au général-major Berg, qui se rendit au quartier-général 
des troupes rebelles, pour les sommer encore une fois de se 
soumettre aux conditions du traité, renfermées dans la let- 
tre autographe de Krukowiecki à l'empereur, et dans les 
lettres du généralissime Malachowski à Paskewitcli. 

Malachowski, il est vrai, avait dû donner sa démission, 



- 



— 47 — 
comme Krukowiecki, sous la menace des plus implacables 
ressentiments; il avait été remplacé par le général Rybin- 
ski, qui n'agissait, dans tous les actes de son commande- 
ment, que par l'impulsion du président Niemoïowski. Le 
vieux Malachowski s'était donc retiré tout chargé des ma- 
lédictions de l'armée polonaise, qu'il avait sauvée en ajou- 
tant une adhésion écrite aux préliminaires de la capitu- 
lation de Varsovie, acceptée par Krukowiecki : on les 
réunissait tous deux dans la même haine, et tous deux, 
malgré les preuves incontestables qu'ils avaient données 
de leur patriotisme et de leur désintéressement, étaient 
flétris du nom de traîtres! 

Le général Berg eut une première conférence avec le gé- 
néral Dembinski et le général Leduchowski, commandant 
de Modlin, conférence qui n'amena aucun résultat. Dans 
une seconde conférence avec le général Rybinski, en pré- 
sence de plusieurs témoins, Berg put se convaincre que les 
Polonais ne se regardaient pas comme soumis ni comme 
vaincus. On lui demandait un armistice : il annonça que le 
maréchal Paskewitch ne l'accorderait qu'après l'évacuation 
de Modhn et de Zamosc, avec remise des munitions de 
guerre qui se trouvaient dans ces deux places fortes. 

Les pourparlers durèrent pendant deux jours au quartier- 
général des rebelles. Ceux-ci étaient toujours sous l'influence 
de l'exaltation révolutionnaire qu'entretenaient parmi eux 
les membres les plus fanatiques et les plus compromis de 
la Diète : leur audace et leurs prétentions augmentaient 
de jour en jour; ils en vinrent à déclarer que la nation po- 
lonaise était à peine all'aiblie par la prise de Varsovie, et 
qu'ils ne réclamaient un armistice que dans le but d'enta- 
mer des négociations sérieuses pour la pacification des 
deux nations belligérantes. Berg se contenta, pour toute 



— 18 — 
réponse, d'envoyer à Rybinski copie de la lettre à l'em- 
pereur, dans laquelle Krukowiecki avait déclaré, en termes 
formels, que la nation polonaise se soumettait, sans aucune 
condition, à son souverain. 

Il y eut encore d'autres conférences, où le général Ry- 
binSki entretint le plénipotentiaire russe des projets de 
campagne les plus extravagants, en prêtant même, par 
moments, à ses discours, le caractère de la menace la plus 

arrogante. 

Paskewitch, avant d'adresser une dernière fois à Ry- 
binski la sommation de mettre bas les armes, avait concen- 
tré près de Modlin une partie des troupes qui n'étaient plus 
utiles à Varsovie, et il faisait surveiller par des forces im- 
posantes les débris de l'armée polonaise, qui s'élevait en- 
core à plus de trente-cinq mille hommes. 



CLxxxm 



La malheureuse capitale de la Pologne, mince ei si du- 
rement éprouvée par plus de neuf mois de révolution, 
semblait avoir repris déjà son aspect d'ordre et de tran- 
quillité. 

Les personnes et les propriétés avaient été sauvegardées; 
aucun excès n'avait signalé l'occupation de la ville par les 
troupes russes qui donnèrent, comme toujours, l'exemple 
de la discipline la plus régulière et de la [tins généreuse 
mansuétude. Le général de cavalerie comte de Witt était 
nommé provisoirement gouverneur, et le général d'artil- 
lerie, baron Korfî, commandant militaire de Varsovie. Le 
feld-maréchal avait pris toutes les mesures convenables 
pour garantir la suret*' individuelle des habitants et pour 
mettre en vigueur les autorités légales. On procéda d'a- 
bord au désarmement de la garde nationale; on supprima 
les clubs et toute réunion suspecte; on exerça sur la presse 
une surveillance rigoureuse; les tribunaux furent rétablis 
avec leurs attributions; les propriétaires, connus par la 
sagesse de leurs opinions et désignés par leur conduite hono- 
rable pendant la rébellion, furent choisis d'office pour rem- 
plir des postes de confiance; tous les employés de l'admi- 



— 50 — 
nistration civile .estèrent provisoirement en fonctions; les 
boutiques s'étaient rouvertes et les rues offraient une phy- 
sionomie assez animée, quoique la population eût diminué 
de plus de vingt-cinq mille âmes depuis l'insurrection du 

29 novembre 1830. 

Dans les premiers jours, on n'inquiéta, on n'emprisonna 
personne-, cependant une commission spéciale avait été 
formée, cp.i devait décider a huis clos quels étaient ceux 
à qui on pourrait permettre le séjour de la ville et ceux 
qu'il fallait en expulser. In grand nombre d'officiers de l'ar- 
mée polonaise avaient, de leur propre mouvement, remis 
l'épée dans le fourreau et s'étaient rendus à Varsovie avec 
l'espoir d'y être protèges par la capitulation qui semblait 
les couvrir d'une amnistie générale. Leur nombre s'élevait 
à plus de sept cents, et il en arrivait tous les jours. Le 
journal officiel de Varsovie publia les noms de tous les 
généraux qui n'avaient pas suivi l'armée polonaise, et 
?on remarquait, parmi ces noms, ceux de Krasinski, 
Moletski, KrukoNviecki, Haulenstrauch , Bontemps, etc. 
Quant aux soldats de l'armée rebelle qui avaient quitté 
leurs drapeaux, ils étaient au nombre de plusieurs milliers, 
et comme ce nombre tendait à s'accroître de jour en jour, 
on fut obligé de les interner hors de la ville, et on les 
employa, concurremment avec les soldats russes, à démolir 
les fortifications de Varsovie. 

Le corps d'armée «le Ramorino fut le premier que le 
maréchal Paskevvitch voulut faire disparaître, pour l'empê- 
cher de venir renforcer le principal corps d'armée des 
rebelles, que Rybinski avait conduit sous les murs de la 
forteresse de Modlin. Ramorino, que les généraux Rosen et 
Golowine, suivant leurs instructions, avaient éloigné de 
Varsovie, en simulant une retraite forcée jusqu'à Brzesc, 



— 51 — 
était revenu, avec une inexplicable lenteur et par de longs 
détours, à Kaluszyn et y avait établi son quartier-général 
au lieu de poursuivre sa marche sur Praga, lorsqu'il aurait 
pu franchir en quelques heures les douze lieues qui le 
séparaient de la capitale. On comprend que les accusations 
de trahison n'aient pas épargné ce général, après la triste 
issue de son expédition. 

Ramorino, il faut le dire, n'était pas libre dans les actes 
de son commandement; il avait autour de lui le prince 
Adam Czartoryski, le comte Gustave Malachowski et plu- 
sieurs membres de la Diète, appartenant tous au parti 
conservateur; c'étaient ces sénateurs et ces nonces qui ré- 
glaient tous les mouvements du corps expéditionnaire, et 
Ramorino ne faisait qu'exécuter leurs volontés. Ils avaient 
eu l'intention d'attendre les événements loin de Varsovie, 
qu'ils laissaient à la merci du parti d'action, soit qu'ils 
pensassent que ce parti seul fut capable de défendre la 
capitale contre la grande armée russe, soit qu'ils eussent à 
cœur de se séparer absolument des hommes de la faction 
révolutionnaire. On s'explique ainsi comment Ramorino 
n'avait pas obtempéré aux ordres réitérés du président 
Krukowiecki, en ramenant son corps à la défense de la 
capitale. 

Quand Ramorino apprit (pie Varsovie avait capitulé, après 
deux jours de combats meurtriers, il recevait, en même 
temps, du généralissime Malachowski, l'ordre 'de rejoindre 
l'armée polonaise à Modlin. Le prince Czartoryski et ses 
amis se réunirent alors en conseil de guerre et ils ne per- 
mirent pas à Ramorino d'obéir au général en chef, car ils 
savaient que le nouveau président Niemoïowski, qui se 
trouvait, avec les membres les plus violents de la Diète, au 
milieu de l'armée, se proposait de transporter le gouver- 







: 






— >2 - 

nement dans le palatinal de Plock. Ils eurent la pensée 
,1e se constituer eux-mêmes en gouvernement national, et 
ils invitèrenl Ramorino a passer le Wieprz pour se rendre 
à Zamosc ou ils pouvaient espérer de se maintenir long- 
temps, lois même qu'ils 5 seraient assièges par toute une 
armée. Mais les généraux russes avaient manœuvré de 
manière a s'opposer au passage du corps de Ramorino, le- 
(lui ,! commençait .railleurs a manquer de subsistances et de 

munitions. 

Un nouvel ordre du généralissime Malactiowski, pour 
,,,ppeler Ramorino et ses troupes sous le canon de Modlin, 
,,'eui pas plus de sueees que les ordres précédents. On pré- 
tendit que cet ordre avait subi un retard de vingt-quatre heu- 
res. Quoi qu'il en soit, Ramorino était en marche sur Lukow, 
avec l'intention Lien arrêtée de passer le Wieprz, quand 
,1 se vit oblige do changer de plan et de route, pour ne pas 
se trouver pris entre trois corps de l'armée russe commandés 

par les généraux Rosen, Dockthoroff et Kaïsaroff. Ses sol- 
dats avaient cru qu'on les ramènerait a Varsovie pour par- 
ticiper au bénéfice de la capitulation. Des qu'ils virent qu'on 
s'éloignait de plus en plus de la capitale, un grand nombre 
d'entre eux abandonnèrent leurs drapeaux, et beaucoup je- 
tèrent leurs armes. Les forces de Ramorino se trouvèrent 
réduites a huit ou neuf mille hommes en vingt-quatre heures. 
Le général Rosen s'était mis à la poursuite de Ramorino 
et ne le perdait pas de vue, sans toutefois en venir aux 
hostilités. Dans la soirée du li septembre, le gênerai 
Krassovvski, chef «le l'état-major de la 1" armée russe, 
apporta lui-même, de la part de Paskewitch, l'ordre d'at- 
taquer immédiatement. Ramorino. par le conseil des mem- 
bres de la Diète qui le dirigeaient, avait envoyé un parle- 
mentaire pour demander un armistice. On lui répondit: 



— 53 — 

que, n'ayant pas exécuté la convention de Varsovie en temps 
utile, il n'avait plus qu'à faire sa soumission absolue à l'em- 
pereur. 

Ramorino, serré de près par Rosen, auquel le général 
Golowine s'était réuni, renonça brusquement à gagner Za- 
mosc et eut l'idée de traverser la Vistule pour rejoindre le 
corps de Rozycki, qui tenait en échec, disait-on, le corps 
de Rudiger sur la rive gauche, aux environs de Radom. Il 
s'engagea donc au milieu des marais, sur une route étroite, 
coupée par des ponts et des digues, qui pouvaient former 
un obstacle insurmontable devant l'ennemi ; mais ces digues 
et ces ponts furent si mal défendus, que les Russes arri- 
vèrent à Oppolie presque en même temps que les rebelles. 
Il y eut à Oppolie un combat très-acharné, dans lequel la 
cavalerie russe, après avoir résisté aux charges redoublées 
de la cavalerie polonaise, força celle-ci de seretirer en désor- 
dre et fondit sur l'infanterie qu'elle mit en pleine déroute. 
Ramorino avait envoyé à Rozycki plusieurs émissaires, 
pour le prier, en s'approchant de la Vistule, de manœuvrer 
de concert avec lui,; mais ces émissaires, soit négligence, 
soit trahison, ne s'abouchèrent avec Rozycki que quand il 
n'était plus temps de porter secours à Ramorino. Celui-ci 
avait détaché le général Zawadski qui devait occuper le 
pont volant que les Russes avaienl jeté sur la Vistule, à 
lanowiec, pour les communications de leurs corps d'armée; 
ce pont n'avait pas été détruit, et Zawadski eut le bonheur 
de s'en rendre maître; mais, par une légèreté inexplicable, 
il ne chercha pas à s'y maintenir jusqu'à l'arrivée de Ra- 
morino. 

L'ordre avait été donné de préparer deux ponts simulta- 
nément à Iosepbow et à Zawichost, où le passage du fleuve 
devait s'effectuer plus facilement avec le concours de Ro- 






— 54 — 
zycki. On ne recevait pourtant aucune nouvelle de ce géné- 
ral. Le prince Adam Czartoryski, Gustave Malachowski et 
leurs collègues de la Diète, avaient pris les devants pour 
se rendre auprès de Rozycki, et pour hâter son mouvement 
offensif sur la haute Vistule. 

Ramorino, fut bien surpris de voir paraître , non pas 
Rozycki qu'il attendait d'une heure à l'autre, mais Zawadski 
qu'il supposait passé de l'autre côté du fleuve, ou du moins 
fortement établi en avant du pont de Ianowiec. Zawadski 
revenait, de son expédition avortée ou inachevée, avec la 
certitude de profiter de la pacification générale qu'on lui 
avait annoncée comme la fin des opérations militaires. 

Ramorino avait l'intention de se fortifier à Iosephow, 
pendant la construction du pont; mais il ne put s'y défendre 
que quelques heures ; il continua sa retraite, dans la soirée 
du 16 septembre, à travers des marais qui n'arrêtèrent pas 
la poursuite des Russes. Le 17, au matin, Ramorino était 
arrivé le premier à Rachow et il fit mettre en batterie sur 
les hauteurs toutes les pièces qu'il n'avait pas abandonnées 
en route. Le feu des batteries russes ne lui permit pas de con- 
server ses positions; il recula, en combattant, de Rachow 
jusqu'à Zawichost, et n'essaya pas longtemps de faire face 
à l'ennemi, qui était trois fois supérieur en nombre, et qui 
menaçait de l'envelopper. Le pont qu'il espérait trouver à 
Zawichost était à peine commencé, et, pour l'achever, on 
attendait de Sandomir les matériaux nécessaires. 

Ramorino, découragé, ne recevant pas de nouvelles de 
Rozycki, se dirigea sur Kossin, et mit en bataille le reste 
de ses troupes, couvertes par son artillerie, à deux cents 
pas de la frontière d'Autriche. Rosen le fit sommer de se 
rendre à discrétion : Ramorino répondit à coups de canon, 
et, après un simulacre de combat, il entra sur le territoire 



85 — 



de la Gallicie, avec quelques milliers d'hommes qui lui res- 
taient, et qui furent plus tard désarmés par les Autrichiens. 

Le jour même où les débris du corps de Ramorino se 
retiraient en Gallicie, après sept jours consécutifs de mar- 
ches et de contre-marches, entremêlées de combats sanglants, 
les deux détachements commandés par Rozycki et par Ka- 
minski, sur la rive gauche de la haute Vistule, cessèrent 
d'être protégés par l'armistice que le général Rudiger avait 
consenti à leur accorder jusqu'à ce que les effets de la capi- 
tulation de Varsovie fussent mieux connus. 

Le feld-maréchal Osten-Sacken, commandant en chef de 
la l re armée, envoyait à Rudiger le général Krassowski, 
avec des instructions qui avaient pour objet d'empêcher 
l'État libre de Cracovie de favoriser secrètement la conti- 
nuation de la guerre dans le palatinat de Sandomir. 

Rozycki et Kaminski n'avaient pas sous leurs ordres plus 
de sept à huit cents hommes; mais le premier de ces 
deux généraux était énergique et entreprenant : il organisa 
une levée en masse dans le pays qu'il parcourait avec sa 
cavalerie, et il comptait avoir rassemblé, avant la fin du 
mois, trente-quatre régiments de volontaires avec lesquels 
il se faisait fort d'entretenir la guerre, malgré la reddition 
de Varsovie; il n'eut pas le temps de donner suite à ses 
projets. 

Rozycki et Kaminski, pour n'être pas réduits à l'impuis- 
sance par les forces de Rudiger, qui ne se mit en mouvement 
qu'après avoir opéré sa jonction avec Rosen et Dockthoroff, 
résolurent de se séparer, à l'effet de manoeuvrer isolément, 
soit en s' éloignant de la Vistule, soit en s'en rapprochant, 
sans se laisser couper par l'ennemi, qui disposait de plus 
de vingt mille hommes; les deux chefs polonais se pro- 
mettaient de se réfugier sur le territoire de Cracovie, toutes 



— riii — 

les fois qu'ils se verraient en danger d'être atteints et for- 
cés de dépose) les armes, et ils croyaient pouvoir ensuite 
rentrer en Pologne et prolonger les hostilités. 

Le feld-maréchal Paskewitch avait été averti de ce plan 
de campagne, et, dans un ordre du jour adressé à Rudiger, 
il déclarait que, « comme l'Etat de Cracovie avait participé 
jusqu'à un certain point aux désordres de la révolution de 
Pologne, il ne ferait qu'user du droit de la guerre en faisant, 
au besoin occuper militairement le territoire de cet État, 
placé sous la protection de la Russie, de l'Autriche et de 
la Prusse. » 

Rozycki avait été rejoint par le brave général Skrzynecki, 
lequel s'était échappé de Varsovie, sous un déguisement, 
pour venir mettre son épée au service de sa patrie, et par 
le prince Adam Czartoryski et les autres membres du parti 
conservateur, qui n'avaient pas voulu sortir de Pologne 
avec Ramorino. Rozycki eut, l'adresse de se soustraire à 
l'influence de ces meneurs politiques, et de les congédier, 
en les invitant à transporter à Cracovie le siège du gouver- 
nement polonais; il n'accepta pas, de peur de se compro- 
mettre vis-à-vis de ses soldats, les otfres généreuses de 
Skrzynecki que des circonstances malheureuses avaient rendu 
suspect à tout le monde. D'ailleurs, par un étrange concours 
de circonstances, le plus implacable ennemi de Skrzynecki, 
le farouche Joseph Zaliwski, venait d'arriver au quartier- 
général. 

Zaliwski, après la chute de Varsovie, n'avait pas voulu 
se rendre aux ordres réitérés du généralissime Rybinski, 
qui l'appelait à Modlin; son détachement, imitant sa déso- 
béissance, avait refusé de le suivre dans le Cracoviat, pour 
y commencer la guerre de partisans, et l'avait abandonné, 
;i l'exception île deux nu trois de ses officiers. 



m 

1 



— 57 — 
La présence de ces rivaux et de ces adversaires irrécon- 
ciliables avait failli amener des scènes sanglantes et créer 
d'inextricables embarras : Rozycki se débarrassa d'abord 
de Josepb Zaliwski, en l'envoyant à dix lieues de là recon- 
naître les positions des Russes; il fit conduire, sous escorte, 
jusqu'à Cracovie, le général Skrzynecki, qui pleurait comme 
un enfant, en demandant à mourir les armes à la main pour 
son pays. Quant, au prince Czartoryski, à Gustave Mala- 
chowski et aux autres nonces, ils furent obligés de se cacher 
sous divers déguisements, pour franchir la frontière. 

Il y avait déjà une réunion importante d'exilés polonais, 
a Cracovie, lorsque Rozycki, que le lieutenant-général Ru- 
diger mettait en demeure de se soumettre sur-le-champ, 
passa de la voie des négociations à celle des armes, avec 
l'espoir de continuer quelque temps une lutte désespérée. 
Il avait partagé son petit corps en plusieurs groupes qui 
devaient rayonner dans le palatinat de Sandomir, en pro- 
voquant partout la levée en masse et en formant les ca- 
dres d'une nouvelle armée insurrectionnelle. Une fabrique 
d'armes et de munitions de guerre avait été secrètement 
établie sur le territoire cracovien ; l'argent ne paraissait pas 
devoir manquer aux besoins de l'œuvre patriotique, car 
une somme de , r i millions de florins, enlevée du trésor 
de Pologne et de différentes caisses publiques, était dès 
lors arrivée à Cracovie. 

Les deux principales agglomérations de soldats et de vo- 
lontaires, commandées par Rozycki et Kaminski, se sépa- 
rèrent alors l'une de l'autre, afin de manœuvrer et d'agir, 
chacune de son côté; elles devaient se jeter, à la dernière 
extrémité, en Gallicie. 

Rudiger, qui leur donnait la chasse en les poussant vers 
la frontière, avait, également divisé son corps d'armée en 



— 58 — 
plusieurs détachements, dont le moindre était supérieur en 
nombre à toutes les forces de Rozycki. Ce dernier, depuis 
le 20 septembre jusqu'à la fin du mois, eut l'adresse de se 
maintenir entre Lagcrw et Pinczow, en se dérobant toujours 
à la poursuite des Russes, grâce à l'assistance occulte de la 
population. 

Kaminski, poursuivi de plus près par le lieutenant-géné- 
ral Krassowski , fut contraint plusieurs fois d'accepter le 
combat et laissa sur le champ de bataille la meilleure partie 
de ses troupes; enfin, il se vit enfermé dans le bourg de 
Skalmierz, et après un engagement meurtrier, ses soldats 
brisèrent leurs armes en pleurant et se rendirent prisonniers 
de guerre. Kaminski eut le bonheur de se sauver avec cinq 
de ses officiers, qui raccompagnèrent seuls sur le territoire 
de Cracovie. 

Le général Rudigcr, sachant que Cracovie devenait le 
centre de l'émigration polonaise et le foyer de complots 
impuissants, envoya le colonel d'état-major Stich, pour 
demander au Sénat de cet État libre l'extradition des re- 
belles. 

Avant cpie le Sénat eut formulé une réponse catégorique, 
Rozycki fut obligé, à son tour, de remettre l'épée dans le 
fourreau et de se réfugier en Gallicie. Il avait appris la 
destruction complète de plusieurs des bandes formées sous 
son inspiration, à Wonchoek, à Kielce et à Endzowo; il avait 
perdu lui-même quinze cents hommes de son arrière-garde 
dans une rencontre, où le général-major Plokhowo faillit 
lui couper la retraite sur Miochow. Il ne pouvait plus tenir 
campagne, et en se dirigeant sur Olkusz, pour passer la fron- 
tière, il fit transporter à Cracovie les archives du gouverne- 
ment national qu'on avait placées sous sa garde. Il avait 
encore sous ses ordres dix-sept cents hommes, lorsqu'il 



— 59 — 
entra en Gallicie, le 25 septembre, sans déposer ses armes. 

Aussitôt le général Rudiger ordonna l'occupation de la 
ville de Cracovie. Les émigrés polonais, qui se croyaient en 
sûreté dans cette ville libre, eurent le temps d'en sortir et 
de passer en Autriche, où ils furent surveillés, mais non in- 
quiétés. 

Le 27 septembre, à six heures du soir, les premières co- 
lonnes du corps d'armée russe occupèrent Cracovie. Rudi- 
ger, qui les commandait en personne, adressa au Sénat de 
Cracovie une déclaration, dans laquelle, après avoir exposé 
les motifs de cette occupation momentanée, il garantissait 
la sécurité des personnes, l'inviolabilité des propriétés, et 
s'engageait à ne pas faire peser sur les habitants les frais 
de séjour de ses troupes. Il fit saisir au nom de l'empereur 
toutes les sommes, appartenant à la banque de Pologne et à 
divers caisses du royaume, que les rebelles avaient enlevées 
de Varsovie; mais il ne réussit pas à s'emparer des archives 
du gouvernement révolutionnaire. Il trouva en pleine acti- 
vité la fabrique d'armes qui avait jusqu'au dernier moment 
fourni au général Rozycki les moyens d'armer la levée en 
masse des palatinats de Kalisz et de Sandomir. 

Rozycki, sommé de mettre bas les armes et de se rendre 
à discrétion, ne s'était pas arrêté sur le sol de l'État de 
Cracovie, avec le reste de ses soldats, qui demandaient en- 
core à combattre ; il les avait conduits, malgré eux, en Au- 
triche, où ils furent désarmés et internés. Les officiers seuls 
eurent l'autorisation tacite de se rendre dans le lieu d'exil 
qu'ils voudraient choisir hors de l'Allemagne. 

Pendant ce temps-là, les négociations, ou plutôt les 
pourparlers les plus oiseux et les plus inutiles, avaient 
continué à lablona et à Modlin, avec le président Nie- 
moïowski et les membres du gouvernement national, qui, 






— 60 — 
en se voyant au milieu de l'armée polonaise, croyaient pou- 
voir prolonger la guerre, ou du moins obtenir des condi- 
tions plus avantageuses que celles du traité consenti par 
Krnkowiecki. 

Paskewitch, en annonçant à l'empereur les tentatives de 
résistance que llamorino, Rozycki, Kaminski, et quelques 
autres généraux renouvelaient dans les palatinats de la 
Pologne les plus voisins de l'Autriche, n'avait pas hésité 
à se porter garant du dénoûment prochain et définitif de 
l'insurrection polonaise : « Avant la fin de septembre, 
écrivait-il à la date du 4/16 de ce mois, je puis maintenant 
en avoir la certitude, il ne restera pas un seul rebelle dans 
tout le royaume de Pologne. » 

L'empereur n'en était pas moins indigné de l'obstination 
des rebelles; il ne pouvait leur pardonner ce que Paske- 
witch qualifiait hautement de trahison, et ce qui n'avait 
été, de la part de la Diète nationale, qu'une énergique pro- 
testation contre les défaillances du parti conservateur : 
Krnkowiecki, Prondzynski , et le vieux Casimir Mala- 
ehowski, avaient dépassé leurs pouvoirs et même désobéi 
aux injonctions formelles de la Diète, pour sauver Varso- 
vie; en agissant ainsi, ils s'étaient sacrifiés eux-mêmes aux 
intérêts de leurs concitoyens. 11 n'y avait eu trahison de 
personne, et ceux qu'on accusait d'avoir trahi se justifièrent 
bientôt avec éclat, en refusant d'accepter pour leur propre 
compte l'amnistie que Paskewich leur offrait gracieuse- 
ment, suivant le vœu de l'empereur. 

Nicolas resta persuadé, néanmoins, cpie les chefs de la 
rébellion polonaise avaient feint d'être touchés de sa clé- 
mence pour mieux persévérer dans leur révolte; il craignit 
de voir se rallumer la guerre civile, que la prise de Varso- 
vie aurait dû étouffer, et il se sentit surtout irrité que Ra- 



— lil 



morino, ce général piémontais qui n'avait aucun droit dose 

mêler des affaires de la Pologne, osât donner aux Polonais 
le signal d'une nouvelle levée de boucliers contre leur sou- 
verain. Il envoya donc au maréchal Paskewitch l'ordre de 
n'accorder ni paix ni trêve à cet aventurier, et de pour- 
suivre à outrance ses complices. . 

Certes, si Ramorino eût été pris les armes à la main, 
dans sa dernière lutte contre l'aide de camp général Rosen, 
qui ne daigna pas même recevoir ses parlementaires, il au- 
rait passé immédiatement devant un conseil de guerre; 
mais il eut le bonheur d'échapper à la poursuite de Rosen. 
Aussi, l'empereur fut très-mécontent d'apprendre que cet 
étranger avait trouvé un asile en Gallicie, et que les chefs 
militaires des frontières autrichiennes avaient mis autant 
de lenteur que de faiblesse a opérer le désarmement du 
corps de Ramorino. Il avait fallu, en effet, que Rosen 
adressât des plaintes sérieuses aux autorités locales pour 
obtenir ce désarmement. 

On s'explique ainsi le manifeste que l'empereur fit pu- 
blier a ce sujet, en Pologne, avec le contre-seing d'un 
membre de l'ancien conseil des ministres du royaume, le 
comte S. Grabowski. 



1 

-,i; 




« Nous, Nicolas I er , par la grâce de Dieu, empereur de 
toutes les Russies, roi de Pologne, etc., 

« Considérant qu'après la prise de Varsovie par nos 
troupes, et malgré la lettre du comte Krukow iecki au feld- 
maréchal Paskewitch comte d'Érivan, en date du 7/19 sep- 
tembre, qui annonçait à ce dernier l'entière soumission de 
la nation polonaise, le corps d'un étranger, nomme Ramo- 
rino, est resté en état d'hostilité contre la puissance légi- 
time rétablie en Pologne, et que, sans avoir égard ni aux 



— 62 — 
événements bien connus qui ont amené la soumission «le ce 

royaume, ni aux avertissements donnés itérativement au- 
dit Ramorino par l'aide de camp baron Rosen, aux lins de 
l'engager à se soumettre, ce corps d'armée a montré le 
dessein de prolonger une lutte, considérée comme inutile, 
môme par la noblesse insurgée; qu'il a, en effet, livré ba- 
taille à nos troupes et occasionné de nouveau l'effusion du 
sang, jusqu'au moment où, retiré sur le territoire autri- 
chien, il y a été désarmé par les troupes de Sa Majesté 
impériale et royale apostolique; 

« Considérant, en outre, que, par cette conduite dou- 
blement criminelle, le susdit corps a méprisé tous les 
moyens qui lui étaient offerts en Notre nom, d'effacer, par 
une prompte soumission, le souvenir de la part qu'il avait 
prise à l'insurrection, et s'est ainsi rendu indigne du bien- 
fait de Notre amnistie; 

« Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : 

« Les ofiiciers de tout grade qui, pendant les derniers 
événements de Pologne, ont fait partie du corps sous les 
ordres de Ramorino et se sont rendus avec lui sur le terri- 
toire autrichien, ne pourront plus rentrer ni dans l'empire 
russe ni dans le royaume de Pologne. Nous Nous réservons 
cependant de prononcer plus tard sur le sort de ceux que 
des motifs particuliers pourront faire excepter de la pré- 
sente disposition. 

« Donné à Tzarskoé-Sélo, le 20 septembre (2 octobre, 

nouv. st.), l'an de Jésus-Christ 1831, et de notre règne le 

sixième. 

« Nicolas. 

" Par l'empereur et roi : Comte S. GoABOWSKI, » 

Les mêmes mesures d'exception furent étendues succes- 
sivement, par d'autres manifestes, aux compagnons d'armes 



63 



de Rozycki, de Kaminski, et de tous les généraux ou offi- 
ciers qui avaient essayé d'entretenir la guerre civile sur 
le sol de la Pologne, et qui s'étaient réfugiés sur le terri- 
toire de l'État de Gracovie. 

La grande armée polonaise, qui avait transporté de la- 
blona à Modlin son quartier-général, y resta dans l'inaction 
la plus complète jusqu'au 20 septembre. Les pourparlers 
en vue d'une transaction pacifique ne discontinuèrent pas 
pendant ce temps-là, mais il y avait de part et d'autre une 
intention réciproque de gagner du temps et de ne rien con- 
clure : la Diète et le gouvernement national, qui s'étaient 
placés sous la sauvegarde de l'armée, attendaient, d'une 
part, le résultat de la diversion que devaient opérer les 
corps de Ramorino et de Rozycki dans les provinces méri- 
dionales de la Pologne, et, d'autre part, l'intervention con- 
ciliatrice des puissances européennes, surtout de la France, 
selon des promesses formelles attribuées au général Sé- 
bastian!, ministre des affaires étrangères de Louis-Philippe. 

Paskewitch comptait sur la défection d'une partie des 
chefs de la rébellion polonaise et sur le découragement 
progressif de la masse des rebelles. Tout esprit sage et im- 
partial avait pu prévoir, dès l'origine, que les négociations 
entamées, ne reposant sur aucune base iixe, seraient tôt 
ou tard rompues et abandonnées. 

« Si l'insurrection et la guerre eussent été convenable- 
ment dirigées, dit Lelewel, qui fut un des plus ardents à 
prolonger la résistance, la perte de la capitale, bien que 
grave, n'aurait pas amené la chute de la cause nationale. 
Sous le règne de Jean-Casimir, Varsovie fut occupé par 
l'ennemi à diverses reprises, et Etienne Czarniecki battu ; 
cependant ce même Czarniecki ne put être dompté, et la 
capitale fut reconquise. » 



I 

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— (H — 
Les temps et les hommes n'étaient plus les mêmes; il y 
avait encore des dévouements, mais le lien patriotique, qui 
les avait jusque-là rattachés à un centre commun d'action, 
se relâchait d'heure en henni et tendait à se briser; car, 
depuis la prise de Varsovie, tout ce qui avait fait la force de 
l'insurrection nationale, les femmes, les étudiants, les ec- 
clésiastiques, les ouvriers, semblaient neutres, inertes, 
muets, découragés. On pouvait donc considérer comme 
définitive et irrévocable la soumission de la Pologne, quoi- 
que la Diète révolutionnaire siégeât encore, a Modlin, au 
milieu d'une armée. 



CLXXXIV 



1 



Aussitôt que l'année polonaise était arrivée sons les murs 
de Modlin, diminuée déjà de cinq on six mille hommes 
qui étaient retournés dans leurs foyers, le président Nie- 
moïowski avait réuni en conseil de guerre tons les chefs de 
corps, pour les prier de nommer un nouveau généralissime, 
à la place de Casimir Malachowski ; c'était rouvrir la porte 
à des débats inextricables. 

— Quand donc finiront ces éternelles discussions qui nous 
ont été déjà si funestes! s'écria Dembinski. N'avons-nous 
pas un généra] en chef que nous respectons tous:» Ce qu'il 
nous faut, c'est un Gouvernement fort qui réunisse à la fois 
dans sa main les pouvoirs civils et militaires. 

Le vieux Malachowski donna lui-même sa démission, en 
disant : a Un général, qui a souscrit à la capitulation de 
Varsovie, n'est plus digne de commander; il doit se faire 
tuer sur le champ de bataille, pour expier un acte de fai- 
blesse, qui a pourtant sauvé la ville et ses habitants. » 

Ces paroles émurent l'assemblée qui admira le patrio- 
tisme de l'illustre vieillard, et Rybmski, qu'il désigna lui- 
même, fut élu général en chef. Quand on apprit, dans 
l'armée, que Malachowski avait déposé le commandement, 

5 



vr 



: 






— 66 — 
les soupçons les plus injustes ne lui furent pas épargnés; 
on l'accusa hautement d'avoir trempé dans la trahison de 
Krukowieeki, et ses amis, dans l'intérêt de sa sûreté per- 
sonnelle, le décidèrent à rentrer à Varsovie, avec un sauf- 
conduit du maréchal Paskewitcli. 

Le nouveau général en chef Rybinski, comme Chla- 
powski et la plupart des généraux qui avaient marqué pen- 
dant la guerre de Pologne, avait fait son apprentissage mili- 
taire dans les armées de Napoléon. C'était un brave et un 
honnête homme, mais, tout habile qu'il fût dans la tactique, 
il n'avail pas la capacité' nécessaire pour commander une ar- 
mée; il manquait, d'ailleurs, de prévoyance et de décision. 
Il s'occupa néanmoins, tandis que l'on négociait, de mettre 
de l'ordre dans l'organisation de l'armée et d'y rétablir un 
peu de discipline. 

La Diète, composée encore de quatre-vingt-deux nonces 
et de huit sénateurs, délibérait à Zakroszyn où elle avait 
rouvert ses séances à huis clos. Ses délibérations ne pou- 
vaient plus avoir la moindre influence sur les événements, 
et son dernier acte fut l'institution de l'ordre de la Persévé- 
rance. La devise de cet ordre militaire : (Jaque ad finem, 
dit un historien polonais, semblait être une épitaphe qu'on 
dût inscrire sur le tombeau de la Pologne. 

Pendant le cours des négociations, Paskewitcli n'avait 
pas perdu son temps; il connaissait le plan de campagne 
de Rybinski, qui avait le projet de faire repasser son armée 
sur la rive gauche de la Vislule, et de la conduire dans les 
palatinats de Kalisz et de Sandomir, pour recommencer 
la guerre, en s'appuyant sur les frontières de la Gallicie 
autrichienne et de l'État de Cracovie. Dix ou douze mille 
hommes de troupes d'élite restèrent sous les ordres du 
général comte de Witt, gouverneur provisoire de Varsovie. 



— 07 — 

Les principales forces de l'armée russe se concentrèrent 
entre la capitale et Modlin, et Paskewitch prit en personne 
le commandement de cette armée. Le baron Kreutz, à la 
tète d'une forte division de cavalerie, avait pour mission 
spéciale d'observer la forteresse de Modlin; l'aide de camp 
général Palhen, commandant du 1" corps d'infanterie, de- 
vait se porter a la rencontre des rebelles, par Blonie et 
Sochaczew, pour les attendre sur la rive gauche de la 
V istule. La réserve, composée en partie du corps de la garde, 
était commandée par le grand-duc Michel. 

L'armée polonaise comptait encore plus de vingt-cinq 
mille hommes, avec quatre-vingt-dix canons, par suite de 
l'adjonction successive des brigades de Lubinski, de Milberg 
et de plusieurs généraux, que la prise de la capitale avait 
forcés d'évacuer les provinces. Cette armée manquait d'ef- 
fets d'habillement et même de munitions, parce que tout 
son matériel de guerre était l'esté à Varsovie.; mais elle 
avait emporté plus de 28 millions en or, avec lesquels on 
aurait pu réparer en partie la perte de ses magasins et de 
ses arsenaux. 

Elle se mit en mouvement, le 25 septembre, en côtoyant 
la Vistule, et elle se trouvait le lendemain aux environs de 
Plock, où l'on avait commencé, à construire un pont. On 
disait que le passage du fleuve allait s'effectuer pendant la 
nuit, et que l'armée se dirigerait alors vers Kalisz, en tra- 
versant un pays dégarni de troupes russes, pour venir 
donner la main à Rozycki el aux généraux qui organisaient 
la levée en masse. 

Ce dernier plan de campagne avait prévalu dans un con- 
seil de guerre, où il avait été question de faire une tenta- 
tive sur Varsovie, de concert avec plusieurs généraux qui 
n'étaient rentrés dans la ville que pour y préparer une 



/ 



1 



- «8 — 

nouvelle insurrection. Parmi les projets insensés débattus 
dans ce conseil de guerre, on n'avait pas craint de vouloir 
recommencer l'aventureuse expédition de Dembinski en 
Lithuanie, et de chercher encore une fois à soulever les 
anciennes provinces polonaises. 

Le généralissime Rybinski avait jugé plus pratique et 
plus sage le projet de transporter le théâtre de la guerre 
sur les frontières d'Autriche; car on savait que vingt mille 
hommes de troupes prussiennes bordaient la frontière de 
Prusse, et se tenaient prêts à seconder les opérations des 
généraux russes. Le pont lui construit à Dobrzikow, avec 
une extrême rapidité; et dès le 23, l'avant-garde, qui se trou- 
vait ;i Plock sous le commandement de Dembinski, passait 
le lleuve et marchait surGombin; mais un contre-ordre, 
émané du généra] en chef, la lii rétrograder et repasser 
sur l'autre rive. On démonta ensuite le pont à la hâte, 
et les bateaux qui le composaient furent envoyés à Wra- 
clawsk, où l'on disposa toul pour le passage du fleuve. 

Le quartier-général était encore à Slupno, où le président 
Niemoïowski et lesmembres du gouvernement délibéraient. 
Le général Bérg «'tait venu les Bommer pour la dernière 
fois de faire leur soumission au tzar. Il fallait céder ou 
combattre. L'armée entière demandait à grands cris qu'on 
la conduisit au combat; les généraux hésitaient et parlaient 
de traiter. Le feld-maréchal Paskewitch avait adressé à la 
Dicte, non-seulement l'acte de soumission, mais encore la 
formule de serment à Sa .Majesté Impériale et Royale, que 
devaient signer sans exception tous les généraux et officiers 
polonais. Les membres du gouvernement national deman- 
dèrent un délai de quarante-huit heures, qui leur fut refusé. 
Le mouvement des troupes russes se poursuivait dans toutes 
les directions, de manière à cerner les rebelles dans le 




— 69 — 

palatinat de Plock, en les acculant contre la frontière prus- 
sienne. 

Un grand conseil de guerre fut encore tenu à Plock : au- 
cun des membres de la Diète n'y assistait; on y voyait seu- 
lement, outre les chefs de corps, quelques officiers subal- 
ternes. La discussion fut moins longue et moins vive qu'à 
l'ordinaire. On décida, presque à l'unanimité, que l'armée 
s'arrêterait pour attendre l'ennemi. Cette nouvelle se ré- 
pandit parmi les troupes et ranima leur espoir avec leur 
enthousiasme. 

Le président Niemoïowski et les membres du gouverne- 
ment avaient quitté Slupno, en apprenant la convocation 
du conseil de guerre : ils résolurent de nommer un dicta- 
teur qui réunirait dans ses mains tous les pouvoirs civils et 
militaires. Niemoïowski se démit de la présidence; on re- 
tira le titre de général en chef à Rybinski qu'on accusait de 
mollesse et d'indécision, et, pour lui donner un successeur 
on mit en avant les noms de Rem et d'Uminski. Le général 
Bem, déclinant l'honneur qu'on voulait lui faire, déclara 
qu'il ne se sentait pas digne de remplacer Rybinski. Le 
général Uminski accepta et fut nommé par la Diète; mais 
cette nomination était à peine connue de l'année, que les 
officiers et les soldats protestèrent à grands cris, en disant 
qu'ils n'accepteraient pas d'autre chef que Rybinski. Ce gé- 
néral se vit donc obligé de conserver le commandement 
en chef. 

Les membres de la Diète invitèrent alors Niemoïowski a 
reprendre la présidence; puis, la Diète s'ajourna, après avoir 
décidé qu'elle irait siéger à Cracovie, lorsque l'armée po- 
lonaise aurait effectué sa retraite sur le territoire de cette 
république. 

Pendant ces querelles et ces indécisions, les généraux 









70 






• 







russes avaient occupé des positions importantes qui em- 
pêchaient l'armée polonaise de se jeter dans le palatinat 
d'Augustowo, où le sol montagneux et couvert de forêts 
eût été favorable à la prolongation de la guerre. Les corps 
de Kreutz, de Schakhowskoï et du grand-duc Michel s'é- 
taient enfin mis en marche et s'avançaient sur Plock, de 
trois côtés à la fois. 

Il v eut alors une sorte de panique parmi cette foule 
d'individus de tout âge, de tout rang, de toute condition, 
qui étaient venus se placer sous la protection de l'armée 
nationale et qui se résignaient à partager son sort. Cette 
armée, déjà toute désorganisée, se dirigeait lentement, sur 
le bourg de Wraclawsk, en longeant la Vistule. Tout ce qui 
composait l'émigration polonaise s'empressa de quitter Plock 
que l'ennemi allait occuper et de suivre le mouvement ra- 
pide des troupes qui s'en éloignaient. 

C'était un étrange et triste spectacle que cette multitude 
silencieuse, abattue, désolée, parmi laquelle, ministres, 
nobles, prêtres, fonctionnaires publics, femmes, enfants, 
marchaient dans la boue, sous des torrents de pluie, quel- 
ques-uns nu-tête et pieds nus, là\ plupart dénués d'argent 
et de moyens d'existence. Beaucoup s'arrêtèrent en chemin, 
lout en larmes, épuisés de fatigue et d'inanition. 

Des cris de colère et d'indignation s'élevèrent de toutes 
parts, quand on apprit que le président Niemoïowski, le 
maréchal de la Diète et quelques autres membres du gou- 
vernement national s'étaient dirigés à la hâte vers la fron- 
tière de Prusse, sous l'escorte d'un régiment de cavalerie, 
et avaient cherché leur sûreté personnelle sur le territoire 
prussien. L'armée, cependant, n'avait rien perdu de son 
enthousiasme patriotique, à travers tant de souffrances et 
de privations : elle aspirait à se trouver bientôt en présence 



"I 



des Russes et elle ne désespérait pas d'avoir sa revanche 
de la bataille de Varsovie. 

Le général Bem avait pris le commandement de l'avant- 
garde : il trouva, en arrivant vis-à-vis de Wraclawsk, le 
pont de bateaux qu'on achevait de construire sur la Vistule; 
il passa le fleuve avec trois mille hommes, et il prit posi- 
tion au delà de Wraclawsk, pour attendre le reste de l'ar- 
mée : les soldats, croyant retourner à Varsovie, s'embras- 
saient en chantant l'air national des Polonais. Personne 
cependant n'ignorait que le général Pahlen, à la tête d'une 
forte division, avait couvert les deux chemins qui condui- 
saient dans le midi de la Pologne ; mais on était bien résolu 
à lui passer sur le ventre pour arriver sous les murs de la 
capitale, où il n'était pas resté, disait-on, plus de six mille 
hommes de troupes russes. Mais tout à coup Bem reçut du 
général en chef l'ordre de retourner en arrière et de re- 
passer la Vistule. 

Rybinski venait d'apprendre la défaite de Ramorino, de 
Kaminski et de Rozycki, ainsi que l'occupation de Cracovie 
par un détachement du corps do général Rudiger. Il ne 
fallait plus songer à soutenir, par les armes, la cause polo- 
naise, et Rybinski, assisté seulement de quelques-uns de 
ses généraux, ne garda son commandement que pour em- 
pêcher l'armée de mettre bas les armes et de se rendre à 
discrétion. Cette malheureuse armée avait été frappée de 
stupeur, à la nouvelle du désastre de Ramorino et de Ro- 
zycki, qu'elle regardait comme des sauveurs : plus de trois 
mille hommes avaient spontanément quitté leurs drapeaux 
et jeté leurs armes; dix ou vingt généraux, entre autres 
Mrosinski, Dziekonski, Zielinski, Lubinski, s'étaient rendus 
au quartier-général russe, pour faire leur soumission. Le 
reste de l'armée polonaise continua sa retraite désordonnée 




. 







- 75 — 

sur Lipno et ensuite sur Rypin, en laissant sur sa route bien 
des traînards et des affamés. 

Les Russes suivaient, côtoyaient, sans les attaquer, sans 
les harceler, ces débris de régiments sans chef, ces masses 
confuses de malheureux fugitifs, que le manque de nourri- 
ture, la douleur et le découragement eussent achevé de 
vaincre et de détruire. 

Rybinski, en arrivant à Rypin, sur l'extrême frontière de 
la Pologne, se hâta de conclure une convention verbale avec 
les autorités prussiennes, pour l'entrée de ses troupes et 
des émigrés polonais : il n'eut pas plutôt évacué Rypin, que 
Pahlen s'en empara et que le gros de l'armée russe se dé- 
ploya sur les hauteurs de cette ville, tandis que les détache- 
ments du lieutenant-général Vlassoff et du général-major 
Dockthorotf serraient les flânes de la colonne de Rybinski. 
Il n'y eut pourtant pas un seul coup de fusil tiré de part et 
d'autre. 

Le 5 octobre, au point du jour, l'armée polonaise, au 
nombre de vingt mille hommes, entra en Prusse, entre 
Brodniça et S^viedziebno, sous la surveillance d'un corps 
d'armée prussien, qui les accueillit en leur rendant les 
honneurs militaires et qui ensuite leur fit déposer leurs 
armes, aux termes de la convention souscrite par leur gé- 
néral en chef. L'armée russe assista, l'arme au bras, à 
l'expatriation volontaire de ces vingt mille soldats qui 
n'essayèrent pas de combattre pour la dernière fois : une 
quarantaine de Cosaques s'étant approchés, par mégaide, 
de la colonne polonaise, furent enlevés et transportés en 
Prusse, où les autorités leur firent rendre armes et che- 
vaux, en les renvoyant à leur corps. 

La veille de son entrée en Prusse, Rybinski avait, en sa 
qualité de commandant en chef de l'armée polonaise, 






— 73 — 
adressé une protestation solennelle à l'Europe, en faveur 
de la Pologne vaincue, et une lettre noble et digne au roi 
de Prusse, dans laquelle il réclamait, pour ses malheureux 
compatriotes, l'hospitalité et la protection de ce monarque, 
en déclarant que ses compagnons d'armes se fussent soumis 
à leur souverain constitutionnel, mais qu'ils ne souscri- 
raient jamais aux conditions humiliantes que le maréchal 
Paskewitch voulait leur imposer. 

Une foule de citoyens appartenant à toutes les classes de 
la nation avaient passé, avec l'armée, sur le territoire 
prussien : Rybinski eut beaucoup de peine à obtenir qu'ils 
ne fussent pas remis, de gré ou de force, entre les mains 
des autorités russes. Dès ce moment, l'émigration polo- 
naise, composée surtout de nobles, de propriétaires et 
d'employés, formait un noyau considérable qui grossissait 
tous les jours et qui était une menace permanente pour la 
Russie, en restant agglomérée sur la frontière. La Prusse 
donna bientôt satisfaction aux plaintes du gouvernement 
russe, et accorda des passe-ports pour l'étranger à tous les 
exilés qui justifiaient de quelques moyens d'existence. 

Le gouvernement national avait cherché à mettre la 
main, au nom de la pairie, sur les fonds de la banque de 
Pologne, qu'on avait emportés de Varsovie pour les be- 
soins de l'armée, et qui restèrent intacts sous la garde de 
Henri Lubienski, directeur de la banque. Rybinski, qui 
n'avait pas peu contribué à faire respecter ce dépôt, s'ho- 
nora par la restitution des G millions de florins que Lubien- 
ski fut chargé de ramener intacts à Varsovie. 

La retraite de l'armée polonaise en Prusse n'avait pas 
répandu une goutte de sang, et le feld-maréchal Paske- 
witch pouvait se féliciter d'avoir tenu, à si bon marché, la 
promesse, sans doute imprudente, qu'il avait faite à l'em- 










pereur : en moins d'un mois, la Pologne était délivrée de 
la rébellion et des rebelles. 

Le drapeau de l'insurrection flottait encore sur deux for- 
teresses, Modlin et Zamosc; quelques bandes de marau- 
deurs, plutôt que d'insurgés, se cachaient dans les bois et 
n'en sortaient que pour se livrer à des exactions et à des dé- 
prédations sur les villages voisins-, mais, à vrai dire, il n'y 
avait plus, dans le royaume, qu'un petit nombre de Polonais 
insoumis. L'autorité militaire régnait seule exclusivement 
dans les villes comme dans les campagnes; elle se montrait 
généralement passive et exportante, ce qui faisait croire 
que l'administration civile régulière ne tarderait pas à re- 
prendre ses droits. 

Le pays, cependant, avait été si profondément ébranlé 
par la révolution, que la sévérité était une des conditions 
nécessaires de l'ordre public et de la soumission des habi- 
tants : de là des prescriptions rigoureuses et des admoni- 
tions menaçantes, qui n'entraînèrent que bien rarement des 
nécessités de répression et de châtiment exemplaire. Les 
plus coupables, il est vrai, avaient eu la prudence de se 
faire justice en quittant le pays. 11 n'y eut donc qu'un 
nombre très-restreint d'emprisonnements préventifs et de 
condamnations arbitraires. 

On ne signala qu'une exécution à mort, pendant que Var- 
sovie fut sous le régime de l'état de siège : un bourgeois, 
nommé Joseph YVitterman, dans la maison duquel on 
trouva une assez grande quantité de carabines et de muni- 
tions de guerre, fut condamné à être fusille. 

Dans les provinces lithuaniennes, au contraire, que l'em- 
pereur avait persisté à laisser en dehors de toute amnis- 
tie, des commissions militaires étaient déjà instituées pour 
rechercher les fauteurs de la rébellion et les chefs de 



— 75 — 
bandes, lesquels appartenaient presque tons à la noblesse 
polonaise. Beaucoup de propriétaires furent dénoncés par 
leurs propres paysans et emprisonnés, ce qui décida les 
plus compromis à se cacher ou même à s'enfuir à l'étran- 
ger. Les procès s'instruisirent secrètement : deux ou trois 
nobles, entre autres le comte Stempowski, convaincus 
d'avoir pris les armes et prêché la révolte contre le tzar, 
avaient été condamnés à mort; mais la peine fut commuée 
en celle des travaux forcés dans une forteresse ou en Sibé- 
rie, avec dégradation de la noblesse. 

Ces condamnations, ces procès, et surtout les bruits si- 
nistres auxquels ils donnaient lieu, répandirent la conster- 
nation en Podolie et en Wolhynie. On disait que, d'un jour 
à l'autre, tous les nobles seraient enveloppés dans une es- 
pèce de proscription et transportés au Caucase, après sé- 
questration ou confiscation de leurs biens. Ces inquiétudes, 
qui ne reposaient que sur des suppositions vagues, ne con- 
tribuèrent pas peu à l'apaisement de l'effervescence révolu- 
tionnaire. 

On n'avait pas vu encore reparaître en Pologne un 
grand nombre de prisonniers qui étaient internés dans 
toutes les parties de la Russie. La plupart n'avaient point 
à se plaindre des rigueurs de leur captivité ; quelques-uns 
avaient, de leur propre mouvement, pris du service dans 
l'armée russe; d'autres avaient prêté serment à l'empe- 
reur. On disait pourtant que ces prisonniers subissaient les 
plus mauvais traitements, et l'on assurait même que ceux 
qui travaillaient à la chaîne, dans le port de Cronstadt, 
avaient été décimés sous les coups du knout, parce qu'ils 
s'obstinaient à chanter l'hymne national polonais, ou bien 
parce qu'ils faisaient leur prière en langue polonaise. 
De pareils faits, si tant est qu'ils se soient produits, res- 



— 76 — 
tèrent ignorés de l'empereur, qui exprima plus d'une fois 
les sentiments les plus humains envers les prisonniers. Ces 
sentiments se manifestèrent eu faveur d'une jeune Polo- 
naise nommée Gorska, qui avait combattu dans les rangs 
des rebelles en qualité de volontaire, et qui s'y était dis- 
tinguée par sa bravoure. On découvrit son sexe dans la 
prison où elle était renfermée, et le général Gheismar, qui 
voulut la voir et l'interroger, fut émerveillé de son hé- 
roïsme. Il eut pour elle les plus grands égards. 

Nicolas voulut aussi voir Gorska et la fit venir à Saint- 
Pétersbourg. Elle arriva, portant son uniforme de sous- 
lieutenant, et fut aussitôt conduite chez l'empereur. L'im- 
pératrice était présente. Gorska, sans paraître intimidée, 
répondit aux questions du tzar avec autant de simplicité 
que de noblesse, et elle proclama, dans les termes les plus 
chaleureux, son amour, son dévouement pour sa patrie; 
elle raconta sa vie militaire et témoigna le regret de n'être 
pas morte sur le champ de bataille avant la prise de Varso- 
vie. Nicolas, oubliant ses griefs contre la Pologne, ne put 
s'empêcher de dire à voix basse, en se tournant vers l'im- 
pératrice : a Heureuse la nation qui peut inspirer de tels 
héroïsmes! » 

— Je n'ai pas oublié, ajouta l'empereur en s'adressant à 
Gorska, que les Polonais, malgré leur ingratitude, sont 
mes enfants, et comme tels, je dois récompenser les ac- 
tions d'éclat qui leur font honneur. En conséquence, je 
vous décore de la croix de Saint-Georges et je vous ac- 
corde, votre vie durant, une pension de 700 roubles. 

L'impératrice donna son portrait enrichi de diamants à 
l'héroïne polonaise et, l'embrassant avec effusion, la retint 
à dîner à la table impériale. 



CLXXXY 



L'empereur Nicolas n'avait pas encore pris de parti dans 
une question aussi complexe et aussi difficile que le réta- 
blissement de son autorité souveraine en Pologne; il se 
sentait entraîné, malgré lui, au système des représailles 
que le peuple russe demandait comme une satisfaction 
donnée à ses vieilles haines nationales, et pourtant la géné- 
rosité de son caractère répugnait à châtier des rebelles qu'il 
avait vaincus et soumis. S'il avait été sûr de leur repentir 
il n'eût pas hésite sans doute à proclamer immédiatement 
leur pardon. Mais il comprenait que le ressentiment de leur 
défaite resterait comme une blessure incurable au fond de 
leur cœur, et que les Polonais, quoi qu'il fit désormais poul- 
ies rattacher par la reconnaissance à la grande famille de 
ses sujette, seraient longtemps encore des ennemis dange- 
reux au milieu de son empire. 

L'empereur ne s'ouvrit qu'à quelques-uns de ses conseil- 
lers intimes, sur les graves préoccupations que lui avait 
apportées la fin de l'insurrection polonaise : il pensait, comme 
eux, que cette insurrection avait anéanti les traités euro- 
péens qui étaient la base de l'existence de la Pologne, 
comme royaume constitutionnel ; il accusait la Diète révo- 




— 78 - 

lutionnaire d'avoir déchiré elle-même ces traités, en pro- 
nonçant insolemment la déchéance de la famille Romanoff. 

— Les bienfaits de l'empereur Alexandre n'ont pas en 
d'action sur l'ingratitude polonaise, dit-il tristement au 
comte de Nesselrode qu'il consultait quelquefois et dont il 
écoutait les avis présentés sous la forme d'une opinion im- 
personnelle ; les mêmes bienfaits, de quelque part qu'ils 
vinssent, trouveraient toujours la même ingratitude. 

— Votre Majesté ne se guidera donc pas d'après des 
sentiments, mais d'après des intérêts, reprit le vice-chan- 
celier qui appréciait en profond politique les difficultés et 
les dangers de la situation. Votre Majesté sait, d'ailleurs, 
que la reconnaissance est plus rare et plus incertaine de 
la part d'un peuple que de celle d'un individu. 

— Je n'ai pris aucune résolution, dit brusquement Nico- 
las : j'hésite, je cherche, je m'interroge. L'inspiration d'en 
haut n'a pas encore parlé. 

— Sire, objecta le comte de Nesselrode, on peut regretter 
que la question ne soit pas simplement une question russe; 
elle serait promptement tranchée; mais, derrière laPologne, 
il y a l'Europe. 

En effet, depuis la prise de Varsovie, tous les cabinets 
de l'Europe, même les plus étrangers à la question polo- 
naise, avaient fait adresser au gouvernement impérial des 
représentations ou des suppliques en faveur des Polonais. 
Cette unanimité d'intervention diplomatique n'avait servi 
qu'à irriter davantage l'empereur contre les rebelles, qui 
trouvaient ainsi des auxiliaires, ou du moins des protecteurs, 
jusque dans les cours alliées de la Russie. Nicolas ordonna 
au comte de Nesselrode de n'accueillir ces démarches indis- 
crètes et intempestives, qu'à titre de conseils officieux. Les 
instances réitérées des ambassadeurs d'Angleterre et de 



— 79 — 

France, à Saint-Pétersbourg, no purent obtenir que des 
promesses d'atermoiement et de sérieux examen à l'égard 
des destinées de la Pologne. 

L'irritation de l'empereur n'avait fait que s'accroître, à 
la réception des nouvelles de Paris. La prise de Varsovie 
avait été dans celte capitale, du 16 au 19 septembre, l'oc- 
casion ou le prétexte d'une émeute, qui s'était traduite en 
provocation populaire contre la Russie, et qui semblait 
vouloir pousser le gouvernement île Louis-Philippe à faire 
la guerre au profit de la Pologne. Par bonheur, les attrou- 
pements séditieux, composés surtout tic jeunes gens portant 
des crêpes au bras en signe de deuil, et criant : Vive la 
Pologne! Guerre à la Russie! furent arrêtes el dispersés, avant 
de parvenir à l'hôtel de l'ambassade russe, ou ils se pro- 
posaient de renouveler les scènes odieuses du 9 mars pré- 
cédent. Mais l'émeute, coznmencée dans la rue, eut des 
échos fâcheux dans la Chambre des députés, où les chefs 
de l'Opposition s'attaquèrent avec une incroyable violence à 
la Russie et à son souverain. 

Le général Sébastiani, ministre des affaires étrangères, 
s'était servi d'une expression malheureuse pour annoncer 
a la Chambre les événements de Pologne, en disant : L'ordre 
règne à Varsovie. Mauguin et les orateurs de la gauche, qui 
recevaient leurs inspirations des comités polonais présidés 
par La Fayette, protestèrent avec fracas contre ce qu'ils 
appelaient la complicité du ministère avec la politique russe. 
Sébastiani fut obligé de défendre le Gouvernement par des 
allégations évasives que les faits étaient loin de justifier; il 
prétendit que des explications catégoriques avaient été 
demandées à Saint-Pétersbourg sur le sort réservé aux Po- 
lonais, à la suite de leur insurrection; et il ajouta que ces 
explications étaient aussi nettes, aussi précises qu'on pou- 



— su 







vait le désirer : « Le cabinet français, dit-il, a fait com- 
prendre à l'empereur de Russie qu'il y avait deux questions 
en Pologne : l'une intérieure et personnelle à la Russie, 
l'autre européennne. » 

Or, c'était là justement ce que l'empereur Nicolas n'avait 
jamais voulu admettre; il maintenait et il maintint toujours 
son droit absolu de régler seul, sans souffrir aucune in- 
tervention, aucune immixtion de la part des puissances 
européennes, les affaires de la Pologne comme celles de sou 
empire. Seulement, le comte de Nessehode avait répondu 
d'une manière uniforme et persistante, aux ministres étran- 
gers qui l'interrogeaient et cherchaient à le pressentir sur 
ce sujet épineux et délicat : « L'Europe connaît la sagesse 
de l'empereur ; elle saura bientôt jusqu'où peut aller sa 
magnanimité et sa clémence. » 

Néanmoins, l'empereur s'était absolument refusé à rece- 
voir en particulier le ministre de France, le baron Paul de 
Bourgoing, qui sollicitait une audience, dans l'espoir de 
raviver, en faveur de la Pologne, les sentiments de bien- 
veillance qu'il avait réussi à faire naître chez le souverain 
irrité, dans deux circonstances mémorables : M, de Bour- 
going avait eu le tort de prendre avec trop de chaleur la 
défense des Polonais, et Nicolas lui en gardait rancune, 
malgré l'estime personnelle qu'il n'avait cessé de lui témoi- 
gner. 

La froideur de l'empereur à l'égard du ministre de 
France avait été remarquée, et elle fut peut-être une des 
causes du mauvais vouloir que les Russes manifestèrent, à 
cette époque, pour les Français. On les accusait hautement, 
à Saint-Pétersbourg, d'avoir donné les mains à la révolu- 
tion de Pologne, et on les enveloppa ainsi dans la haine, 
dans le ressentiment général, dont les Polonais étaient de- 



— 81 — 

venus l'objet. Ce ressentiment se traduisait par une sorte 
de provocation publique, confie laquelle le ministre de 
France crut devoir mettre en garde ses compatriotes qui 
résidaient à Saint-Pétersbourg, en les invitant à s'abstenir 
de toute conversation politique au sujet de la Pologne. 

Sur ces entrefaites, on annonça que l'insurrection polo- 
naise étant complètement réprimée, un Te Deum serait cé- 
lébré au champ de Mars, en présence des troupes de la 
garnison de Saint-Pétersbourg. Le baron de Bourgoing , 
prévoyant qu'il serait invité officiellement à cette cérémo- 
nie, pensa qu'il ne pourrait y assister, comme ministre de 
France, sans compromettre son Gouvernement, et surtout 
sans blesser ses convictions personnelles. Il alla trouver un 
des personnages influents qui voyaient le plus familière- 
ment l'empereur Nicolas, et il le pria d'intervenir auprès 
de Sa Majesté pour lui faire comprendre que le ministre de 
France ferait triste figure dans une cérémonie de réjouis- 
sance publique a l'occasion de la défaite des Polonais. Le 
personnage à qui s'adressait M. de Bourgoing ne lui cacha 
pas que son -refus "de paraître, en pareille circonstance, 
avec les membres du corps diplomatique, causerait à l'em- 
pereur un vif déplaisir, et que les bonnes relations de la 
Russie avec la France en seraient inévitablement altérées. 

— Si vous êtes réellement attaché à l'empereur, dit la 
personne à qui M. de Bourgoing avait fait cette confidence, 
pouvez-vous hésiter a remercier la Providence de ce qu'il 
ait dompté ses sujets rebelles? 

— Sans doute, a vos yeux, reprit le chargé d'affaires, les 
Polonais ne sont que des rebelles vaincus; mais, aux yeux 
de la France entière, ce sont d'anciens alliés, objets d'une 
sympathie unanime. 

- Je ne vois pas moyen d'arranger cette affaire, répli- 

G 






VI 



— S-2 — 
qua l'intermédiaire que M. de Bourgoing avait choisi; 
quant à moi, je n'oserais en parler directement à l'empe- 
reur. Je crains bien que le comte de Nesselrode ne veuille 
pas davantage se charger de la commission. 

Le Te Deum et la revue qui devait l'accompagner furent 
fixés, en effet, au 18 octobre, dès que l'empereur eut reçu 
presque a la fois la nouvelle de la retraite de l'armée polo- 
naise sur le territoire prussien et celle de la soumission de 
Modlin : le colonel Leduchowsla, qui commandait dans 
celte citadelle, l'avait rendue sans condition au grand-duc 
Michel, après viligl juins de blocus, et l'on attendait d'un 
jour a l'autre la capitulation de Zaïnosc, la dernière place 
que les rebelles occupassent avec des forces considérables. 
L'empereur avait promulgue successivement plusieurs 
ukases (des 9, 12 et l(i octobre) contre les officiers polo- 
nais qui avaient perdu leurs droits au bénéfice de l'amnis- 
tie, en persévérant dans leur rébellion et en se retirant 
hors des frontières de l'empire avec les soldats qu'ils com- 
mandaient. Le jour du Te Deum, a l'occasion de la prise de 
Varsovie et de l'heureuse pacification de la Pologne, on vit 
paraître ce manifeste impérial, qui fut affiché à Saint-Pé- 
tersbourg et envoyé dans toute la Russie : 

« Par la grâce de Dieu. Nous, Nicolas I er , empereur et 
autocrate de toutes les Russies. roi de Pologne, etc. 

« A tous nos fidèles sujets savoir faisons : 



« La guerre qu'avait allumée la trahison est terminée; 
la population du royaume de Pologne est délivrée de la 
violence des révoltés, et presses de tous côtés par notre 
brave armée, les faibles débris de leurs bandes, qui 



— 83 — 
avaient persisté jusqu'à la fin dans leur aveuglement, se 
sont réfugiés sur le territoire des Etats limitrophes, où ils 
ont mis bas les armes. Sujets fidèles, en vous annonçant ce 
triomphe, consolant surtout, puisqu'il amène le retour de 
l'ordre et de la tranquillité, Nous Nous unissons à vous, 
comme Nous l'avons fait au commencement de cette lutte si 
pénible pour Notre cœur paternel, pour Nous adresser à 
Celui qui, tenant entre ses mains [es destinées des empires 
et des peuples, a si évidemment hem Notre bon droit. Que 
Notre première pensée, le premier hommage de Nos 
louanges et de Nos actions de grâces, s'élèvent vers son 
trône! Dans ses décrets impénétrables, il lui a plu de Nous 
infliger de nouvelles et douloureuses épreuves, mais il les 
a signalées par les nouvelles bénédictions qu'il a répandues 
sur Nous, en manifestant a tous les yeux l'immuable soli- 
dité des bases sur lesquelles repose la puissance de la Rus- 
sie , et en couvrant Nos fidèles troupes, cet inébranlable 
rempart de la patrie, de l'éclat d'une gloire nouvelle. 

« Nos braves soldats ont justifié Notre confiance. Illus- 
trés par leurs exploits sur les bords de l'Euphrate comme 
aux sommets des Balkans et du 'Jaunis, el dans les plaines 
de la Roumelie, ils ont su, dans cette mémorable cam- 
pagne de plus de sept mois consécutifs, se surpasser en- 
core, méprisant tous les dangers, supportant des fatigues et 
des besoins inouïs, triomphant, et des obstacles suscites par 
la nature, et de la résistance désespérée d'ennemis qui 
n'épargnaient ni les biens ni le sang de la nation entraînée 
par eux au crime. Une suite de succès glorieux a été noble- 
ment couronnée par la prise de Varsovie, où l'ennemi n'a 
pas moins admiré la bravoure magnanime des vainqueurs, 
que leur respect pour la vie et les propriétés des vaincus! 
Toutes les actions de Notre armée, dans le royaume de Po- 





— M — 
logne. avaient également été empreintes de ce caractère de 
modération dans la victoire, de désintéressement et d'hu- 
manité. Nos volontés ont toujours été présentes à sa pen- 
sée, même au milieu du carnage; Nos troupes se sont effor- 
cées constamment d'adoucir les horreurs de cette guerre 
intestine : partout elles ont épargné, après les avoir vain- 
cus, les rebelles égarés, et toujours ceux qui rentraient 
dans le devoir ont été accueillis en frères. 

« Russes! avec l'aide de la Providence divine, nous achè- 
verons ce que nos braves troupes ont commencé! Le temps 
et nos soins détruiront jusqu'aux germes de ces dissensions 
qui ont si longtemps agité deux nations issues de la même 
origine. Et, vous aussi, vous ne verrez dans Nos sujets du 
royaume de Pologne, rendus à la Russie, que des membres 
de cette grande famille a laquelle vous appartenez. Ce 
n'est point en inspirant les craintes d'une réaction venge- 
resse, mais par des exemples constants de fidélité, de 
grandeur d'âme et d'un généreux oubli des injures, que 
vous concourrez au succès de Nos desseins, pour assurer 
une plus intime, une plus solide union de ce pays avec les 
autres parties de l'Empire! Que. pour Notre bonheur et 
pour la gloire de la Russie, cet indissoluble lien trouve à 
jamais sa garantie et son appui dans le sentiment d'un égal 
attachement au même monarque, dans celui de l'identité 
des intérêts et des besoins, et dans celui d'une commune 
prospérité qu'aucune mésintelligence ne puisse troubler! 

« Donné a Saint-Pétersbourg, le b' c (48, nouv. st.) joui 
du mois d'octobre de l'an de grâce mil huit cent trente et 
un, et de Notre rèirne le sixième. 






« Nicolas. » 



La cérémonie du Te Deum, qui allait avoir lieu, avait ap- 
pelé un concours de spectateurs dix fois plus nombreux que 
celui qui ne manquait jamais de se presser aux revues de 
l'empereur : la population de Saint-Pétersbourg, mal«re la 
rigueur du froid, semblait s'être transportée tout entière 
aux abords du champ de Mars, pour prendre pari à cette 
fête nationale. La garde impériale, les écoles militaires el 
les troupes de la garnison, étaient rangées en bataille sur 
la vaste esplanade, au centre de laquelle s'élevait un autel 
sur une estrade surmontée d'une tente magnifiquement dé- 
corée. 

L'empereur, suivi de son état-major, arriva sur le ter- 
rain, à midi sonnant, au bruit des salves d'artillerie et au 
son des cloches. Il passa en revue les troupes et monta en- 
suite sur l'estrade, où se trouvait déjà le métropolitain, 
venu processionnellement a la tète de tout le clergé, pour 
célébrer le Te Deum : les membres du Conseil de l'Empire, 
les ministres, les sénateurs, et le corps diplomatique, 
étaient présents à la cérémonie. 

Nicolas jeta un regard rapide sur les assistants, et se pen- 
chant vers son aide de camp, le général d'Adlerberg, qui 
se trouvait derrière lui : 

— Je ne vois pas M. de Bourgoing? lui dit-il. Je lui avais 
pourtant fait adresser une invitation. 

— Sire, répondit l'aide de camp, le bruit court que le 
ministre de France est indisposé. . . 

— Indisposé! repartit amèrement l'empereur. 11 aura 
craint de se compromettre vis-à-vis des Polonais! 

L'empereur fut très-sensible à l'absence du baron de 
Bourgoing, qui s'était fait, excuser, et dont personne n'avait 
osé présenter les excuses à l'empereur. On remarqua, en 
outre, que, d'après l'avis du ministre de France, les Fran- 










— 86 — 
çais résidant à Saint-Pétersbourg avaient évité de se mon- 
trer à la revue. 

Après la cérémonie religieuse, l'empereur prit en per- 
sonne le commandement des troupes et les fit défiler de- 
vant l'impératrice, qui, à cause du froid excessif, avait en- 
tendu le Te Deum dans la chapelle du corps du génie, et 
n'en était sortie avec sa suite, crue pour voir le défilé, pen- 
dant lequel les joyeuses acclamations du peuple se mê- 
laient aux hourras des soldats et aux sons des musiques 
militaires. Toutes les maisons étaient pavoisées de dra- 
peaux et ornées de devises . d'inscriptions et d'em- 
blèmes, qui ajoutèrent, le soir, à l'éclat des illumina- 
tions. 

Cette brillante revue eut pour accessoire la publication 
d'un ordre du jour, dans lequel l'empereur compléta la série 
de récompenses qu'il réservait à tous les chefs de corps, à 
tous les officiers qui s'étaient distingués dans la guerre de 
Pologne depuis le commencement de la campagne jusqu'à 
la prise de Varsovie. Il changea les dénominations de plu- 
sieurs régiments, réorganisa les six brigades qui devaient 
former trois divisions d'infanterie de la garde, nomma plu- 
sieurs chefs de régiments et commandants de corps, promut 
à différents grades supérieurs les lieutenants-généraux, les 
généraux-majors et les colonels qui pouvaient se plaindre 
d'avoir été oubliés dans le cours de cette rude et pénible 
campagne, et il distribua enfin, dans ce seul ordre du jour, 
deux fois plus de nominations qu'il n'en avait accordé à la 
suite de la guerre de Turquie. 

C'était manifester avec éclat combien il se réjouissait de 
voir la guerre finie et la Pologne vaincue, sinon encore 
pacifiée. Sa satisfaction se montra mieux encore dans cet 
autre ordre du jour, adressé aux troupes de l'armée active, 



— SI — 

sous la même date que le manifeste adressé exclusivement 
aux Russes : 




« Soldats! vous avez rempli mon attente. Je vous avais 
chargés de dompter la Pologne rebelle; Te vous avais 
confié la défense de la patrie, et vous vous êtes montrés les 
dignes gardiens de son honneur et de sa sécurité. Vous 
reveniez à peine des sommets du ïaurus el des plaines 
d'Andrinople. que, dans cette nouvelle lutte contre un en- 
nemi acharné, vous avez su triompher de lous les obstacles, 
et par vos immortels exploits sur les bords de la Yistule, 
du Bug et du Narexv, comme dans les fossés profonds et 
sur les remparts de Varsovie, relever encore l'éclat des 
armes russes. Le sort des combats a couronné vos efforts : 
la rébellion est domptée, le royaume de Pologne rendu à 
l'empire de Russie, et les vaincus, voyant enfin le ferme de 
leurs funestes agitations, bénissent eux-mêmes nos victoires. 
Braves soldats ! c'est d'abord au Tout-Puissant qu'en ap- 
partient la gloire. Mais, après lui avoir offert l'hommage de 
nos actions de grâce, Te m'adresse a vous et Je vous re- 
mercie, au nom de la patrie victorieuse et reconnaissante. 
Les regards de la Russie sont fixés sur vous; elle est fière 
de vous compter au nombre de ses enfants, et le souvenir 
de vos brillants travaux sera conservé dans ses annales. 
A une intrépide valeur, vous unissez les plus hautes vertus 
du véritable guerrier: modération dans la victoire, clémence 
envers les vaincus, prompte réconciliation avec nos adver- 
saires, aussitôt qu'ils rentrent dans le devoir; et partout 
la vie et la propriété des habitants désarmés ont été 
sacrées pour vous. Soldats ! continuez à justifier Ma con- 
fiance. En maintenant dans vos rangs une discipline sévère 
au retour de la paix comme par le passé, et en veillant à 



— 88 — 
la tranquillité du pays soumis par vos armes, vous voue 
concilierez l'affection des habitants, et leur inspirerez l'a- 
mour de l'ordre, l'attachement et la fidélité à Mon trône, 
et le respect pour la Russie. 

« Donné à Saint-Pétersbourg, le H( 1K, douv. st.) oct. 1831. 

a Nicolas. » 



Cet ordre du jour a' arriva en Pologne que dix jours après 
une grande revue qui avait eu lieu à Varsovie le 16 octo- 
bre. A cette revue où plus de cent mille hommes étaient 
sous les armes, le feld-maréchal Paskewiteh d'Eri\an, le 
bras en écharpe (car il n'était pas encore guéri de la bles- 
sure qu'il avait reçue, en plein champ de bataille, à l'at- 
taque des barrières de Wola et de Jérusalem), parcourut 
les rangs et recueillit a son passage les témoignages de l'ad- 
miration et du dévouement de ses troupes. Dans la plaine 
qui, neuf jours auparavant, avait été le théâtre du combat 
le plus acharné et le plus sanglant, les bruyantes acclama- 
tions de l'armée russe protestèrent contre le silence morne 
des spectateurs de cette espèce de triomphe décerné au 
vainqueur de la rébellion polonaise. 

Après le Te Deum solennel , chanté avec accompagne- 
ment de trois cents coups de canon, le grand-duc Michel, 
d'une voix éclatante, commanda de porter les armes et de 
rendre les honneurs militaires au prince de Varsovie. Un 
hourra d'enthousiasme s'éleva de toutes parts, et le grand- 
duc, s'approchanl du feld-maréchal, le salua de son épée. 
Paskewiteh se découvrit respectueusement devant le frère 
de l'empereur et ordonna du geste, aux soldats qui l'accla- 
maient, de rendre les mêmes honneurs au noble et coura- 
geux prince qui avait partagé leurs fatigues et leurs dangers, 
et qui, dans les plus mauvais jours de cette pénible cam- 



— 89 — 
pagne, avait reposé au milieu d'eux, sur la paille, sans 
tente et sans abri. Les troupes comprirent, devinèrent tout 
ce que le feld-maréchal pouvait dire au grand-duc, en le 
leur montrant comme un compagnon de gloire, et leurs 
cris frénétiques redoublèrent, en s'adressant à la fois aux 
deux héros de la dernière guerre. La foule, qui avait assisté 
à cette brillante revue, rentra dans la ville plus tristement 
encore qu'elle n'en était sortie. 

L'ordre du jour de i'empereur à l'armée de Pologne ne 
fut affiché dans les rues de Varsovie que dix jours plus tard. 
On connut, en même temps, un ukase du 18 octobre, par 
lequel le prince Adam Czartoryski, membre du Conseil de 
l'Empire, sénateur et conseiller intime de l'empereur, était 
déclaré indigne de siéger désormais, soit au Conseil de l'Em- 
pire, soit au Sénat, pour avoir « violé son serment de sujet 
et concouru avec obstination à toutes les entreprises cri- 
minelles des révoltés polonais. » Par contre, les grâces et 
les récompenses commençaient à signaler à l'animadversion 
des Polonais soumis, mais non repentants, quelques-uns de 
leurs compatriotes qui étaient restés fidèles aux serments prê- 
tés au roi de Pologne : par des rescrits en date du 6/1 8 oc- 
tobre, Nicolas avait conféré les insignes en diamants de 
l'ordre de Saint-André au comte Stanislas Zamoïski, mem- 
bre du Conseil de l'Empire, et les insignes de l'ordre de 
Saint-Alexandre Newsky aux généraux Roznecki et Vincent 
Krasinski et au comte Grabowski, ministre secrétaire d'État 
du royaume. 

Les sous-offieiers et les soldats ne furent pas oubliés par 
la munificence de l'empereur, qui avait ordonné la création 
d'une médaille militaire commémorative de la guerre con- 
tre les rebelles polonais. Des dons en argent, des pensions 
et des grades furent attribués à ceux qui s'étaient distingués 



.v.'j| H| 



— '.)(» — 

par des actions d'éclat; d'abondantes distributions de vivres 
et d'eau-de-vie avaient eu lieu dans tous les corps. 

A la suite de la revue du 16 octobre, une partie de la 
garde impériale avait quitté Varsovie pour prendre ses 
quartiers d'hiver dans les gouvernements de Grodno et de 
Wilna: le reste de la garde devait retournera Saint-Péters- 
bourg avec le grand-duo Michel. Le grand-duc, malgré 
les prières instantes de son auguste frère, qui lui écrivait 
lettre sur lettre pour le rappeler, prolongeait son séjour en 
Pologne, où le choiera ('tait encore très-violent. Il se sen- 
tait retenu non-seulement par rattachement de toute l'ar- 
mée russe, mais encore par les sentiments de confiance et. 
de sympathie qu'il avait inspires aux Polonais eux-mêmes. 
Aussi, le regardait-on comme un Intermédiaire actif et 
bienveillant auprès de l'empereur, et tout le monde 
s'adressait a lui pour obtenir sa protection. On avait t'ait 
de si larges et si fréquents emprunts à sa bourse, que bien 
souvent, comme il le disait gaiement, il ('tait plus pauvre 
(pie ceux qui s'adressaient à sa prodigue et inépuisable gé- 
nérosité. Il ne se lassait pas de rendre service aux uns 
et aux autres, aidant ceux-ci dans leur détresse, récom- 
pensant ceux-là, ne refusant jamais et donnant toujours a 
pleines mains. 

— Il \ a des actions d'éclat qui m'ont coûté bien cher, 
écrivait-il à l'empereur, car on ne saurait trop payer de. 
bra\es gens qui ne marchandent pas leurs services et leur 
dévouement. Par exemple, je suis presque honteux de 
n'avoir donné que 500 roubles aux vingt-neuf Cosaques 
qui ont mis en déroute un détachement de cinq cents Po- 
lonais. 

Le fait, était véritable, quoique presque invraisemblable. 
Un petit détachement de Cosaques du Don, commandé par 



— 9i — 
le major Popoff, avait reçu l'ordre do conduire à Lomza 
une colonne de prisonniers polonais. Il rencontra, près de 
Chormel, un corps de partisans, composé d'une compagnie 
d'infanterie et de doux escadrons de cavalerie, avec deux 
pièces de canon. Popoff fit partir en toute hâte les prison- 
niers sous l'escorte de la moitié de ses Cosaques, et il en 
garda seulement vingt-neuf pour faire l'ace à l'ennemi, 
qu'il arrêta, par une attaque vigoureuse, en criant à ses 
soldats : Aux officiers! En effet, tous les officiers furent tués 
on mis hors de combat, on pris, et les soldats, n'ayant plus 
de chefs, s'enfuirent dans le plus grand désordre, poursui- 
vis à outrance par les vingt-neuf Cosaques, qui ne reculè- 
rent que devanl le feu de l'artillerie, el qui ramèneront à 
Lomza une trentaine de nouveaux prisonniers. 

Cette guerre longue et meurtrière avait laissé des vides 
énormes dans la plupart des régiments, et l'on ne doutait 
pas qu'une levée extraordinaire ne lut bientôt annoncée 
par ukase, pour combler ces vides et réorganiser les corps 
qui avaient le plus souffert. Les hôpitaux militaires, créés 
provisoirement dans tontes les villes de Pologne, sous la 
direction générale du colonel Klutchareff, étaient encore 
remplis de blessés, et ceux qui en devaient sortir guéris. 
après une convalescence plus ou moins longue, no pou- 
vaient tous espérer do reprendre leur service. 

Les institutions de bienfaisance en faveur t\v^ invalides 
militaires s'étaient multipliées à Saint-Pétersbourg et dans 
tout l'empire, et des sommes considérables, fournies par 
la charité publique, avaient créé dos ressources durables à 
ces institutions, placées sous la surveillance de l'État. L'em- 
pereur, qui, depuis les sanglantes révoltes dont le choléra 
avait été le prétexte plutôt (pie la cause dans les colonies 
militaires, s'était singulièrement refroidi pour ces colonies 




— 9-2 — 
et pour leur système, eut l'idée pourtant d'en faire un nou- 
vel essai, en l'appliquant à la retraite des anciens soldats. 
II. approuva donc, le 18 octobre, le règlement d'une colonie 
d'invalides, fondée près du palais impérial de Gatchina, 
sous le nom de Slobo de Paulovskaia. 

Cette fondation était faite en l'honneur de l'empereur 
Paul I er , qui pendant son règne s'était préoccupé plus d'une 
fois du sort des soldats invalides et avait manifesté l'inten- 
tion de pourvoir aux besoins de leurs familles. La Slobo de 
Paulovskaia était donc destinée à offrir un asile aux sous- 
officiers et soldats de la garde, qui, en obtenant leur congé, 
n'auraient pas les moyens de se retirer et de vivre au lieu 
de leur naissance. Un village serait donc construit aux frais 
du cabinet impérial; chaque maison, distribuée de manière 
à pouvoir contenir deux familles, devait avoir un jardin po- 
tager, et, en outre, une portion de champ; tout invalide 
ayant famille obtiendrait la moitié de la maison, du jardin 
et du terrain de culture. Une somme de 100 roubles était 
affectée à chaque ménage pour les dépenses de premier éta- 
blissement. Les habitants du village, sans être astreints à 
aucun service militaire ni à aucune redevance, n'auraient 
d'autres soins que de cultiver leur petit domaine et d'éle- 
ver leurs enfants, avec la certitude de laisser à leurs veuves 
et à leurs orphelins l'héritage que leur assurait la munifi- 
cence impériale. 

La nouvelle de cette fondation particulière de l'empereur 
fut accueillie comme un nouveau bienfait, par tous les sol- 
dats qui étaient encore sous les drapeaux, et l'établissement 
de cette colonie d'invalides acheva de ruiner en principe 
l'institution des colonies militaires, qui, avec des avantages 
réels, présentaient de nombreux inconvénients. 



CLXXXVI 



Au moment où cessait à peine la guerre en Pologne, cette 
guerre douloureuse, qui avait cause à la Russie d'immenses 
sacrifices en hommes et en argent, l'empereur Nicolas pou- 
vait craindre de voir une autre guerre éclater sur un autre 
point de son empire. 

La querelle du vice-roi d'Egypte, Méhémet-Ali, contre 
Abdallah, pacha de Saint-Jean d'Acre, s'était envenimée à 
ce point (pie, malgré les admonestations et les ordres du 
sultan Mahmoud, un conflit devenaii imminent entre les 
deux pachas tributaires de la Porte Ottomane. La Turquie 
asiatique allait redevenir le théâtre d'une lutte armée, et les 
peuplades musulmanes des provinces du Caucase récem- 
ment annexées a l'Empire russe, ne pouvaient l'ester indif- 
férentes à cette lutte, qui sous des prétextes spécieux se rat- 
tachait a la religion de Mahomet. On disait même que le 
vice-roi d'Egypte, en conduisant sa Hotte et son année sur 
les côtes de l'Asie Mineure, se proposait d'entraîner la Su- 
blime-Porte dans une reprise d'hostilités contre la Russie. 

L'agitation sourde qu'on remarquait déjà parmi la popu- 
lation indigène du Daghestan, indiquait des menées téné- 
breuses qui avaient pour objet de préparer une révolte 
générale dans les provinces cédées a la Russie par la Porte 












"Il 








Ottomane. Ce n'étail pas la première fois que la tranquillité 
était troublée par le sehah ka/.i-Moulla, qui se faisait, pas- 
ser pour prophète et qui depuis l'année 1827 exerçait dans 
le pays une dangereuse influence. 

Déjà, en 1X30, ayant réuni six mille de ses partisans, 
auxquels il donna le nom dé Murides, il essayait de pro- 
pager sa doctrine, à main armée; il levail des contributions 
sur les villages dont il se rendait maître; et il se réfugiait 
dans les montagnes, an village fortifié de llimri, asile inac- 
cessible des rebelles, dès que les troupes russes lui don- 
naient la chasse. Il avait été pourtant surprise! défait près 
de Khounsak, résidence du khan des Avares, mais il n'avait 
l'ait que changer de retraite, et il errait parmi les peuplades 
du Daghestan, prêchant la guerre sainte. Il lui battu de 
nouveau, et il recommença ses prédications, sur un autre 
point, avec le même succès - . 

Au mois de juin 1831, il parut, à la tète de ses Murides, 
devant la forteresse de Bournaia et il eut l'audace île l'as- 
siéger; mais, repoussé par la garnison 8 juin , il se retirait 
*\\\ côte de Tarki, lorsqu'il rencontra un détachement russe, 
commande par le lieutenant-général Kokhanoff. Il lâcha 
pied au premier choc et se sauva chez les Tchetehes. 

()n devait s'attendre à le voir reparaître dans le Daghes- 
tan, mais l'administration militaire était sur ses gardes, le 
gouvernement central axait été averti. Des soulèvements 
partiels éclatèrent sur divers points, et le général Emma- 
nuel, commandant des troupes sur la ligne du Caucase, fut 
grièvement blessé, dans un combat contre les monta- 
gnards. L'empereur, en lui conservant ses traitements et 
ses pensions, le remplaça d'abord, en vertu d'un ukase du 
14./Ï26 août, par le lieutenant-général Veliaminoll' III, chef 
de la 14 e division d'infanterie; mais, une fois la guerre de 



— itr-i _ 
Pologne terminée, il crut devoir mettre à la tète du corps 
d'armée détaché du Caucase un chef militaire plus capable 
de conduire au besoin une grande expédition, et il nomma 
commandant de ce corps d'armée l'aide de camp général 
baron de Rosen (ukase du 13/25 septembre '), en lui donnant, 
pourpremier quartier-maître général, le général-major Valks- 
huwsky. Rosen, qui devait diriger la partie civile en Géor- 
gie et en Arménie, dans le gouvernement d'Astrakan et la 
province du Caucase, avait reçu, avec sa nomination, l'or- 
dre de se rendre en diligence à Tillis où sa présence pou- 
vait devenir indispensable d'un jour a l'autre. 

L'empereur Nicolas ne songeai! nullement, comme l'en 
accusait la presse française, inspirée par des influences po- 
lonaises, a recommencer, sous un prétexte quelconque, la 
guerre de Turquie et à augmenter sa prépondérance en 
Orient, aux dépens de l'équilibre européen; il n'avait pas 
d'autre politique, vis-a-vis de la Porte Ottomane, que le 
maintien scrupuleux des traites existants, et il se reposait 
avec confiance sur la loyauté de son allié Mahmoud, tant 
• pie ce hardi réformateur de l'Empire turc ne serait pas 
dominé par le parti des vieux croyants et remis sous le 
joug de l'islamisme. 

Néanmoins, Nicolas ne pouvait se défendre de se regar- 
der toujours comme le protecteur exclusif des Grecs, quoi- 
que sa protection a leur égard dût se combiner avec celle 
de l'Angleterre et de la France; aussi, les agents de la 
Russie avaienl l'air d'intervenir seuls et de leur propre mou- 
vement dans les affaires de la Grèce, lors même qu'ils s'é- 
taient concertés avec les résidents français et anglais, et 
qu'ils procédaient a l'exécution d'une mesure générale, au 
nom de la Triple Alliance. 

La Grèce se trouvait, en quelque sorte, dépendante de 





— 96 






la Russie, et son président, Capu d'Istria, ne faisait rien qui 
n'eût été approuvé par le gouvernement russe. Ce fut peut- 
être là l'origine de l'impopularité et de la défiance, qui 
s'attachaient à tous les actes de l'administration du prési- 
dent; il était Russe de sentiment et d'intention, mais il n'en 
était que plus patriote et plus dévoué aux intérêts de sa 
patrie hellénique. L'ordre public et l'économie dans les 
finances avaient succédé aux dilapidations et à l'anarchie; 
le gouvernement présidentiel fonctionnait à Nauplie de Ro- 
manie, avec autant de sagesse que de modération. Cet état 
de choses régulier et calme ne pouvait convenir aux esprits 
inquiets et turbulents qui rêvaient l'établissement d'une 
république populaire en Grèce. 

Les Maïnotes et les Hydriotes se déclarèrent eu insur- 
rection contre le président qu'ils accusaient de n'être qu'un 
despote, agent secret de la Russie. Les insurges s'emparè- 
rent de la flottille grecque, et voulurent s'en servir pour 
soutenir leur rébellion dans les îles de l'Archipel. Les mi- 
nistres résidents français et anglais blâmèrent la conduite 
des révoltés, et promirent à Capo d'Istria l'appui de leurs 
gouvernements respectifs, pour la conservation de l'ordre 
et de la tranquillité -en Grèce; mais les commandants des 
stations navales anglaises et françaises, au lieu d'agir d'une 
manière prompte et décisive, entamèrent des pourparlers 
avec les rebelles et finirent par se retirer, en prétextant 
l'insuffisance de leurs instructions. 

Le contre-amiral Ricord, qui commandait la (lotte russe, 
jugea que la moindre perte de temps aurait les plus funestes 
conséquences, et ferait reparaître la piraterie dans les mers 
du Levant; il n'hésita pas à venir, avec une seule frégate 
et trois bricks, bloquer Poros, dont les insurgés s'étaient 
rendus maîtres. 



— 97 — 

Miaulis avait pris le commandement des forées navales de 
l'insurrection; il refusa de rendre la flottille, que réclamait 
le contre-amiral Ricord, au nom du gouvernement grec. Ses 
tentatives pour faire sortir du port de Poros les corvettes 
dont il s'était emparé, et que montaient ses intrépides ma- 
rins, échouèrent devant la résistance de deux bricks russes, 
qui cardaient l'entrée du port. Les Hydriotes osèrent à plu- 
sieurs reprises ouvrir le feu contre l'escadre du contre- 
amiral Ricord, mais il ne fallut que quelques bordées pour 
les mettre en fuite. 

Le contre-amiral ayant reçu l'ordre de bombarder le fort 
de Poros. pendant que les troupes du gouvernement grec 
assiégeaient la ville, Miaulis et ses marins s'échappèrent 
sur des barques, après avoir fait sauter la flottille grecque, 
plutôt que de la laisser tomber au pouvoir de l'escadre" 
russe ,13 août 1831). La ville de Poros, qui renfermait les 
arsenaux et les chantiers de marine de la Grèce, fut entiè- 
rement détruite, par ordre du président Capo d'Istria. Les 
commandants des escadres française et anglaise interpo- 
sèrent leur médiation en faveur des insurgés; mais Capo 
d'Istria. qui pouvait compter sur la coopération active 
du contre-amiral Ricord, annonça avec fermeté qu'il n'é- 
couterait aucune proposition conciliante, jusqu'à ce que la 
révolte d'Hydra et du Maïna fût entièrement réprimée par 
la force. 

Les résidents des trois cours alliées firent entendre alors 
aux insurges un langage sévère, qui ne les ramena pas a 
l'obéissance, mais qui paralysa leur action agitatrice dans 
le reste de la Grèce. Les Maïnotes, ces indomptables auxi- 
liaires de la révolution, qui avait son principal foyer dans 
l'île d'Hydra, demeurèrent convaincus qu'ils trouveraient 
toujours une armée ou une Hotte russe entre eux et le gou- 

7 




■ 









' 



— 98 — 

vernemenl du présidenl Capo d'Istria : au lieu d'appeler 
aux armes les Palikares el les Klephtes de la Morée, ils 
conspirèrent la mort du président. 

Le9octobre 1K3I . àsepl heuresdu malin. Capo d'Istria se 
rendait à L'église, accompagné de quelques officiers et d'une 
escorte peu nombreuse; i\ou\ assassins, le père et le fils 
du bey Mavromichalis, détenu à Nanplie. par ordre du pré- 
sident, étaient embusques a la porte de cette église, où 
Capo d'Istria avait été reçu, a son arrivée en Grèce, avec 
des couronnes d'olivier el de laurier, au milieu des accla- 
mations triomphales du peuple qui le nommait le sauveur 

des Grecs. 

Tout a coup, il tomba mort, atteint d'un coup de pisto- 
let a la tète et d'un coup de poignard an bas-ventre. Le 
peuple et les soldats se jetèrent sur les meurtriers, dont 
l'un tut mis en pièces; l'autre parxinl à se réfugier tout 
sanglant dans la maison du consul de France, mais il ne 
tarda pas a être remis aux autorités, jugé, condamne a mort 
et fusille. 

On put craindre, un moment, que la Grèce, à peine arra- 
chée a l'oppression des Turcs, ne fût replongée dans la guerre 
civile; mais le Sénat, dirige par les conseils: des Puissances 
protectrices, nomma une commission de gouvernement, a la 
tète de Laquelle se trouva place naturellement Augustin 
Capo d'Istria, frère cadet du président assassine. 

Ce dernier était un homme de génie; il avait eu la plus 
grande part a la délivrance de son pays, et il travaillait à 
le régénérer, eu \ maintenant l'ordre el en \ créant un 
gouvernement, lorsque l'assassinat politique vint l'arrêter 
dans sa mission et dans son œuvre. De toutes les hautes 
qualités de l'illustre Capo d'Istria, Augustin n'en avait 
qu'une seule, à un degré moindre, mais suffisant encore pour 




— 99 — 
continuer la tâche de son glorieux prédécesseur, c'était le 
patriotisme : et, dès son entrée en fonctions, à la place de 
son frère, avec le concours de ses coassociés au gouverne- 
ment les généraux Coletti et Colocotroni, il écrivit secrè- 
tement à l'empereur Nicolas, pour lui demander sa bien- 
veillance et son appui. 

L'horreur et l'indignation que le meurtre de Capo d'Istria 
avait excitées dans toute la Grèce, firent obstacle aux des- 
seins révolutionnaires des Maïnotes; le peuple frémissait, dans 
l'attente des dissensions intestines et des luttes sanglantes 
cpii pouvaienl naître entre les partis; on n'avait pas une foi 
absolue dans l'intervention de la Triple-Alliance, et tous 
les yeux se tournaient vers la Russie, comme vers la seule 
Puissance qui avait intérêt à protéger la nation grecque, 

On avait répandu, il est vrai, des craintes ridicules sur 
les intentions menaçantes de la Porte Ottomane. On «lisait 
que l'expédition de Suie, entreprise, en apparence, contre 
le pacha de Saint-Jean d'Acre, par le vice-roi d'Egypte, ne 
pouvait être qu'un prétexte pour rassembler une flotte de 
vingt-cinq bâtiments de guerre et une armée de trente mille 
hommes vis-à-vis des côtes de la Grèce. C'était donc, dans 
un délai tres-rapproché, la reprise des hostilités entre les 
l'urcs et les Grecs; c'était encore le farouche Ibrahim-Pacha, 
avec ses Égyptiens, inondant de sang et couvrant de ruines 
la Morée et l'Attique. 

Et pourtant, à cette heure même, on aurait pu savoir que 
jamais le tzar n'avait été en meilleure intelligence avec le 
sultan et que Mahmoud avait félicité l'empereur, dans la 
forme la plus amicale, de la prise de Varsovie, bien plus, 
M. de Boutenieff, envoyé extraordinaire et ministre pléni- 
potentiaire de l'empereur de Russie, était arrive a Constan- 
tinople, avec une suite nombreuse et un prodigieux étalage 







— 100 — 
de magnificence. Il était chargé d'apporter an sultan les 
splendides présents que son auguste allié lui destinait, entre 
autres une voiture de gala, chef-d'œuvre de luxe et d'élé- 
gance, sorti des ateliers de la cour impériale, et huit che- 
vaux incomparables, provenant des plus célèbres haras de 
la Russie, avec leur harnais de maroquin rouge brodé d'or. 
Ces présents, que le sultan était allé voir incognito et 
qu'il avait longtemps admires, furent remis solennellement 
aux personnes désignées pour les recevoir, le 18 octobre, 
dans le nouveau palais du Bosphore, en présence de M. de 
Boutenieff. Mahmoud n'avait pu assister à cette audience, 
attriste qu'il était des mauvaises nouvelles qui lui venaient 
de Syrie, ou son autorité se trouvait méconnue. On augura 
généralement, des bons rapports d'amitié qui existaient en- 
tre le tzar et le sultan, qu'un corps de troupes russes pourrait 
bien marcher contre les pachas qui se révoltaient contre la 
Porte, et rétablir l'ordre, au nom du grand-seigneur, dans 
les pachaliks de la Turquie asiatique. 

11 est certain que l'empereur Nicolas, tidèle a l'esprit et 
a la lettre ^h\ traité d'Andrinople, avait fait offrir au sultan 
le secours d'une intervention armée contre ses vassaux re- 
belles, et que Mahmoud, reconnaissant de cette généreuse 
sympathie, avait des lors accepté en principe l'assistance 
de son allié. De la les progrès de l'influence russe dans 
toutes les questions, devanl lesquelles la diplomatie an- 
glaise et française restait neutre ou impuissante. 

.Mais si l'empereur Nicolas avait repris sa suprématie en 
Orient, aux dépens de la France et de l'Angleterre, il ne 
conservait aucune prépondérance, m aucune force d'initia- 
tive, dans les inextricables' discussions de la conférence île 
Londres, qui avait sacrifié la Hollande, non a la Belgique, 
en lui donnant un roi, mais à la paix de l'Europe, en 



— 101 — 

empêchant ces deux États de remettre au sort des armes le 
règlement de leurs intérêts réciproques, et de formuler par 
des flots de sang la dernière expression de leur haine et 
de leur rivalité nationales. Depuis plus de treize mois, les 
plénipotentiaires des cinq grandes puissances européennes 
étaient en présence, et leurs protocoles, dictés par un vé- 
ritable désir de conciliation pacifique, n'avaient ele qu'une 
lettre morte pour la Hollande, qui se réservait toujours 
l'avenir et qui attendait de circonstances plus favorables 
la revendication de ses droits. 

Cette attitude expectante de la Hollande était, disait-on. 
le résultat des conseils du cabinet de Saint-Pétersbourg. Le 
prince d'Orange ne cessait de solliciter de son beau-frère 
l'empereur Nicolas un appui efficace et une intervention 
directe; mais l'empereur, qui s'était toujours excusé de sou- 
tenir par les armes la cause du roi des Pays-Bas, tant que 
l'insurrection de Pologne ne sérail pas étouffée, engageai! 
son allié à gagner du temps el à ne pas faire de concessions 
contraires a la dignité de sa couronne et a l'intérêt de son 
pays. Il avait doue désapprouvé complètement l'invasion 
des Hollandais en Belgique, invasion qui avail amené im- 
médiatement l'entrée d'un corps d'armée français sur le 
territoire belge. Les hostilités, par bonheur, u'avaient pas 
duré plus de quinze jours, et le roi des I'a\ 3-Bas, en retirant 
ses troupes, avait force les Français a repasser la frontière. 
Les Polonais étaient vaincus et soumis, niais la Russie 

ne pouvait, sans péril, se compr élire dans une guerre 

européenne; non-seulement ses finances étaient obérées 
momentanément, par suite îles énormes dépenses de (rois 
grandes guerres successives, en Perse, en Turquie el en 
Pologne, et il fallait qu'un nouvel emprunt, ouvert a Am- 
sterdam, vint remplir les caisses du Trésor el reconstituer 










— 103 — 

le fonds de la réserve, mais encore l'armée avait besoin 
de réparer les pertes qui éclaircissaient ses rangs après tant 
de combats meurtriers. 

Nicolas écrivit plusieurs t'ois au prince d'Orange, pour le 
supplier de ne plus entraver les négociations entamées à 
Londres et de se résigner à subir les coups de la mauvaise 
fortune, en attendant des jours meilleurs et en se confiant 
dans le bon vouloir de la Russie. Le roi des Pays-Bas avait 
fini par céder, et les plénipotentiaires achevaient de régu- 
lariser la séparation définitive de la Hollande et de la Bel- 
gique. 

Peu de semaines auparavant, le roi Guillaume 1 er avait 
rappelé solennellement, d'une façon aussi délicate qu'ingé- 
nieuse, les liens de famille et d'amitié qui l'unissaienl à la 
cour de Russie : il acheta la maison que le l/.ar Pierre avait 
habitée à Zaardam et il en (il don à la princesse d'Orange, 
Anne Paulovna, en souvenir de la naissance de son second 
fils. 

La princesse alla en personne prendre possession de cette 
maison historique, et \ scella de sa main une plaque de 
marbre portant une inscription en l'honneur du roi des Pays- 
Bas el du prince d'Orange; elle se servit, pour ce scelle- 
ment, des mêmes ustensiles que son frère, l'empereur 
Alexandre I er , avait employés, en 181 i, pour fixer dans le 
mur une pierre commémorative où étaient gravés ces mots : 
Petro magno Alexander. On remarqua que, par ordre du roi. 
le mot magnus avait été ajouté à la suite du nom d'Alexan- 
dre. Celte fête intime, donnée dans la maison de Pierre le 
Grand, se termina par un déjeuner où furent portés des 
toasts significatifs à l'alliancede la Hollande et de la Russie. 
Le prince de Lieven, qui représentait la Russie à la confé- 
rence de Londres, ne s'était presque jamais départi de son 



— 103 — 
rôle passif dans les réunions des plénipotentiaires; mais il 
avait réussi, en inclinant du côté des intérêts anglais, à 
s'entendre avec lord Palmerston, qui prenait en main la 
défense des réclamations de la Hollande, malgré les sym- 
pathies de l'Angleterre pour le nouveau roi des Belges, 
Léopold, qui était son ouvrage. 

I n rapprochement, de plus en plus cordial, s'opéra in- 
sensiblement entre la Russie et la Grande-Bretagne, et, à 
la séance royale où le roi d'Angleterre prorogea le Parle- 
ment (!) octobre), la grande-duchesse Hélène, qui séjour- 
nait encore à Londres, et dont le voyage, disait-on, couvrait 
d'importantes négociations diplomatiques, fut introduite, 
dans la salle du Parlement, par le marquis de Cholmon- 
deley, au bruit des fanfares qui exécutaient l'air national 
russe. 

On prévoyait que les conférences de Poudres aboutiraient 
bientôt à un traité de quintuple alliance entre les Puissances, 
pour l'arrangement définitif des affaires de la Hollande, et 
qu'un traité particulier entre l'Angleterre el la Russie éta- 
blirai! d'avance la ligne politique dont ces deux Puissances 
ne devraient pas s'écarter, en face des éventualités qu'on 
s'attendait à voir se produire dans la question d'Orient. 
Quant à la Pologne, il n'\ avait eu que des pourparlers 
officieux, flans la conférence de Londres, car le prince de 
Lieven s'était constammenl refuse à laisser mettre sur le 
tapis diplomatique une question que son souverain avait 
seul le droit de régler, de son propre mouvement, de même 
que les autres affaires de l'empire. 

Le prince de Lieven n'avail pas hésité, toutefois, à se 
faire l'écho du comte de Nesselrode, pour assurer les plé- 
nipotentiaires des puissances alliées de la Russie, que le 
tzar répondrait au vœu de l'Europe, en traitant ses sujets 









— 101 — 

rebelles, en père qui pardonne à des fils ingrats et cou- 
pables. Ce n'était donc pas la diplomatie étrangère qui 
contrariait les dispositions bienveillantes de Nicolas, à l'é- 
gard des Polonais; c'était la protestation unanime du peuple 
russe, qui demandait, sinon l'incorporation de la Pologne 
à la Russie, du moins des mesures sévères et même rigou- 
reuses contre ces éternels ennemis, que leur rébellion per- 
mettait de traiter comme des vaincus. 

Déjà on accusait l'empereur de pencher vers la clémence 
et de vouloir sacrifier encore une fois ses anciens et fidèles 
sujets aux incorrigibles et opiniâtres adversaires de la pa- 
trie russe. Nicolas avait à cœur de ne pas blesser l'orgueil 
national, qui se prononçait avec énergie contre la reconsti- 
tution de la Pologne; mais il était impatient d'effacer par 
une amnistie générale les traces de la guerre civile. Telle 
fut la principale cause de son voyage de Moscou.- 

L'empereur savait que le parti russe, hostile aux Polonais, 
était plus violent dans cette capitale que dans le reste de 
ses Etats; il savait aussi que la population indigène de 
Moscou avait, pour ses souverains, plus de vénération et plus 
d'amour que toutes les races diverses qui composent l'im- 
mense agglomération des habitants de l'empire. 

C'était au milieu de cette population, de cette famille 
essentiellement russe , c'était sous ses yeux et avec son 
assentiment, qu'il se proposait de rétablir le royaume de 
Pologne, en le déclarant réuni pour toujours à la Russie. 



CLXXXVII 



Nicolas avait promis à sa bonne ville de Moscou de ve- 
nir lui rendre visite et de lui amener l'impératrice et le cé- 
sarévitch, dès que l'empire sérail délivré i\u fléau du cho- 
léra. 

La fatale épidémie, qui avail fait tant de victimes et 
causé tant de malheurs, n'avait pas encore disparu, mais 
on pouvait prévoir sa prochaine disparition, car elle ne 
frappait plus que de loin en loin quelques imprudents qui 
l'avaient bravée; à peine si l'on enregistrait deux décès cho- 
lériques, par jour, dans les hôpitaux de Saint-Pétersbourg. 
L'empereur partit de Tzârskoé-Sélo dans la nuit du ven- 
dredi au samedi L 2I octobre I S!î I ; l'impératrice ne partit 
que le lendemain; elle elail restée, depuis ses dernières 
couches, dans un état permanent de faiblesse, et son 
voyage ne pouvait pas être aussi rapide que celui de son 
auguste époux. Le départ du grand-duc héritier axait clé 
fixé aux premiers jours de novembre. 

Le 24 octobre, à huit heures du matin, le pavillon impé- 
rial flottant sur les tours du Kremlin annonçait aux habi- 
tants île Moscou que leur souverain bien-aimé ('tait au mi- 
lieu d'eux depuis la veille au soir. Aussitôt, les abords du 
palais et de la cathédrale furent obstrués par une foule im- 
mense, qui se réjouissait de posséder son empereur dans 






— 106 — 

les murs do l'antique capitale moscovite, et qui se montrait 
impatiente de le revoir, de le saluer d'acclamations 
joyeuses, et de lui exprimer avec enthousiasme l'affection 
filiale et le respect religieux dont étaient pénétrés ses fidèles 
sujets. 

La cathédrale avait été décorée de banderoles et de 
drapeaux : un Te Deum allait être célébré, en présence de 
l'empereur, pour rendre grâces à Dieu du succès des 
armes russes en Pologne. A neuf heures, le canon se fil en- 
tendre, et Nicolas sortit de son palais, à la tète de sa cour 
et de son état-major. Quoiqu'il n'eût à parcourir qu'un es- 
pace de cent pas à peine pour atteindre l'entrée de l'église 
il lui fallut plus de quinze minutes pour se frayer un pas- 
sage à travers une masse compacte d'hommes, de femmes 
et d'enfants, qui se pressaient autour de lui et se proster- 
naient sur son passage. On l'acclamait, on le bénissait, en 
versant des larmes de joie, et l'empereur adressait la pa- 
role aux uns et aux autre* avec une bonté toute paternelle. 

Los mémos démonstrations d'empressement et d'allé- 
gresse se renouvelèrenl toutes les Ibis (pie Nicolas se mon- 
tra dans les rues de Moscou : il était aussitôt entouré d'une 
multitude émue et enthousiaste qui baisait la trace de ses 
pas. 

L'empereur visita d'abord les travaux d'art et les nou- 
velles constructions qu'il faisait exécuter à grands bais dans 
le Kremlin. Par un ukase du 22 août/3 septembre dernier, 
il avait confit' la direction de ces constructions et de ces tra- 
vaux au comptoir du palais de Moscou, sous la présidence 
du prince S. Gagarine, grand-maître de la cour, et sous la 
vice-présidence du sénateur prince A. Ouroussoff. Les 
membres du comptoir étaient le conseiller privé Ouschakoff, 
les conseillers d'Étal Guédéonoff, Lwoff el Yevréinoff, qui 




- 107 — 

comprenaient dans leurs attributions le Trésor impérial des 
anciennes armures, les palais impériaux de Moscou, etc. 

Mais Nicolas n'avait fait le voyage de Moscou, que pour 
dater de cette capitale l'amnistie qu'il voulait accorder aux 
Polonais : c'était, dans sa pensée, placer celte amnistie 
sons la sauvegarde de la nation russe. 

Il correspondait directement avec le conseiller Engel, 
chef du gouvernement provisoire de Pologne; avec le ma- 
réchal Paskewitch et avec le grand-duc Michel, qui rem- 
plissaient à l'envi ses intentions dans l'œuvre difficile de la 
pacification polonaise. 11 avait emmené avec lui quelques 
personnes de sa chancellerie particulière et le ministre se- 
crétaire d'État, comte Grabowski, qui travaillaient sous ses 
veux. Le comte de Nesselrode, qui n'avait jamais pris au- 
cune part personnelle an maniement des affaires de Polo- 
gne, était resté à Saint-Pétersbourg, avec tous les ministres. 

L'un de ces derniers, l'aide de camp général comte Za 
krewski, ministre de l'intérieur et gouverneur général de 
Finlande, n'avait pas rempli impunément, avec autant de 
zèle que d'abnégation, la mission périlleuse qu'il avait re- 
clamée comme un honneur qui lui appartenait, pour se 
rendre, à la tête de quelques hommes intrépides, dans les 
provinces ravagées par le choléra, et pour combattre l'ace 
a face le terrible fléau à l'aide de mesures préservatrices 1 
il avait vu tomber autour de lui la plupart de ses compa- 
gnons de dévouement; l'épidémie ne l'avait pas épargné 
lui-même, et quoiqu'il eût survécu à une violente attaque 
de choléra, il ne devait jamais recouvrer la saule : il ne 
se sentait donc plus capable de remplir des fonctions pu- 
bliques, et il avait écrit à l'empereur pour le supplier de 
lui permettre de prendre sa retraite. 

L'empereur, qui venaii de partir pour Moscou, ne pou- 









— 108 — 
vait immédiatement procéder au remplacement de son mi- 
nistre de l'intérieur; il s'arrêta en route pour lui adresser 
ce rescrit, dans lequel il témoignait le regret de perdre un 
si digne serviteur, en le priant de ne pas quitter le minis- 
tère, avant que son successeur fût nommé : 

« Voyant avec le plus vif regret, d'après votre lettre 
du 8 (20, nouv. st.) de ce mois, que le délabrement de 
votre santé ne vous permet plus de continuer le cours de 
vos services utiles et distingués, Je ne puis cependant Me 
refuser à vous accorder la démission que vous sollicitez. 
En vous priant de continuer à remplir les fonctions qui 
vous sont confiées jusqu'à ce que J'aie fait choix de per- 
sonnes capables de vous remplacer, Je suis pour toujours 
votre affectionné, 

« Nicolas. 

« 9 (21, nouv. st.) octobre 18.31. » 

Quand Zakrewski reçut ce rescrit flatteur, on désespé- 
rait de sa vie, et les médecins ne lui donnaient plus que 
peu de jours d'existence : 

— Puisque l'empereur l'ordonne, dit le moribond avec 
une résolution qui lui rendit un peu de forces, je vivrai au 
moins jusqu'à son retour. 

11 triompha, en effet, de la maladie, et entra bientôt en 
convalescence. On lui attribua généralement le don de 
100,000 roubles qu'un anonyme fit remettre au gouverneur 
militaire de Saint-Pétersbourg, en le chargeant de distri- 
buer cette somme aux habitants de la capitale qui avaient 
le plus souffert du choléra. Selon d'autres personnes qui se 
disaient mieux informées, ce don magnifique était une 
pieuse offrande de la princesse de Lowicz, à la mémoire 
du grand-duc Constantin. 



— 109 - 
Depuis trois jours que l'empereur résidai! à Moscou, il 
n'était plus question des Polonais dans cette ville, où tant 
de haine se déchaînait contre eux avant l'arrivée du père: 
c'est ainsi que tous les vrais Moscovites nommaient leur 
hien-aimé souverain. Les plus pauvres, de môme que les 
plus riches, ne s'occupaient que de la présence de Nicolas 
dans la ville sainte : on se demandait avec anxiété com- 
bien de temps encore ses bons sujets de Moscou auraient le 
bonheur de le garder au milieu d'eux. 

Tout à coup, dans la matinée du 26 octobre, le bruit se 
répand que l'impératrice est attendue, qu'elle doit arriver 
le jour même, et qu'elle prolongera son séjour a .Moscou 
autant «pie durera celui de son auguste époux. 

Celte nouvelle, <pu s'accrédite et s'affirme de moment en 
moment, transporte de joie la population, qui se précipite 
dans la Tverskaïa et qui s'y entasse a Ilots tumultueux pour 
attendre l'impératrice. (Je n'est qu'a huit heures du soir 
que l'impératrice arrive a la barrière de Tver; l'empereur 
était allé a cheval au-devant d'elle. Les acclamations écla- 
tent de toutes parts et ne cessent pas une minute, jusqu'à 
ce que Leurs Majestés aient traversé la ville pour se rendre 
au Kremlin. 

La, sur l'immense place qui s'étend vis-à-vis de l'entrée 
principale du vieux palais des tzars, la multitude est plus 
serrée et 'plus innombrable. Leurs Majestés mettent pied 
à terre, a la porte de la Résurrection, pour faire leur prière, 
à genoux, devant l'image miraculeuse de .Notre-Dame 
d'Iversk : à l'instant, tout le monde s'agenouille à la fois 
se prosterne en silence et s'associe à la prière de l'empe- 
reur et de l'impératrice, en adressant au ciel les plus vives 
actions de grâces. 

Le lendemain, même ivresse populaire, mêmes acclama- 







— Mo- 
tions, mêmes actions de grâces. Leurs Majestés se rendaient 
ensemble à la cathédrale de l'Assomption, et le clergé ve- 
nait les recevoir avec la croix et l'eau bénite. 

Un des spectateurs de cette scène indescriptible traduisit 
ses impressions personnelles dans une lettre qui fut publiée 
par les journaux russes : « C'est véritablement ici, au mi- 
lieu de son peuple fidèle, disait l'auteur de cette lettre tou- 
chante, que brillent dans tout leur éclat la gloire et la 
grandeur de notre monarque. Eloigné; de la pompe de sa 
cour, il se trouve parmi nous comme un bon père au milieu 
de ses enfants; la vénération et l'amour dont il est entoure 
forment autour de sa personne sacrée un rempart auquel 
nulle antre garde n'est comparable. » 

Cette espèce d'enivrement de piété filiale eut l'occasion 
de se reproduire parmi le peuple de Moscou, lorsque l'em- 
pereur et l'impératrice allèrent, le 30 octobre, à la cathé- 
drale du monastère de Tchoudolf, OÙ fut célébré, en leur 
présence, un Te Deum d'actions de grâces, pour l'heureuse 
lin de la guerre contre les rebelles polonais. Mgr Nicolas, 
cvêque de Dmitroff et vicaire de Moscou, présidait à cette 
cérémonie, assisté du haut clergé. Après les prières pour la 
conservation des jouis de la famille impériale, il y eut un 
service funèbre pour le grand-duc Constantin et pour tous 
les officiers et soldats russes qui avaient péri dans la guerre 
de Pologne. Les chants et les psalmodies de l'église eurent 
pour accompagnement le bruit du canon et le son des 
cloches, qui ne cessèrent de se faire entendre pendant toute 
la journée, en l'honneur des morts. On se racontait avec 
émotion, que, durant la cérémonie religieuse, on avait vu 
couler les larmes de l'empereur, et que l'impératrice n'avait 
pas discontinué de pleurer à sanglots. 

C'était, pour ainsi dire, le dernier souvenir de cette 






triste guerre civile, qui venait d'avoir son dénoûment, car 
la forteresse de Zamosc, bloquée étroitement par les troupes 
que commandait le général Kaïsaroll', s'était rendue à dis- 
crétion, a la date du 21 octobre. 

La population de Moscou ignorait encore qu'elle aurait le 
bonheur de posséder, en même temps que Leurs Majestés, 
le nouveau césarévitch, le jeune grand-duc héritier, qui 
arriva subitemenl le 9 novembre, à trois heures de l'après- 
midi. 

L'empereur était allé a sa rencontre, et ce Cul la ce qui 
mit en éveil une foule énorme, que le césarévitch trouva 
sur son chemin, frémissante d'impatience, pour lui faire 
cortège jusqu'au Kremlin. 

Le lendemain malin, l'empereur voulut conduire son fils 
aîné a la cathédrale de l'Assomption; la ville entière était 
sur pied, quand la vieille cloche d'Ivan-Véliky annonça (pic 
l'héritier du trône allait rendre grâces à Dieu de son heu- 
reuse arrivée dans sa ville natale. L'accueil que lui tirent 
les fidèles Moscovites tenait du délire, et jamais la joie d'un 
peuple ne se manifesta d'une manière plus touchante et 
plus solennelle. 

Les jours suivants, Leurs Majestés, accompagnées du cé- 
sarévitch, visitèrent successivemenl l'hospice des orphelins 
du choléra et les deux gymnases de Moscou. Dans ces vi- 
sites, qui n'eurent pas d'autre apparat que l'enthousiasme 
des assistants, la bienveillance, la sollicitude de Leurs Ma- 
jestés se portèrenl sur toute chose et sur toul le monde : on 
\it l'impératrice, émue, les yeux pleins de larmes, joindre 
ses prières à la prière commune des orphelins, au moment 
de leur dîner. Les élèves des gymnases furent aussi honorés 
de marques toutes particulières de bonté de la part de 
l'auguste souveraine, et l'empereur, s'étanl aperçu que le 







I 






— 11-2 — 
service de l'établissement était t'ait par de vieux soldats, 
qui avaient la poitrine chargée de médailles militaires, 
daigna s'entretenir avec eux et donner à quelques-uns le 
titre à' anciens camarades. 

L'empereur avait atteint son but : l'irritation, le ressen- 
timent des Russes contre les Polonais, avaient disparu ou 
du moins ne se montraient plus nulle part. Il jugea le mo- 
ment bon pour commencer son œuvre de pacification. Il 
aurait voulu pouvoir se soustraire à la douloureuse néces- 
sité de punir; il n'eût été impitoyable qu'à l'égard des au- 
teurs de la conspiration du 29 novembre 1830, qui avaient 
donné le signal de l'insurrection de Varsovie. .Mais bientôt, 
se rappelant ce qu'il devait à la mémoire de son frère Con- 
stantin, la première victime'de la l'évolution de Pologne, il 
sentit qu'il n'était pas libre de n'avoir que île l'indulgence. 

Ce fut pendant cette pénible indécision, où flottait son 
esprit, qu'il dit à un de ses plus fidèles conseillers : 

— Tant que mon frère Constantin a vécu, malgré son re- 
noncement au trône, je ne me croyais que son lieutenant, 
et je ne me suis pas permis de prendre une seule décision 
importante, sans en avoir préalablement réfère à son avis. 
Et je crois avoir bien fait, car les lois de la Providence do- 
minent tout. C'est la Providence qui règle les actions des 
souverains, lesquels ne sont que ses ministres obéissants. 
J'agis selon ma conscience, et il me semble que je remplis 
alors un mandat qui me vient d'en haut. 

Voilà comment Nicolas avait résolu de fixer d'une ma- 
nière définitive, dans l'acte d'amnistie, les justes limites 
du châtiment et du pardon. , 

Il promulgua donc ce manifeste, qui fut à peine connu 
en Russie au moment de la promulgation, mais qui eut un 
prodigieux retentissement en Pologne, ou la publication 



— in — 
d'une amnistie presque générale mit un terme à des in- 
quiétudes croissantes, et dépassa les espérances qu'on pou- 
vait avoir fondées sur la générosité du tzar ; 

• 

« Nous, Nicolas I", par la grâce de Dieu, empereur et 
autocrate de toutes les Russies, roi de Pologne, etc. 

« Nos proclamations et Nos manifestes précédents oui 
suffisamment prouvé à Nos fidèles sujets combien il Nous a 
été douloureux de recoudra la force des armes, pour arrê- 
ter la révolte qui avait éclaté dans Notre royaume de Po- 
logne. Profondément touché des maux innombrables aux- 
quels le pays était en proie, Nous ne voulions employer 
d'autres moyens que la persuasion, pour ramener a leurs 
devoirs Nos sujets égarés. Mais Notre voix ne fut pas écou- 
tée, et la Pologne n'est redevable du retour de la paix et 
de l'ordre, qu'aux armes victorieuses de l'Empire, auquel 
sa destinée est attachée d'une manière indissoluble Nous 
saurons, toutefois, distinguer la plus grande partie de ceux 
qui ont été entraînés au delà de la ligne de leurs devoirs de 
malheureux qui, trompés par de tristes illusions, et rêvant 
un état de choses impossible, recoururent à la calomnie et 
a la trahison pour atteindre leur but. Eux seuls sont res 
pensables de la violation du serment le plus solennel- de 
la ruine de leur pays, si florissant depuis sa réunion a la 
Kussie; du sang versé dans la guerre civile; de la sédition 
portée dans les provinces de l'empire; enfin des charges 
qui ont pesé sur la Russie elle-même. Un châtiment propor- 
tionne a leur crime est commandé par les lois «m'ils ont 
violées. Mais Notre justice et Notre grâce doivent rassurer 
les faibles et ceux qui n'ont été qu'égarés. Pour faire ces- 
ser désormais leurs inquiétudes et leur faire bien positive- 

VI 

8 





III 




ment connaître Notre intention, Nous avons ordonne 1 et or- 
donnons ce qui suit : 

« Art. 1 er . Une amnistie complète et absolue est accor- 
dée à tous ceux de Nos sujets du royaume de Pologne, qui 
sont rentrés dans l'obéissance. Aucune des personnes dési- 
gnées ci-dessus ne pourra, ni à présent ni à l'avenir, être 
poursuivie ni condamnée, à raison de ses actes ou des opi- 
nions politiques qu'elle aurait émises pendant tout le temps 
de la révolte. 

<( Art. 2. Sont néanmoins exceptés de l'amnistie : 
« 1" Les auteurs de la révolte sanglante du 17/29 no- 
vembre 1830. qui se portèrent, dans la soirée, au palais 
du Belvédère, pour attenter aux jours de Notre bien-aimé 
frère feu le césarévitch et grand-duc Constantin: les assas- 
sins des généraux et des officiers russes et polonais; 2" les 
auteurs et fauteurs des scènes de carnage qui ont eu lieu 
le 3/15 août de cette année à Varsovie; 3" ceux qui, de- 
puis le 13 25 janvier de l'année courante, ont été, aux dif- 
férentes époques de la révolte, chefs ou membres du gou- 
vernement inégalement établi dans le royaume de Pologne, 
et qui ne se sont point soumis, le 1 e '/ 1 3 septembre de l'année 
courante, aux termes de Notre proclamation du 17/29 juil- 
let; ainsi que ceux qui, après la soumission de Varsovie, 
ont établi à Zakroczyn un gouvernement illégal, et par là 
ont perdu tout droit à Notre miséricorde; -i° les membres 
de la Diète, qui, par leurs discours dans ses deux Cham- 
bres, ont proposé et soutenu l'acte de déchéance du 
13/25 janvier; 5° tous les individus compris dans les 
quatre catégories ci-dessus, et dont une liste nominale sera 
immédiatement dressée aussitôt qu'ils auront été traduits 
devant un tribunal établi à cet etfet et jugés conformément 
à la rigueur des lois ; 6° les officiers des corps commandés 



— ll. f > — 
par les quatre individus dont les noms suivent : Kamorino. 
Rozycki, Kaminski et Rybinski, en vertu des décrets spé- 
ciaux déjà rendus sous les dates du 20 septembre/2 octo- 
bre, du 26 septembre/8 octobre et du l cr /13 octobre. 

« Art. 3. Les membres de la Diète qui n'ont point, à la 
vérité, proposé l'acte de déchéance du 13/25 janvier, mais 
qui l'ont accepté et signé, pouvant avoir été' entraînés a ce 
crime par la crainte ou la faiblesse, seront admis a partici- 
per au bienfait de l'amnistie générale, mais a la condition 
de s'engager par cent a ne remplir dorénavant aucune 
fonction publique, s'ils n'ont pas de Douveau gagné la con- 
fiance d\i Gouvernement par leur conduite. 

« Art. i. Les effets de la présente amnistie ne s'étendent 
pas a ceux qui sont poursuivis pour des crimes commis pen- 
dant la durée de la révolte et qui demeurent justiciables 
des lois existantes. 

« Ait. 5. Les effets de la présente amnistie ne s'étendent 
pas a ceux de Nos sujets russes des gouvernements de 
l'Ouest, qui ont pris part à la révolte du royaume de Po- 
logne, ceux-ci se trouvant soumis a des dispositions parti- 
culières publiées à leur égard. 

« Donné à Moscou, le f/i3 novembre de l'an de grâce 
1831, et de Notre règne le 6 e . 

« Nicolas. » 



L'amnistie ne pouvait pas être plus complète, lorsque 
l'émigration polonaise, composée de plus de dix mille indi- 
vidus appartenant surtout aux classes élevées de h. société, 
familles nobles, sénateurs et nonces, magistrats, ecclésias- 
tiques, généraux, savants, journalistes, la plupart avec 
leurs femmes et leurs enfants, s'acheminait, a travers l'Al- 
lemagne, vers la Suisse, la France et l'Angleterre, en jurant 



- n<; - 
guerre étemelle à la Russie et en poussant des cris de ma- 
lédiction contre l'autocrate russe, 

Les comités polonais, établis de tous cotés en Europe, 
répondaient aux clameurs furibondes de ces exilés volon- 
taires-, en poursuivant leur conspiration de propagande hai- 
neuse contre les vainqueurs de la Pologne. C'était, pour les 
révolutionnaires de tous les pays, un excellent prétexte 
d'agitation et de trouble : les feuilles libérales obéirent 
dès lors à un mot d'ordre secret, pour travestir et dénaturer 
les actes les plus généreux de l'empereur Nicolas, aussi 
bien que ses intentions les plus bienveillantes à l'égard de 
la Pologne. 

Cependant, ce malheureux royaume aurait promptement 
elfacé les traces de sa fatale révolution, s'il n'eût pas été 
encore travaillé sourdement par les sociétés secrètes, qui 
avaient à l'étranger, et surtout en France, leur centre d'ac- 
tion insaisissable. Varsovie était à peine rentrée dans le de- 
voir depuis un mois, que ces sociétés renouaient leurs in- 
trigues et entravaient la marche du gouvernement régulier. 
Elles procédèrent d'abord, par un système permanent de 
calomnies et de faux bruits habilement répandus dans les 
villes et les campagnes. Tantôt on faisait accroire aux 
paysans, qu'ils seraient mis en servage comme les paysans 
russes; tantôt on leur annonçait que le taux des impositions 
allait être triplé; on ne parlait que de séquestres, de con- 
fiscations, de jugements arbitraires, à tel point que beau- 
coup de cultivateurs et de fermiers avaient abandonne 
leurs maisons, pour se cacher dans les bois et les marais. 

Il fallut que le président du gouvernement provisoire 
déclarât, dans ses proclamations aux « paisibles habitants 
des campagnes, » que, loin de vouloir molester et ruiner 
les paysans polonais, l'empereur Nicolas avait à cœur de 



— 117 — 

fane tout ce qui pourrait contribuer à augmenter leur bien- 
être et à les rendre heureux. 

Au moment môme où le manifeste d'amnistie était pro- 
• mulgué, on accusait le gouvernement russe d'emprisonner 
et de déporter en Sibérie tous ceux qui avaient pris les 
armes pendant l'insurrection. On entretenait perfidement la 
défiance et l'inquiétude, en prédisant un soulèvement pro- 
chain à Varsovie, et en faisant même courir le bruit de 
l'assassinat de Paskewitch. Le maréchal avait dû prendre 
des précautions nécessaires, dans l'intérêt de la tranquillité 
publique : Varsovie présentait l'aspect d'une ville en état 
de siège; les troupes bivaquaienf dans les rues; un grand 
nombre de maisons et de boutiques étaient fermées, 
soit que les habitants se tinssent cachés, soit qu'ils eussent 
émigré. 

La plus simple prudence avait exigé qu'on éloignât de la 
capitale les personnes suspectes et dangereuses. De là 
l'établissement d'une commission militaire, dite de purifi- 
cation, présidée par le brave et loyal comte de Wilt. Cette 
commission se bornait a permettre ou a interdire le séjour 
de Varsovie, à certaines catégories d'individus, qui furent 
parfois maintenus en état d'arrestation. 

Quant aux commissions militaires que le maréchal Osten- 



Sacken avait créées en \\ 



olhynie et en Podolie, elles se 



trouvaient investies de pouvoirs plus ('tendus; elles avaient 
prononcé une quantité d'arrêts de séquestre, mais les con- 
damnations contre les personnes étaient peu nombreuses, 
et, dans tous les cas, devaient être ratifiées par l'empe- 
reur. Ainsi, L'enseigne Qhlopicki, neveu du général de ce 
nom, accusé d'avoir déserté le régiment de Minski, dans 
lequel i\ servait depuis dix ans, pour soulever la Wblhy- 
me, fut condamné, par un conseil de guerre, à la déporta- 







— IIS — 

tion en Sibérie; mais l'empereur lui accorda sa grâce, en 
considération de la belle conduite de son oncle au début 
de la rébellion polonaise. 

La plupart des lettres de rémission qui furent octroyées, 
vers cette époque, à plusieurs Polonais gravement compro- 
mis par leurs actes pendant la période révolutionnaire, 
reçurent la plus grande publicité et s'entourèrent d'un ca- 
ractère presque solennel. Par exemple, il y eut une pro- 
clamation de l'empereur, pour annoncer que le général 
Strvjenski avait obtenu son pardon, après s'être soumis, 
sans condition, avec les troupes de cavalerie qu'il com- 
mandait. 

Le gouvernement provisoire s'était constitué définitive- 
ment à Varsovie; plusieurs des anciens ministres du 
royaume de Pologne avaient repris leurs portefeuilles; le 
conseiller d'État Xavier Potocki avait été nommé suppléant 
au ministère de la justice. Tous les fonctionnaires restés 
en fonctions avaient prêté serment à l'empereur. Le gou- 
vernement provisoire semblait animé du désir de pardon- 
ner ou du moins de ne pas punir; le président Engel, de 
concert avec le maréchal Paskevvitcli, s'efforçait d'arriver, 
par l'indulgence et la modération, à l'apaisement des pas- 
sions politiques : ils furent obligés pourtant de se prêter a 
quelques mesures de rigueur, commandées par les circon- 
stances. 

Il importait, par exemple, de reintégrer dans le royaume 
le plus grand nombre possible d'émigrés, ceux du moins 
qui n'avaient été que des instruments aveugles et incon- 
scients entre les mains des chefs rebelles. Paskewitch 
obtint donc de l'empereur le retrait tacite de plusieurs 
ukases dirigés contre les corps militaires qui avaient passe 
pn Autriche, en f.allicie et en Prusse: il autorisa ensuite. 



— in» — 

par un simple ordre du joui-, la rentrée en Pologne des 
sous-officiers et soldats des corps de Ramorino et de Ro- 
zycki, quoique ce dernier eût déclaré solennellement, dans 
sa lettre au roi de Prusse, lors de la retraite des troupes 
polonaises sur le territoire prussien, que ces troupes ue 
souscriraient jamais aux conditions humiliantes que le ma- 
réchal Paskewitch voulait leur imposer. 

Le corps de Rybinski, interné en Prusse, oùil s'étail ré- 
fugié, n'avait pas été dissous, quoique désarmé, par les 
autorités prussiennes : après avoir subi une assez longue 
quarantaine, a cause du choléra, qui semblait pourtant 
épargner ces infortunés au milieu des fatigues el des souf- 
frances qu'ils supportaient depuis plus d'un mois, sans se 
plaindre, l'infanterie avait été cantonnée aux environs de 
Marienbourg, la cavalerie sous les murs de Dantzig, el 
l'artillerie près d'Elbing. Les officiers seuls avaienl obtenu 
la permission de résider en Poméranie, et même de s'ap- 
procher de Berlin. Mais Rybinski conservait toujours, en 
quelque sorte, le commandement de ses troupes, qu'il 
avait placées sous la protection du roi de Prusse. 

Ce fut donc avec le gouvernement prussien que Paske- 
witch négocia pour obtenir la remise des hommes et des 
armes qui appartenaient à la Russie. Rybinski aurait voulu 
traiter directement avec le maréchal Paskewitch, auquel il 
écrivit des lettres qui restèrent sans réponse, et près du- 
quel il envoya sans résultai des intermédiaires chargés de 
discuter les .conditions du rapatriement de l'armée polo- 
naise. Paskewitch se borna toujours à répondre que l'ar- 
mée rebelle n'avait pas d'autres conditions à espérer, que 
de participer à l'amnistie, en se soumettant a discrétion. 
Rybinski persistait néanmoins a exalter, par ses proclama- 
tions, le dévouement patriotique île ses compagnons d'ut- 





— 120 — 
fortune ; il fut averti qu'il devait renoncer à ce rôle anor- 
mal, et que le gouvernement prussien s'était engagé à 
favoriser le retour des soldats et sous-officiers polonais dans 
leur patrie. Rybinski se démit alors de ses pouvoirs de géné- 
ralissime, en adressant des adieux touchants à ses troupes, 
dans une dernière proclamation où il faisait appel à l'Eu- 
rope et à la postérité. 

Les restes de l'armée polonaise cherchaient encore à se 
rattacher au sol de la Prusse, en sollicitant comme une fa- 
veur la liberté de se retirer en France ou dans tout autre 
pays qui voudrait les recevoir. Mais un colonel prussien, 
envoyé avec des instructions à Elbing, pour régulariser la 
position des troupes réfugiées, se mit en rapport direct, 
au nom des autorités militaires qu'il représentait, avec 
le général Rybinski, et lui fit savoir que les généraux et 
officiers du corps d'armée interné en Prusse étaient invi- 
tés à prendre un parti dans le plus bref délai : ces généraux 
et officiers devaient invoquer le pardon de leur légitime 
souverain, pour jouir du bénéfice de l'amnistie du 13 no- 
vembre ; sinon, ils n'auraient qu'à sortir immédiatement des 
États du roi de Prusse. Quant aux sous-officiers et soldats, 
le roi de Prusse les avait recommandés à la clémence de 
• l'empereur de Russie, et ils allaient être remis, de gré ou 
de force, avec leurs armes et leurs bagages , entre les 
mains des autorités russes. 

Les généraux et officiers protestèrent avec beaucoup 
de vivacité contre la pression tyrannique dont ils étaient 
l'objet, et la plupart n'hésitèrent pas à préférer un exil 
perpétuel à une amnistie vague et peut-être incomplète, 
qu'on leur promettait sans la garantir : ils réclamèrent des 
passe-ports prussiens, qu'on ne leur refusa pas, et ils se 
mirent en route, par groupes détachés, pour la France. 



CLXXXVIII 




L'empereur Nicolas s'était promis d'achever, autant que 
possible, pendant son séjour à Moscou, la pacification de 
la Pologne; les ukases qu'il publia, dans ce but, ne déter- 
minaient pas encore d'une manière définitive la forme de 
la nouvelle Constitution qui devait remplacer l'ancienne, 
anéantie par la révolte et la guerre civile. Ces ukases indi- 
quaient seulement l'intention de conserver en partie l'or- 
ganisation intérieure du pays, et de lui laisser, avec sa na- 
tionalité, son existence oropre el particulière. 

Déjà, suivant l'ordre formel de l'empereur, Paskewitch 
avait annulé en bloc toutes les décisions du gouvernement 
révolutionnaire; défense avait été laite de porter la cocarde 
ou les couleurs polonaises, et le conseil municipal de Var- 
sovie était dissous. Les universités de Wilna et de Varsovie 
n'existaient plus, mais on avait rouvert partout les gym- 
nases et les écoles, avec des modifications significatives 
apportées dans l'enseignement : les cours de langue fran- 
çaise étaient supprimés provisoirement el remplacés par 
l'étude de la langue, russe; la plupart des chaires d'histoire 
et d'économie politique restèrent vacantes et muettes, sous 
prétexte que les professeurs avaient pris part à l'insurrec- 
tion et s'étaient fait justice en s'exilant eux-mêmes. 






m> 









122 — 

Une des premières mesures radicales, que des hommes 
d'État polonais suggérèrent, comme urgente et indispen- 
sable, à l'attention de l'empereur, ce fut la réorganisation, 
ou plutôt l'épuration de la noblesse polonaise : un grand 
nombre de marchands, d'artisans, de bourgeois et même de 
paysans, avaient usurpé de longue date le titre et les pri- 
vilèges des schlalchtys (nobles), au préjudice des véritables 
gentilshommes, qui possédaient une fortune patrimoniale, 
des (erres et des revenus domaniaux. La petite noblesse, 
composée de ces usurpateurs de titres, était un fléau poul- 
ie pays, car elle ne payait aucune taxe, aucune redevance, 
et elle se regardait même comme dispensée du service mili- 
taire. Les derniers événements n'avaient que trop prouvé 
que les petits nobles, n'ayant la plupart ni domicile fixe, 
ni propriétés, pouvaient être plus impunément des pertur- 
bateurs de l'ordre public. 

Un ukase impérial, daté de Moscou, fut donc adressé au 
Sénat-dirigeant, pour la réglementation de la schlalchia ou 
noblesse, en Pologne. Les seuls nobles seraient, à l'avenir, 
ceux dont les preuves de noblesse auraient été vérifiées et 
reconnues par l'autorité héraldique. Quant à ceux qui se 
donneraient la qualité de schlalclitys, sans pouvoir prouver 
leur droit à ce titre et à ses prérogatives autrement que par 
une possession plus ou moins longue et plus ou moins héré- 
ditaire, ils devaient être divisés en deux catégories dis- 
tinctes : les habitants des villes et ceux des villages. Ces 
derniers prendraient dorénavant le nom d' 'habitants libres; 
le nom de bourgeois appartiendrait exclusivement aux habi- 
tants des villes. Les bourgeois, exerçant un ai I ou une science, 
comme les médecins, professeurs, artistes, etc., porteraient 
le titre de bourgeois honorables. Les habitants libres des cam- 
pagnes seraient classes en propriétaires el en non-proprie- 



— 123 — 
taires. Une catégorie spéciale comprendrait les petits nobles, 
employés comme domestiques ou serviteurs chez des par- 
ticuliers. Enfin, tout membre de la petite noblesse urbaine 
ou villageoise payerait, une contribution en argent et se- 
rait astreint, an service militaire. 

Cet ukase, que les véritables nobles polonais accueillirent 
comme une juste consécration de leurs droits, fut regarde 
comme une inique persécution par ceux qu'il frappait, et 
l'on accusa le parti russe d'avoir été l'instigateur de cette 
mesure aussi prudente qu'équitable, dans l'intention d'a- 
moindrir et d'abaisser la noblesse polonaise. 

D'autres ukases furent publiés coup surcoup, qui avaient 
pour objet d'assimiler de plus en plus au reste de l'empire 
les provinces de l'ouest, en modifiant ce qu'on pouvait con- 
sidérer, dans leur organisation, comme un' privilège ou un 
avantagea leur profit. On sut alors qu'une supplique avait 
été envoyée à l'empereur, par le Sénat-dirigeant, pour 
demander la reunion définitive de la Pologne a l'empire 
russe. 

L'empereur data de Moscou plusieurs rescrits conférant 
des grades et, des décorations, en récompense des services 
rendus à l'État durant la guerre de Pologne. Ainsi, dans ces 
nominations, on vit figurer les lieutenants-généraux Vlas- 
solf, NabokofiF, Mourawiefl et Gheismar, que les rapports du 
général en chef avaient tant de fois cités avec distinction. 
Par rescrit du 18/30 octobre, la grand'croix de l'ordre de 

Saint-Georges fut donnée au général d'infa rie. prince 

Schakhowskoï, et au général de cavalerie, comte de Witt, 
pour la valeur et les talents militaires dont ils avaient fait 
preuve dans le cours de cette guerre laborieuse, notamment 
a l'attaque des fortifications de Varsovie. 

Les grâces de l'empereur s'étendirent aussi sur la noblesse 





- 124 — 

polonaise, comme pour mieux constater les défections qui 
avaient affaibli progressivement la cause «les rebelles : 
Adam Pociei-Niepokoïczycki fut nommé chambellan de 
l'empereur, et d'autres maréchaux de la noblesse du 
gouvernement de Minsk devinrent gentilshommes de la 
Chambre. 

Plusieurs généraux polonais, qui, depuis leur retour à 
Varsovie, n'avaient pas été en hutte à la moindre vexation 
de police, reçurent l'ordre de se rendre à Moscou, dans le 
plus bref délai; quelques-uns, dit-on, y furent amenés, mal- 
gré eux: la. on les interrogea sur la conduite qu'ils' avaient 
tenue après la capitulation acceptée par le président Kru- 
kowiecki. Cet interrogatoire avait surtout pour objet de 
préciser les motifs et les circonstances qui axaient empêché 
l'armée polonaise de se retirer immédiatement sur Plock 
et de mettre lias les armes. 

On soupçonnait les membres de la Diète d'avoir obéi à 
des conseils émanés du gouvernement français. Tout ce 
qu'on put découvrir, ou plutôt deviner, c'est que le Comité 
polonais central, dont le général La Fayette (Hait le chef 
suprême, et qui comptait parmi ses membres les principaux 
chefs de l'opposition en France, avait exercé une influence 
directe et permanente sur tous les actes de la révolution 
de Pologne. 

Cette révolution axait eu les mêmes principes, sinon les 
mêmes éléments, que les troubles et les mouvements in- 
surrectionnels qui se répercutaient alors sur tous les points 
de l'Europe : en France, à Paris et à Lyon; en Suisse, à 
Pale et à Neuchâtel; en Italie, à Parme, à Modène et dans 
les États romains. 

Les recherches actives de la police russe parvinrent à 
découvrir que les sociétés secrètes de Pologne, encore très- 



— I2S — 
nombreuses et très-redoutables, malgré les poursuites judi- 
ciaires qui les avaient atteintes, correspondaient, non-seu- 
lement avec les sociétés secrètes de France, mais encore 
avec des sociétés secrètes qui existaient en Russie depuis 
le règne d'Alexandre I"'', et que le grand procès criminel de 
1826 n'avait pas empêché de se multiplier, surtout dans les 
anciennes provinces polonaises. Ces sociétés secrètes russes 
avaient des ramifications très-étendues dans l'intérieur de 
l'empire; mais leur organisation était combinée avec tant 
d'astuce et d'habileté, qu'on ne pouvait pas espérer de con- 
naître jamais tous les auxiliaires de celle vaste association. 
Il était certain, cependant, que les chefs, ou du moins les 
centres d'action devaient se trouver dans les colonies mili- 
taires des régiments de grenadiers. 

Cette découverte fut le dernier coup porté a l'institution 
des colonies militaires, que la haute noblesse avait souvent 
dénoncées comme onéreuses pour le peuple et dangereuses 
pour la couronne. L'empereur Nicolas o' essaya plus de les 
défendre, et, en renonçant à une expérience qui avait coûté 
des sommes énormes, sans produire les résultats avantageux 
qu'il s'était flatté longtemps d'en obtenir, il décida que 
les colonistes d'infanterie seraient incorporés dans l'armée 
active. 

Quant aux colonies de cavalerie, qui n'étaienl que l'or- 
ganisation régulière des forces militaires de la population 
cosaque dans les gouvernements de Karkoff, de Cherson et 
de Kieff, elles avaienl trop bien réussi sous l'administration 
du comte de \Yitt, elles convenaient trop bien aux mœurs 
et au caractère des habitants de ces gouvernements pour 
qu'on songeât à les détruire ou seulement à les affaiblir. 
Elles coûtaient, d'ailleurs, moins de sacrifices pécuniaires 
à l'Etat que les colonies d'infanterie, et elles fournissaient 





— I2<; — 
ii l'armée ses meilleurs, ses plus beaux régiments de cava- 
lerie, cuirassiers, hulans, hussards, etc. 

L'ukase, qui introduisit des changements considérables 
dans le système des colonies militaires, fut adressé au Sénat- 
dirigeant, sous la date du 8/20 novembre 1831. C'était le 
point de départ d'un système nouveau qui devait, en aug- 
mentant les cadres de l'armée, lui donner plus de cohésion 
et plus d'unité. Le rappel au service du général Yermoloff, 
qui en avait été éloigné par la jalousie du maréchal Die- 
bitscb, adversaire déclaré de ce commandant en chef du 
corps détaché de l'armée du Caucase, fut considéré comme 
de bon augure pour les grandes mesures de réforme que 
l'empereur se proposait d'appliquer successivement au ma- 
tériel aussi bien qu'au personnel des armées russes. 

Le preslige, que la présence du souverain à Moscou 
exerçait sur la population de cette ville, avait été tel, que 
toute autre préoccupation faisait place aux sentiments de joie 
et d'enthousiasme, qui débordaient de tous les cœurs. Le 
vieux parti russe n'avait pas même osé protester ouver- 
tement contre la reconstitution du royaume de Pologne, et 
les nombreux ukases, datés de Moscou, que l'empereur 
crut devoir accorder à l'apaisement de l'agitation polonaise, 
ne furent connus ou plutôt ne furent jugés qu'après le départ 
de la famille impériale. 

Ce départ, remis de jour en jour, était renvoyé aux der- 
niers jours de novembre. Le 14 de ce mois, Leurs Majestés, 
accompagnées du césarévitch, avaient visité l'exposition de 
l'industrie nationale du gouvernement de Moscou, impro- 
visée en leur honneur par les soins d'une commission, que 
présidaient M. Samoiloff et le prince Viazemski, l'un et 
l'autre employés du ministère des finances, et admirable- 
ment organisée dans six salles du Kremlin. 



1-27 — 



La première salle eontenail les produits chimiques, les 
porcelaines, les faïences, la quincaillerie et la coutellerie, 
les cristaux, l'horlogerie, les instruments de mathémati- 
ques; la seconde salle, les colons; la troisième, les soies; 
la quatrième, les laines; la cinquième et la sixième, la 
ganterie, la chapellerie, les peaux, les (leurs artificielles et 
d'innombrables objets de l'industrie de luxe. Chacune de 
ces salles, ornées de tentures, de trophées et de statues, 
offrait un coup d'oeil superbe. On avait expose aussi, dans 
deux salles adjacentes, sept cartons peints pour des tapis- 
series, attribués à Raphaël, et quatre cents dessins exécutés 
par les élèves de l'école impériale d'architecture, attachée 
au comptoir du palais. 

Leurs Majestés furent reçues, au sondes fanfares, par le 
maire de la ville et par les membres du conseil des manu- 
factures, ayant derrière eux les marchands russes et leurs 
enfants, revêtus du costume de leurs ancêtres. L'empereur 
voulut examiner en détail tous les produits de l'exposition, 
et il commença cet examen, qui ne dura pas moins de deux 
heures, sous la conduite du conseiller d'État Hamel, membre 
de 1 Académie des sciences, qui lui fournissait les expli- 
cations nécessaires. 

Au reste, l'empereur s'adressait familièrement aux ma- 
nufacturiers et aux fabricants eux-mêmes, places à côté des 
spécimens de leur industrie. On eut plus d'une occasion de 
remarquer le discernement profond avec lequel il savait ap- 
précier la valeur et le mérite des objets qui attiraient son 
attention. L'impératrice, de son côté, avec une grâce et 
une bonté incomparables, ajoutait souvent des paroles bien- 
veillantes à celles de son auguste époux; le jeune prince 
enchantait tous les spectateurs par son esprit et ses manières 
affables. 




— I2X — 

Après cette longue promenade dans les salles de l'expo- 
sition, l'empereur appela près de lui le maire de Moscou et 
le pria de remercier les habitants de cette capitale, pour 
toutes les merveilles que cette belle exposition avait offertes 
à ses regards. 11 exprima ensuite, dans les termes les plus 
touchants, la satisfaction que lui axait causée l'œuvre de 
bienfaisance, accomplie par les bourgeois et marchands de 
Moscou, qui s'étaient cotisés, l'avant-veille, pour réunir 
une somme de 50,000 roubles, destinée aux soldats russes 
blessés sous les murs de Varsovie, ainsi qu'aux veuves et 
et aux orphelins des morts. C'était, en quelque sorte, une 
protestation nationale contre la révolte des Polonais. 

L'empereur cl l'impératrice, arrêtés et retenus par l'af- 
fection infatigable de leurs sujets, ne quittèrent Moscou (pie 
le 5 décembre; mais le grand-duc héritier était retourné à 
Saint-Pétersbourg, dix jours plus tôt. 

Une nouvelle qui produisit une douloureuse impression 
dans Moscou, mais qui passa presque inaperçue en Russie, 
parvint à Leurs Majestés, avant qu'elles eussent quitté Mos- 
cou. La princesse de Lowicz, veuve du grand-duc Constan- 
tin, était décédée, le 30 novembre, à la suite d'une maladie 
de langueur, au palais de Tzarskoé-Sélo, qu'elle habitait 
depuis quelques mois. 

Cette maladie, qui n'avait pas d'autre origine qu'un cha- 
grin profond et incurable, avait été précédée d\\ délabre- 
ment progressif de sa santé. Les derniers instants de sa vie 
furent consacrés exclusivement, à des œuvres de charité et 
de dévotion, en mémoire de l'époux qu'elle ne se consolait 
pas d'avoir perdu. 

Peu de jours avant sa mort, elle fit appeler le prince 
Wolkonsky, ministre de la maison de l'empereur, et elle le 
chargea de transmettre à Sa Majesté, avec l'expression 



— 129 — 
d'une profonde reconnaissance, ses vœux suprêmes en fa- 
veur de la Pologne. Elle le pria aussi de rendre à l'empe- 
reur le testament du grand-duc Constantin et une déclara- 
tion solennelle de ce prince relative à la succession au 
troue de Russie, pièces importantes qu'on avait cherchées 
inutilement à Varsovie, d'après ses ordres et ses indica- 
tions, et qui, chose étrange, furent retrouvées vingt-cinq 
ans plus tard dans les papiers du prince Wolkonsky. 

Les méprisables artisans de calomnies, qui avaient dès 
lors pris à tâche de nuire à la cause des Polonais, en es- 
sayant de la servir à l'aide de fausses nouvelles et de bruits 
mensongers, osèrent répandre que la princesse de Lowicz 
était enceinte au moment de son décès, et que les nécessités 
«le la politique russe avaient exigé que la malheureuse 
veuve de Constantin ne mjt pas au jour un roi de Pologne! 
Le retour de Leurs Majestés a Saint-Pétersbourg coïnci- 
dait avec celui du grand-duc Michel, qui revenait de Wilna, 
épuisé de fatigue, sinon sérieusement malade, après la 
campagne pénible dont il avait, pendant huit mois consé- 
cutifs, affronté les fatigues et les dan-ers. Le grand-duc 
n'avait voulu rentrer en Russie, qu'après la pacification 
complète de la Pologne : il avait pu voir, avant de se 
mettre en route, arriver les premières colonnes de l'armée 
polonaise, que le gouvernement prussien forçait de repas- 
ser la frontière et d'accepter les bienfaits de l'amnistie, que 
l'empereur avait accordée à tous les sous-officiers et soldats 
de cette armée réfugiée en Prusse. Ceux-là seuls que l'am- 
nistie avait exceptés, les sujets russes du gouvernement de 
Wilna et des autres provinces de l'empire, avaient obtenu 
la permission de rester dans les États du roi de Prusse. 

L'empereur attendait avec une vive impatience son frère 
Michel, dont il était privé depuis si longtemps, et l'accueil 

9 






— 130 — 

qu'il lui fit témoigna de la joie qu'il avait de le revoir, à la 
suite d'une longue séparation et après tant de dangers cou- 
rageusement affrontés. 

Trois semaines plus tard, la grande-duchesse Hélène, 
qui avait passé en voyage une partie de l'année, rentrait 
aussi à Saint-Pétersbourg. Elle n'avait pas attendu, en An- 
gleterre, la conclusion définitive du traité de la quintuple 
alliance, qui ne fut signé que le 15 novembre, et qui de- 
vait être ratifié dans un délai de deux mois par les cinq 
Puissances représentées à la Conférence de Londres. On a 
lieu de croire que le voyage de la grande-duchesse Hélène, 
dans différentes cours de l'Europe, n'avait pas été étranger 
aux plus graves intérêts de la politique russe. 

Saint-Pétersbourg était alors entièrement délivré du cho- 
léra; la famille impériale pouvait donc, sans inquiétude, 
prendre sa résidence d'hiver. Un Te Deum fut chanté, le 
10 décembre, dans la chapelle du palais, en présence de 
Leurs Majestés" et du césarévitch , pour la cessation de 
l'épidémie, qui avait fait tant de victimes dans la capitale, 
et qui semblait en ce moment suspendre sa marche dévo- 
rante à travers l'Europe. 

L'empereur n'avait pas encore laissé deviner ses inten- 
tions à l'égard de la Pologne; les rancunes et les violences 
du parti russe commençaient à s'assoupir, et l'opinion pu- 
blique ne demandait plus avec la même persistance un ré- 
gime d'exception et de représailles contre les rebelles. Ni- 
colas, tout porté qu'il pût être à l'indulgence et au pardon, 
se croyait fondé en droit à modifier radicalement, sinon à 
retirer tout à fait, la Constitution que son frère Alexandre 
avait octroyée aux Polonais; il était d'accord avec tous les 
hommes d'État de la Russie, sur la convenance et l'opportu- 
nité de la réunion du royaume de Pologne à l'empire russe ; 



— 131 — 

mais l'heure n'était pas venue de décréter cette réunion et 
de la faire accepte]' aux Puissances européennes. 

En attendant, plusieurs actes de l'autorité impériale 
avaient pu faire pressentir quel était le sort réservé à la 
Pologne soumise et amnistiée; par exemple, un ukase, du 
29 novembre/H décembre 1831, avait ordonné que les 
ordres de Pologne fussent compris désormais parmi les 
ordres de Russie; les ukases du 18/30 janvier 1832 furent 
encore plus significatifs, car ds supprimaient toutes les 
grandes charges de la cour du royaume de Pologne, en at- 
tribuant, a ceux qui les possédaient, des charges analogues 
à la cour de Russie; c'était annoncer, en même temps, que 
la Pologne cessait de faire un royaume séparé, et que la 
noblesse polonaise ne devait plus servir désormais que l'em- 
pereur de Russie. 

La noblesse, en effet, et la haute bourgeoisie polonaise, 
avaientspontanément donné l'exemple d'une soumission sans 
réserve, comme pour atténuer et contre-balancer l'obstina- 
tion, le ressentiment et l'hostilité, que les sociétés secrètes 
entretenaient dans les masses. Ainsi, lorsque le grand-duc 
Michel allait partir pour Riga, où était le quartier-général 
des gardes, les bourgeois notables de Varsovie lui avaient 
présenté une pétition revêtue d'un grand nombre de signa- 
tures, pour le prier d'intercéder l'empereur en faveur de ses 
sujets coupables et repentants. Les hommes sages et pru- 
dents s'efforçaient, avec un véritable patriotisme, de con- 
jurer les mesures de rigueur qui menaçaient la Pologne et 
ses habitants. 

En revanche, l'émigration polonaise à l'étranger avait 
entamé déjà une guerre offensive d'intrigues, de clabaude- 
nes, de pamphlets et de journaux, contre le tzar en per- 
sonne et contre le gouvernement russe. 




!*];■' 




— 132 — 

Il y eut alors, dans les palatinats de Pologne, un essai de 
protestation collective, pour combattre, par des adresses à 
l'empereur, la fatale influence de ces dangereux amis. Il 
suffit de citer une seule de ces adresses, couvertes de nom- 
breuses signatures, pour indiquer dans quel esprit et dans 
quel but elles étaient dirigées. Voici celle des habitants du 
palatinat de Masowie, que les plus riches propriétaires 
avaient signée, sous l'inspiration du comte Alexandre Po- 
tocki : 



« Sire, 

« Les paroles de grâce que renferme le manifeste de 
Votre Majesté impériale et royale, du 20 octobre (1 er no- 
vembre, nouv. st.) 1831, offrent aux habitants du palatinat 
de Masowie, réunis en cette ville, un juste motif d'exprimer 
les sentiments de la plus profonde vénération et du dévoue- 
ment sans bornes dont ils sont pénétrés pour leur souverain 
magnanime. 

« Plus la douleur que le cœur paternel de Votre Majesté 
impériale et royale a ressentie, à l'époque de notre désas- 
treuse révolution, lui a été sensible; plus sera éclatante, 
dans les fastes du monde, la page qui retracera son géné- 
reux pardon. 

« Les événements qui viennent de se passer sont pour 
nous une source de larmes et d'affliction ; après tant de ca- 
lamités diverses, auxquelles la nation vient d'être en butte, 
nous serions effrayés de la situation qu'elle présente, si les 
intentions bienveillantes de Votre Majesté impériale et 
royale n'étaient venues y porter remède. A la suite des 
malheurs de tout genre dont il a plu à la Providence de 
nous accabler, nous sommes tranquillisés sur notre sort à 
venir, puisque Votre Majesté impériale et royale, en vouant 



— 133 — 

le passé à l'oubli, daigne nous conserver ses affections pa- 
ternelles, qui nous sont si chères. 

« C'est avec soumission, et avec une entière confiance 
que nous attendons les mesures d'allégement que, dans sa 
sagesse, Votre Majesté daignera reconnaître utiles pour dé- 
tourner les calamités qui pèsent sur nous. La prospérité re- 
naissante du pays pénétrera d'une vive gratitude les cœurs 
de tous ses sujets, et ce sentiment sera transmis par eux 
aux générations futures. Puisse le Très-Haut bénir les vues 
de l'auguste et bienfaisant monarque, qui juge ses enfants 
humiliés avec les sentiments d'un père, et s'empresse de 
fermer leurs cruelles blessures ! 

(Suivent les signatures.) 

• Varsovie, ce 6 (1S, nuuv. st.) décembre 1831. » 

Pendant que les chefs de la population s'efforçaient ainsi 
de recommander leur malheureuse patrie à la clémence du 
vainqueur, à la bonté du souverain, les chefs de l'émigra- 
tion, établis en France et en Angleterre, travaillaient à 
prêcher une folle croisade, qui ne pouvait servir, malgré ses 
sollicitations bruyantes, qu'à offenser et à exaspérer l'em- 
pereur de Russie. 

De là, sans doute, un accroissement de sévérité et d'ar- 
bitraire dans certains actes de l'administration provisoire de 
la Pologne, et surtout dans les dispositions de l'autorité 
militaire; le nombre des séquestres, des emprisonnements 
et des condamnations, n'avait fait qu'augmenter avec le 
nombre des mécontents el des malveillants. On disait hau- 
tement, à Varsovie, que la Pologne avait cessé d'exister ; 
qu'elle serait divisée en deux ou trois gouvernements orga- 
nisés et administres comme ceux de l'empire, et qu'on y 





— 134 — 
établirait à la fois, par ukases, la religion grecque et la loi 
russe. 

L'empereur, il est vrai, semblait ne vouloir perdre au- 
cune occasion de rappeler à ses peuples la prise de Varsovie 
et la défaite des rebelles polonais, en même temps que la 
bravoure et la gloire de l'armée russe. Il créa, en souvenir 
des actions d'éclat qui avaient signalé cette guerre terrible 
et douloureuse, non-seulement une médaille militaire, mais 
encore une décoration nouvelle ainsi qualifiée : Marque 
d'honneur polonaise pour le mérite militaire. La médaille ne 
devait être attribuée qu'à ceux qui auraient combattu sous 
les murs de Varsovie, les 6 et 7 septembre 1831; la 
marque d'honneur, instituée en cinq classes, par ukase en 
date du 31 décembre 1831/12 janvier 183*2, serait accor- 
dée de droit à tous les officiers, sous- officiers et soldats, qui 
auraient figuré dans les combats livrés aux rebelles sur le 
territoire polonais. 

Un ordre du jour, adressé sous la même date aux troupes 
de l'armée active, leur annonçait la création de cette 
médaille spéciale et de la marque d'honneur polonaise, des- 
tinées l'une et l'antre à perpétuer dans l'armée la mémoire 
de la glorieuse guerre de Pologne. Voici cet ordre du jour, 
qui proclamait, en termes très-explicites, la réunion dé- 
finitive du royaume de Pologne à l'empire : 

« Braves soldats, 
« Vous avez, par des exploits d'une valeur sans exemple 
et par une intrépidité invincible, dans la guerre mémorable 
contre les rebelles polonais, atteint complètement le but 
auquel vous étiez appelés. Vos efforts ont mis un terme à la 
révolte déplorable qui avait ébranlé le royaume de Pologne 
jusque dans toutes ses bases d'ordre public, et ce royaume, 



— 135 — 
ainsi rendu à l'empire de Russie, va retrouver sous son 
égide une prospérité durable. 

« Voulant signaler des services si émfnents, J'ai trouvé 
juste de conférer, à tous ceux qui ont pris part aux opéra- 
tions militaires dans le royaume de Pologne, la marque 
d'honneur pour le mérite militaire, qui appartenait à ce 
royaume, et J'ai donné ordre do vous distribuer cette 
marque d'honneur, comme un nouveau gage de Ma recon- 
naissance envers vous, et comme un témoignage éclatant 
que les distinctions militaires n'appartiennent qu'aux troupes 
inébranlables comme vous dans leur fidélité, leur dévoue- 
ment et leur amour pour le trône et la patrie. 

« J'ai, de plus, institué, en mémoire de la prise de Var- 
sovie, une médaille particulière, laquelle sera portée par les 
généraux, officiers et soldats, qui se sont trouvés, sous les 
armes et dans l'action, à l'assaut mémorable de cette ville. 

<'■ La marque d'honneur polonaise pour le service mili- 
taire, et la médaille pour la prise de Varsovie, seront en- 
voyées à chacun de ceux qui y ont droit, conformément aux 
dispositions d'un ordre spécial, donne à cet effet a l'aide de 
camp général dirigeant Mon état-major général. 

« Donné à Saint-Pétersbouig, le 131 décembre 1831 
(12 janvier 1832, nouv. st.). 

« Nicolas. » 




La marque d'honneur pour le mérite militaire fut vaine- 
ment sollicitée par les bourgeois des gouvernements de 
Kiew et de Riga, qui avaient fait le service de la garde ur- 
baine pendant toute la durée de l'insurrection polonaise, 
et qui s'étaient distingués par leur zèle exemplaire au- 
tant que par la discipline qu'ils avaient observée sous 



— 136 — 
les armes. L'empereur leur fit seulement témoigner sa 
haute satisfaction, ainsi qu'aux habitants de la Courlande 
et de la Livonie, qui avaient concouru avec le même zèle 
au succès des mesures prises par le gouvernement impérial 
contre les tentatives criminelles des révoltés de Luthanie. 




CLXXXIX 



Tout était préparé, cependant, pour la rédaction défini- 
tive des Statuts organiques, destinés à remplacer la Consti- 
tution accordée aux Polonais, en 1815, par l'empereur 
Alexandre. 

Nicolas avait fait savoir aux différentes cours de l'Europe, 
qu'il s'était vu dans « l'indispensable nécessite de ramener 
le bien-être et la tranquillité en Pologne, en réunissant ce 
royaume à l'empire par un lien indissoluble. » Et, sans 
attendre l'effet de cette communication diplomatique', sans 
s'inquiéter des représentations plus ou moins impérieuses 
que ses ambassadeurs ne manqueraient pas de lui faire 
parvenir au nom des Puissances alliées, il avait mandé à 
Saint-Pétersbourg le maréchal Paskewitcli , gouverneur 
général de la Pologne, pour lui donner connaissance des 
nouveaux Statuts organiques. 

Au reste, il paraîtrait que la grave question de la reunion 
politique et administrative du royaume de Pologne à l'em- 
pire russe avait été posée et débattue secrètement devant la 
conférence de Londres. Le prince de Ueven, ministre pie- 




— 138 — 
nipotentiaire de la Russie, avait énuméré les raisons pé- 
remptoires qui obligeaient l'empereur à prendre ce parti, 
sans tenir compte des protocoles du traité de Vienne, le- 
quel, en déclarant que le duché de Varsovie était réuni à 
l'empire de Russie, promettait à ce duché une administra- 
tion distincte, une représentation et des institutions natio- 
nales; il ne laissa pas, d'ailleurs, supposer que l'empereur 
reculerait dans la voie où les circonstances seules le for- 
çaient d'entrer, et il présenta comme un fait inévitable, 
sinon comme un fait accompli, l'annexion définitive et in- 
dissoluble de la Pologne à la Russie. 

Ce n'était pas le moment d'évoquer un nouveau conflit, 
lorsque la paix de l'Europe dépendait de l'attitude de la 
Hollande vis-à-vis de la Belgique ; car le roi des Pays-Bas, 
qui croyait pouvoir s'appuyer exclusivement sur la Russie, 
refusait de souscrire aux conditions trop onéreuses que la 
conférence de Londres voulait lui imposer, sous la pression 
des cinq Puissances, pour sanctionner la séparation terri- 
toriale de la Hollande et de la Belgique. 

Le rôle que la conférence de Londres avait accepté, de- 
puis plus d'un an, n'était autre que celui de l'ancienne 
Sainte-Alliance, qui tendait à se réorganiser sous un nom 
différent et sous une forme différente. Les cinq grandes 
Puissances, attaquées ou menacées par la coalition per- 
manente des sectes révolutionnaires , sentaient le besoin 
de se soutenir et de se défendre mutuellement, attendu que 
chaque État renfermait les mêmes ferments de trouble, les 
mêmes agents de désordre, et que, partout, les sociétés 
secrètes étaient à l'œuvre pour renverser les gouvernements 
légitimes et anéantir l'ordre social. 

Il y eut donc, entre les hommes éminents qui com- 
posaient la conférence de Londres, une espèce de conven- 



— 139 — 
tion tacite, moyennant laquelle l'empereur de Russie n'avait 
plus à craindre d'être gêné ni contrarié dans ses actes de 
souverain à l'égard de La Pologne; il avait déclaré, il est 
vrai, de la manière la plus énergique et la plus précise, 
qu'il ne souffrirait, de la part des Puissances européennes, 
aucune intervention directe ou indirecte, qui eût pour objet 
d'entraver l'action de son autorité vis-à-vis de ses sujets et 
dans les limites de ses États; mais il consentait à traiter 
et à régler, de concert avec ces Puissances, toutes les 
questions générales, qui pourraient intéresser la paix de 
l'Europe, et dont la solution serait soumise à l'arbitrage de 
la quintuple alliance. 

C'était reconnaître implicitement que le roi des l J avs-Bas, 
son allié et son ami, ayant refusé de concourir au traite 
de Londres, du 15 novembre 1831, ne devait plus espérer, 
du côté de la Russie, ni secours matériel, ni appui moral, 
en dehors de ce traité et en contradiction avec les prin- 
cipes que la conférence axait admis pour la création ter- 
ritoriale du royaume de Belgique. 

Le traité avait été ratifié, dès le "21 novembre, par le 
roi des Français; le 6 décembre, la ratification du roi 
d'Angleterre a\ ail manifesté l'accord parfait des deux pays, 
qui allaient faire un roi des Belges. Le roi des Pays-Ras 
persistait à se tenir a l'écart et a demander d'autres con- 
ditions que celles qui lui étaient imposées par le traité de 
Londres. On avait lieu de croire qu'il serait soutenu, dans 
ses réclamations, par l'Autriche, la Prusse et la Russie, qui 
n'avaient pas encore ratifié le traite, quoique le délai fixé 
pour l'échange des ratifications fût bien près d'expirer. La 
conférence continuait sa mission conciliatrice, en s' efforçant 
d'éclairer le cabinet hollandais et de l'amener a l'accep- 
tation des vingt-quatre articles qui devaient servir de bases 








— 140 — 
à la séparation de la Belgique et de la Hollande; mais les 
cinq Puissances, en dépit de l'accord simultané de leurs 
plénipotentiaires, ne se montraient pas également empres- 
sées à donner force de loi européenne à ce traité que 
deux d'entre elles seulement avaient ratifié. 

Le comte de Nesselrode transmit alors au prince de Lie- 
ven une dépêche, clans laquelle il lui annonçait que l'em- 
pereur réclamait un ajournement à l'exécution du traité, 
en faveur du roi des Pays-Bas, qu'il se flattait de voir y 
adhérer, sauf quelques modifications et amendements dans 
trois articles. La ratification de l'empereur avait donc été 
signée, sous cette réserve, le 18 janvier 1832. 

On apprenait, en même temps, que l'aide de camp 
général comte Orloff était parti de Saint-Pétersbourg pour 
la Haye, chargé d'une mission spéciale auprès du roi des 
Pays-Bas. Cette mission, suivant les termes dans lesquels 
elle fut annoncée à la conférence de Londres, devait servir 
« à constater à la face de l'Europe les principes de loyauté 
et les vues conciliantes de l'empereur de Russie, ainsi que 
sa vive et constante sollicitude pour le maintien de la paix 
générale. » 

Le comte Orloff arriva, le 20 février, à la Haye ; mais, 
dès ses premiers entretiens avec les ministres du roi des 
Pays-Bas, il put se convaincre que sa mission n'aurait aucun 
succès; il en avertit le comte de Nesselrode, et il reçut 
l'ordre de faire de nouveaux efforts pour obtenir les con- 
cessions que l'empereur jugeait nécessaires dans l'intérêt 
même du roi Guillaume, à qui il avait donné des preuves 
non équivoques de déférence et d'amitié. Le roi et ses mi- 
nistres furent inflexibles. Les lettres intimes et confiden- 
tielles de Nicolas à son beau-frère le prince d'Orange, 
n'eurent pas plus d'influence sur la politique du cabinet de 






..: ;■; 



— 141 — 
la Haye, qui persistait a repousser le traité de ia quintuple 
alliance, comme attentatoire aux droits et à la dignité de 
la couronne néerlandaise. 

Cependant, l'Autriche et la Prusse avaient fait savoir à 
la conférence de Londres, quelles ratifieraient le traité, 
ratifié déjà par la France, l'Angleterre et la Russie, aussitôt 
qu'on aurait épuisé tous les moyens de conciliation auprès 
du roi des Pays-Bas. On pouvait prévoir qu'un arrangement 
pacifique des affaires de la Hollande et de la Belgique se- 
rait difficile à réaliser; mais on ne devait pas douter que 
la France et l'Angleterre ne fussent d'intelligence pour ter- 
miner le plus promptement possible, fût-ce par la voie des 
armes, le différend hollando-belge, dans lequel ces deux 
Puissances se trouvaient beaucoup plus intéressées que 
les autres Puissances représentées a la conférence de Lon- 
dres. 

L'empereur Nicolas ne retarda pas davantage la promul- 
gation des nouveaux Statuts organiques de la Pologne, qui 
parurent d'abord a Varsovie, accompagnes de ce manifeste, 
mais qui ne lurent publies en Russie que six semaines plus 
tard : 




« Le royaume de Pologne, qui, dans l'armée 1815, avait 
été conquis par les armes victorieuses de la Russie, non- 
seulement recouvra alors son existence nationale par la 
magnanimité de Notre illustre prédécesseur, mais encore 
il reçut des lois particulières, consacrées par une charte 
constitutionnelle. Ces bienfaits ne suffirent pas pour con- 
tenter les éternels ennemis de Tordre et du pouvoir légitime. 
Persistant avec opiniâtreté dans leurs criminels projets, ils 
ne cessèrent pas un instant de rêver une séparation des 
deux peuples soumis a Notre sceptre, et dans leur orgueil, 



— U2 — 

ils osèrent abuser des bienfaits du Régénérateur de leur 
patrie, en faisant servir à la destruction de son grand œuvre 
les mêmes lois et les mêmes libertés que sa main puissante 
leur avait généreusement accordées. 

« Le sang a coulé, par suite de ces menées. Le repos et 
le bonheur dont le royaume de Pologne avait joui à un 
degré qui lui avait été inconnu jusqu'ici, disparurent au 
milieu des horreurs de la guerre civile et d'une dévastation 
générale. Maintenant, tousces malheurs sont à leur terme. 
Le royaume de Pologne, rentré sous Notre sceptre, recou- 
\ rera le repos, et fleurira de nouveau au sein de la paix 
qu'un gouvernement vigilant lui garantit sous Nos auspices. 

« En conséquence, et dans notre sollicitude paternelle 
pour le bien de nos fidèles sujets, Nous regardons comme 
Notre devoir le plus sacré d'employer tous les moyens 
qui sont en Notre puissance, pour prévenir le retour d'évé- 
nements semblables à ceux qui ont eu lieu, et pour enlever 
aux malintentionnés les moyens à l'aide desquels ils sont 
parvenus à troubler le repos public. 

« Comme Nous voulons, en outre, assurer à Nos sujets du 
royaume de Pologne la durée de tout le bonheur nécessaire 
à chacun d'eux en particulier et à tout le pays en général, 
la sûreté des personnes et des propriétés, la liberté de 
conscience, et toutes les lois et les franchises des villes et 
des communes, afin (pie le royaume de Pologne, quoique 
administré séparément d'une manière appropriée à ses 
besoins, ne cesse pas cependant de former une partie inté- 
grante de Notre empire, et qu'à l'avenir les habitants de 
ce pays ne forment avec les Russes qu'une seule et même 
nation animée des mêmes sentiments d'union et de frater- 
nité, Nous avons résolu et ordonné, conformément à ces 
principes, par des Statuts organiques publiés en ce jour, 



— 143 — 

d'introduire une nouvelle forme d'administration dans 
Notre royaume de Pologne. 

Donné à Saint-Pétersbourg, le 14/26 février, Tan de 
notre Seigneur 1832 et de notre règne le septième. 

« Nicolas. 
« Par l'empereur et roi, 
« Le ministre secrétaire d'État, 
« Comte Etienne Grabowski. » 

Les Statuts organiques annulaient la Charte constitution- 
nelle, promulguéeen 1815 par l'empereur Alexandre, confor- 
mément aux conditions adoptées par le congrès de Vienne, 
conditions qu'Alexandre a\ ait déjà modifiées lui-même, se- 
lon les nécessités politiques du moment. Le royaume de Po- 
logne ne devait plus désormais former un État indépendant, 
totalement séparé de la Russie, et se gouvernant lui-même, 
pour ainsi dire, au moyen d'une représentation nationale, 
composée de la Diète, qui comprenait le Sénat et la Chambre 
des nonces, sous l'autorité d'un roi héréditaire, couronné 
à Varsovie et soumis à la Constitution qu'il jurait de main- 
tenir. La Pologne perdait, en outre, avec son armée, un 
grand nombre des privilèges inhérents a sa nationalité. 

Il est permis de regretter que, pour couper dans le vif 
et ôter tout prétexte a contestation, l'empereur Nicolas, 
en rayant d'un trait de plume les plus importantes pres- 
criptions du congrès de Vienne relatives au royaume de 
Pologne, n'ait pas déclaré solennellement que la révolte 
des Polonais l'avait dégagé de toute espèce de promesse et 
d'obligation à leur égard, et que la nouvelle organisation 
du royaume ne reposait pas sur d'autres bases que le droit 
imprescriptible du vainqueur et la volonté absolue du sou- 
verain. 




W ■ : 






— 144 — 

Le royaume de Pologne, comme le duché de Varsovie, 
était donc à jamais réuni à l'empire russe, dont il formerait 
une partie inséparable ; il aurait cependant une administra- 
tion particulière, conforme aux besoins locaux, en conser- 
scrvant un code spécial, civil et militaire. L'administration 
supérieure serait confiée à un Conseil, composé des direc- 
teurs généraux, du contrôleur général et d'autres fonction- 
naires désignés par l'empereur, sous la présidence suprême 
du gouverneur général du royaume. Un conseil d'État, 
placé aussi sous la présidence de ce gouverneur, aurait dans 
ses attributions la législation administrative, la révision du 
budget et la présentation des lois, mais ces lois et le budget 
devaient être en dernier ressort examinés et approuvés 
par le conseil d'État de Russie. 

L'empereur se réservait la nomination à tous les hauts 
emplois civils et religieux. La couronne de Pologne serait 
héréditaire, comme celle de Russie, dans la famille impé- 
riale ; le couronnement de l'empereur et roi se ferait à 
Moscou, dans une seule et même cérémonie, en présence 
d'une députation polonaise. Dans le cas d'une régence, le 
régent ou la régente exercerait sur la Pologne les mêmes 
pouvoirs que sur la Russie. L'armée impériale n'admettrait 
plus de distinction de troupes russes et polonaises. 

La Pologne, en un mot, devenait partie intégrante de 
l'empire de Russie. 

Cependant, l'ancienne division du pays était maintenue 
avec toutes ses waivodies et leurs assemblées de nobles, 
avec toutes ses communes et leurs conseils municipaux. De 
plus, les coutumes et les statuts particuliers des villes et 
des villages continueraient d'être en vigueur dans chaque 
localité. Quant à l'autorité judiciaire, les juges, en partie 
choisis par l'empereur et en partie élus par le conseil d'État, 



— 145 — 
"'auraient qu'un mandat temporaire, et seraient toujours 
révocables. La liberté des cultes était garantie, ainsi que 
la liberté individuelle; mais la religion catholique-romaine 
étant professée par la majorité des Polonais, devait être 
I objet de la protection spéciale du Gouvernement. Le droit 
de propriété des individus et des corporations était déclaré 
inviolable et sacré. La peine de la confiscation ne serait 
plus applicable qu'aux crimes d'État, de premier,, classe 
La publication de la pensée par la presse, resterait soumise 
aux restrictions que commanderaient la religion, l'inviola- 
bilité ,1e l'autorité supérieure, l'intérêt des moeurs et celui 
des personnes. 

Les différents articles de ces dispositions générales de 
valent être, d'ailleurs, expliques et réglementés postérieu- 
rement par des lois ou ordonnances spéciales. Le titre I! 
du Statut organique exposait en détail les fonctions de 
1 administration supérieure et locale; le titre NI les -,t 
tabulions des assemblées de nobles, des assemblées com- 
munales, et des conseils de waivodies; le titre IV, le rôle 
des assemblées des Etats provinciaux ; le titre V renfermait 
toute 1 organisation judiciaire. 

Ces Statuts organiques, préparés dans la chancellerie 
impériale, discutes devant Nicolas et enfin examinés en 
dernier lieu, par le maréchal Paskewitch, qui était arrivé 
le 13 février, à Saint-Pétersbourg, et qui avait passé plu- 
sieurs jours en conférence avec l'empereur, allaient être 



oloene 



Auï 



ssi, un 



uns immédiatement a exécution en P 

ukase, rendu sous la même date, avait-il crfô, m Conseil de 
I Lmpire, un département spécial pour les affaires de Polo 
gne, et nommé membres de ce département les conseillers 
prives Novossiltsoff et comte Zamoïski, les généraux de 
cavalerie comte Krasinski et Roznecki, le lieutenant-génë- 

VI 

10 















— 446 — 

rai comte Grnbowski et le conseiller privé prince Lubecki; 
ces quatre derniers nommés, en outre, à la fois membres 
du Conseil de l'Empire. Le feld-marécbal Paskewitch devait 
avoir la présidence de ce Conseil, présidence qui, en son 
absence de la capitale, serait dévolue au conseiller privé 
Engel, auquel incombait encore l'immense tâche de la 
transformation complète du royaume, en vertu du nouveau 
Statut organique. 

Le feld-maréehal Paskewitch n'avait été nommé qu'à 
titre provisoire gouverneur général de Pologne, à la fin de 
la guerre; sa nomination fut confirmée par ukase du 
25 mars/6 avril 1832; en cette qualité de gouverneur 
général ou namiestnik, il devait être président du Conseil 
d'administration du royaume. Ce fut seulement dans les 
derniers jours de mars qu'il quitta Saint-Pétersbourg, où il 
avait souvent travaillé avec l'empereur pour étudier de 
concert les mesures les plus urgentes et les plus pratiques 
en vue de la modification des institutions politiques, admi- 
nistratives et judiciaires de la Pologne. 

Les nouveaux Statuts organiques ne rencontrèrent dans 
le royaume ni opposition ouverte, ni résistances déguisées; 
ils furent même reçus avec satisfaction et reconnaissance 
par tous les hommes modérés et justes; car, s'ils enlevaient 
à la Pologne quelques-unes de ses plus chères prérogatives 
nationales, ils respectaient néanmoins les anciens privilèges 
coutumiers des villes et des villages, et ils laissaient à la 
nation son homogénéité. 

Mais, à l'étranger, en France principalement, où l'émi- 
gration polonaise avait déjà fondé une seconde patrie, il 
y eut un soulèvement de récriminations et de colères contre 
le tzar et la Russie. La plupart des journaux libéraux et 
catholiques se firent les échos passionnés des plaintes et des 



— H7 — 

protestations de tous les réfugiés, qui accusèrent la politi- 
que russe d'avoir anéanti la Pologne en l'unissant à la Rus- 
sie, contrairement aux principes de la politique européenne 
et aux décisions du congrès de Vienne. 

Ces protestations retentirent aussi dans la Chambre des 
députés en France et dans le Parlement anglais. Mais les 
Gouvernements ne s'en émurent pas, et se bornèrent à 
quelques timides représentations adressées à la cour de 
Saint-Pétersbourg. 

L'émigration polonaise, quoique considérablement réduite 
par la rentrée d'une foule d'exilés en Pologne, devint une 
sorte de foyer incandescent de liâmes, «le vengeances et 
-I injures contre le gouvernement russe, contre la Russie 
et surtout contre la personne de l'empereur. Un Comité 
national polonais s'était formé a Paris, qui avait pris a tâche 
de faire une guerre implacable, incessante à Nicolas et 
dans cette guerre, toutes les armes semblaient bonnes et 
légitimes, fussent-elles empoisonnées par la calomnie 

Ce Comité, inspiré et dirigé par Lelewel, qui en était le 
président, lança un manifeste adressé a L'Europe, en date 
du li avril 1832, pour dénoncer le Statut organique comme 
un attentat aux libertés de la Pologne, comme un outrage 
au droit des gens, comme un défi aux puissances euro- 
péennes. Rien n'égalait la violence de ce factum, que quel- 
ques individus, sans mandat et sans autorité, se permet- 
taient de publier, au nom de la nation polonaise. Voici 
en quels termes les principales dispositions du Statut orga- 
nique étaient appréciées dans le manifeste révolutionnaire : 
« Nicolas, par la nouvelle ordonnance, rompt le peu qui 
restait de ses engagements. Il détruit le pouvoir législatif 
supprime l'instruction publique, soumet la publication de 
la pensée a l'arbitraire de la censure russe, ou, en d'autres 










— 148 — 

formes, il commande une obéissance aveugle et un silence 
absolu. Il admet aux fonctions, sans même en excepter la 
dignité d'archevêque et d'évèque, les sujets de son empire, 
sans aucune distinction et selon sou bon plaisir. En con- 
servant la confiscation des biens pour les délits politiques, 
il se réserve un moyen facile d'enrichir son trésor, par 
la fortune arrachée à des milliers de familles, et d'assouvir 
sa haine implacable. Il pousse à tel point son acharnement, 
(pie, en face de l'Europe, il n'hésite pas de s'attaquer à 
tout ce qui, dans les rapports entre les gouvernés et les 
gouvernants, doit rester à jamais sacré et inviolable. » 

Les auteurs du manifeste annonçaient que tôt ou tard 
les Polonais, courbés sous le joug du despotisme, se ré- 
veilleraient et reprendraient l'attitude fière d'un peuple 
qui connaît sa dignité et ses droits imprescriptibles. On 
peut dire que cette inutile et malencontreuse protestation 
fut le premier acte d'hostilité, par Lequel l'émigration polo- 
naise déclara la guerre à l'empereur Nicolas, guerre de 
langue et de plume, que les émigrés et leurs partisans 
soutinrent avec la même ardeur et ne cessèrent de raviver 
sous toutes les formes pendant plus de vingt-cinq années. 

Les gouvernements de l'Europe, il est vrai, gardèrent 
toujours la neutralité, mais ils n'imposèrent jamais silence 
aux clameurs désordonnées de l'opinion libérale, qui ap- 
prouvait, favorisait, excitait ce déchaînement de passions 
haineuses contre la Russie , et les subsides, qu'ils accor- 
daient avec une trop aveugle générosité aux réfugiés polo- 
nais, semblaient être le témoignage persévérant d'une com- 
plicité déguisée. 

Ce futain&i que l'empereur de Russie envisagea la conduite 
de la France à son égard, malgré les démonstrations ami- 
cales et les explications rassurantes du roi Louis-Philippe, 



— IW — 

qui, dans des notes confidentielles, invitait son puissant 
allié a se préoccuper le moins possible de l'agitation polo- 
naise à l'étranger. 

Cependant, Nicolas ne pouvait se défendre d'être tou- 
jours très-sensible à ce que Louis -Philippe qualifiait de 
clabauderies insignifiantes sans portée et sans effet : « 11 est 
difficile, écrivait le comte de Nesselrode dans une de ses 
dépêches, de ne pas voir une condescendance ou une fai- 
blesse regrettable de la part du gouvernement français, 
lorsqu'il demande aux Chambres un crédil de plus de 3 mil- 
lions pour secours aux Polonais rebelles et autres réfugiés 
politiques. Ces réfugiés sont la plupart des hommes dan- 
gereux et coupables qu'il faudrait expulser, au lieu de les 
accueillir dans un État qui a besoin d'ordre et de repos. 
Les Polonais comptent, dit-on, pour quatre mille, dans le 
nombre de huit mille réfugiés que la France couvre de sa 
protection. L'empereur a donné des ordres pour relever 
exactement la liste des nobles, officiers et fonctionnaires, qui 
sont sortis de Pologne, comme s'etant compromis au service 
de l'insurrection, et qui ont refusé jusqu'à présent d'ac- 
cepter l'amnistie. Cette liste se monte à trois ou quatre cents 
personnes seulement. II serait édifiant de connaître quels 
sont les autres individus qui se font, du titre d'émigré 
polonais, un droit de participer aux secours que la Cham- 
bre des députés vient d'accorder a de prétendues victimes 
de la révolution de Pologne. » 

Un seul fait, entre mille, prouve combien était motivé 
le cloute exprimé par le comte de Nesselrode, au sujet 
de l'honorabilité et même de l'identité d'un grand nombre 
de réfugiés qui touchaient des subsides de la France. Un 
intrigant se fit passer pour le fils du prince de Lieven, 
ambassadeur de Russie a Londres, et il ramassa, sur son 




— 150 — 
chemin, d'abondantes offrandes, en racontant un roman 
ridicule, d'après lequel il aurait servi sous le drapeau 
polonais et combattu les Russes, ses compatriotes, par 
amour de la liberté; il avait fait, disait-il, quatre-vingt- 
dix lieues à pied, déguisé en paysan, pour se soustraire 
aux agents envoyés à sa poursuite, et il allait rejoindre 
ses frères d'armes à Avignon, fidèle à la noble cause qu'il 
avait embrassée. Ce roman fut répète dans tous les jour- 
naux, et le comte Pozzo di Borgo avertit la police fran- 
çaise, qui mit la main sur cet escroc et le lit sortir, sans 
bruit, de la France où il avait trouvé tant de dupes et tant 
de sympathies. 



cxc 



Pendant que les réfugiés polonais se donnaient beaucoup 
de mouvement, « pour flétrir les actes du tyran, » suivant 
les termes du manifeste du 14 avril, la Pologne restait 
calme, silencieuse et résignée à son sort : elle se préparait 
à envoyer à Saint-Pétersbourg une députation chargée de 
déposer l'hommage de sa reconnaissance aux pieds de l'em- 
pereur. 

Nicolas avait voulu, avant de recevoir cette députation, 
compléter l'innombrable série des récompenses qu'il attri- 
buait aux services rendus à la patrie dans la guerre de Po- 
logne : aucun des généraux et des officiers de l'armée ac- 
tive n'avait été oublié. Ce fut ensuite le tour des régiments 
qui s'étaient le plus distingués par leur valeur contre les 
rebelles; l'ordre du jour du 6/18 décembre 1831 avait eu 
pour objet d'acquitter cette dette nationale. 

L'empereur avait accor.de à plusieurs régiments des 
gardes, entre autres à celui des grenadiers, des chasseurs à 
cheval, et des hussards de Grodno, les droits et prérogatives 
dont jouissaient les régiments de la vieille garde; d'autres 
régiments d'infanterie avaient obtenu des drapeaux de 
Saint-Georges avec diverses inscriptions commémoratives 






i 




— 152 — 
de l'assaut de Varsovie; d'autres régiments de cavalerie 
avaient eu des trompettes de Saint-Georges, des marques 
distinctives aux casques ou aux schakos, avec inscriptions 
qui rappelaient la part qu'ils avaient prise à la soumission 
de la Pologne. 

Les ministres d'État et les fonctionnaires de l'ordre civil 
furent les derniers a recevoir des témoignages de la satis- 
faction et de la gratitude du souverain. , 

Le comte Tchernychefr, qui dirigeait simultanément le 
ministère de la guerre et l'état-major général de l'empe- 
reur, fut honoré du rescrit suivant, qui énumérait, de la 
manière la plus flatteuse, les motifs de reconnaissance que 
son auguste maître daignait lui exprimer vis-à-us de la 
Russie : 




« Dans la longue carrière de vos services militaires, 
comme dans l'exécution d'un grand nombre de commissions 
importantes, vous nous èles constamment distingué par un 
dévouement remarquable, par une activité aussi infatigable 
qu'éclairée, et par le zèle le plus ardent pour les intérêts 
du trône et de la pairie. Dans la direction des deux 
branches les plus étendues de l'administration militaire de 
l'empire, qui vous est confiée depuis plus de trois ans, yotre 
gestion a complètement justifié .Mon attente. Grâce à vos 
soins, à votre zèle infatigable et à votre prévoyance, pen- 
dant les deux années de guerre contre la Turquie et pen- 
dant la dernière campagne pour soumettre les rebelles po- 
lonais, vous avez réussi à fournir constamment Nos troupes 
de tous les approvisionnements qui dépendaient du minis- 
tère de la guerre. Malgré tous les embarras résultant de 
circonstances aussi difficiles, les dépenses du département 
de la guerre ont éprouvé une diminution sensible, et des 



— 153 — 

améliorations nombreuses ont été introduites dans cette 
branche d'administration, placée sous vos ordres. Voulant 
vous accorder une juste récompense de services aussi émi- 
nents, ainsi qu'un témoignage signalé de Notre satisfaction 
particulière et de Notre parfaite reconnaissance, Nous vous 
nommons chevalier de l'ordre de Saint-André, dont Nous 
vous transmettons ci-joints les insignes, en nous assurant de 
la haute bienveillance avec laquelle Nous sommes pour 
toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 

« Saint-Pétersbourg, 31 décembre 1831 (12 janvier 1832, nouv. st.). » 

Un autre rescrit, non moins flatteur, fut adressé au mi- 
nistre des finances, comte Cancrine , qui, malgré les 
énormes dépenses de trois grandes guerres successives, 
avait maintenu le crédit de l'État dans une telle pros- 
périté, que les fonds russes se cotaient en hausse dans 
toutes les banques de l'Europe, et qu'on pouvait garantir 
d'avance le succès d'un nouvel emprunt, déjà souscrit par 
la maison Uope d'Amsterdam : 

« Dans la gestion du ministère des finances qui vous est 
confiée depuis huit ans, vous vous êtes constamment dis- 
tingué parla sollicitude éclairée et l'infatigable activité, in- 
dispensables a la bonne organisation de cette branche d'ad- 
ministration. Grâce aux plans utiles (pie vous avez soumis a 
Notre approbation et fait exécuter ponctuellement, et grâce 
a votre active surveillance, non-seulement les revenus de 
l'État, dans aucune circonstance, n'ont éprouvé de diminu- 
tion, mais encore les besoins extraordinaires, occasionnes 
par la guerre avec la Perse et la Turquie, ainsi que par les 
événements imprévus qui ont eu lieu dans le royaume de 




— 1F>4 — 

Pologne et dans Nos gouvernements occidentaux, ont été 
satisfaits a\ ec le plus grand succès, et une impulsion aussi 
rapide qu'avantageuse a été donnée aux manufactures et à 
l'industrie. Voulant vous offrir un témoignage de Notre sa- 
tisfaction particulière et de Notre juste reconnaissance poul- 
ies services si éminents et si utiles que vous avez rendus à 
Nous ainsi qu'à la patrie, Nous vous nommons chevalier de 
l'ordre de Saint- André, et vous en transmettons ci-joints 
les insignes, en vous assurant de la haute bienveillance 
avec laquelle Nous sommes pour toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 

« Saint-Pétersbourg, le I" (13, aouv. st.) janvier 1832. » 



L'empereur avait accepte, dans les termes les plus ho- 
norables, la démission t\u comte Zakrewski, en lui conser- 
\ant ses titres et ses pensions, mais il ne lui avait pas en- 
core donné de successeur au ministère de l'intérieur, qui 
restait administré par son adjoint, avant que Bloudoff, qui 
était alors adjoint du ministre de l'instruction publique, fût 
nommé ministre de l'intérieur, le 8 février 1832. 

Deux mois auparavant, le gouvernement de Finlande, 
que Zakrewski abandonnait ainsi que ses autres fonctions, 
pour cause de santé, avait été confié au vice-amiral prince 
Menschikoff, avec les droits et prérogatives d'un comman- 
dant de corps d'armée détaché en temps de paix. Menschi- 
koff, cpie l'empereur considérait à juste titre comme un des 
hommes les plus capables de l'Empire, ne devait pas néan- 
moins s'éloigner du centre des affaires publiques et conser- 
vait ses fonctions de chef d'état-major général de la marine. 

La nomination de Menschikoff au gouvernement de la 
Finlande avait manifesté les intentions bienveillantes de 
l'empereur à l'égard du grand-duché, qui, pendant la durée 



— 155 — 

de la guerre de Pologne, lui avait fait transmettre plu- 
sieurs fois l'expression d'une fidélité et d'un dévouement 
inaltérables. 

Nicolas avait reçu, de la Courlande, à la même époque, 
des marques identiques de profond et sincère attachement : 
il adressa plus tard, en souvenir des adresses patriotiques 
que la noblesse et les habitants de cette province lui 
avaient adressées, ce rescrit, qui les remerciait d'avoir fait 
cause commune avec la Russie dans la lutte contre la ré- 
bellion polonaise : 



,1 la noblesse ei à tous les habitants du gouvernement 

de Courlande. 

« Au milieu de la rébellion qui a ébranlé l'ordre légal 
dans les districts septentrionaux du gouvernement de 
Wilna, les habitants de la Courlande oui offert l'exemple 
le plus louable de zèle et de fidélité, et d'un dévouement 
inébranlable au trône et à la patrie. Maigre les troubles qui 
les environnaient, ils ont su maintenir l'ordre et la tran- 
quillité dans toute l'étendue de leur gouvernement, et se 
préparant avec une courageuse résolution à repousser la 
force par la force, ils se sont empressés de former, dans leur 
sein, des détachements armés, qui, avec une valeur exem- 
plaire digne des soldats les plus aguerris, ont soutenu une 
lutte inégale contre des bandes nombreuses de rebelles en- 
trés dans la Courlande. Ces détachements ont, depuis, agi 
conjointement, avec les troupes envoyées contre les re- 
belles, et, dans plusieurs combats, ils ont fait essuyer à ces 
derniers des défaites complètes et ont concouru, avec un 
zèle remarquable, à les expulser de la Courlande. 

« Nous éprouvons une satisfaction particulière a témoi- 



— 188 — 

gner Notre haute bienveillance et Notre reconnaissance 
pour de semblables preuves de fidélité, de valeur et de 
fermeté, dignes de tout éloge, aux habitants de la Cour- 
lande, el particulièrement à vous, Notre fidèle et aimée 
noblesse, qui, dans ces importantes circonstances, avez 
servi de modèle et de guide à tous les autres habitants du 
gouvernement, el signalé de nouveau, par vos actions, 
tontes les nobles qualités qui, depuis longtemps, distin- 
guent votre illustre classe. 

« Nous nous assurons de toute Notre haute bienveillance, 
avec laquelle Nous sommes pour toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 

« Saint-Pétorshom--, 23 janvier (5 lévrier, nouv. st.) 1832. >. 

L'empereur savait que les projets des insurgés polonais 
sur la Courtaude axaient été déjoues, avec autant d'énergie 
que de prévoyance, par le lieutenant-général baron Pah- 
len, gouverneur militaire de Riga et gouverneur général 
de livonie, d'Esthonie et de Courlande. Il lui avaii l'ait 
dire, en lui envoyant la croix de l'ordre de Sainfr-Àlexandre 
Newsky : a Souviens-toi que mon frère Alexandre, de 
glorieuse mémoire, a supprimé en Courlande le servage 
personnel; tiens la main a l'exécution de son ukase, qui 
montre l'intérêt particulier qu'il portait aux habitants de ce 
duché. Dieu soit loue! les derniers événements ont prouvé 
• pie mes sujets de Courlande étaient dignes de devenir 
frères de mes sujets de Russie. » 

On voit <pie, dès cette époque, l'empereur était tour- 
menté de l'idée de l'abolition du servage dans ses États. 
Cette idée, que l'empereur Alexandre lui avait léguée sous 
la forme d'une étude à faire, après avoir tenté lui-même 



-'■'. 



— tr>7 — 
plusieurs essais presque inaperçus pour eu préparer la 
réalisation, cette idée se trouvait déposée dans la con- 
science de plusieurs hommes d'Étal du dernier règne. 

Le comte Spéranski avait été un des inspirateurs, un des 
promoteurs de l'idée généreuse que l'empereur Alexandre 
acceptait en principe, et que son auguste héritier se pro- 
mettait de reprendre tôt on tard, quand le moment lui 
paraîtrait favorable pour accomplir l'affranchissement des 
paysans dans toute l'étendue de l'empire.; mais, depuis que 
Spéranski était chargé de la codification des lois russes, il 
n'avait plus d'autre ambition que de conduire à terne cette 
tâche colossale, dans laquelle d axait le bonheur de comp- 
ter sur des auxiliaires aussi éminents que M. Modeste de 
Korff. 

Depuis l'achèvement de la première partie de son tra- 
vail, en 1830 fia collection des lois, Sobranié Zakonn, com- 
posée de quarante-cinq volumes in-i"), il n'avait pas cessé 
de s'occuper de la coordination, par ordre de matières, 
des lois existantes, pour former une sorte de Digeste russe 
(Svod Zakonn), et grâce à l'activité infatigable de ses sa- 
vants collaborateurs, il put mettre sous presse, au com- 
mencement de 1832, ce nouveau travail, qui semblait de- 
voir être moins étendu que le premier. 

Spéranski avait annoncé a l'empereur que le Digeste 
russe, comprenant au moins quinze volumes in-4°, serait ter- 
miné dans le cours de l'annéel832. Son œuvre gigantesque 
ne devait pas s'arrêter la, et, ayant abandonne pour tou- 
jours la carrière administrative, quoiqu'il lui dans la force 
de l'âge et dans la maturité d< 



es 



aspnt, il préparait déjà 
d'autres travaux de législation, plus considérables encore 
que les précédents. Il laissait à ses élèves, aux hommes 
d Etat qu'il avait formés à son école, et dont il avait dirigé 



— 158 — 

les lumières vers les grandes questions de la politique mo- 
derne, il leur laissait le soin de mettre un jour en pratique 
les théories et les conseils qu'il leur avait communiqués. 

Un des plus habiles, nn des plus estimables de ces hommes 
d'État était Dmitri Bloudoff, le nouveau ministre de l'inté- 
rieur. La protection de Spéranskï l'avait fait entrer de 
bonne heure au département des affaires étrangères, qu'on 
appelait le Collège de l'Empire, et Bloudoff s'y était distingué 
par son vaste savoir, par son intelligence, et surtout par 
son amour du travail; suivant l'expression sarcastique de 
son illustre maître, l'historien Karamzine, il avait les 
épaules assez fortes pour soutenir à lui seul le poids 
énorme de dix chancelleries russes avec leurs montagnes 
de paperasses. H arrivait ainsi au ministère de l'intérieur, 
précède de cette réputation de travailleur perpétuel et in- 
fatigable. 

Ce fut aussi à un travailleur de la même école, à un 
légiste consommé, (pie l'empereur conlia le département 
de la justice, par ukase du 2/14 février 1832 : le prince 
Alexis Dolgorouky n'avait été placé que comme intéri- 
maire a la tète de ce département, qu'il laissait à la direc- 
tion de son adjoint, le secrétaire d'État Dachskoff. On ne 
fut donc pas surpris que Dachskoff devint titulaire dans 
un ministère qui ne devait qu'à lui l'ordre, la régularité 
et la marche active de son administration. 

DachskolV n'était pas un courtisan et n'aspirait pas à 
être un favori : dans ses rapports de ministre avec l'em- 
pereur, il parlait le moins possible, et souvent il ne parlait 
pas du tout; mais ses actes parlaient pour lui, et l'empe- 
reur, étonné de la masse énorme de travail cpie ce secré- 
taire d'État lui soumettait à chaque conseil, lui demanda, 
une fois, presque sévèrement, s'il avait trouvé le moyen de 









— 159 — 
se passer de sommeil et de se faire des journées de vingt- 
quatre heures. C'était là une espèce de sentiment de jalousie 
et de rivalité auquel .Nicolas se laissait entraîner, car il se 
regardait comme obligé de travailler, à lui seul, autant et, 
plus que tous ses ministres ensemble. 

— Sire, lui dit alors Dachskoff, j'ai tellement à cœur de 
contenter Votre Majesté, que je ne suis jamais content de 
moi, et que j'aspire toujours à faire mieux. 

La Pologne était, a cette époque, si bien pacifiée et jouis- 
sait dej a d'un si grand calme, malgré les agitations polo- 
naises de l'extérieur, que la plus grande partie de l'armée 
russe avait pu être rappelée dans ses anciens cantonne- 
ments. Les diverses troupes du corps de la garde, après 
avoir passé l'hiver en Lithuanie et en Podolie, s'étaient 
mises en marche pour revenir en Russie. Le régiment des 
gardes Préobragensky lut le premier qui rentra dans la ca- 
pitale, où la population lui lit l'accueil le plus enthou- 
siaste. 

Ce régiment, dont les soldats, maigre les fatigues 
d'une campagne longue et pénible, avaient conservé une 
excellente tenue, avec un air réjouissant de santé el de vi- 
gueur, eut la surprise et la joie de rencontrer, sur la route, 
en avant des portes de Saint-Pétersbourg, le grand-duc 
Michel, commandant du corps de la garde, qui le passa en 
revue, en présence de l'empereur et de l'impératrice, le 
lendemain, et les jours suivants, pendant plus d'un mois, 
la capitale eut sous les yeux le spectacle intéressant du 
retour des régiments qui avaient fait la campagne de Po- 
logne. L'empereur et l'impératrice ne manquèrent jamais 
d'aller à la rencontre de ces différents corps, tantôt à Gat- 
china, tantôt à Péterhofi, tantôt à Tzarskoé-Sélo. 

Au milieu de ces fêtes militaires, on célébra le jubilé sécu- 



— 160 — 

lairedu I er Corps des cadets. Le 1 er mars, jour anniversaire 
de la création de ce magnifique établissement national, sous 
le règne de la tzarine Anne, les jeunes élèves du corps des 
cadets allèrent à la parade sur la place située vis-à-vis de 
l'hôtel de leur corps : l'empereur, qui commandait en per- 
sonne, les lit manœuvrer devant F impératrice, le grand- 
duc héritier et le grand-duc Michel, accompagnés d'une 
Coule de généraux et d'officiers de tout grade. Il leur remit, 
de sa propre main, un nouveau drapeau, et, par une inspi- 
ration spontanée, il leur ordonna de rendre les honneurs 
militaires au monument élevé, au centre de la place, en 
souvenir des victoires remportées jadis par le feld-maré- 
chal Roumiantsoff, qui avait été un des premiers élèves 
sortis de cette illustre école. L'empereur et la famille impé- 
riale assistèrent ensuite, dans la chapelle du corps des ca- 
dets, à un Te Deum qui fut suivi de la bénédiction. Il y 
eut, après, un superbe déjeuner, que le grand-duc Michel 
donnait à l'empereur ainsi qu'à sa famille et à tous les géné- 
raux présents à Saint-Pétersbourg, dans la grande salle de 
l'hôtel du corps, ornée de la statue de Roumiantsoff et du 
portrait du comte Munich, qui avait été le premier chef du 
corps des cadets sous l'impératrice Anne. 

Après le repas, on offrit à l'empereur une brochure, 
composée et imprimée à cette occasion, où l'auteur avait 
raconté sommairement l'histoire du 1 er corps des cadets 
depuis sa création : dans l'espace de cent ans, le corps 
avait reçu huit mille cinq cent soixante-dix-neuf élèves, 
dont six mille trois cent quatre-vingt-neuf étaient sortis 
de l'école avec le grade d'officiers; un grand nombre de 
ces élèves avaient atteint les grades les plus élevés dans l'ar- 
mée, occupé les postes les plus importants de l'État, ou ac- 
quis une brillante réputation dans les sciences et les lettres. 



— 161 — 

L'empereur avait eu l'idée ingénieuse de réunir, dans un 
banquet, le même jour, tous les élèves anciens et actuels 
du corps des cadets. Parmi les anciens élèves, il y avait les 
personnages les plus considérables de la cour. Beaucoup 
d entre eux avaient voulu reprendre, ce jour-là, l'uniforme 
des cadets. Ils se trouvèrent tous rassemblés au palais 
d Hiver, et ils prirent place à table, non par ancienneté 
de rang ou de grade, mais d'après l'ancienneté de leur 
sortie du corps. 

Un grand nombre de ces anciens, déjà blanchis par 
l'âge, ne s'étaient pas rencontrés depuis bien des années, 
et ils se retrouvaient, a la lin de leur carrière, avec des 
camarades et des amis de leur jeunesse. Tous les convives 
depuis le général en chef jusqu'à l'enseigne, ne se con- 
sidéraient, dans cette touchante réunion, que comme de 
simples cadets, animés des mêmes sentiments de camara- 
derie fraternelle. 

On remarquait, au nombre des convives, le césarévitchen 
uniforme de sous-officier cadet, et le jeune grand-duc Con- 
stantin en uniforme de cadet du corps d'Alexandre. Le dî- 
ner, qui ne comptait pas moins de douze cents couverts, était 
servi dans la salle Saint-Georges, où se trouvaient les tables 
de la famille impériale, dans la galerie des portraits mili- 
taires et dans la salle Blanche. Lorsque l'empereur se leva 
et porta ce toast, au bruit des fanfares : ,1 l'armée russe et 
au premier corps des cadets ! l'attendrissement et l'enthou- 
siasme furent au comble : l'émotion était peinte sur tous 
les visages, des larmes coulaient de tous les yeux. Cette 
belle fête patriotique se termina, ce soir-là, par un spec- 
tacle de cour, au palais de l'Ermitage, mais elle se prolon- 
gea, les jours suivants, en bals, en illuminations et en ré- 
jouissances, auxquelles prit part la capitale entière 

M 



— 1(>2 — 
l'eu de jours après, une fête non moins touchante, mais 
d'un autre genre, avait lieu à l'institut de Sainte-Catherine. 
A la suite des examens publies, subis par les jeunes élèves 
qui avaient achevé le cours de leurs études dans cet admi- 
rable établissement consacré à l'éducation des demoiselles 
nobles, l'impératrice, comme protectrice de l'institut, avait 
distribué elle-même les récompenses. Plusieurs élèves, 
entre autres la fille du feu général Miloradovitch, reçurent 
le chiffre en diamants de l'impératrice Marie; les autres ob- 
tinrent des médailles d'or et d'argent. La bienveillance et 
l'affabilité de l'auguste protectrice rehaussaient encore le 
prix des récompenses. 

Deux jouis après, i) mars, l'impératrice Alexandra, ac- 
compagnée de deux dames d'honneur à portrait, la prin- 
cesse Wolkonsky et la baronne d'Adlerberg, revint à l'im- 
proviste, pour assister au repas des élèves de l'institut de 
Sainte-Catherine : elle adressait, la parole aux unes et aux 
autres avec une bonté exquise, elle s'informait de leurs pro- 
grès, elle les interrogeait sur leur famille. Ou eût dit une 
mère entourée de ses enfants, et quand elle se retira, elle 
daigna leur donner sa bénédiction maternelle. 

L'empereur Nicolas semblait alors entièrement désin- 
téressé dans la politique de l'Europe occidentale, quoique 
son ambassadeur, le prince de Lieven, continuât de sié- 
ger à la conférence de Londres, et se laissât, pour ainsi 
dire, traîner à la remorque par les plénipotentiaires de la 
France et de l'Angleterre. Nicolas se voyait en présence de 
la transformation administrative de la Pologne , et il ne 
voulait pas que ses alliés s'arrogeassent le droit, en vertu 
des traités de Vienne, de contrecarrer ses projets relatifs 
à la réunion de ce royaume avec la Russie; il s'était, 
au reste, expliqué à cet égard d'une façon si nette et si 



— 163 - 

catégorique que les Puissances de l'Europe, pour l'empêcher 
de mettre à exécution le Statut organique du 28 février 
n avaient qu'à se préparer à une guerre d'intervention' 
qui eut achevé de détruire le concert européen 

lj empereur Ce Russie a vait les yeux tournés vers l'Orient, 
ou la lutte entre la Porte Ottomane et son vassal rebelle Mé- 
hémet-Ah pouvait prendre des proportions telles, que le tzar 
se verrait forcé d'envoyer une armée russe au secours du 
grand-seigneur. Il était donc impossible de prévoir les évé- 
nement, que le siège de Saint-Jean d'Acre, par Ibrahim- 
Facna, devait amener non-seulement dans l'Asie Mineure 
mais encore à Constantinople. 

Dans cet état de choses, le gouvernement russe dont 
trois grandes guerres successives avaient diminué les res 
sources financières et les forces militaires, n'avait plus a 
mettre au service du roi des Pays-Bas une armée de cent 
mille hommes et un suhs.de de 25 millions, d'autant plus 
que la Pologne avait besoin d'être surveillée et tenue en 
bride, tandis que les intérêts les plus sérieux de la Russie 
lui commandaient de tenir toujours a la disposition de la 
Sublime-Porte une armée et une (lotte. 

Cette situation épineuse et menaçante explique la mis 
sion secrète du comte Or] oif auprès du roi des Pays-Bas 
mission qui, après trois mois de démarches conciliantes' 
mais fermes, aboutit a une sorte de rupture entre h 
Hollande et la Russie. Le comte Orloff, obéissant a des 
instructions rigoureuses, s'était vu forcé de remettre le 
22 mars, au cabinet hollandais, une déclaration très-ex- 
plicite, dans laquelle la résolution irrévocable de la cou,' 
de Russie se trouvait formulée en ces termes : « Après avoir 
épuisé tous les moyens de persuasion et tenté toutes les 
voies de conciliation, pour aider S. M. le roi Guillaume à 






— \u — 
établir, par un arrangement à l'amiable et conforme tout à 
la fois à la dignité de sa couronne et aux intérêts des sujets 
qui lui sont restés fidèles, la séparation des deux grandes 
divisions du royaume, l'empereur ne se reconnaît plus la 
possibilité de lui prêter dorénavant ni appui ni secours. » 

Ce n'était pas sans regret et sans chagrin que Nicolas 
s'était vu forcé d'abandonner le roi des Pays-Bas, après 
avoir tout fait pour le conseiller et le diriger dans la situa- 
tion délicate et périlleuse où se trouvait ce souverain, qui 
avait d'abord accepté la médiation des grandes Puissances, 
et qui maintenant la repoussait. L'empereur, comme le 
comte Orloff eut soin de le rappeler dans sa Déclaration, 
avait loyalement rempli les devoirs d'une amitié franche 
et sincère, mais il ne pouvait oublier ceux que lui imposait 
l'alliance européenne, moins encore ceux qu'il était appelé 
à remplir envers les peuples que la Providence lui avait 
confiés. 

11 y eut donc un refroidissement inévitable plutôt 
qu'une rupture complète entre les deux souverains, mal- 
gré les lettres amicales de l'empereur à son beau-frère, le 
prince d'Orange, qu'il n'avait pas su convaincre de la né- 
cessité de terminer l'affaire belge à l'amiable, d'une ma- 
nière conforme aux intérêts de la Hollande. 

La conduite que l'empereur de Russie avait tenue en res- 
tant fidèle aux décisions de la conférence de Londres, em- 
pêcha toute intervention, même officieuse et indirecte, de 
la France et de l'Angleterre, dans les affaires de Pologne. 
Ces deux Puissances étaient d'intelligence pour en finir, 
fût-ce parles armes de l'intervention, avec la séparation de 
la Belgique ; l'Angleterre voulait que la Belgique eût le port 
d'Anvers, pour le livrer au commerce anglais; la France 
voulait que le roi des Belges fût assez bien consolidé sur 



— 165 — 
son trône pour épouser une fille du roi Louis-Philippe, et 
signer une union douanière avec son beau-père. 

Louis-Philippe crut le moment favorable à sa réconcilia- 
tion personnelle avec l'empereur Nicolas, et dans ce but, il 
pressa le départ du maréchal Mortier, duc de Trévise, qui 
était nommé, depuis le mois de décembre 1831, à la place 
du duo de Mortcmart, ambassadeur de France près la cour de 
Russie, et qui, par suite de certaines hésitations diplomati- 
ques, avait toujours ajourné son voyage. On avait craint 
que l'empereur ne vît de mauvais œil le choix que le roi 
des Français avait fait d'un maréchal de l'Empire, pour re- 
présenter la France. 

Le duc de Trévise, en effet, dans sa glorieuse carrière 
militaire, avait souvent combattu contre les Russes, notam- 
ment dans la sanglante campagne d'Allemagne, en 1813; 
son dernier fait d'armes avait été la défense de Paris, en 
mars 1814, et l'on se souvenait qu'il avait répondu au 
comte Orloff, aide de camp d'Alexandre, qui le sommait 
de rendre la ville : « Les alliés, pour être au pied de la 
butte Montmartre, ne sont pas encore maîtres de Paris. 
L'armée (pie j'ai l'honneur de commander s'ensevelira sous 
les ruines de la capitale plutôt (pie de souscrire à une ca- 
pitulation honteuse. » 

L'empereur Nicolas, consulte sur la nomination du ma- 
réchal Mortier comme ambassadeur de France, fit répondre 
au comte Pozzo di Borgo, qu'il aurait le plus grand plai- 
sir à faire connaissance avec un des meilleurs, des plus 
braves et des plus honnêtes généraux de Napoléon : 

— Le roi Louis-Philippe, dit-il au comte de Nesselrode, 
n a pas eu certainement l'intention de me blesser, en choi- 
sissant pour son ministre plénipotentiaire en Russie une 
ries célébrités militaires de l'Empire; mais, à coup sûr, si 






— 166 — 
Barclay de Tolly vivait encore, je prierais ce brave feld- 
maréchal, le héros de Bautzen et le signataire de la ca- 
pitulation de Paris, de me représenter près de la cour de 
France. 

Le maréchal Mortier arriva, le 1 i avril, à Saint-Péters- 
bourg avec tout le personnel de son ambassade, et peu 
de jours après, il présentait ses lettres de créance à l'em- 
pereur qui lui lit l'accueil le plus flatteur et le plus cor- 
dial. 

Le baron de Bourgoing, qui cessait de remplir les fonc- 
tions de chargé d'affaires de France, devait presque im- 
médiatement quitter son posfe et retourner à Paris. Il 
n'osa pas demander une audience de congé à l'empereur, 
car il croyait n'être plus dans les bonnes grâces d\] tzar, à 
cause de l'ardeur qu'il avait mise a soutenir la cause des 
Polonais. Mais l'empereur le lit mander, la veille de son 
départ, au palais d'Vélaguine : il le reçut avec la même 
cordialité qu'autrefois, et lui exprima le regret de le voir 
partir, en témoignant le désir de revoir bientôt un ancien 
ami. 

Ce furent les propres termes dont l'empereur se servit; 
ensuite, il l'embrassa, au moment des adieux. Le nom de 
la Pologne n'avait pas été prononcé dans cet entretien, où 
Nicolas s'était plu à rappeler à M. de Bourgoing l'estime 
et l'affection qu'il lui conservait depuis la guerre de Tur- 
quie, ou ils avaient été, lui dit-il, compagnons d'armes. 



CXC1 



La députation polonaise, envoyée de Varsovie pour re- 
mercier l'empereur de l'amnistie el du Statut organique 
qu'il avait accordés aux Polonais, venait d'arriver a Saint- 
Pétersbourg; elle se composait de dk-huit personnes appar- 
tenant aux grandes familles Au pays: on distinguait, parmi- 
ces députés, le prince Yalentin Radziwill, le vieux général 
Thomas Lubienski, le comte [gnace Komorowski, le jeune 
comte Alexandre de Walewski, L'évêque Chomoranski, etc. 
L'empereur les reçut en audience solennelle, au palais 
d'Hiver, le dimanche 13 mai 1832. 

Toute la cour, le Conseil de l'Empire, les sénateurs, les 
généraux et les officiers de la garde, ainsi (pie les personnes 
des deux sexes des quatre premières classes, avaient été 
invités et se trouvaient réunis dans la salle Saint-Georges, 
quand la députation, amenée par les voitures de la cour, 
fut introduite, dans la salle des dames d'honneur, par le 
comte Strogonolf, directeur général de la commission de 

l'intérieur, des cultes et de l'instruction publique du royaume 

de Pologne. 

A midi, l'empereur et l'impératrice sortirent de leurs 
appartements et se rendirent à la salle Saint-Georges ou la 



— 168 — 
compagnie des grenadiers du palais formait la haie. Leurs 
Majestés se tinrent debout devant le trône, ayant à leur 
droite le césarévitch , le grand-duc Michel , la grande- 
duchesse Hélène et la grande-duchesse Marie; à leur gau- 
che, le ministre de la maison de l'empereur, le ministre 
de l'intérieur, et l'aide de camp général de service, baron 
d'Adlerberg. 

Le comte Strogonolf, assisté d'un maître de cérémonies, 
conduisit la députation en présence de Leurs Majestés ; les 
députés saluèrent profondément, et restèrent, la tète basse, 
dans la posture la plus respectueuse, pendant que le prince 
Radziwill faisait lecture du discours suivant, écrit en polo- 
nais : 

« Sire, 

« Des événements au-dessus de toute prévoyance hu- 
maine avaient fait passer le royaume de Pologne, d'une 
tranquillité profonde et d'un état de prospérité qu'il n'avait 
encore jamais connu, aux troubles et à l'anarchie ; une 
poignée de factieux, en agitant les masses, avait rendu 
l'intervention des hommes sages et des sujets les plus dé- 
voués de Votre Majesté, inutile pour ramener l'ordre et 
la paix : la voix de Votre Majesté avait été méconnue. C'est 
dans ces déplorables circonstances que Votre Majesté, usant 
du seul moyen possible de faire rentrer dans leur devoir 
des hommes égarés, réduisit par la forci! des armes les 
factieux au silence et enchaîna le monstre de la discorde. 
Elle fit plus : elle voulut que la modération succédât à la 
victoire, et que le pardon, l'oubli du passé, fussent les 
garants de ses intentions paternelles et un monument nou- 
veau de sa bonté inépuisable. Les députés du royaume 
de Pologne, réunis aujourd'hui dans la capitale de votre 



— 169 — 
empire, s'empressent de porter, au pied du trône de Votre 
Majesté, pour tant de bienfaits, l'hommage de leur fidélité, 
de leur soumission et de leur reconnaissance, et osent même 
espérer que, compatissant aux misères que la guerre a en- 
traînées après elle, Votre Majesté daignera tendre une main 
secoUrable à tant de victimes de ces déplorables excès. « 

Cette lecture s'acheva au milieu d'un silence glacial. 
L'empereur ne répondit que par un signe de tète bienveil- 
lant; il avait conservé son air froid et sévère. 

Le ministre de l'intérieur prit les ordres de son auguste 
maître, et adressa en russe, aux députés polonais, ce dis- 
cours, dont il fit ressortir plus d'un passage, en le soulignant 
de manière à donner la mesure des intentions de l'empereur : 

« Messieurs, 

« Sa Majesté l'empereur reçoit avec bienveillance l'ex- 
pression des sentiments de ses sujets du royaume de Pologne. 
que vous déposez au pied de son trône. Son cœur paternel 
a gémi, lorsque, remplissant un rigoureux devoir, après 
avoir tenté toutes les voies de persuasion, Sa Majesté s'est 
vue obligée de recourir à la force des armes, pour rétablir 
l'ordre bouleversé par de coupables factions. Le succès a 
couronné la cause de la justice; le peuple du royaume 
de Pologne a été arraché de l'abîme des révolutions et 
de l'anarchie, et Sa Majesté espère que, avec l'aide i\u 
Très-Haut, ses soins et sa sollicitude feront bientôt dis- 
paraître jusqu'aux traces des maux qui viennent d'affliger 
ce pays. Sa Majesté compte sur un concours zélé de votre 
part, ainsi que de celle de tous ses sujets fidèles et bien 
intentionnés du royaume de Pologne. Sous l'égide des lois 
qui vous ont été données, lois conformes à la situation du 



— 170 — 
pays comme aux nécessités du temps présent, vous ferez 
d'unanimes efforts pour atteindre au but indiqué par Sa 
Majesté, celui de raffermir l'ordre publie, en propageant les 
idées saines qui lui servent de garantie, repoussant de 
perfides suggestions, préservant enfin les esprits faibles de 
la funeste influence de ces hommes, habitués à sacrifier le 
bien général à des intérêts particuliers, et qui, maintenant, 
y sont poussés par le désespoir même autant que par le 
sentiment de leur propre honte. Sa Majesté l'empereur est 
assuré que leurs efforts seront vains. l T ne triste expérience a 
souvent appris à la population du royaume de Pologne. 
que son bonheur et sa tranquillité ne pouvaient trouver 
de bases solides que dans une fidélité inébranlable au 
monarque, dans les institutions dues à sa sagesse, ainsi (pie 
dans une union sincère et indissoluble avec la nation russe, 
issue d'une souche qui leur est commune a toutes deux, 
[.'avenir lui rendra les biens qu'ont détruits les désordres 
d'une guerre intestine, et Sa Majesté Impériale verra s'ac- 
complir ainsi l'un de ses vœux les plus chers. » 



Après cette lecture, l'empereur et l'impératrice rentrè- 
rent dans leurs appartements, et le comte Strogonoff fut 
autorisé à présenter personnellement à Leurs Majestés les 
membres de la députation. Nicolas avait alors changé de 
physionomie et de manières; il s'entretint familièrement 
avec plusieurs des députés et il leur adressa des paroles 
bienveillantes : 

— Messieurs, dit-il en les congédiant, annoncez à vos 
compatriotes que nous oublierons d'un commun accord ; je 
leur ai donné l'exemple de l'oubli, en leur accordant l'am- 
nistie ; c'est à eux de m'imiter, en se montrant à l'avenir 
loyaux et fidèles sujets. Dites -leur, de ma part, qu'en 



— \1\ — 

Pologne comme en Russie .je su.s un père, et que les Polo- 
nais comme les Russes son! mes enfants. 

Le Statut organique, accordé spécialement à la Pologne 
avait été regarde d'un œil jaloux par les Russes, qui y 
voyaient encore une marque de préférence et de distinction 
a I égard des Polonais et qui jugeaient ceux-ci indignes 
des faveurs, que l'empereur semblait leur refuser à eux- 
mêmes, pour en combler les ennemis éternels de la Russie 
On s'exagérait ainsi, parmi le peuple, surtout à Moscou 
et dans l'ancienne Moscovie, les avantages politiques et 
administratifs donl les Polonais n'avaient pas été dépouillés 
a la suite de leur insurrection; on leur enviait surtout 
leurs prérogatives communales, que le Statut organique 
avait ma.ntem.es, et qui donnaient à la bourgeoisie des 
villes et des villages le droit de faire partie des assemblées 
de district urbain ou rural, et de nommer les membres 
des conseils de waivodies. 

F/empereur, accédant aux désirs de ses sujets russes 
leur accorda des privilèges presque analogues, par son 
manifeste du 10/22 avril 1832, qui commençait par ces 
considérants : « Les droits et prérogatives, octroyés aux 
villes et à leurs habitants par les lettres patentés de l'année 
1785, ont depuis cessé d'être, par suite des progrès qu'ont 
faits le commerce et l'industrie, dans le cours d'un si grand 
nombre d'années. D'après cette considération, et voulant 
par de nouvelles distinctions attacher de plus en plus les 
habitants des villes à leur condition, et assurer a cette 
condition une prospérité, à laquelle tiennent également les 
succès du commerce et de l'industrie, Nous avons jugé 
convenable de consolider leurs droits et prérogatives par 
ces nouvelles institutions. » 

Il était donc établi, parmi les habitants des villes, une 



— 172 — 

nouvelle classe, dont les membres porteraient le titre de 
bourgeois notables. Cette nouvelle classe pourrait être con- 
sidérée comme une sorte de noblesse bourgeoise et mar- 
chande, tantôt héréditaire, tantôt sans hérédité, selon l'état 
des personnes honorées de cette distinction qualificative. 
Les bourgeois notables devaient être exemptés de la capi- 
tation, du recrutement et des châtiments corporels; ils 
acquéraient le droit de prendre part aux élections de la 
propriété foncière dans la ville et d'être éligibles aux fonc- 
tions publiques communales, aussi bien que les négociants 
de la première guilde. La bourgeoisie notable héréditaire 
serait accordée a tout marchand, qui aurait été nommé con- 
seiller de commerce ou de manufactures, qui serait décoré 
d'un des ordres impériaux, ou dont la famille compterait 
dix ans d'établissement honorable dans la première guilde, 
sinon vingt ans dans la seconde. Les étudiants des univer- 
sités russes et les élèves de l'Académie des beaux-arts, 
auraient aussi le privilège île devenir bourgeois notables, 
sur la présentation de leur diplôme universitaire ou aca- 
démique. Les étrangers eux-mêmes, savants, artistes, com- 
merçants ou propriétaires de grands établissements indus- 
triels, seraient admis à réclamer la bourgeoisie notable, 
qui deviendrait pour eux héréditaire, à la condition de se 
faire naturaliser russes. Quant aux juifs, ils ne pouvaient 
prétendre à la bourgeoisie notable, qu'en justifiant de ser- 
vices extraordinaires rendus à l'État, ou de succès remar- 
quables dans les sciences, les arts, le commerce et l'in- 
dustrie manufacturière. Enfin, la bourgeoisie notable se 
perdrait, en totalité ou en partie, par une condamnation 
infamante, par l'inscription dans les maîtrises d'ouvriers, 
on par l'état de domesticité : 

« En accordant ainsi aux villes ces droits et privilèges, 



— 173 — 

comme un nouveau gage de Notre sollicitude et de Nos 
soins constants, disait l'empereur dans son manifeste, Nous 
sommes assuré que cet accroissement de prérogatives pré- 
viendra la décadence des familles bourgeoises honorable^, 
ouvrira au travail et à la probité une carrière d'émulation', 
et que, par ce moyen, une conduite vertueuse, une industrie 
active et des talents éminents, trouveront dans cette classe 
honneur et distinction, justes récompenses auxquelles ils 
ont droit de prétendre. » 

Ce manifeste fut accueilli comme un éclatant bienfait 
par les classes intermédiaires de la société russe, et l'on 
comprit que la bourgeoisie notable, qui était, en quelque 
sorte, une demi-noblesse, ne tarderait pas à former dans 
la nation un corps nombreux, puissant et bien constitué, 
sur les bases dé la famille, de la fortune et de l'hérédité. 
L'empereur aurait voulu pouvoir compléter son œuvre, 
en organisant aussi les classes inférieures de la population, 
et en supprimant le servage qui empêchait le développe- 
ment politique du corps social, mais c'était là une de ces 
grandes entreprises qui demandaient des études prélimi- 
naires approfondies, et qui ne pouvaient d'ailleurs s'ac- 
complir qu'avec le concours de l'aristocratie. 

L'affranchissement des paysans, que l'on considérait gé- 
néralement en Russie comme une dangereuse utopie inspirée 
et propagée par les écoles philosophiques et libérales de 
l'Occident, n'en resta pas moins une des idées lixes de 
l'empereur Nicolas. Cette idée, il est vrai, trouvait si peu 
de sympathie et de conûance parmi ses ministres, que l'em- 
pereur n'en parlait presque jamais devant eux. Il s'en était 
entretenu plusieurs fois avec son ministre de la justice, 
Daschkoff : celui-ci admettait du moins en principe, pour 
un temps éloigné, l'abolition du servage dans les cam- 



— 174 — 
pagnes; mais il s'enrayait des difficultés innombrables que 
présenterait l'exécution de cette grande mesure de recon- 
struction sociale. 

— L'empereur, disait-il, n'a que son initiative souveraine, 
pour mettre en œuvre des éléments qui sont entre les mains 
de ses sujets et qui leur appartiennent au même titre que 
la propriété territoriale. Affranchir les paysans par ukase, 
ce serait diminuer d'un quart ou d'un cinquième la valeur 
du capital de tous les propriétaires ; il n'y a clone que les 
propriétaires seuls qui peuvent, d'un commun accord, re- 
noncer à une part de leurs revenus et abolir le servage au 
profit de l'État. 

Les opinions de Dmitri Dasclikoll', à l'égard d'une ques- 
tion si délicate et si importante, étaient partagées par le 
conseiller d'État et chambellan comte Panine, que l'em- 
pereur lui donna pour adjoint au ministère de la justice 
(ukase du 21 avril/3 mai 1832'. 

In autre homme d'État, qui l'ut nommé en même temps 
adjoint du ministre de l'instruction publique ( ukase du 
même jour , le conseiller et sénateur Ouvaroff, président 
de l'Académie des sciences, devait également seconder les 
intentions libérales et généreuses de l'empereur, en prépa- 
rant l'éducation des masses, en multipliant les moyens 
d'instruction, en les appliquant d'une manière plus conve- 
nable et plus patriotique au caractère russe, et en opérant 
ainsi une amélioration progressive dans les mœurs natio- 
nales. 

Durant le cours de cette année 1832, Nicolas déploya, 
s'il est possible encore, plus d'activité et d'intelligence que 
jamais dans les travaux d'administration, que ses ministres 
conduisirent à bonne fin sous ses yeux et d'après son ini- 
tiative. 




— 17", — 
Le ministre des finances lui avait propose quelques utiles 
améliorations, qui eurent le meilleur résultat; par exemple 
on régulansa le monnayage des espèces d'or et d'argent; 
un ukase du 26 décembre .831/7 janvier 1832, avait or- 
donné qne toutes les monnaies en ces deux métaux seraient 
frappées d'après un modèle uniforme, semblable à celui 
de la nouvelle monnaie de platine. Cette uniformité dans 
le type et dans le poids des monnaies, était d'autant plus 
nécessaire, que les mines de l'Oural et de l'Altaï fournis- 
saient tous les ans d'immenses quantités de métaux pré- 
cieux, et que, depuis le commencement du règne, la valeur 
des seules espèces d'or monnayées s'élevait à plus de deux 
cents millions. 

On rémarquait, cependant, que la circulation de la mon- 
naie d or n'était pas abondante en Russie, quels que fussent 
les produits des mines, et que le papier tendait toujours a 
prendre la place du métal qui disparaissait de plus en plus 
par suite de l'agio et du commerce d'exportation. 

Le commerce russe n'en était pas moins florissant dans 
toutes ses branches, et les revenus des douanes s'étaient 
aeems surtout dans une proportion extraordinaire, quoique 
le tarif des marchandises étrangères n'eût pas été modifie 
et que le système prohibitif se lût m, peu relâché de sa 
rigueur. L'exportation avait doublé dans l'espace de dix ans, 

et, malgré la guerr : Pologne, le produit des droits de 

douane s'était élevé a plus de 70 millions de roubles. 

En présence de ces chiffres imposants, Cancrine avait 
cru devoir résister a la pression des économistes qui 
demandaient l'abaissement du tarif douanier et l'abandon 
«In système prohibitif. Ce tarif pouvait être regardé comme 
une bonne loi de finances, puisqu'il permettait de prélever 
d une manière aussi sûre que peu coûteuse, sur le corn- 



«*as«i«*'>*jt.*ifc-Wi ^S-'rX&SfqsmS&âhi.' M 



— i7& — 
merce d'importation, la septième partie du total des impôts 
de la Russie. Il protégeait, en outre, l'industrie nationale 
et lui donnait, pour ainsi dire, le temps de se mettre au 
niveau des industries étrangères, sans crainte d'être écrasée 
et ruinée par la concurrence. Grâce à ce tarif, on mainte- 
nait une sorte d'équilibre entre l'importation et l'exportation. 
Les marchandises d'importation étant consommées en grande 
partie par les classes supérieures qui n'avaient à supporter 
aucun impôt direct, le tarif douanier agissait dans le sens 
de l'équité, en opérant, au profit de toutes les classes, un 
prélèvement considérable sur les classes non imposées. 

L'empereur, adoptant les vues économiques du comte 
Cancrine, aurait donc consenti à se relâcher du système 
prohibitif, plutôt que de diminuer le tarif et de réduire par 
là l'impôt des douanes. Il pouvait, d'ailleurs, constater une 
augmentation considérable dans les produits du commerce 
extérieur : en 1831, nonobstant les circonstances défavora- 
bles qui avaient pesé sur les transactions commerciales, la 
valeur des marchandises russes exportées à l'étranger avait 
dépassé de 60 millions de roubles celle des importations. 

L'accroissement des affaires, dans toutes les branches du 
négoce, rendait nécessaire la réforme de la législation com- 
merciale, et l'empereur ne fit que répondre aux vœux des 
marchands, vœux exprimés souvent par les guildes supé- 
rieures, en décrétant plusieurs ukases qui jetaient les bases 
d'un nouveau code de commerce. Par ukase du 14/26 mai 
1832, il ordonna donc la création des tribunaux dé commerce 
dans les principales villes de l'empire ; ces tribunaux, établis 
sur le modèle de ceux que la France possédait depuis long- 
temps, devaient enlever aux tribunaux ordinaires une foule 
de procès qui, par leur nature, réclamaient une connais- 
sance spéciale et une prompte solution. 



— 177 — 
Ce fut aussi d'après les dispositions du Code de commerce 
français que Cancane rédigea les règlements sortes ban- 
queroutes et celui pour fc lettre8 de ch 
tous deux par l'empereur, le 7 juillet de la mênj tannée 
La prospérité du commerce intérieur exigeait une acti- 
vé constante dans les travaux du département des vofes 
de comnmnication ; te duc Alexandre de Wurtemberg 
«**«, directeur de ce département, faisait preuv 
dun.ele^gable pour doter la Russie des canaux, des 
ponts et des routes, qui lui manquaient. L'empereur P r nait 
onmt ^t parolier aux efforts persévérants du mLtre 
et lm adressai sans cesse des rescrits flatteurs, qui Fexci- 
aient a redoubler d'émulation dans le but de multiplier et 
de aciéries moyens de transport sur l'immense surface 

le eninirp 



de 



empire. 



Le duc Alexandre de Wurtemberg était admirablement 
econdé par un Français, par „n des élevés les plus dis- 
tingués de 1 Ecole polytechnique ,1e France, le lieutenant- 
général Bazaine, qui dirigeait, sous le nom du prince le 
département des so.es de communication et des travaux 
publics. Le général avait propose l'établissement d'une 
école d ingénieurs civils, laquelle fut autorisée par Fempe- 

reUr ' qm affecta d ' abor d à l'entretien annuel de cette école 
une somme de 100,000 roubles à prendre sur les rede- 
vances territoriales. 

Le but de l'enseignement dans cette école était ,1e for- 
mer des employés qui pourraient être chargés de la cou 
«traction, de l'entretien et de la réparation des routes et 
des ponts, dépendant de l'administration civile, ainsi une 
de tous les travaux qui exigent la connaissance de l'hy- 
draulique et de la mécanique. Ces employés, choisis parmi, 
les nobles lettrés de chaque gouvernement, pourraient 

VI 

12 







— 178 — 

aussi remplir les fonctions d'architectes, d'arpenteurs et 
d'experts. 

L'école des ingénieurs civils ne devait être pourtant 
qu'un établissement accessoire auprès de l'institut des 
voies de communication, lequel était devenu, grâce à l'ha- 
bile et savante direction du général Bazaine, la véritable 
école polytechnique de la Russie. Cet institut, créé par 
Alexandre I er , en 1809, avait acquis, sons le règne de Ni- 
colas, un développement conforme à l'objet de sa destina- 
tion. Le nombre des élèves, qui y recevaient une instruc- 
tion aussi soli:le qu'étendue, avait été porté successivement 
de quatre-vingts à trois cent cinquante. L'examen public 
de ces élèves, en 1832, prouva combien ils avaient profité 
des leçons de leurs professeurs, entre lesquels le général 
Bazaine et le ministre lui-même ne dédaignaient pas d'ap- 
porter un concours personnel de soins et de lumières : de 
quarante-cinq élèves qui composaient la classe des porte- 
enseignes, il n'en fut pas un seul qui ne remplit les condi- 
tions exigées pour l'avancement au grade d'officier. 

Le duc Alexandre de Wurtemberg, qui avait à cœur les 
brillants succès de cet institut, pouvait, à bon droit, s'en 
attribuer l'honneur. Depuis dix ans surtout, l'institut 
n'avait cessé de fournir au service des ponts et chaussées 
une quantité d'ingénieurs de premier ordre, qui s'étaient 
distingués dans la conduite des grands travaux d'art, 
que le département des voies de communication avait 
entrepris. 

Le plus important, le plus considérable de ces travaux 
était la construction des nouvelles écluses de Schlussel- 
bourg, destin-es à remplacer celles qui dataient du temps 
de l'impératrice Anne, et qui n'étaient plus susceptibles de 
réparation. Cette gigantesque et magnifique construction 



— 179 — 

avait ;p U être achevée en dix ans, d'après tes plans du &. 
néra Bazaine, sans que les mouvements de la navigation, 
Si active al embouchure du canal de Ladoga, eussent été 
un seul jour arrêtés ni entravés. Les quatre écluses, bâties 
n blocs énormes de granit, devaient garantir, pendant de 
longues années, les étions commerciales du port de 
Saint-Pétersbourg avec l'étranger, ainsi que l'approvision- 
nement de la capitale. 

L'empereur avait visité avec admiration ces prodigieux 
tnmmx. qm touchaient à leur terme. Les deux dernières 
écluses, en effet, furent ouvertes à la navigation, le 22 juil- 
let 1832, en présence du duc Alexandre de Wurtem- 
berg auquel Nicolas adressa un rescrit de félicitations 
l6/.8ao,, ; . lequel se terminait ainsi : « Je me fais un 
agréable devoir de témoigner à Votre Altesse royale 31a 
parfaite reconnaissance des soins particuliers qu'EIle a s (1 

donner à une entreprise aussi importante- l,W„ 

j iiiijioi i,ini< . n\ tee comme 

Wle lest constamment à des travaux qui intéressent la 
prospérité de l'Empire. » 

^empereur ne portait pas moins d'intérêt aux procès 
de lagnculture qu'à ceux des voies de communication, qui 
devaient servir à augmenter la richesse agricole de son em- 
r; " avait ™ avec satisfaction la Société agronomique 
^ la Russie méridionale ouvrir à, Odessa un concours et 
fonder des prix pour les céréales, car, depuis quelques an- 
nées, ces céréales, exportées dans I, monde entier par des 
bâtiments de toutes les nations, semblaient perdre de leur 
qualité, par suite du fâcheux état des saisons plutôtque par 
la négligence des cultivateurs. La Société avait voté une 
somme de 3,000 roubles a distribuer en récompenses 
aux producteurs du meilleur blé et du plus beau seigle 
L empereur envoya un superbe vase d'argent et une taba- 




— 180 — 

tière dur enrichie de diamants, pour être offerts aux con- 
currents qui remporteraient les deux premiers prix. 

L'empereur avait donné lui-même l'exemple d'une excel- 
lente innovation, dans les domaines des Apanages, lorsqu'il 
avait autorisé, en 18^7, la culture en commun de champs 
destinés à approvisionner les magasins de prévoyance, et à 
former, par la vente du superflu des grains, une caisse de 
réserve pour la création d'établissements utiles aux paysans. 
Les champs cultivés en commun, divisés en huit cent trente- 
six parties, dont chacune était confiée à l'inspection d'un 
paysan, avaient dépassé les résultats qu'on pouvait en es- 
pérer; non-seulement les magasins de prévoyance étaient 
abondamment approvisionnés pour les cas de mauvaise ré- 
colte, mais encore la vente des grains avait permis de réa- 
liser une somme de 2 millions de roubles. Nicolas voulut 
consacrer ces 2 millions de roubles à la fondation d'une 
école agronomique des Apanages, à Krasnoé-Sélo. Cette 
école, qui fut approuvée en principe, dès le mois de février 
1832, sur un rapport du ministre de la maison de l'empe- 
reur, devail avoir deux cent cinquante élèves choisis dans 
les domaines des Apanages. L'enseignement professionnel 
comprendrait la lecture et l'écriture russes, la religion, la 
tenue des livres de comptabilité, la théorie de l'agricul- 
ture, la fabrication des instruments aratoires et l'art vété- 
rinaire. Une ferme modèle serait annexée à l'école. Les 
élèves, au sortir de cet établissement, dépendraient in- 
specteurs des champs communs et mettraient en pratique, à 
leur profit, les connaissances qu'ils auraient acquises : 

« Les paysans, disait le rapport du ministre, voyant que 
d'autres paysans qui ont renoncé à d'anciens préjugés et 
qui suivent une nouvelle méthode de culture, en retirent 
beaucoup plus d'avantages, les imiteront volontiers, et, de 



— 181 — 

cette manière l'agriculture se perfectionnera peu à peu dans 
les domaines des Apanages. » 

Tous les ans, dans la saison d'été, l'empereur ne man- 
quait pas de visiter l'école agronomique de Krasnoé-Sélo, 
et il s'assurait par lui-même que l'exemple des paysans des 
Apanages exerçait une salutaire influence sur l'économie 
agricole de tout son empire : 

— L'épreuve est décisive, disait-il un jour au prince 
Wolkonsky, en se promenant avec ce ministre au milieu 
des belles cultures de Krasnoé-Sélo : les paysans des 
Apanages sont plus instruits, plus industrieux p |„ s po _ 
licés, et surtout plus heureux, que les paysans attachés à la 
glèbe sur les terres des particuliers. Ce qu'il faut, pour 
améliorer la condition du peuple des campagnes, c'est 
l'abolition du servage. Mais comment en arriver la? C'est 
une grosse affaire, et j'y pense sans cesse. 

L'empereur, pour montrer combien les paysans des Apa- 
nages étaient supérieurs aux autres paysans sous le rap- 
port moral et intellectuel, se plaisait à raconter un combat 
de générosité, qui avait eu lieu presque sous ses yeux dans 
une famille de paysans, sur ses domaines, et que le mi- 
nistre de sa maison s'était fait un devoir de lui signaler. 

Anissim Séménoff, paysan du village de Philato\a-Cora, 
appartenant au déparlement des Apanages, fut averti que' 
sa famille aurait à fournir une recrue pour la conscription; 
Séménoff présenta aux commissaires du recrutement ses 
deux fils et un enfant adoptif, qu'il avait élevé avec eux. 
Basile, laine des fils, et l'enfant adoptif, nommé Macare, 
furent jugés propres au service; l'un ou l'autre pouvait 
ainsi être soldat, au choix du chef de famille : 

Je servirai volontiers en remplacement de Basile, dit 
Macare; son père a été plus qu'un père pour moi : il ne 



— 182 — 

m'a pas laissé mourir de faim et de froid, lorsqu'il m'a 
trouvé, âgé de trois semaines, gisant sons sa fenêtre et 
abandonné par mes parents; il m'a recueilli, il a soigné 
mon enfance, il m'a traité comme son propre fils; c'est lui 
qui m'a conservé la vie, c'est à moi de lui conserver ses 
deux enfants. 

Le directeur du comptoir des Apanages du gouverne- 
ment de Pskoff autorisa donc Macare à partir comme re- 
crue ; mais le vieux Séménoff s'y opposa : 

— Je ne donne point Macare, dit-il avec chaleur; c'est 
au tour de ma famille de fournir un soldat : qu'on prenne 
celui de mes deux fils qui conviendra le mieux au service! 

— Tes fds se conduisent-ils mal? lui demanda le di- 
recteur du comptoir des Apanages. As-tu à te plaindre 
d'eux? 

— Non, reprit Séménoff avec une noble simplicité : mes 
fils sont des enfants dociles et respectueux; je les aime 
comme je le dois, mais je ne veux pas qu'on puisse dire de 
moi (pie j'ai fait remplacer sous les drapeaux un de mes 
lils par l'enfant (pie j'ai adopté; je ne veux pas (pie ce 
pauvre orphelin soit malheureux, par mon fait. Il n'a ni 
père ni mère, il est sans famille. Quand je l'ai recueilli, je 
me suis fait son père, sinon par le droit du sang, du moins 
par la volonté de Dieu. 

Ces touchantes paroles furent rapportées à l'impératrice, 
qui s'en émut jusqu'aux larmes; elle envoya un présent au 
brave paysan qui avait fait recevoir son lils aîné au service. 
L'empereur, partageant les sentiments de l'impératrice à 
l'égard de la belle conduite de ce vieillard, lui conféra une 
médaille d'argent avec une inscription qui rappelait son 
généreux sacrifice, et lui ht donner une gratification de 
500 roubles. 



CXCD 



L'empereur Nicolas avait fait, dans l'organisation mili- 
taire de son empire, bien des changements, qu'on attri- 
buait à l'influence du général Yermoloff, qui était revenu 
en faveur ou qui, du moins, n'était plus en disgrâce depuis 
la mort du maréchal Diebitsch. Il serait possible que le gé- 
néral Yermoloff eût été prié de faire des rapports sur diffé- 
rentes questions militaires soumises à ses lumières et à son 
expérience, mais on peut croire qu'il avait été mis en 
avant par le comte Tchernycheff, qui fut le principal inspi- 
rateur des modifications de tout genre introduites alors 
dans le département de la guerre. 

Les colonies militaires n'avaient pas été entièrement sup- 
primées, comme on le demandait de tous côtés à l'empe- 
reur, mais leur importance se trouvait tellement réduite, 
qu'on pouvait prévoir leur disparition dans un temps assez 
rapproché. Leur administration spéciale, qui avait eu l'ex- 
tension et la prépondérance d'un ministère entièrement sé- 
paré de celui de la guerre, devait prendre désormais des 
proportions plus modestes et rentrer dans la catégorie des 
autres services de ce département. 

Laide de camp général Kleinmichel n'avait pas osé, 
pour garder son titre et ses fonctions de chef d'état-major 









— 184 — 
des colonies militaires, défendre ouvertement le principe 
d'une institution qu'il voyait sacrifiée et déjà presque 
abandonnée : par un ordre du jour du l er /13 mai 1832, il 
fut nommé général de service à l'état-major général de 
l'empereur, en remplacement de l'aide de camp général 
Potapoff. 

Le ministère de la guerre avait été, à la même date, en- 
tièrement réorganisé et considérablement augmenté, en 
absorbant F état-major général de l'empereur; le comte 
Tchernyclieff restait à la tête de ce ministère, qui devait 
réunir dorénavant, sous sa main, toute la direction des 
forces de terre de l'empire. L'état-major général de l'em- 
pereur, composé de quatorze officiers généraux et hauts 
fonctionnaires subordonnés au ministre de la guerre, deve- 
nait partie intégrante des attributions de ce ministre; les 
diverses administrations qui dépendaient de l'état-major 
général étaient aussi rattachées au ministère et entraient 
dans sa nom elle organisation. Il n'y avait plus dès lors 
qu'un département temporaire pour les colonies militaires. 

Les affaires du ministère devaient être traitées, à l'ave- 
nir, dans un conseil de guerre, dont l'empereur nommerait 
les membres, et qui serait présidé par le ministre. On avait 
institué, en outre, un quartier-maitrat, sous la direction 
du quartier-maître général; un département d'inspection, 
dirigé par le général de service, qui dirigerait aussi le dé- 
partement temporaire des colonies militaires; un départe- 
ment de médecine, dirigé par l'inspecteur en chef du ser- 
vice de santé de l'armée; un département d'instruction 
publique, et enfin un auditoriat général pour la révision et 
le jugement définitif des affaires contentieuses. 

Cette organisation compliquée du ministère de la guerre 
donna heu à de nombreuses nominations, parmi lesquelles 



— 185 — 
on remarqua relie de l'aide de camp généra] Adlerberg, 
qui était directeur de la chancellerie du chef d'état-major 
général de l'empereur, et qui fut nommé chef de la chan- 
cellerie militaire de campagne de Sa Majesté. C'était un 
poste de haute conliance, car le chef de la chancellerie mi- 
litaire avait pour mission d'accompagner l'empereur pour 
recevoir et communiquer ses ordres, dans le cas où Sa Ma- 
jesté viendrait à quitter sa capitale sans avoir auprès de 
sa personne son ministre de la guerre. 

La nouvelle organisation du ministère réalisa d'abord 
des économies notables et amena des réformes avanta- 
geuses dans tous les services. 

L'empereur, qui avait plus d'une fois apporté une atten- 
tion particulière a la position pénible des généraux et offi- 
ciers mutilés dans le combat et forcés de prendre leur re- 
traite, approuva un règlement rédigé par ses ordres dans le 
comité des invalides, et fixa ainsi les pensions que ces mi- 
litaires devraient recevoir proportionnellement à leurs 
grades : un général d'infanterie ou de cavalerie, 6,000 rou- 
bles ; un lieutenant-général, 4,500 roubles; un général- 
major, 3,000 roubles; un colonel, 1,200 roubles; un lieu- 
tenant-colonel, 1,128 roubles- un major, 1,050 roubles; 
un capitaine, 075 roubles; un capitaine en second,' 
900 roubles; un lieutenant, 828 roubles; un sous-lieute- 
nant, 750 roubles; un enseigne, 675 roubles. Une pension 
supplémentaire était, en outre, allouée à ces militaires mu- 
tilés, pour frais de domestiques. En cas de maladie, les 
médecins et les pharmaciens seraient tenus de leur donner 
•les soins et des médicaments, aux frais de la couronne. En- 
fin, les .villes où ces militaires établiraient leur résidence 
devraient leur fournir le logement, le chauffage et l'éclai- 
rage. 






— 186 — 
La réorganisation du ministère de la guerre avait coïn- 
cidé avec la réorganisation de l'année, que le dernier re- 
crutement venait d'augmenter d'un tiers, et qui ne devait 
plus avoir un corps d'armée polonais attachée à ses flancs, 
comme un brandon de discorde et comme une cause per- 
manente de rivalité hostile. La population de l'empire 
s'accroissait tous les ans dans de telles proportions, qu'on 
pouvait prévoir un temps peu éloigné, où, par la seule puis- 
sance du recrutement ordinaire, le chiffre des forces mili- 
taires de la Russie, sur le pied de paix, dépasserait un 
million d'hommes. En ce moment, l'effectif des soldats 
sous les armes ne s'élevait pas à plus de six cent mille, y 
compris la cavalerie irrégulière. Mais tous les cadres étant 
fixés, on n'avait plus qu'à les remplir. 

L'infanterie devait se composer de soixante-douze régi- 
ments de ligne, de douze régiments de la garde et de 
douze du corps des grenadiers; la cavalerie, de quarante- 
huit régiments de ligne, avec le même nombre de régi- 
ments de la garde et du corps de grenadiers, que l'infante- 
rie. Cette armée, sans être au complet, était donc encore 
bien supérieure à celles de tous les États de l'Europe. 

L'empereur Nicolas avait eu pourtant la sagesse de re- 
connaître que, dans les circonstances présentes, il aurait 
difficilement porté et soutenu la guerre, une grande 
guerre, hors de ses frontières, dans l'Europe occidentale. 
Non-seulement la révolution de Pologne lui avait enlevé 
une excellente armée, dont les débris ne pouvaient être in- 
corporés qu'avec prudence dans les rangs de l'armée russe, 
mais encore il fallait paralyser plus de soixante mille hom- 
mes de bonnes troupes pour la surveillance de la Pologne 
et des provinces polonaises. 

L armée du Caucase avait dû, en outre, être mise sur le 




— 187 — 
pied de guerre, par suite «le l'agitation croissante «les mon- 
tagnards, qui menaçaient «le prendre les armes et «le faire 
irruption dans le Daghestan, pour répondre aux excitations 
des prétendus prophètes et des émissaires d'Ibrahim-Pacha, 
qui prêchaient la guerre sainte parmi les peuplades musul- 
manes de la Turquie d'Asie. 

En même temps, le corps d'occupation que le général Kis- 
seleff commandait dans tes principautés danubiennes, dont 
il était toujours président plénipotentiaire, avait eu besoin 
d'être renforcé d'une manière exceptionnelle, pendant «pie 
le vice-roi d'Egypte, Méhémet-Ali, suscitait de sérieux em- 
barras a son suzerain le sultan Mahmoud, car on pouvait 
s'attendre, d'un moment à l'autre, à un soulèvement géné- 
ral, à une guerre civile en Turquie. 

En prévision de ces graves événements, l'empereur de 
Russie, fidèle a ses engagements d'amitié et «I.- bonne in- 
telligence avec le grand-seigneur, plutôt encore «pie do- 
miné par les intérêts de sa politique, avait mis spontané- 
ment une armée russe a la disposition «le son allié, pour le 
'■as ou la Turquie d'Europe aurait a craindre une invasion 
de la part du vice-roi d'Egypte» Le sultan, on le pense 
bien, n'avait pas accepté sur-le-champ l'offre généreuse du 
tzar, mais il l'en avait remercié sincèrement, en «leclaran/ 
qu'il n'en étail pas encore réduit a demander des secours 
contre son puissant et ambitieux vassal. 

Nicolas n'en avait pas moins lait réunir un corps d'ar- 
mée en Bessarabie et sur les frontières des Principautés. 
L'aide «le camp général Kisselell', averti d'avance «les in- 
tentions de son souverain, se tenait prêt a les seconder avec 
amant de vigueur que d'opportunité, et il pouvait comp- 
ter, dans tous les cas, sur l'appui énergique des «livans de 
Moldavie et «le Valacliie. L'empereur lui témoignait aussi 



f 



— 188 - 
une confiance justement méritée, et, instruit des magni- 
fiques résultats que l'administration du gouverneur général 
des Principautés avait déjà obtenus dans ces contrées na- 
guère si malheureuses, il l'avait nommé, par un rescrit du 
10/12 avril 1832, chevalier grand'eroix de l'ordre de Saint- 
Vladimir de la première classe. 

Nicolas avait eu à résister à ses propres entraînements, 
quand il s'était vu forcé d'abandonner le roi des Pavs-Bas, 
et de le laisser se débattre inutilement contre les proto- 
coles, de plus en plus impérieux et inflexibles, de la con- 
férence de Londres. Il avait préféré sacrifier momentané- 
ment ses affections, ses sympathies de famille, à ses devoirs 
de souverain, à l'intérêt de ses peuples, à l'exigence de la 
raison d'Etat, car il ne pouvait encourager et soutenir les 
résistances imprudentes et inutiles du cabinet de la Haye, 
sans compromettre la paix de l'Europe. 

11 ne voulut pas même que l'opinion publique s'égarât 
en lui attribuant un double jeu et une arrière-pensée dans 
la mission du comte Orloff, qu'on avait soupçonné d'être 
chargé de pousser secrètement la Hollande à la reprise des 
hostilités contre la Belgique ; il n'hésita donc pas à faire 
connaître la neutralité absolue qu'il était résolu à garder 
dans les affaires du différend hollando-belge, et au moment 
où la conférence de Londres exigeait l'exécution immédiate 
du traité du 15 novembre 1831, lorsque la France, d'ac- 
cord avec les grandes Puissances, allait prêter son concours 
armé à l'établissement définitif du royaume de Belgique, 
il adressa ce rescrit au comte Orloff, comme une éclatante 
approbation de tous les actes de cet envoyé extraordinaire : 



« La fidélité dont vous avez fait preuve en remplissant 
Nos volontés, dans plus d'une circonstance grave, vous a 



— 189 — 
donné de justes droits à Notre bienveillance. Vous venez 
d'y acquérir de nouveaux titres, parle zèle éclairé avec le- 
quel vous vous êtes acquitté de la mission spéciale dont 
Nous vous avons rendu l'organe auprès des cabinets de la 
Haye et de Londres. Une importance particulière s'atta- 
chait à cette mission, car elle avait pour but d'attester, aux 
yeux de l'Europe, la droiture de Notre politique et la con- 
stance de Nos efforts pour la conservation de la tranquil- 
lité générale. En manifestant Nos intentions pacifiques 
avec autant de vérité que de force, vous avez pleinement 
.justifié Notre confiance et obtenu toute Notre approbation. 
Afin de vous en donner un témoignage justement mérité, 
Nous vous conférons les insignes en diamants de l'ordre de 
Saint-Alexandre Newsky; en vous les transmettant, Nous 
Nous plaisons à vous assurer de Notre bienveillance im- 
périale. 



Nicolas. 



: Péterhoff, le 25 juin (/ .juillet, nouv. st.) 1832. » 



Ce rescrit était trop ferme et trop explicite pour que la 
politique du cabinet de la Haye eût l'espoir de s'appuyer 
désormais sur la protection de la Russie; mais les pourpar- 
lers et les négociations n'en continuaient pas moins a 
Londres, et l'on pouvait pressentir que L'intervention ar- 
mée de la France ne trancherait pas le nœud gordien de 
la situation, avant plusieurs mois; en attendant, la scission 
('tait complète entre les Pays-Bas et la Russie, et l'empe- 
reur Nicolas avait même cessé toute correspondance avec 
sa sœur, la princesse d'Orange, et le prince royal, son 
beau-frère, qui avait été son meilleur et son plus intime 
ami. 

On disait que Nicolas avait écrit à sa sœur : « Au soi'- 






— 190 — 















tir 3e la guerre de Pologne, et sur le point de voir recom- 
mencer la guerre do Caucase, il me faudra probablement 
envoyer encore nne (lotte et Une armée au secours de la 
Turquie, Je ne serai donc point assez fou pour aller en- 
treprendre une guerre de principe dans les Pays-Bas. j> 

Au reste, comme l'empereur l'avait dit plus d'une t'ois 
au prince d'Orange, qui le suppliait de se taire le défen- 
seur des principes de la Sainte-Alliance, il avait les mains 
liées : il devait attendit' un moment plus f'a\orable pour re- 
couvrer sa liberté d'action \is-a-\is de l'Europe. 

En elle), c'était une lâche immense et difficile que de 
rétablir l'ordre en Pologne et d'incorporer définitivement, 
dans l'empire de Russie, ce royaume, qui avait eu, pen- 
dant quinze ans, son autonomie et son existence indépen- 
dante reconnues et protégées par les traités de Vienne. 
Grâce à l'attitude que l'empereur avait prise vis-à-vis de 
I Europe en se détachant de foule immixtion dans les af- 
faires de l'Occident, aucune Puissance ne se permit d'in- 
tervenir, du moins activement et directement, dans les 
affaires de Pologne. 

Le système que le gouvernement impérial avait adopté 
pour l'apaisement de la question polonaise était très-net 
très-tranché, et en même temps très-logique . dans les an- 
ciennes provinces lithuaniennes annexées de longue date à 
la Hussie, mesures arbitraires, rigueurs impitoyables, lois 
d'exception et d'intimidation; dans le royaume de Pologne 
proprement dit, amnistie admise en principe et sagement 
appliquée, indulgence et pardon. 

(1 était toujours la même manière d'envisager les faits : 
il y avait eu trahison, crime de lèse-majesté et de lèse-na- 
tion dans les anciennes provinces polonaises; la Pologne, 
au contraire, en se révoltant contre le tzar, n'avait fait 



— 191 — 

que 8e mettre en état «le guerre contre un souverain pro- 
tecteur de ses privilèges et de ses libertés. 

Ainsi, sur ordre de l'empereur, le ministre des finances 
avait ordonné de transplanter cinq mille familles de gen- 
tilshommes polonais de la Podolie, sur les steppes du Tré- 
sor, et de préférence sur la ligne et dans le district du Cau- 
case, en choisissant les personnes qui auraient pris part à 
la dernière insurrection et celles dont la manière d'être 
éveillerait la méfiance des autorités locales. Le gouver- 
neur de la province, Lubianowski, quoique d'origine polo- 
naise, s'était empresse d'obtempérer a l'ordre impérial, en 
enveloppant dans la mesure générale de transplantation' les 
propriétaires nobles ou autres, Les serviteurs et employés 
des propriétaires, les avocats, les hommes de loi et les ha- 
bitants des villes. L'ordre de l'empereur se trouvait de la 
sorte manquer son objet et dépasser son but, car la mesure 
ne devait atteindre que les individus suspects et dange- 
reux, ainsi <p.e ceux qui auraient pris une part personnelle 
dans la dernière révolte. 

L'université de Wilna fut ensuite, par ukase impérial, 
comme celle de Varsovie, supprimée au mois de juin 1X32, et 
l'on ferma presque aussitôt la bibliothèque de la ville, parce 
que les étudiants avaient essayé de se constituer en société 
secrète. Depuis, un ordre émané du ministère de l'inté- 
rieur fit transporter a Saint-Pétersbourg une partie de 
cette bibliothèque, avec la plupart des depuis littéraires 
que possédait la Pologne. Varsovie perdit alors, par suite 
dune spoliation déplorable que rien ne justifiait, les ri- 
chesses de ses bibliothèques et de ses musées. On ne lui 
laissa, comme par dérision, que quelques livres écrits en po- 
lonais et tous les ouvrages de théologie. Cette décision ar- 
bitraire, qui n'était peut-être que le résultat d'une erreur 



— 192 — 
administrative, mais qui fut très-rigoureusement exécutée, 
produisit, il faut bien le dire, la plus pénible impression. 

L'empereur n'eut peut-être qu'une connaissance vague 
et imparfaite de ces faits regrettables, qui ne servirent 
qu'à irriter les Polonais. On peut croire, cependant, qu'il 
avait ordonné lui-même de transférer à Moscou, dans le 
trésor du Kremlin, tous les objets d'art et monuments his- 
toriques qui décoraient l'ancien château des rois de Po- 
logne à Varsovie, Le feld-maréchal, comme gouverneur gé- 
néral du royaume, avait pris possession de ce château; 
mais les salles où s'assemblaient le Sénat et la Chambre 
des nonces furent transformées provisoirement en casernes. 

Les exagérations, les mensonges et les intrigues des co- 
mités polonais, qui s'étaient établis dans tous les pays où 
l'émigration polonaise avait été accueillie et protégée, eu- 
rent la plus fatale influence sur le nouveau régime admi- 
nistratif du royaume de Pologne. Ces comités employèrent 
les moyens de propagande les plus actifs et les plus perfides, 
pour répandre en Europe tout ce qui pouvait faire plaindre 
la Pologne et faire haïr la Russie : la population pauvre des 
anciennes provinces polonaises avait été déportée en masse 
dans la Sibérie; quarante-cinq mille familles polonaises, 
propriétaires d'immeubles plus ou moins considérables, 
avaient été transportées, sans jugement, sur la ligne du 
Caucase; un grand nombre de couvents catholiques avaient 
été fermés et confisqués; enfin la religion grecque ortho- 
doxe était favorisée, à l'exclusion du catholicisme, dans la 
Pologne et les provinces polonaises ! 

Ces calomnies, répétées à son de trompe dans tous les 
journaux de l'opposition libérale, ne reposaient pas même, 
en général, sur des faits réels et constatés, plus ou moins 
susceptibles de se prêter à une interprétation odieuse. 



— i9;î — 

Le gouvernement impérial, par exemple, Savait cessé 
de réparer, autant que possible, dans les provinces polo- 
naises comme en Pologne, les désastres causés par l'insur- 
rection; U s était reconnu responsable de ces désastres, et 
il les avait constatés avec soin, de manière a pouvoir in- 
demniser les personnes qui avaient souffert, soit par le fait 
de la guerre, soit de la part des insurgés. .1 avait distri- 
bué des grains aux classes pauvres, afin de pourvoir a leur 
subsistance jusqu'à la saison des récoltes; il avait rappelé 
e* amasse, sur les terres qu'ils cultivaient, les fermier les 
laboureurs et les ouvriers; il avait gracié une foule d'in- 
dividus qui avaient figuré parmi Jcs rebellegj ^ 

aient repentis; il n'avait fait aussi qu'appliquer la loi rela- 
ie aux couvents catholiques, en ordonnant la fermeture 
«e ceux qui, n ayant pas une communauté de plus de huit 
œllgieux, devaient être supprimés conformément aux rè- 
glements canoniques, et les capitaux appartenant a ces cou- 
vents supprimés étaient versés intégralement dans la caisse 
de secours que le clergé catholique possédait en Russie ■ 
Ce qui éleva le, capital de cette caisse à près de 5 mil * 
bons de roubles, au lieu de i00,000 roubles qu'elle con 
tenait auparavant. 

« y avait sans doute en Pologne, a chaque instant, un 
contre-coup douloureux, résultant des mouvements secrets 
et des violences publiques de l'émigration polonaise à 
1 étranger, qui s'efforçait, par tous les moyens imaginables 
d empêcher le rétablissement de l'ordre et du calme dans 
sa malheureuse patrie. 

Le gouverneur général, en dépit des injures et des ca- 
lomnies qui se dechainaie.it par toute l'Europe contre se, 
actes les plus honorables, n'en continuait pas moins a exé- 
cuter les volontés de l'empereur avec autant de prudence 



— 194 — 

que de modération. Les sévérités, les rigueurs, ne recher- 
chaient , ne happaient que les rebelles opiniâtres et in- 
corrigibles. La police avait les yeux ouverts sur les der- 
nières étincelles de la révolution, sur les derniers efforts 
des révolutionnaires, mais elle s'imposait d'ailleurs une 
extrême réserve, et elle évitait d'irriter les esprits, d'en- 
venimer les haines et d'entretenir les inquiétudes. 

Les conseils de guerre étaient, il est vrai, en perma- 
nence, et les tribunaux spéciaux jugeaient, à huis clos et 
sur pièces, tous les faits, toutes les questions qui se ratta- 
chaient à la conspiration du 29 novembre 1830 et à la pé- 
riode insurrectionnelle; mais, comme la plupart des indivi- 
dus compris dans les catégories d'exception de l'amnistie 
avaient eu la prévoyance de s'exiler eux-mêmes et de se 
mettre à l'abri des poursuites criminelles, la tâche des 
juges, nommés par ukase du l e, '/13 février 1832, se trou- 
vait bien diminuée, et leurs arrêts n'atteignaient générale- 
ment que des contumaces. 

Le séquestre, cependant, ne s'appliquait pas seulement 
aux biens des personnes absentes : un grand nombre de 
nobles et de propriétaires, qui n'avaient pas quitté le pays 
ou qui y étaient rentrés, voyaient leurs terres et leurs re- 
venus frappés d'amendes exorbitantes ou même menacés 
de confiscation; les sommes encaissées à différents titres, 
au profit du Trésor, s'élevèrent, dit-on, à 100 millions de 
roubles, non pas seulement pour le royaume de Pologne, 
mais aussi pour les gouvernements de Wolhynie et de Po- 
dolie. 

En revanche, l'administration faisait de grands frais pour 
effacer les traces de la guerre et pour alléger les souf- 
frances de la population rurale; des commissions de se- 
cours avaient été créées partout; on distribuait, dans les 



— m _ 
villages, des vivres et de l'argent aux familles pauvres; on 
ournzssazt du grain pour les- semailles aux cultivateurs, et 
du bois de construction pour rebâtir les granges et les 
«tables. Un ukase de l'empereur avait accordé divers al- 
egemente aux habitants des villes, pour les aider à payer 
leurs dettes et a supporter les impôts; mais le commerce 
non était pas moins dans la plus triste situation. Les offi- 
ciers russe* s de l'année d'occupation, obéissant à leurs sen- 
timents dhumanité autant qu'aux instructions de leurs 
chefs venaient en aide cependant, par leurs dépenses per- 
sonnelles, aux embarras pécuniaires des marchands 

La misère générale ne faisait que s'accroître dans les 
campagnes ainsi que dans les villes, par suite de la pré- 
sence d _une quantité d'orphelins qui étaient à la charge "de 
a chanté publique, et d'une multitude d'anciens soldats 
dénués ,1e tout moyen d'existence et réduits a demander 
I aumône. 

Un ukase du mois de février 1832 avait ordonné d'enlever 
es enfante mâles orphelins, pauvres ou vagabonds, et de 
les diriger sur Minsk, où le gouverneur militaire les ferait 
noumr dans UD établissement de bienfaisance, ou bien 
s ils étaient en âge d'entrer au service, les incorporerai! 
dans les bataillons des cantonîstes militaires. Cette mesure 
dhumanité et de bonne administration fut représentée par 
la malveillance, comme un acte d'odieuse tyrannie; on' ac 
cusa le Gouvernement de vouloir s'emparer de l'éducation 
de ces enfants, pour les façonner aux mœurs, a la langue 
et même a la religion des Russes. L'enlèvement de ces en 
fente, par l'entremise ,1e la police , causa une impression 
universelle de stupeur et d'indignation, que les journaux 
étrangers prirent soin d'exploiter et d'exalter davantage 
en dénaturant, de la manière la plus hostile et la plus ridi- 






— 196 — 

cule, ce qui n'avait été d'abord qu'un acte de généreuse 
prévoyance. 

Le Gouvernement ne se borna pas à prendre sous sa tu- 
telle les enfants mâles sans parents et sans asile, il étendit 
la mesure à tous les orphelins des deux sexes au-dessous 
de douze ans. L'établissement provisoire de Minsk ne pa- 
raissant pas suffisant, on avait formé, à Varsovie, dans les 
dépendances de l'Hôtel-Dieu de l'Enfant-Jésus, un institut, 
pour y élever les tilles et les garçons, nés de soldats de 
l'ancienne armée polonaise. Le jour où ces enfants furent 
recherchés et rassemblés par les agents de l'autorité, 
il \ eut une espèce d'émeute populaire qui fut suivie 
d'une longue agitation : les enfants, affolés de terreur, 
s'enfuyaient et se cachaient pour échapper aux violences et 
aux mauvais traitements dont ils se croyaient menacés; les 
femmes donnaient l'exemple et le signal de la résistance : 
on les voyait, tout éplorées, lutter contre les hommes de 
police et les soldats, en s* efforçant d'arracher de leurs mains 
ces malheureux enfants qui poussaient des cris lamentables. 
On avait fait courir le bruit que les enfants enlevés se- 
raient dépoilés en Russie et perdus à jamais pour la Po- 
logne. C'était un prétexte de trouble et de tumulte, que les 
ennemis du repos public avaient eu l'adresse de saisir pour 
'passionner les masses. Ces fausses idées s'étaient accrédi- 
tées de telle sorte, que plusieurs mères, folles de douleur, 
allèrent se jeter dans la Vistule avec leurs enfants, plutôt 
que de livrer ces innocentes victimes à la tyrannie de l'au- 
tocrate, qui pensait à leur faire donner du pain et de l'in- 
struction : « Nous ne voulons pas, disaient-elles, que les 
fils de nos maris morts pour la Pologne deviennent des 
Russes! » 

Le feld-maréchal Paskewitch fut indigné des manœuvres 



Il 



— 107 — 
de l'Opposition polonaise et de leurs déplorables résultats; 
il crut devoir soumettre à l'approbation ,1e l'empereur un 
nouveau règlement, d'après lequel les garçons, qui ne de- 
vaient rester dans l'institut de l'Enfant-Jésus que jusqu'à 
l'âge de sept ans, y demeureraient enfermes jusqu'à douze 
ans, et seraient alors envoyés à Minsk pour être incorporés 
dans les bataillons des cantonistes. Il appliqua ensuite la 
mesure ,1e la mise en tutelle des enfants pauvres, aux fils 
mineurs des invalides et aux élèv es des écoles gratuites ■ ces 
enfants, considérés comme indigents, devaient être élevés 
aux frais de l'Etat, dans des instituts qui ressemblaient à 
des pénitentiaires. 

Il est certain qne ce qui n'était, dans l'origine, qu'une 
forme ingénieuse de la charité, devint plus fard un instru- 
ment politique dans les mains de l'administration, qui 
trouva ainsi un moyen facile et naturel de diriger à sa 
guise l'éducation d'une partie de la jeunesse. 

L'incorporation dans l'armée russe des anciens soldats de 
l'armée polonaise souleva encore plus de colères et de ré- 
sistances dans toutes les classes de la nation: Cette incor 
poration avait été commandée par l'intérêt même des ha- 
bitants, qui avaient à subvenir aux besoins de vingt-cinq à 
trente nulle individus sans ressources, sans état cl sans 
pain; ces individus, que l'armée polonaise avait comptes 
dans ses rangs pendant l'insurrection, étaient revenus de 
gré ou de force, en Pologne, après avoir é.e quelque 
temps internés en Prusse ou dans la Gallicie autrichienne- 
ds avaient pris des habitudes de paresse et d'oisiveté qui 
les empêchaient de chercher les moyens de se créer' par 
le travail, une existence honnête : ds aimaient mieux ,nen- 
dier ou vivre aux dépens de leurs compatriotes; ds par- 
couraient le pays, sod isolément, soit par groupes, et ds 



— 198 — 
avaient partout place au feu et à la table du paysan. On 
comprend que ces hommes, aigris par l'infortune et la mi- 
sère, pouvaient être de dangereux agents de conspiration 
et de désordre. 

In arrêté du Conseil d'administration du royaume dePo- 
logne, approuvé par l'empereur, à la date du 1 er mai 1832, 
avait donc établi en principe que tous les sous-officiers et 
soldats de l'ancienne armée polonaise, qui ne justifieraient 
pas de leurs moyens d'existence, seraient obligés de ren- 
trer au service dans les troupes de Sa Majesté. Ce décret 
d'incorporation comprenait non-seulement ceux qui avaient 
servi le gouvernement insurrectionnel comme recrues ou 
enrôlés volontaires, mais encore ceux qui avaient fait par- 
tie de l'ancienne armée polonaise et qui n'y avaient pas 
achevé le temps légal de leur service. L'arrêté admettait 
cependant des exceptions pour les sous-ofiieiers et soldats 
mariés, avant le moyen de pourvoir à leur subsistance; 
pour ceux qui seraient attachés au service civil depuis la 
fin de la rébellion; pour ceux qui posséderaient une mai- 
son dans une ville ou dans un bourg; pour ceux qui au- 
raient des terres en exploitation, et enfin pour ceux qui di- 
rigeraient eux-mêmes des établissements d'économie rurale 
sur les terres seigneuriales. 

Les privilèges de la noblesse russe devaient être attri- 
bués aux sous-ofiieiers qui rentreraient au service, en four- 
nissant des preuves de leur noblesse polonaise. De plus, 
chaque père de famille avait la faculté de garder auprès 
de soi un de ses fils, à son choix, dans le cas où il en au- 
rait eu plusieurs faisant partie de l'armée des rebelles pos- 
térieurement au 29 no\embre 1830. 

bien de plus juste, rien de plus urgent et de plus néces- 
saire (pie cette ordonnance, qui n'atteignait que des vaga- 



— 199 — 
bonds ou des oisifs sans domicile, sans genre de vie fixe 
sans occupation agricole, ou commerciale, ou industrielle; 
il fallait débarrasser le pays d'une foule de gens inutiles 
ou dangereux, qui étaient ou qui pouvaient être des pertur- 
bateurs de l'ordre public. .Mais tel fut l'effroi et le déses- 
poir de ceux qui se voyaient contraints de servir dans l'ar- 
mée russe comme simples soldats pendant quinze ans, que 
plusieurs se donnèrent la mort et qu'un grand nombre de 
réfractaires se cachèrent dans les forêts pour y attendre le 
moment de recommencer une guerre de partisans. 

Tous devaient envier le sort des prisonniers polonais, 
qui se trouvaient encore internés en Russie, même en Si- 
bérie et au Caucase, ou ils vivaient de leur travail, sans 
être astreints au service militaire, car le gouvernement 
russe les laissait dans la condition de prisonniers de guerre 
et leur accordait une indemnité de solde jusqu'à leur re- 
tour en Pologne : l'empereur avait même', sur le rapport 
de Paskewitch, alloué des secours d'argent aux veuves et 
aux enfants de ces prisonniers. 

Paskewitch,- depuis l'ukase d'amnistie, exerçait avec au- 
tant de sagesse que d'humanité et de justice les pouvoirs 
illimités que le tzar lui avait confiés; il s'attachait avec au- 
tant de zèle que d'activité a rétablir la Pologne, dans les 
conditions d'ordre, de sécurité, de bien-être et de prospé- 
rité, que la Russie lui enviaitavant sa fatale insurrection- i] 
pouvait déjà se féliciter a si juste litre d'avoir réussi dans 
son œuvre de réorganisation et d'apaisement, que l'em- 
pereur ne demandait plus qu'à compléter l'amnistie, en 
renonçant à toutes représailles et a toutes mesures de ri- 
gueur contre les coupables et les proscrits : 

« J'ai hâte, écrivait-il au prince de Varsovie, de faire sa- 
voir a l'Europe que la Pologne révolutionnaire a cessé 



— 200 — 
d'exister, si ce n'est à l'état d'émigration, et que les pro- 
vinces polonaises, régies et administrées de même que les 
autres gouvernements de l'empire, font désormais partie 
intégrante de la Russie. » 




CXCIIl 






, î. 



Péterhol 



Nicolas résidail alors, au château de reternofl, avec 
l'impératrice et ses enfants : il était venu s'\ établir dès les 
premiers beaux jours du printemps, quoique la santé pu- 
blique fût excellente à Saint-Pétersbourg, et que le cho- 
léra-morbus, dont on avait craint le retour, eût entière- 
ment disparu de la capitale comme du reste de l'empire. 

L'impératrice, enceinte depuis plusieurs mois, avait be- 
soin de la vie calme et douce qu'elle menait à la campagne 
au milieu de sa famille. Elle avait eu pourtant, malgré sa 
santé chancelante, l'énergie de se montrer, le 25 mai, à la 
grande revue de la garde et des écoles militaires, sous le 
commandement du grand-duc Michel; elle s'était fait vio- 
lence pour passer deux heures au champ de Mars, parcou- 
rant le front des lignes et assistant au défilé de toutes les 
troupes, en tête desquelles marchait l'empereur, entoure 
de son état-major. 

Elle était, dans un équipage découvert, accompagnée de 
ses deux filles, les grandes-duchesses Marie et Olga, et de 
sa belle-sœur, la grande-duchesse Hélène, rpn avait eu la 






— 202 — 

douleur de perdre, peu de temps auparavant (27 mars 1832), 
sa dernière fille Alexandre. 

L'impératrice, qui s'était sentie plus faible qu'à l'ordi- 
naire, à la suite de cet excès de fatigue, avait demandé à 
l'empereur la permission de ne plus paraître dans les fêtes 
publiques ni dans les réceptions de cour : elle vivait donc 
à Péterholf, renfermée dans son intérieur, avec son époux 
et ses enfants. 

Dans la journée du 20 juin, le lieutenant-général Sé- 
liavine arriva en poste, de Saint-Pétersbourg, pour annon- 
cer à l'empereur qu'un terrible incendie s'était déclaré 
dans le quartier de Moscou, vers midi, et que les efforts 
réunis du corps des pompiers et des troupes de la garnison 
n'avaient pu encore arrêter les progrès du feu. Nicolas par- 
tit sur-le-champ avec le général Séliavine : il ne pouvait, 
en moins d'une heure et demie, franchir la distance de 
vingt-cinq wersles qui le séparait de la capitale, et il trem- 
blait de trouver la moitié de la ville en flammes, car le 
quartier de Moscou, habité surtout par les yamstchiks ou 
cochers, était plein d'écuries et de greniers à fourraees 
et la plupart des maisons, construites en bois, se trouvaient 
contigués les unes aux autres. 

Quand l'empereur parut sur le théâtre de l'incendie, cent 
cinquante-quatre maisons avaient été brûlées, ainsi que la 
poste aux chevaux et plusieurs édifices publics, mais on 
était à peu près maître du feu, quoique le vent soufflât 
avec force et portât à deux ou trois cents mètres une pluie 
de brandons enflammés. 

L'empereur s'informa d'abord, avec sollicitude, des mal- 
heurs qui avaient pu avoir lieu par suite de ce désastre; il 
apprit que trente ou quarante personnes avaient été bles- 
sées, et qu'une centaine de chevaux avaient péri. 11 inter- 



— -203 — 
rogea les assistants pour connaître la cause de l'incendie, 
qui avait commencé dans une vieille écurie et s'était rapide- 
ment propagé aux alentours. 

— Sire, lui dit d'un ton solennel et d'un air convaincu 
un vieillard qui regardait avec tristesse ce vaste embrase- 
ment, c'est une punition du Ciel. La Providence a voulu 
ainsi châtier les yamstchiks, pour l'esprit de vertige et de 
rébellion avec lequel ils se sont opposés, l'année dernière, 
aux sages mesures prises par le Gouvernement pour les ga- 
rantir du choléra-morbus. 

Le vent changea tout à coup, et le grand marche du 
quartier de Moscou fut préservé, au momenl ou l'on regar- 
dait sa perte comme certaine. Les rues avoisinantes étaient 
encombrées de familles sans asile, qui se lamentaient en 
contemplant les flammes au milieu desquelles se consumait 
tout leur avoir. L'empereur leur prodigua des consolations 
et promit de les indemniser de leurs pertes. Il donna sur- 
le-champ 20,000 roubles [tour les premiers secours à dislri- 
buer. 

I n comité, composé du secrétaire d'Étal Longuinoff, du 
général-major Kokoschkine, et du lieutenant-général Sélia- 
vine, s'occupa immédiatement de remplir les intentions 
bienfaisantes de Sa .Majesté. Ce comité n'avait pas d'autre 
mission que de répartir les dons de la famille impériale; 
quant aux dons des particuliers, qui s'élevèrent aussitôt a 
des sommes considérables, l'Ancien de la corporation des 
yamstchiks, lequel avait été prie d'assister aux séances du 
comité nommé par l'empereur, fut charge de régler la 
répartition avec le gouverneur général de Saint-Péters- 
bourg. 

Peu de jours après cet incendie (1 er juillet), l'empereur, 
qui était retourne a Péterhoff, y recul la grande députa- 






— 204 — 
fion que lui envoyait, a la suite des élections triennales, le 
corps de la noblesse du gouvernement de Moscou, pénétré 
de la plus profonde reconnaissance pour les nouveaux droits 
et privilèges que Sa Majesté avait daigné lui accorder. Ces 
élections avaient été faites conformément au règlement du 
H/18 décembre 1831, qui autorisait les nobles de chaque 
gouvernement a choisir, parmi eux, les plus capables et les 
plus dignes de remplir différentes fonctions dejuslice ou de 
police. La députafion, composée de plusieurs maréchaux 
de la noblesse, ayant a leur tète le générai-major comte 
Goudovitch, eut l'honneur d'être reçue aussi par l'impéra- 
trice, qui, avec sa grâce et son aménité ordinaires, promit 
aux députés d'aller faire ses relevailles à Moscou, si l'état 
de sa santé le lui permettait. 

Le bon air de la campagne, et surtout le repos dont elle 
jouissait, avaient déjà réparé ses forces à ce point, qu'elle 
put, le 15 juillet, s'embarquer sur un bateau a vapeur, avec 
l'empereur el tous ses enfants, pour aller voir, à Saint-Pé- 
tersbourg, la colonne Alexandrine, encore enfermée dans 
les flancs du vaisseau qui l'avait apportée de Finlande. 

Cette colonne, formée d'un seul bloc de granit rouge pe- 
sant quatre millions de livres, ne mesurait pas moins de 
quatre-vingt-quatre pieds de longueur et de douze pieds de 
diamètre. Il avait fallu plus de cinq ans pour la tailler dans 
la carrière de Pytterlake. Ce travail gigantesque avait été 
fait par les soins d'un entrepreneur russe, nomme Vassili 
Abraham Yakovleff, d'après les dessins de l'architecte fran- 
çais M. de Montferrand, sous la surveillance de son aide 
Pascal. Mais le plus difficile n'était pas de détacher et d'ar- 
rondir le monolithe, c'était de le faire entrer dans le bâti- 
ment construit exprès pour l'amener à destination. Yakovleff 
avait pourtant réussi, à force d'habileté, dans une entre- 



— 208 — 
prise qu'on pouvait croire au-dessus des forces humaines, et. 
le 13 juillet, le vaisseau, charge de ce poids énorme et re- 
morqué par deux bateaux à vapeur, après quatre jours 
d'une pénible et dangereuse traversée, jetait l'ancre devant 
le quai de la Néwa. 

Yakovleff reçut les félicitations de l'impératrice, qui lui 
promit de revenir encore de Péterhoff à Saint-Pétersbourg, 
tout exprès pour assister an débarquement de la colonne 
Alexandrine. Les préparatifs immenses de cette première 
opération furent achevés en moins de neuf jours, sous la di- 
rection de Vassili Yakovleff, qui avait fait construire un plan 
incline sur lequel la colonne devait glisser, en sortant (\u 
vaisseau, jusqu'aux abords du palais d'Hiver. 

Le 24 juillet, le boulevard de L'Amirauté et la place 
étaient couverts d'une foule impatiente; des milliers de cu- 
rieux garnissaient les fenêtres et les toits de toutes les mai- 
sons qui avaient vue sur le quai; un vaste amphithéâtre 
disposé en gradins avait ete envahi des le matin par des 
spectateurs munis de billets. A midi, tout était prêt; les 
chefs des travaux et leurs nombreux ouvriers se trouvaient 
a leur poste. Un Te Deum fut chante pour attirer les béné- 
dictions du Ciel sur l'importante opération qui allait s'ac- 
complir. On n'attendait plus que la famille impériale. 

Deux heures sonnaient, quand on \il paraître, sur la 
Néwa, un léger bateau à vapeur qui portait l'empereur, 
l'impératrice, leurs enfants et leur suite. Ils étaient accom- 
pagnés, comme au précédent voyage, par le prince Guil- 
laume de Prusse, qui était venu passer quelques semaines 
avec son auguste sœur. Ils descendirent au palais d'Hiver 
et prirent place aux fenêtres du premier étage, qui domi- 
naient la scène de ce grand spectacle. L'empereur daigna 
se rendre en personne dans l'enceinte des travailleurs, 



— 208 — 

pour les encourager par sa présence; il ordonna lui-même 
à Yakovleff de commencer. 

Un son de cloche se lit entendre : tous les ouvriers se 
prosternèrent en faisant une prière, et dès qu'ils furent, re- 
levés, au signal convenu, les machines se mirent en mou- 
vement, les cordages se tendirent, et l'énorme colosse de 
granit, s'ébranlant avec lenteur, sortit sans bruit des en- 
trailles du vaisseau qui le contenait, s'avança majestueuse- 
ment sur un chemin de charpente, et s'arrêta près du pa- 
lais, sous la fenêtre même où était la famille impériale. De 
broyants applaudissements éclatèrent de toutes parts, mê- 
les au cri de : Vive l'emperewrl 

Nicolas témoigna sa satisfaction a l'entrepreneur et à tous 
ceux qui avaient dirige les travaux; il lit distribuer des gra- 
tifications aux ouvriers et dil à .M. de .Montferrand, qu'il le 
priait d'achever, le plus tôt possible, l'érection de la co- 
lonne sur le socle qui l'attendait déjà, entièrement, con- 
struil, mais encore informe, au centre de la place du palais 
d'Hiver. 

— Je désire, dit-il, que cette érection ait lieu le jour 
même de la fête de saint Alexandre Newsky. 

— Il sera l'ail comme le désire Votre Majesté, répondit 
Montferrand en s'inclinant avec respect, à moins de circon- 
stances imprévues et indépendantes de la volonté humaine. 

— Vous m'avez assuré, ajouta l'empereur en s'adressant 
au comte Litta, président de la commission du monument, 
que ce monument surpasserait en hauteur et en magnifi- 
cence tout ce que les anciens et les modernes ont produit en 
ce genre; j'en suis bien aise, car mon bien-aimé frère l'em- 
pereur Alexandre, de glorieuse mémoire, a surpassé en 
grandeur d'âme et en générosité tous les monarques ses 
contemporains. 






— "207 — 
Le tzar avait reçu, de la ligne du Caucase et du Daghes- 
tan, des nouvelles inquiétantes qui lui laissaient craindre la 
résurrection d'une guerre opiniâtre de nationalité et de re- 
ligion dans ces provinces musulmanes. 

Dès le mois de mai, les montagnards avaient repris les 
armes; le redoutable chef des Murides, le prophète Kazi- 
Moulla, de concert avec un autre chef nommé Hamsad-Bek 
d'Avares, avait envoyé des bandes nombreuses sur plu- 
sieurs points du Daghestan, pour attaquer les postes russes 
et piller les villages. Il occupait, dans la montagne, une 
position formidable près th, village d'Erpili, et sans 'cesse 
il s'élançait de son nid de vautour, en promenant aux envi- 
rons un brigandage effréné qui avait, répandu l'effroi jusque 
dans les villes de Bakou et de Deibend. 

Le général-major Karpoll', commandant de la province, 
se mit a la tête des troupes et forma des colonnes mobiles 
qui châtièrent les brigands toutes les fois qu'elles purent 
les atteindre; lasses de leur donner la chasse, pour en finir 
avec eux, elles s'emparèrent de tous les défilés de la mon- 
tagne et entourèrent la retraite de Kazi-Moulla, qui parvint 
toutefois à s'échapper par un sentier «pie les Russes avaient 
négligé de garder : il fut poursuivi, et il perdit beaucoup de 
ses séides, entre autres, disait-on, son principal complice, 
Hamsad-Bek. 

Mais ce chef de rebelles n'était pas mort, et déjà il ap- 
pelait aux armes les montagnards, avec l'aide d'un nou- 
veau prophète musulman nommé Molla-Tzenoff, qui avait 
acquis un grand crédit sur les populations, en leur prêchant 
la guerre sainte. Un certain nombre de Djars, fanatiques in- 
trépides, étaient venus le joindre, et la tribu indomptable 
des Lesghis lui promettait un puissant concours. Les Les- 
ghis, en effet, après avoir mis en sûreté leurs familles et 



— 208 — 
leurs biens dans l'intérieur des montagnes, se réunirent 
aux bandes d'Hamsad-Bek, qui levait des cavaliers dans les 
villages restés fidèles à la Russie, et qui menaçait les pro- 
vinces de Yélissouy et de Schéki. La forteresse de Zakatali 
se trouvait bloquée, au milieu d'un pays insurgé où Ham- 
sad-Bek et Tchoban-Bek avaient rassemblé sous leurs 
ordres plus de six mille hommes déterminés. 

Le lieutenant-général Rosen, commandant des troupes 
au delà du Caucase, jugea prudent d'arrêter la sédition à 
son début : il accourut en toute hâte avec quelques régi- 
ments et de l'artillerie; il se dirigea sur les villages forti- 
fiés d'Enghilouyet deMouganline, et il en reprit possession, 
le 7 août, presque sans combat. Il occupa successivement 
plusieurs autres villages dont les rebelles avaient fait des 
places d'armes, et il poursuivit leurs bandes, qui fuyaient 
et se dispersaient à son approche. Le 1 1 août, son avant- 
garde, forte de trois mille cinq cents hommes et de douze 
canons, atteignit, au village de Moukhaki, Hamsad-Bek, 
qui fit mine de s'y défendre et qui en fut chassé avec de 
grandes pertes. Le lendemain, Hamsad-Bek essaya d'avoir 
sa revanche, en attirant les Russes dans le défilé de Mou- 
khaki et en profitant de l'avantage de sa position, mais il 
ne tint pas longtemps contre une attaque régulière où l'ar- 
tillerie avait le principal rôle, et, battu sans rémission, il 
chercha son salut dans une prompte fuite à travers les mon- 
tagnes. Le général Rosen ne lui donna pas de répit et le 
poussa, l'épée dans les reins, jusqu'à Dyndy-Daghi, en 
tuant tout ce qui semblait vouloir faire résistance. 

Les habitants des villages naguère révoltés avaient af- 
firmé leur soumission, en prenant part eux-mêmes à la pour- 
suite d'Hamsad-Bek, et en livrant au général russe une 
multitude de prisonniers, parmi lesquels se trouvait Molla- 






— 209 — 
Tzenoff, le plus dangereux instigateur de la rébellion des 
Djars. Cinq mille familles avaient été réduites à l'obéis- 
sance dans l'espace de quatre jours, et il ne restait plus 
vestige des bandes redoutables qui avaient fait irruption 
sur le Daghestan. 

Hamsad-Bek avait disparu, sans qu'on sut le lieu de sa 
retraite; mais Kazi-Moulla, retiré dans son fort inexpu- 
gnable «le Hiniry, ne renonçait pas à fomenter la guerre- 
des montagnards contre les Russes; il rassemblait de nou- 
velles bandes, plus nombreuses que les premières et il fai- 
sail entrer clans cette ligue sainte non-seulement les Les- 
giiis, mais encore plusieurs tribus aussi belliqueuses et 
aussi fanatiques, les Tchétchènes, les Galgaievtzy et les Ka- 
raboulaks. 

Le lieutenant-général Rosen, après le succès rapide de 
son expédition contre Hamsad-Bek, laissait reposer ses 
troupes et se tenait prêt à reprendre l'offensive, en augmen- 
tant son corps d'armée, dans lequel la milice géorgienne 
s'élail distinguée par des qualités militaires qu'on ne devait 
attendre «pie des vieilles troupes de la garde impériale. 

Nicolas, qui projetait un voyage d'inspection dans les 
provinces occidentales de son empire, devait recevoir en 
audience de congé, avant son départ, les ambassadeurs ex- 
traordinaires de France et d'Angleterre, lord Durham et le 
duc de Trévise, dont la mission politique n'avait pas eu 
d'autre objet (pie de sanctionner les actes de la conférence 
de Londres dans l'inextricable affaire du différend tle la 
Hollande et de la Belgique, car le moment approchait où 
l'intervention des Puissances serait forcée de recourir aux 
armes pour obtenir L'évacuation du territoire belge et sur- 
tout la l'émise du port et de la citadelle d'Anvers à la Bel- 
gique. 

Vl 14 



— 210 — 

L'empereur, qui s'était abstenu de toute relation avec le 
roi des Pays-Bas, depuis la malheureuse issue de l'ambas- 
sade du comte Orlolî, persistait dans les principes d'une 
neutralité absolue; mais, néanmoins, il avait prié le roi de 
Prusse de continuer ses bons offices en faveur de la Hol- 
lande auprès de la conférence de Londres, et d'employer 
toute son influence pour arriver à un arrangement paci- 
fique. 

La conférence avait rencontré moins de difficultés à ré- 
gler les affaires de la Grèce, quoique les Grecs fussent alors 
en proie à la guerre civile; la bonne intelligence des trois 
Cours alliées, protectrices de l'indépendance hellénique, 
s'était signalée dans la convention du 7 mai, signée à 
Londres, relative à la nomination du prince Othon, jeune 
fils du roi de Bavière, comme roi de la Grèce, et dans le 
traité du 21 juillet 1832, signé à Constantinople, pour l'ex- 
tension des frontières du nouveau royaume, avec le consen- 
tement de la Porte Ottomane. 

Le gouvernement russe avait prouvé ainsi, d'une ma- 
nière éclatante, qu'il ne s'était jamais préoccupé d'intérêts 
égoïstes, dans la question grecque, et qu'il se tenait pour 
satisfait d'avoir arraché ses coreligionnaires au joug de l'is- 
lamisme. On s'étonna, pourtant, que, fidèle à ces loyales et 
généreuses intentions, Nicolas n'eût pas même songé à 
maintenir l'influence de la Russie en Grèce, pendant le 
court intervalle de la présidence du comte Augustin Capo 
d'Istria, qui, faute de conseils et d'appui extérieur, avait 
été déposé par le parti populaire. Un brick russe, qui était à 
l'ancre dans la rade de Nauplie, assiégée par les Roumé- 
liotes, reçut seulement à son bord le président démission- 
naire, emportant avec lui le corps de son illustre frère 
(10 avril 1832), comme s'il eût prévu que la Russie ne de- 



— 211 — 
vait plus, ne voulait plus conserver d'action directe et pré- 
pondérante dans les affaires de la Grèce, placée désormais 
sous le sceptre constitutionnel d'un prince bavarois, et entou- 
rée de la protection des Puissances qui l'avaient laite libre. 
L'empereur ne quitta Saint-Pétersbourg, pour un voyage 
de trois semaines, (pie le lendemain de l'érection de la co- 
lonne Alexandrine. 

Cette opération intéressante eut lieu solennellement le 
Il septembre, jour de la fête du grand-duc héritier 
Alexandre. H de celle de l'ordre impérial de Saint-Alexandre 
Newsky. L'empereur et l'impératrice, accompagnés Au eé- 
sarévitch, des grandes-duchesses Marie et Olga, ainsi que 
du grand-duc Michel, s'étaient rendus, a onze heures du 
matin, au monastère de Saint-Alexandre Newsky, ouïes at- 
tendait en grande pompe tout le clergé de la' capitale, 
ayant a sa tète Mgr Séraphim, métropolitain de Novogorod 
et de Saint-Pétersbourg. Apres la messe, a laquelle assis- 
tèrent les membres du Conseil de l'Empire, les ministres 
les sénateurs, les généraux, la cour, les chevaliers de 
Samt-Alexandre Newsky, et le corps diplomatique, Leurs 
Majestés et Leurs Altesses impériales avaient honore de 
leur visite le métropolitain, et s'étaient transportées en- 
suite sur la place du palais d'Hiver, où tout avait été pré- 
paré pour élever la colonne Alexandrine sur son piédestal. 
Soixante machines puissantes allaient être mises en ac- 
tion, avec des poulies et des milliers de cordages, par 
quatre cents vieux soldats de la garde, choisis parmi Veux 
qui avaient servi sous les drapeaux du monarque en l'hon- 
neur duquel le monument était érigé. Ces soldats, comman- 
dés par le général-major Scluldcr, devaient agir conjointe- 
ment avec quatre cents ouvriers d'élite, sous la direction de 
I architecte en chef Auguste Ricard de Montferrand 



[I 



— 212 — 

Plus de trois cent mille personnes de tout rang et de 
toute condition s'étaient donné rendez-vous pour assister à 
ce grand spectacle; mais il n'y en eut pas le quart qui eut 
le bonheur de voir, et tous n'en restèrent pas moins pa- 
tients et muels à l'endroit où ils s'étaient massés aux alen- 
tours de la place et clans les rues voisines. Les fenêtres du 
palais d'Hiver, de l'hôtel des Finances, de l'hôtel des Af- 
faires étrangères, et du bâtiment circulaire de l'État-major, 
richement pavoisées et ornées de tentures de velours vert 
à crépines d'or, étaient garnies de spectateurs. Une tente 
magnifique avail été dressée, pour la famille impériale, en 
avant de la façade du palais. Cette tente, à laquelle on ar- 
rivait par un escalier de parade tendu en drap rouge, était 
en cachemire aux couleurs éclatantes et variées; un pilier 
en argent doré la soutenait au centre et correspondait avec 
douze colonnes de style oriental également dorées; des ta- 
pis précieux, des divans de soie brodés d'or ornaient l'inté- 
rieur, où se déployait toute la richesse du luxe asiatique. 

Il n'y avait, sur la place, remplie d'échafaudages et de 
machines gigantesques s'élevant à une hauteur de deux 
cents pieds, que les soldats, les ouvriers et les ingénieurs, 
préposés aux manœuvres et immobiles à leurs postes. 

Lorsque Leurs Majestés furent arrivées avec leur cor- 
tège, et que la famille impériale eut pris place sur l'estrade 
qui lui était réservée, l'opération commença presque aussi- 
tôt, sur un signal de l'empereur, au milieu d'un profond si- 
lence; elle ne dura pas moins de sept quarts d'heure, pen- 
dant lesquels elle tint attentifs et vivement impressionnés 
les spectateurs qui suivaient des yeux, avec anxiété, le 
mouvement ascensionnel du géant de granit, s'élevant dans 
les airs au milieu d'une forêt de câbles et de cabestans, et 
venant se poser debout sur l'immense piédestal non encore 



- 213 — 

décoré de ses corniches et de ses bas-reliefs en bronze a 
figures allégoriques. 

Ricard de Montferrand, mandé près de l'empereur et de 
l'impératrice, qui le félicitèrent du succès complet de cette 
gigantesque entreprise, promit de terminer en deux années 
ce superbe monument. Montferrand avait beaucoup de vi- 
vacité dans l'esprit, et il était connu par l'a-propos et l'ori- 
ginalité de ses reparties, qui n'avaienl pas peu servi à sa 
fortune; il répondit de la manière la plus heureuse aux 
questions que Leurs Majestés lui adressèrent sur la colonne 
Ale.xandrine, plus élevée que les obélisques antiques qui 
ornent les places de Rome, et presque égale en hauteur à 
la colonne de la Grande-Armée, sur la place Vendôme à 
Paris. 

— En 181 i, il n'a tenu qu'à l'empereur Alexandre, dit 
Nicolas, de renverser cette colonne, que Napoléon avait 
fait faire avec le bronze des canons pris a Austerlitz; mais 
d s'est bien gardé de se venger, sur un monument, d'un 
ennemi vaincu, .le me rappelle seulement qu'il parla de 
faire construire, à son retour, une colonne du même genre, 
mais ileux Ibis plus haute, avec les canons que les Français 
avaient perdus en Russie. 

— Je suis bien aise, reprit adroitement l'architecte fran- 
çais, que l'empereur Alexandre n'ait pas donne suite à son 
projet, car les monuments de bronze ne durenl pas autant 
que ceux de granit. Par exemple, dans des milliers d'an- 
nées, s'il arrivait .pie la mer du Non!, comme l'ont repété 
plusieurs savants, eut franchi ses limites et englouti cette 
capitale, œuvre de Pierre le Grand, la colonne Alexandrine, 
debout au milieu des Ilots et déliant les tempêtes, serait 
toujours là pour attester la gloire impérissable des souve- 
rains de la Russie. 




— 214 — 

C'était la une grande et poétique image qui frappa l'em- 
pereur, et il ordonna de la reproduire dans un tableau que 
le peintre russe Bruloff, qui était encore à Home, l'ut chargé 
de faire pour l'impératrice. 

En ce moment, les esprits étaient toul disposes à prévoir 
une catastrophe analogue à celle que Montferrand avait 
imaginée pour en faire le prétexte d'une Batterie ingé- 
nieuse. On ne s'entretenait que des cataclysmes terribles 
que pouvait amener une comète, dont l'apparition était 
attendue avec inquiétude par tout le monde, et qui avait 
d'avance répandu dans le peuple les plus ridicules frayeurs. 
Cette comète, suivant l'opinion de quelques savants, mena- 
çait de se rencontrer dans l'espace avec notre globe, qui 
courrait risque d'être brisé en éclats ou du moins de subir 
une épouvantable secousse. 

— J'ai bien envie de ne pas partir, dit l'empereur en 
plaisantant, avant de savoir à quoi m'en tenir sur le compte 
de cette vilaine comète. 

— Sire ! reprit l'impératrice au sortir d'une de ces rê- 
veries mélancoliques auxquelles sa pensée s'abandonnait 
souvent : on est naturellement superstitieux, quand on craint 
pour une personne chère. 

Nicolas partit, dans lanuitdu l L 2 septembre, accompagne 
seulement du général Benkendorff, chef des gendarmes, et 
de l'aide decamp général Adlerberg, chef de la chancellerie 
militaire de campagne. Il arriva, le 11, à Smolensk, où il 
employa plusieurs jours à passer des revues. 

Pendant sa résidence dans cette ville, qui ne parvenait 
pas à se relever de ses désastres de 1S12, il remarqua 
l'état de dégradation dans lequel se trouvait le monument 
élevé à la mémoire du colonel Engelhardt, qui périt, à celte 
époque, fusille par l'ennemi, pour avoir refuse le comman- 



— 215 — 
dément de Smolensk après la prise de cette ville par les 
Français. L'empereur donna ordre sur-le-champ d'ériger 
au brave Engelhardt un nouveau monument, plus digne de 
son patriotique dévouement, avec une inscription destinée 
à perpétuer le souvenir de ce beau trait d'héroïsme. 

— L'invasion de notre territoire, dit-il à l'aide de camp 
général Adlerberg, a produit nu si grand nombre degrandes 
et sublimes actions inspirées par l'amour de la patrie, que 
nous pouvons nous réjouir maintenant d'avoir eu l'occasion 
de donner aux étrangers une si haute idée de notre carac- 
tère national. Je me propose de faire élever un arc de 
triomphe en l'honneur des héros et des victimes de l'an 12. 
Nicolas n'exécuta jamais ce projet, auquel il revenait avec 
complaisance toutes les fois qu'il entendait parler de l'Arc 
de triomphe, qui était toujours en construction, depuis plus 
de vingt ans, à Paris, vis-à-vis de la barrière de l'Étoile, et 
que le roi Louis-Philippe se proposait de terminer en le 
dédiant aux gloires de l'armée française. Il avait adressé 
un jour, au baron de Bourgoing, cette question qui n'était 
pas dénuée d'allusion malicieuse : 

— Que veulent dire vos journaux, quand ils racontent les 
prouesses de l'unique ouvrier qui travaille a l'arc de triom- 
phe de l'Étoile? 

— .le ne sais pas trop, répliqua le ministre qui avait la 
répartie vive et mordante; mais le roi Louis-Philippe appar- 
tient, par la date de sa naissance, à une époque de notre 
histoire nationale, ou quatorze armées travaillaient aux 
fondements de cet arc de triomphe. 

L'empereur se rendit successivement a Kiell', à Pi il ta va 
et a Kharkoff. Partout il visita les établissements publics et 
inspecta les divers corps de troupes cantonnés dans les 
villes ou aux environs. Il recueillit partout les plus vifs 



— 216 — 
témoignages do l'amour des populations qui accouraient en 
foule pour jouir de sa vue et de sa présence. En revenant 
de Voronèje, il ne fit que s'arrêter vingt-quatre heures à 
Moscou, où il eut à peine le temps de recevoir les auto- 
rités, et il rentra, le 6 octobre, à Saint-Pétersbourg, entre 
deux et trois heures de l'après-midi. 

Il avait fait une partie de sa tournée d'inspection avec le 
grand-duc Michel, qui était, comme lui, passionné et infa- 
tigable pour tout ce qui concernait l'armée et le service 
militaire. A son retour, avant de quitter Moscou, il lui 
donna une marque d'estime personnelle, en le nommant chef 
du régiment des hussards de Narra et en décidant que ce 
régiment porterait à l'avenir le nom du grand-duc Michel. 
Ce n'est que six semaines plus tard qu'il offrit, comme sou- 
venir de ce voyage, au général Adlerberg, une tabatière 
en or, enrichie de diamants et ornée de son portrait. 



cxcrv 



Peu de jours après son arrivée à Saint-Pétersbourg, Nico- 
las signa, en date du 4/16 octobrel832, un ukase, qu'i avail 
pourobjetde restreindre autant que possible les exceptions à 
l'amnistie de novembre 1831, « afin.d'ensevelir plus promp- 
lement dans l'oubli, disait cet ukase, le souvenir des trou- 
bles qui, dans le courant de l'année dernière, ont agité 
les gouvernements de l'Ouest. « 

Toutes les dispositions de l'ukase de novembre 1831 
étaient maintenues en ce qui concernait la première caté- 
gorie de coupables, c'est-à-dire ceux qui avaient pris pari 
à la conspiration du 29 novembre 1830, et qui étaient par 
conséquent les véritables auteurs de la révolution, ou ceux 
qui avaient, cette nuit-la, envahi le palais du Belvédère, 
avec l'intention de commettre un attentat contre la personne 
du grand-duc Constantin. Les autorités locales étaient invi- 
tées à taire valoir les circonstances atténuantes qui pour- 
raient exister en faveur des criminels de la seconde caté- 
gorie, c'est-à-dire des nonces et des sénateurs qui avaienl 
prononcé en pleine Diète la déchéance de la famille Roma- 
noff au trône de Pologne, lue amnistie entière el sans re- 
serve était accordée à tous ceux qui, par la nature de leur 





- 218 — 

participation à la révolte, avaient été classés dans la troi- 
sième catégorie des coupables. 

La clémence impériale était acquise désormais à quicon- 
que aurait agi par l'entraînement de perfides suggestions 
plutôt que par une préméditation criminelle. 

Les commissions d'enquête, établies dans les gouverne- 
ments de l'Ouest, devaient donc cesser toute espèce de 
poursuites nouvelles contre les individus de la troisième 
catégorie. Quanl à ceux qui, après avoir participée la ré- 
voile, étaient passés sans autorisation a l'étranger, ils 
avaient renoncé, par ce seul l'ait, au bénéfice de l'amnistie, 
et leurs biens seraient confisqués immédiatement au profit 
de la couronne. 

Telle fut. la dernière mesure d'indulgence, au moyen de 
laquelle Nicolas eut l'espoir de ramener la Pologne à son 
état normal et de l'aire disparaître les traces encore si ré- 
centes de sa désastreuse révolution. 

.Mais l'émigration polonaise n'avait pas abdiqué : elle 
exerçait une influence considérable sur l'opinion publique 
dans tous les pays où elle avait trouvé un asile, des sym- 
pathies et des secours; elle continuait, pour ainsi dire, à l'é- 
tranger, la révolte de Pologne, et elle entretenait des rela- 
tions occultes avec ce malheureux pays qu'elle empêchait 
de se rasseoir et de renaître. 

La fameuse comète, qu'on attendait, comme une messa- 
gère de malheurs et d'événements graves, n'avait pas 
encore paru, mais l'esprit de parti ne s'était pas fait faute 
d'en tirer les plus sinistres présages contre le tzar et sa 
famille. Ce fut dans la nuit du 21 septembre que le célèbre 
professeur Struwe découvrit enfin, de son observatoire de 
Dorpat, cette petite comète, invisible a l'œil nu, qui offrait 
1 aspect d'une tache nébuleuse circulaire. Il se hâta de 






'■-':..- -.-v' œiaSfe» -■'-■, 



— 219 — 

porter cette nouvelle à la connaissance lin ministre de l'in- 
struction publique, lequel en fit part à l'empereur. 

Nicolas s'empressa de rassurer l'impératrice, en lui disant 
avec gaieté : 

— Voilà une comète qui devrait avoir honte d'avoir fait 
tant de bruit pour rien ! 

-Sire, s'écria le comte de Modène qui se trouvait là 
'"noue attache à la personne de l'impératrice, c'est une 
comète polonaise. 

Le mot eut beaucoup de succès a la cour, et on en fit com- 
ptent au comte de Modène, dont les spirituelles répar- 
ties témoignaient de son origine française. 

L'impératrice Alexandra lui ayant dit encore, a l'occa- 
sion de cette comète, qu'elle ne pouvait s'empècber de re- 
douter comme un signe de mauvais augure : 

-N'est-il pas reconnu que l'apparition d'une comète 
annonce toujours la mort d'un roi ou d'un grand de la 
terre ? 

— Oh ! Madame, celle-ci n'a rien a faire avec les souve- 
rains, reprit le comte de Modène qui avait la réputation 
de connaître l'astrologie et; les sciences divinatoires; elle 
est si petite et si terne, que je me trouverais peu honore, 
si c'était ma mort qu'elle annonçât, 

On se rappela cette plaisanterie qui ne manquait pas de 
finesse, lorsque le comte de .Modène vint à mourir, peu de 
mois après (23 mai 1833J. 

En dépit de la comète, qui fut visible au télescope pen- 
dant six semaines, l'impératrice accoucha heureusement 
d'un fils, au palais d'Hiver, le 25 octobre 1X32, et dans la 
soirée, le canon de la forteresse annonça aux habitants de 
la capitale cette bonne nouvelle. L'empereur, qui regardait 
I accroissement de sa famille déjà si nombreuse comme 



— 220 

une marque de bénédiction que la Providence donnait à 
son empire, invita ses sujets, par un manifeste daté du 
même jour, à unir leurs prières aux siennes pour le bon 
heur du jeune prince qui avait reçu en naissant le nom de 
Michel. Le lendemain, suivant l'usage de la famille impé- 
riale, le nouveau grand-duc Michel Nieolaïevitch fut nommé, 
par un ordre du jour de l'empereur, chef du régiment de 
grenadiers à cheval de la garde, et inscrit comme simple 
soldat dans le régiment des gardes Preobragensky, et dans 
l'artillerie à cheval de la garde. 

L'empereur avait choisi le jour de la fête de son frère 
.Michel, pour le baptême du jeune grand-duc, qui devait 
porterie même nom que son parrain. Le 20 novembre, la cé- 
rémonie eut lieu, avec une grande pompe, au palais d'Hiver. 
en présence d'un immense concours d'invités, les dames en 
costume russe, les hommes en habite de gala. Le cortège 
impérial se mit en marche, il onze heures du malin, pour 
se rendre a la chapelle; le nouveau-ne était porté par la 
princesse Dolgorouky, dame d'honneur de l'impératrice, 
remplaçant la princesse Wolkonsky, empêchée par le faible 
elat de sa santé. La cérémonie du baptême fut célébrée par 
le métropolitain de Novogorod et de Saint-Pétersbourg; 
les parrains étaient le roi de Prusse, représenté par son 
chargé d'affaires le général de Schœler, et le grand-duc 
Michel; les marraines, la grande-duchesse Olga, seconde 
fille de l'empereur, et la princesse d'Orange, qui, ab- 
sente, n'était pas même représentée par le ministre des 
Pays-Bas. 

L'empereur, en invitant sa sœur, la grande- duchesse 
Anne Pavlovna , à tenir sur les fonts le dernier fils de 
l'impératrice, semblait avoir voulu lui prouver qu'il pre- 
nait vivement part à la pénible position de la Hollande, 



' '"■-'■■-■- '■■ ; - ' 



— 221 

qui. menacée par les flottes de la France et de L'Angle- 
terre, osait encore résister aux injonctions réitérées de la 
conférence île Londres, dévouée aux intérêts de la Bel- 
gique avec une opiniâtre partialité. 

Le jour même où la princesse d'Orange figurait nomina- 
tivement comme marraine au baptême du grand-duc nou- 
veau-né, une armée française de soixante-dix mille hommes, 
sous les ordres du maréchal Gérard, arrivait sous les murs 
d'Anvers et commençait le siège de la citadelle, que la 
garnison hollandaise, sous les ordres du général Chassé, 
se disposait à défendre avec toute la persévérance que 
promettait la devise de son drapeau : Je maintiendrai. 

Après le baptême, le Te Deum fut chanté, au bruit d'une 
salve de trois cent un coups de canon, et pendant la messe 
qui suivit, l'empereur présenta lui-même son fils à la sainte 
communion et le décora des insignes de l'ordre de Saint- 
André, que lui présentait le chancelier, et des autres ordres 
impériaux et royaux de Russie. 

Nicolas data du jour du baptême un grand nombre de 
promotions dans l'armée et dans la Hotte; il éleva le feld- 
marechal Osten-Sacken à la dignité de prince, et à celle de 
comte les aides de camp généraux Alexandre Benkendorff 
et P. Golenischell'-Koutou/.otf; il conféra les insignes de 
l'ordre de Sainte-Anne de la première classe, ornés de la 
couronne impériale, aux vice-amiraux Krusenstern, Bel- 
lingshausen et Hamilton, au général-major Mœrder, pré- 
cepteur du grand-duc héritier, et à son médecin anglais, 
Lighton, qui avait été appelé à donner des soins à l'impé- 
ratrice. Nicolas avait écrit au prince de Varsovie, qu'il vou- 
lait, a l'occasion de la naissance de son dernier fils, suivre 
l'impulsion de son cœur paternel, en graciant quelques 
coupables : il comprenait donc dans l'amnistie une partie 



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de ceux qu'il en avait d'abord exceptés, c'est-à-dire les 

Polonais qui avaient essayé de raviver la révolution, dans 
la journée du 7 septembre 1831, après la soumission ga- 
rantie par la promesse de Krukowieeki; ceux qui plus 
tard avaient siégé dans la Diète de Zakroczyn et de Plock 
et qui avaient signé alors une proclamation séditieuse à 
l'armée polonaise, au lieu de se soumettre aux engagements 
de la capitulation de Varsovie. 

Les nouvelles que l'empereur recevait du royaume de 
Pologne n'étaient pointant pas aussi satisfaisantes qu'il au- 
rait du l'espérer: malgré la prudence et l'habileté du Con- 
seil d'administration, malgré l'esprit conciliateur du feld- 
maréchal Paskewitch, l'inquiétude et la défiance régnaient 
dans toutes les classes; le calme apparent du pays cachait 
une perturbation profonde, et aucune des plaies que la 
guerre avait faites au cœur du pays n'était encore cica- 
trisée. On avait tout à craindre pour l'avenir. 

Il n'en était pas de même des provinces du Caucase. On 
pouvait enfin se flatter d'avoir mis un ternie aux soulève- 
ments-continuels des montagnards. L'émotion en partie 
religieuse et en partie politique, causée par les prédications 
de quelques ambitieux qui se donnaient pour prophètes, ne 
devait pas survivre longtemps à ces intrigants qui avaient 
disparu. 

L'expédition générale et simultanée que le lieutenant- 
général Rosen avait dirigée contre toutes les peuplades 
rebelles, les fit rentrer dans le devoir et leur imprima une 
vive terreur; car Kazd-Moulla, qui se croyait en sûreté au 
milieu de ses Murides dans son fort de Himry, où il avait 
déjà plus d'une fois cherché un refuge, s'y trouva tout à 
coup environné par les troupes russes. La milice géorgienne, 
familiarisée avec la guerre de montagnes, pénétra dans 



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— 223 — 
la place par escalade, le 30 octobre 1832, au point du jour; 
Kazi-Moulla et ses principaux adhérents étaient tombés en 
combattant, percés de coups de baïonnette. Les anciens 
du village se présentèrent alors, tenant à la main des bran- 
ches d'olivier, devant le général Rosen, et firent leur sou- 
mission. Le général exigea des otages et frappa d'une 
contribution de guerre les tribus qui avaient pris part à la 
rébellion. De nouveaux postes russes avaient été créés 
pour tenir le pays en bride, et on avait tout lieu de penser 
que le sort de Kazi-Moulla et de ses partisans décourage- 
rait à l'avenir ceux qui seraient tentés de les imiter. 

L'empereur, par un ordre du jour du 1 9 novembre/ l Pr dé- 
cembre, témoigna sa satisfaction a tons les généraux et 
officiers du corps d'armée détaché du Caucase, qui avaient, 
dans la dernière expédition, concouru à l'anéantissement 
complet des bandes de Kazi-Moulla; il accorda, aux sous- 
officiers et soldats de cette expédition, une gratification 
d'un rouble d'argent par homme. Il avait déjà, par un 
rescrit du 16/28 novembre, accordé la croix de chevalier 
de Saint-Alexandre Newsky au lieutenant-général Veliami- 
noff, commandant les troupes échelonnées sur la ligne du 
Caucase, pour le récompenser des sages dispositions qu'il 
avait prises dans le but d'arrêter l'insurrection du Daghes- 
tan, durant l'expédition du général en chef. 

L'empereur, comprenant que les populations remuantes 
et fanatiques du Caucase avaient besoin de se sentir par- 
fois comprimées sous une main énergique, envoya les pou- 
voirs les plus étendus au général Rosen, entre autres celui 
d'agir avec pleine liberté d'initiative, et de prononcer 
en dernier ressort dans toutes les causes civiles et crimi- 
nelles. 

Durant les derniers mois de l'année 1835, l'empereur 















— -2"M 

pour la première fuis depuis le commencement dé son règne, 
avait eu à se préoccuper ,1e l'élel des finances. Dès le 
12 septembre, le ministre Cancrine, dans l'exposé annuel 
de la situation des établissements de crédit de l'Empire, 
n'avait pas dissimulé les déficits qui existaient dans les 
(•«....pies de l'exercice de 1831 ; il avait avouéque le dernier 
emprunt, contracté en Hollande, s'était fait dans des condi- 
lions moins avantageuses que les précédents, en disant que 
la baisse générale, qui affectait alors tons les fonds publics 
en Europe, avait exercé sur les fonds russes une fâcheuse 
influence. On avait pu, néanmoins, faire face à tous les ser- 
vices, au moyen des billets du Trésor, qui s'élevaient a 
30 millions de roubles et qui devaient être retirés succes- 
sivement de la circulation et détruits dans le cours d'une 
inii.ee. Ainsi, l'amortissement de cette dette avait com- 
mencé a s'effectuer, car vingl mille de ces billets, formant 
la somme de 5 millions de roubles, fuient brûlés publi- 
quement, le 12 septembre, en présence ,\u président et 
des membres du conseil des établissements de crédit. 

On négociait, à Amsterdam, un nouvel emprunt à cinq 
pour cent, lequel fut conclu au taux effectif de plus de 
92, valeur métallique, pour renforcer le fonds .le ré- 
serve du Trésor impérial. Un ukase du 18/30 octobre 
annonça l'émission de cet emprunt de 20 millions de rou- 
illes, qui fut très -favorablement accueilli sur toutes les 
places de l'Europe; ce qui prouva que les ressources finan- 
cières de la Russie n'avaient pas diminué, malgré les sa- 
crifices considérables que le gouvernement russe s'était 
imposés pour achever la guerre de Pologne, et pour réor- 
ganiser ses armées et ses flottes, en prévision d'une nouvelle 
guerre d'Orient. 

Cependant, le ministre des finances avait dû se préocuper 



— 225 — 
de certains symptômes inquiétants, qui accusaient un 
trouble réel dans les affaires commerciales; il avait, ré- 
clamé (24 juin/6 juillet) diverses modifications au règle- 
ment de la Banque de Saint-Pétersbourg, pour la garantir 
de pertes incalculables et puni- empêcher les particuliers de 
se jeter dans des entreprises qui seraient en trop grande 
disproportion avec leurs moyens; on avait dû fermer la 
banque de commerce d'Astrakan, après avoir vainement 
essayé de la soutenir au milieu des graves embarras qui 
avaient compromis les principales maisons de cette ville. 

Le commerce maritime de l'Empire n'avait pourtant pas 
cessé de prendre une importante extension, que favori- 
saient les traites conclus entre la Russie et les pays qui 
se trouvaient avoir avec elle les rapports les mieux établis 
en raison des sympathies, des intérêts et du voisinage. 

Ainsi, un nouveau traite, ou plutôt un acte additionnel 
aux traités existants entre la Russie et le Danemarck, avait 
été signé à Copenhague, le H octobre 1832, par l'intermé- 
diaire du baron Paul de Nicolaï, envoyé extraordinaire et 
ministre plénipotentiaire du tzar. L'objet de ce traite était 
de donner le plus d'activité possible a l'industrie, dans 
tout ce qui concernait le commerce et la navigation des 
deux Etats, en assurant surtout des facilités qui man- 
quaient encore aux relations commerciales du Danemarck 
avec la Finlande et la Gourlande, car ces dinw provinces 
n'appartenaient pas encore à l'Empire, lorsque la Russie 
avait contracté, en qualité de nation favorisée, les anciens 
traités qui réglaient son commerce d'importation et d'ex- 
portation avec le Danemarck, sur le pied d'uni' parfaite ré- 
ciprocité. 

L n autre traité, beaucoup plus a\ antageux, préparé depuis 
plusieurs mois, par les soins du comte de Nesselrode et de 
V1 15 



Jï'i 






— 220 — 
James Buchanan, envoyé extraordinaire et ministre pléni- 
potentiaire des Etats-Unis d'Amérique, mt enfin conclu dé- 
finitivement, a la date du 18 décembre 1832. L'empereur 
de Russie et le Gouvernement des États-Unis, « également 
animés du désir de maintenir les rapports de bonne intelli- 
gence qui onl si heureusement subsisté jusqu'ici entre leurs 
Etats respectifs, et d'en étendre et consolider les relations 
commerciales. » avaient réuni, dans ce traité soigneusement 
élaboré, tout ce qui pouvait assurer, entre les territoires 
des parties contractantes, « liberté et réciprocité de com- 
merce et de navigation. » Ce traite, qui devait rester en 
vigueur jusqu'au I er janvier 1839, l'ut la hase et la garantie 
des rapports de lionne amitié, que les deux Gouvernements 
entretinrent réciproquement depuis cette époque, et que 
leurs nationaux se tirent un devoir de seconder, par une 
estime et une affection mutuelles, malgré les variations 
inévitables de la balance du commerce. 

C'était la pénurie ou plutôt l'absence de numéraire, qui 
causait seule les embarras momentanés du commerce 
russe: l'énorme quantité d'or et d'argent que produisaient 
les mines en exploitation, disparaissait comme par enchan- 
tement, dès que les espèces monnayées tombaient dans la 
circulation. L'empereur, pour décourager les agioteurs 
et maintenir le niveau du numéraire utile au négoce, or- 
donna, par un ukase du 15/27 octobre 1X32, la création 
d'une nouvelle monnaie d'argent, ayant la valeur de 13 ko- 
peks et portant des inscriptions en langue russe et polo- 
naise ; cette monnaie était destinée surtout à faciliter les 
relations commerciales de la Russie avec la Pologne. 

Tout le commerce intérieur se faisait avec des assigna- 
tions de banque, et le numéraire métallique ne se montrait 
nulle part : on en était venu au point d'employer ces assi- 






— 227 — 
gnations au commerce extérieur, en dépil des lois formelles 
qui interdisaient la sortie des billets de banque hors de 
l'empire : une ancienne décision du conseil des ministres, 
sanctionnée par l'empereur, en date du 15/27 juillet 1830 
fui remise alors en vigueur, pour enjoindre aux capitaines 
de navires étrangers de se faire payer en or ou en argent, 
et de ne recevoir aucune assignation de banque, sous peine 
de confiscation. 

Ces mesures de sape prévoyance ne forcèrent pas le nu- 
méraire métallique a rester dans la circulation. Au reste, 
la spéculation ne souffrait que momentanément de cette ra- 
reté des espèces, et les affaires de commerce et d'industrie 
qui se traitaient a la Bourse de Saint-Pétersbourg el deMos- 
cou tendaient à se multiplier et à s'accroître de. jour en jour. 
Un nouveau règlement de la Bourse de Saint-Péters- 
bourg, approuvé par l'empereur a la date du 17 oc- 
tobre 1832, ne fui publie et exécutoire qu'à la lin de l'an- 
née. Ce règlement accordait la plus ample liberté' aux 
individus de diverses catégories, qui seuls avaient le droit 
de traiter a la Mouise toutes sortes d'affaires, d'après l'état 
et la guilde auxquels appartenait charnu d'eux. 

L'empereur avait lui-même réclamé une pénalité contre 
les inventeurs de fausses nouvelles, qui seraient passibles, 
pour la première lois, d'une amende de 500 roubles, et 
pour la seconde, de i.O(K) rouble., sans préjudice des dom- 
mages-intérêts que pourraient obtenir en justice ceux a qui 
ces fausses nouvelles auraient porte préjudice. Le produit 
de ces amendes, comme celui de (ouïes les autres résultant 
•le laits de bourse, devail être appliqué a distribuer des 
secours temporaires aux courtiers, crieurs et; notaires du 
port de Saint-Pétersbourg, à S és et hors de service. 
Au reste, le Gouvernement se trouvait d'accord avec le 



— 228 — 
sentiment j ublic, lorsqu'il prenait l'initiative d'une fonda- 
tion charitable; il ne faisait que tenir en éveil la bienfai- 
sance privée, qui était, en Russie, chez les personnes des 
classes élevées, l'expression matérielle, pour ainsi dire, 
d'une joie ou d'une douleur. 

Par exemple, Anatole Demidoff, gentilhomme de la 
chambre de l'empereur, ayant atteint l'âge de sa majorité, 
eut la généreuse pensée, pour honorer la mémoire de son 
père, de fonder, dans la capitale, un établissement destiné 
à procurer aux indigents les moyens de pourvoir à leurs 
besoins par leur travail, sans recourir à la mendicité. Il 
consacra une somme de 500,000 roubles à la création de 
cet établissement, qui porterait le nom d'Asile Demidoff, 
pour les indigents laborieux. 

Sur l'avis du comité des ministres, l'empereur approuva 
ce projet, et l'impératrice daigna prendre sous sa protection 
l'Asile Demidoff, qui fut installé presque immédiatement 
dans une vaste maison achetée à cet effet sur la Moïka. 

Cette belle fondation, restreinte par son objet même, avait 
pour but de subvenir à des misères cachées, dans les quar- 
tiers les plus pauvres de la capitale, en donnant du travail 
à quiconque voudrait gagner sa vie honnêtement. La men- 
dicité n'était pas absolument interdite à Saint-Pétersbourg, 
mais elle ne s'y montrait qu'à la dérobée, et les institu- 
tions charitables étaient si nombreuses, si riches, si bien or- 
ganisées, qu'on ne pouvait leur reprocher que de favoriser 
la paresse. 

L'empereur avait compris que c'était là le vice de l'au- 
mône, et il regardait comme nécessaire de multiplier les 
sources de travail plutôt encore que les établissements de 
bienfaisance. 

— Les Russes, disait-il au général Alexandre Benken- 



TflWl 



— 229 — 
dorff, sont tous plus ou moins enclins à la paresse; ils ai- 
mont l'oisiveté comme des Asiatiques, mais, en revanche, ils 
sont esclaves du devoir et capables de prodiges d'énergie, 
quand le service l'exige. Je me souviens de ce qu'il m'en 
a coûté pour consacrer tous les jours six ou huit heures an 
travail, et j'ai dû faire violence à ma nature ainsi qu'à mes 
goûts. Il le fallait, puisque je succédais à mon bienfaiteur 
et que j'avais accepte cette lourde lâche à remplir : je m'y 
suis fait maintenant, et j'exerce sans trop de fatigue mon 
métier d'empereur. 

Nicolas, satisfait des heureux résultats de son ukase du 
8/20 janvier 1830, par lequel il avait accordé aux paysans 
de la couronne le droit de solliciter la jouissance des com- 
munaux, voulut encourager le travail sous une autre forme 
en appelant des spéculateurs particuliers sur les terres 
libres de son Domaine, et en les invitant a \ fonder des 
établissements industriels. Par un ukase du 2/14 no- 
vembre 1832, il avait approuvé le règlement présente par 
le ministre des finances, pour le fermage des ferres libres 
et des bois de la couronne. Le but de ce règlement était de 
donner une nouvelle et puissante impulsion a l'industrie 
nationale, et d'offrir de meilleures garanties a l'emploi des 
capitaux consacrés à des entreprises d'une utilité' générale. 
Tout particulier de condition libre pouvait désormais 
prendre à bail, pour vingt-quatre ans, ou affermer a long 
terme, et même à perpétuité, moyennant certaines rede- 
vances, une portion de terres en friche ou de forêt de peu 
d'importance appartenant à la couronne, pour j organiser, 
soit des exploitations agronomiques, soit des établissements 
industriels. Il y avait différentes sortes de baux et de fer- 
mages, comme (les qualités différentes de bois et de terres 
à exploiter. 



— "230 — 

L'intention de L'empereur était de propage* sur son Do- 
maine les lionnes méthodes de culture, de développer les 
ressources du travail agricole et industriel, de recomman- 
der le défrichement des terres et l'exploitation des fo- 
rêts, de répandre de nouveaux centres d'activité sociale 
a travers les steppes, et d'augmenter naturellement la 
population, en retenant dans les campagnes un grand 
nombre d'habitants qui allaient chercher fortune dans 
les \illes, et surtout dans les deux capitales de l'em- 
pire. 

La population, d'ailleurs, diminuait ou restait station- 
naire dans les districts ruraux, tandis qu'elle s'augmentait 
sans cesse dans les chefs-lieux de gouvernement. Ce mou- 
vement ascensionnel de la population de Saint-Pétersbourg 
était constaté par le recensement qui avait lieu tous les 
mois avec un soin minutieux, quoique le chiffre proportion- 
nel de la mortalité fui beaucoup plus élevé dans la capi- 
tale que dans toute autre ville de l'empire; Saint-Péters- 
bourg, par exemple, n'ollVait presque jamais un seul 
centenaire sur le tableau des décès annuels, alors que le 
nombre des centenaires morts en Russie, chaque année, 
variait d'ordinaire entre onze cents et treize cents! 

Nicolas parcourait toujours avec intérêt cette minutieuse 
statistique de la mortalité' dans son empire. L'impératrice 
se trouvant là par hasard, au moment ou l'empereur exami- 
nait ces listes funèbres : 

— Cette année, lui dit-il, le seul diocèse de Kischenelfa 
compté parmi ses morts quatre-vingt-douze centenaires. 
C'est encourageant pour fout le monde; mais, ajouta-t-il 
tristement, les souverains, par bonheur, n'ont pas le privi- 
lège de vivre aussi longtemps. 

Nicolas avait décidé qu'un nouveau recensement gêné- 



m 



— "231 — 
rai, en vue d'une statistique complète de l'empire, aurait 
lieu dans le cours de l'année 1833. 

Au moment où finissait l'année 1832. Cancrine pouvait 
déjà mettre sous les yeux de l'empereur des renseigne- 
ments très-satisfaisants sur la situation du commerce et de 
l'industrie, nonobstant l'état de gêne qni accusait seule- 
ment la rareté des capitaux. 

Le mouvement des ports avait été plus actif que jamais : 
dans le port de Saint-Pétersbourg, l'exportation, dont la va- 
leur totale s'était élevée à 1 13,543,825 roubles, n'atteignait 
pas encore le chiffre de l'importation (156,976,657 rou- 
bles); mais les revenus de la douane dépassaient Ï8 mil- 
lions. Dans le port de Riga, au contraire, l'importation 
n'avait été que de 15,779,795 roubles, tandis que l'expor- 
tation offrait un total de i6, 1 13.038. 

Dans les ports de la mer Noire, les affaires avaient quin- 
tuplé, et le port d'Odessa surtoul concentrait le grand com- 
merce des grains des provinces méridionales, non sans s'in- 
quiéter de la rivalité redoutable crue lui créait le port 
de Braïlow, qui était devenu l'entrepôt commercial des 
principautés danubiennes. 

Les négociants d'Odessa adressèrent des réclamations au 
gouverneur général de la Crimée et à l'empereur lui-même, 
pour se plaindre de la concurrence que leur faisaient les 
marchands de la Valachie et de la Moldavie, protégés par 
l'administration du général Kisselelf. gouverneur et prési- 
dent plénipotentiaire des Principautés. Le général Kisseielf 
dut fournir alors des explications détaillées sur le dévelop- 
pement qu'il avait donné à la navigation du Danube et sur 
les destinées commerciales qu'il préparait à la \ il le de braï- 
low : l'empereur approuva non-seulement ce qui avait été- 
fait, mais encore il encouragea le général Kisselelf à pour- 



— 232 — 
suivre ses plans d'amélioration dans ces belles provinces 
que la Russie semblait ne vouloir occuper momentanément 
que pour les transformer et les régénérer. 

L'empereur Nicolas, adoptant les vues et les idées du 
sage réorganisateur des principautés danubiennes, tenait à 
honneur de montrer à l'Europe que le gouvernement russe 
n'était pas incapable d'exercer une influence civilisatrice sur 
les pays et les peuples soumis à sa domination. Il suivait 
donc avec le plus constant intérêt la marche de l'adminis- 
tration habile et généreuse du général KisselelT, qui était 
réellement le bienfaiteur des populations moldo-valaques. 



oxcv 



L'assemblée moldo-valaque des hauts dignitaires de l'É- 
glise, des députes de la noblesse, et des (Mus de la bour- 
geoisie, réunie pour la première fois à Jassy, en 1831, 
avait adressé d'unanimes remercîments au délégué pléni- 
potentiaire du tzar : « Quel autre plus que vous, lui disait 
alors cette assemblée, peut avoir le droit de se nommer fils 
de notre patrie, ou toutes les calamités ont disparu des 
(pie votre pied a touché son sol, où tout a été crée par vos 
mains, où tout ce qui était mort et inerte s'est ranimé à 
votre souffle ? » 

L'empereur éprouva une extrême satisfaction à lire un 
rapport sur la tournée d'inspection, que le général Kisseleff 
fit en Valachie, dans les derniers mois de 1832. 

Ce voyage fut un nouveau bienfait pour le pays. Le géné- 
ral parcourait des contrées où, trente mois auparavant, il 
n'avait rencontré que misère et désolation: il put se réjouir 
d'y trouver partout l'aisance, la paix et la sécurité. 

Il voulut tout voir et tout juger par lui-même; il visita 
les tribunaux, les écoles, les chancelleries, les prisons, les 
hôpitaux, les quarantaines; il recueillit partout des rensei- 
gnements précieux, qui devaient servir à de nouvelles amé- 



— 234 — 
liorations. Ainsi, il n'hésita pas à descendre dans les pro- 
fondes salines où travaillaient les condamnés aux travaux 
forcés; il fut douloureusement frappé de la condition déplo- 
rable de ces malheureux, et il écrivit sur-le-champ au Con- 
seil administratif, pour l'inviter à faire cesser ce régime in- 
humain : « C'est un acte de conscience et de religion , 
disait-il, cpie mes collègues me donneront le moyen d'exé- 
cuter, avant mon départ de ce pays, afin que je puisse le 
quitter le cœur léger et sans avoir à me reprocher une né- 
gligence que je ne saurais jamais me pardonner. » 

Le général Kisseleff emporta de cette tournée la douce 
conviction, que ses efforts avaient été couronnés de succès, 
et que la reconnaissance publique lui tenait compte de tout 
ce qu'il avait fait dans l'intérêt de tous. 

- Ce qui m'étonne le plus, dit l'empereur, qui avait ra- 
conté a l'impératrice les touchants épisodes du voyage en 
Valachie, c'est que Kisseleff, qui a reçu pendant ce voyage 
plus de deux mille pétitions, n'en ait pas signalé une seule 
qui renfermât des plaintes contre les employés du Gouver- 
nement, pour exactions ou autres abus de pouvoir. C'est af- 
faire à lui d'avoir résolu ce grand problème : la conduite 
irréprochable des fonctionnaires publics. 

On a supposé que plusieurs des réformes et des innova- 
tions, qui furent d'abord mises en pratique dans les Princi- 
pautés, se trouvèrent ensuite appliquées à la Russie sur 
une plus vaste échelle, lorsque Nicolas en eut pris la pen- 
sée dans les rapports du général Kisseleff. 

Par exemple, quelques-unes des dispositions de l'ukase 
du 22 décembre 1832/3 janvier 1833, qui avait pour objet 
de donner une féconde extension à l'industrie des villes, 
étaient imitées <* partie des mesures extraordinaires que le 
général Kisseleff avait cru devoir prendre, afin de reconsti- 



tuer la population urbaine, de repeupler les villes désertes 
et de les l'aire sortir de leurs ruines. Les règlements que le 
ministre des finances de Russie avait rédigés dans un but 
analogue, furent examinés par le Conseil de l'Empire et ap- 
prouvés par l'empereur. C'était un premier pas vers l'é- 
mancipation des paysans. 

Les serfs émancipés cl tous les hommes de condition 
libre, quel que fût d'ailleurs leur état, pouvaient, sans de- 
mander le consentement de la commune, s'inscrire dans la 
classe des bourgeois, en obtenanl pour deux ans une 
exemption de toute espèce d'impôt. Le même privilège était 
accordé aux enfants des individus jouissant de la noblesse 
personnelle, à ce\\\ des employés non parvenus au grade 
d'officier, ainsi qu'aux soldais et sous-officiers, ainsi qu'à 
leurs veuves cl à leurs filles majeures. Les paysans de la 
couronne, pour s'inscrire, soit dans la classe des marchands, 
soit dans celle des bourgeois, soit dans toute autre classe 
d'habitants des villes, n'avaienl plus besoin des certificats 
qu'on exigeait d'eux, en vertu de l'ukase du Sénat du 
24 octobre/5 novembre 1804 : il leur suffisait, à leur ré- 
ception dans une des classes d'habitants, de payer l'impôt 
d'une année et de fournir l'approbation de six notables de 
la ville. Les filles majeures et les veuves des paysans de la 
couronne auraient aussi le droil de s'établir dass les villes, 
les premières avec le consentement de leurs parents, les se- 
condes avec la permission de leur commune. Les personnes 
qui construiraient des maisons en pierre et en bois dans les 
villes et bourgs de la couronne, seraient, en raison de l'im- 
portance de l'immeuble, exemptées, pour un certain temps, 
de la servitude du logement militaire et du payement de 
diverses redevances. Les autorités locales étaient invitées à 
concéder gratuitement des terrains, dans les villes aux 



— 23P. — 
particuliers qui s'engageraient à y faire des constructions. 
Les villes pourraient aussi, moyennant une redevance an- 
nuelle, donner à bail perpétuel les terres qui leur appar- 
tiendraient, sous la condition de les diviser par lots de deux 
dessiatines au plus, en n'aliénant ainsi que le vingtième 
de toutes les terres appartenant à la ville. 

Ces règlements n'étaient pas applicables, bien entendu, 
aux deux capitales et à plusieurs grandes villes, où il sem- 
blait peu nécessaire d'accroître le nombre des habitants et 
de multiplier les constructions, du moins d'une manière hâ- 
tive et par des moyens factices. 

C'était bien différent dans les principautés danubiennes 
où les villes, à la suite de la guerre de Turquie, ne présen- 
taient que des décombres et conservaient à peine la moitié 
de leur population. Le général Kisseleff, à Jassy comme à 
Bukharest, à Braïlow comme à Giurgewo, avait donc été 
obligé de créer de nouvelles villes, avec de belles mai- 
sons, de larges rues et des places magnifiques, en excitant 
le patriotisme et l'émulation des citoyens par l'exécution 
simultanée de ces grands travaux d'embellissement et 
d'utilité publique. 

La Moldavie et la Valachie semblaient devenues, en 
quelque sorte, des provinces russes, et pourtant l'empereur 
Nicolas n'avait jamais eu l'intention de les retenir sous sa 
domination au delà du terme fixé par le traité d'Andri- 
nople, c'est-à-dire jusqu'en 1834. 

On recommençait néanmoins à suspecter la bonne foi du 
tzar, dans une nouvelle phase de la question d'Orient, qui 
se réveillait plus menaçante que jamais, sans qu'aucune 
des puissances européennes y eût aidé ou même y fût inter- 
venue de ses conseils ou de son influence. Les politiques 
des gazettes, de même que les hommes d'État des cabinets, 






— 237 — 
ne pouvaient s'imaginer que Nicolas voulût sincèrement 
être fidèle à son alliance avec le sultan, et que la Russie 
restât désintéressée et indifférente à la possession de Con- 
stantinople. 

Cependant, depuis qu'Ibrahim-Pacha s'avançait vers 
l'Asie Mineure, à la tète de son armée victorieuse, après la 
prise de Saint-Jean d'Acre et la conquête des principales 
villes de la Syrie, l'empereur de Russie s'était abstenu de 
toute intervention, si ce n'est qu'il avait protesté spontané- 
ment contre la rébellion du vice-roi d'Egypte, par le rappel 
immédiat du consul russe à Alexandrie. Il laissait même le 
champ libre aux négociations lentes et confuses qui se pour- 
suivaient, par l'entremise du chargé d'affaires de France, 
entre la Porte Ottomane et Méhémet-Ali, pendant que l'ar- 
mée égyptienne franchissait le Taurus et prenait position à 
Koniah, où fut livrée une grande bataille (21 décem- 
bre 1832), qui se termina par l'anéantissement de l'armée 
ottomane. 

Avant ce desastre, on savait qu'une (lotte russe venait 
d'être armée dans le port de Sébastopol, et qu'elle était 
prête à prendre la mer au premier signal. On disait aussi 
qu'un corps d'armée russe avait été rassemblé en Bessara- 
bie et se disposait à entrer en campagne, tandis que la belle 
armée des principautés danubiennes, organisée par le gé- 
néral Kisseleff avec les seules ressources du pays, était déjà 
en observation sur les bords du Danube. 

Nicolas avait prévu la situation critique dans laquelle se 
trouverait le sultan Mahmoud, si la révolte du pacha 
d'Egypte n'était pas réprimée par les armes; il n'ignorait 
pas qu'Ibrahim, interrogé au sujet de ses plans militaires, 
qui lui ouvraient la route en Asie Mineure, avait répondu 
avec orgueil : 



— -MX — 

— Tirai en avant, tant que je trouverai des populations 
musulmanes, tant que je serai compris en arabe. 

C'étail là une insulte indirecte qui s'adressait à la Russie 
elle-même, puisque le traité d'Andrinople lui avait concédé 
plusieurs provinces ou l'on parlai) la langue arabe aussi 
bien que la langue turque, et dont les habitants profes- 
saient l'islamisme. Mais le tzar n'avait pas à s'émouvoir 
«l'une fanfaronnade échappée à la vanité du général égyp- 
tien.; il ne se préoccupait que des dangers imminents qui 
entouraient son allié, le sultan Mahmoud, incapable de ré- 
sister aux flottes et aux armées de l'Egypte, et sourdement 
menacé dans Constantinople même par les complots des par- 
tisans de Méhémet-AIi, 

Nicolas gardait un souvenir de vive gratitude au mo- 
narque, qui, lors de l'insurrection de Pologne, était resté 
inaccessible aux insinuations des agents de la révolte po- 
lonaise, et avaitpréféré l'alliance du gouvernement russe 
aux promesses d'un gouvernement révolutionnaire. Dans 
le cours de décembre 1832, le ministre de Russie, Boute- 
nieff, avait été charge d'offrir, pour la seconde lois, au sul- 
tan, le secours d'une division de la Hotte russe de la mer 
Noire, si les événements de la guerre semblaient compro- 
mettre la sûreté de la capitale de l'Empire ottoman. 
Mahmoud n'accepta pas encore d'une manière définitive 
cette offre généreuse, mais il laissa pressentir qu'il l'accep- 
terait dans un cas urgent. Mahmoud comptait sur les bons 
offices de la France; il s'était aussi adresse avec confiance 
à l'Angleterre, pour lui demander de l'argent et des Nais- 
seaux; il ne semblait pas d'ailleurs éloigné de s'entendre 
avec son vassal rebelle, en se soumettant aux concessions 
onéreuses qu'il avait longtemps repoussées. 

Tout à coup, au moment ou la nouvelle de la sanglante 



— 239 — 
défaite des troupes turques à Koniah frappait de consterna- 
tion Mahmoud et ses ministres, on apprit l'arrivée d'un en- 
voyé extraordinaire de l'empereur de Russie à Constanfi- 
nople. Le général Mourawieff venait de nouveau offrir au 
sultan l'intervention immédiate du tzar; il avait ordre de 
se rendre ensuite à Alexandrie, pour sommer le vice-roi de 
retirer ses troupes et d'évacuer la Turquie d'Asie, dans le 
plus bref délai, sous peine de se trouver en guerre immé- 
diate avec la Russie, qui avait à sauvegarder ses possessions 
du Caucase. 

Mahmoud n'avait plus d'armée a opposer à la marche 
triomphante d'Ibrahim-Pacha, qui, dans ses proclamations 
aux vrais croyants, annonçait l'intention de ne s'arrêter 
qu'à Scutari, un, disait-il, les ulémas prononceraient entre 
lui et le sultan. Mahmoud écrivit donc, de sa main, à l'em- 
pereur, qu'il acceptait le secours de cinq vaisseaux et de 
sept frégates russes, et qu'il donnait, en outre, son assenti- 
ment à la démarche comminatoire du général Mourawieff 
auprès du vice-roi d'Egypte. 

Mais à peine la lettre fut-elle expédiée, .pie le divan 
voulut suspendre les conséquences graves de cette décision 
personnelle du grand-seigneur : il employa tous ses efforts 
pour arrêter le départ du général Mourawieff, qui ne pou- 
vait se dispenser d'obéir aux instructions de son Gouverne- 
ment, et qui se rendit, en effet, a Alexandrie, dans les pre- 
miers jours de janvier 1833. 

La Porte Ottomane, cédant aux pressantes admonitions 
du ministre de France, avait fait partir a la hâte, (jour 
Alexandrie, l'ancien capitan-pacha llalil, qui était autorisé 
à conclure la paix sur les bases que Méhémet-Ali avait lui- 
même fixées. La mission d'Halil-Pacha n'eut pas le succès 
qu'on en attendait, soit que les prétentions du vice-roi se 



— -240 — 
fussent élevées au niveau des victoires de ses armées, soit 
que les sommations menaçantes du représentant de la Rus- 
sie exerçassent plus d'influence sur l'esprit de Méhémet que 
les propositions pacifiques d'Halil-Pacha. Quoi qu'il en soit, 
ce dernier revint sans avoir signé la paix, et Mourawieff,' 
resté maître du terrain diplomatique, obtint du vice-roi, 
par voie de conciliation et d'entente réciproque, tout ce que 
celui-ci avait refusé aux sollicitations collectives de la 
France et de l'Angleterre. Méhémet signa, en présence de 
Mourawieff, un firman adressé à Ibrahim-Pacha, pour lui 
enjoindre de rester a son quartier-général de Koniah et de 
cesser les hostilités. 

L'empereur Nicolas avait reçu la lettre du sultan et 
s'était empressé de faire droit à la demande de son allié. 
Mais le divan et le reiss-eflendi n'avaient pas discontinué 
de tenir en suspens les arrangements définitifs auxquels 
devait donner lieu l'arrivée d'une escadre russe; ils espé- 
raient encore que l'envoi de cette escadre pourrait être 
ajourné, d'autant plus que le chargé d'affaires, de France 
s'était fait fort d'obtenir l'acquiescement de Méhémet-AIi 
et de son fils Ibrahim à une suspension d'armes. 

Ibrahim, accueilli comme un libérateur par les popula- 
tions musulmanes de la Turquie d'Asie, n'avait pas tenu 
compte des injonctions du ministre de France et s'était 
mis en marche dans la direction de Constat) tinoplé; cette 
capitale, à la nouvelle de son approche par la route de 
Brousse, commençait à s'agiter, en murmurant contre le 
sultan qu'on accusait de trahir la loi de Mahomet et d'in- 
cliner vers les mœurs et la religion des chrétiens. 11 ne 
fallait qu'un mouvement populaire pour détrôner Mahmoud 
et mettre à sa place Méhémet-AIi. 

Le 2 février, sur l'ordre du sultan, le reiss-effendi remit 



- U\ — 
enfin à M. de Boutenieff une note catégorique, par laquelle 
le gouvernement turc réclamait de la générosité de l'em- 
pereur de Russie l'envoi simultané d'une escadre avec quatre 
ou cinq nulle hommes de troupes de débarquement; et d'un 
corps de vingt-cinq à trente mille hommes, qui, des bords 
du Danube, marcherait a la défense de Constantinople. 

M. de Boutenieff, en l'absence du général Mourawieff, 
qui n'était pas encore revenu d'Alexandrie, se trouvait muni 
d'instructions et de pouvoirs éventuels, qui l'autorisaient 
a donner avis secrètement a l'amiral Greig, qu'il devait 
taire mettre a la voile l'escadre commandée par le contre- 
amiral Lazareff. La note i\u reiss-effendi tut envoyée par un 
courrier à Saint-Pétersbourg, mais elle ne pouvait y arri- 
ver que dans un délai de vingt a vingfrcinq jours, et l'on 
calculait avec anxiété, dans le conseil du grand-seigneur, 
que vràgtjours s'écouleraient encore avant que la Hotte russe 
fût en vue de Constantinople. 

Combien d'événements imprévus allaienl se produire pen- 
dant ce Ion» intervalle de temps! La flotte égyptienne était 
toujours sur les côtes de Syrie, mais elle pouvait, avec 
l'aide d'un bon vent, se rendre, en moins d'une semaine, 
du port de Saint-Jean d'Acre a l'entrée du détroit de la mer 
de Marmara, tandis que l'armée égyptienne, grossie par les 
renforts des peuplades de l'Asie Mineure et soutenue par le 
sentiment unanime de la population mahométane, arriverait 
en face de Constantinople, ou son apparition serait le signal 
inévitable de la chute de Mahmoud. 

Aussitôt après la remise de la note officielle au ministre 
de Russie, le reiss-effendi reçut du ministre de France des 
nouvelles plus rassurantes: [brahim-Pacha, sommé de s'ar- 
rêter dans sa marche sur Brousse, avait lait repondre au 
chargé d'affaires de France, que la nécessité de procurer des 

10 






— 2i"2 

subsistances à son armée l'avait forcé de sortir de Koniah, 
mais qu'il n'avait pas le projet de continuer les hostilités 
contre l'armée turque, qui n'existait plus. En même temps, 
le ministre de France faisait savoir au divan, que le roi 
Louis-Philippe, d'accord avec le gouvernement anglais, in- 
terposait sa médiation dans la querelle de la Porte avec son 
puissant vassal, et qu'il envoyait à Constantinople le vice- 
amiral baron Roussin, pour occuper le poste d'ambassa- 
deur de France, vacant depuis le rappel du général Guil- 
leminot. 

C'est alors que le chargé d'affaires de France fut instruit 
de la demande de secours, que le sultan avait fait adresser 
à l'empereur de Russie. Le chargé d'affaires effraya le reiss- 
effendi des conséquences que pourrait avoir cette démarche 
dangereuse, ou du moins intempestive ; il eut à ce sujet 
plusieurs conférences avec M. de Boutenieff, qui voulut at- 
tendre le retour du général Mourawieff, avant de prendre 
un parti, et qui garda le silence sur l'arrivée prochaine de 
l'escadre russe. 

Le b' février, le général Mourawieff revenait d'Alexandrie, 
annonçant que le vice-roi avait consenti à une sorte d'ar- 
mistice pour donner à la Porte le temps de lui accorder les 
conditions de paix qu'il demandait; le même jour, la Porte 
recevait avis qu'Ibrahim s'était arrêté à Kutahia: ici, 'c'était 
l'intervention de la France et de l'Angleterre, qui avait agi 
sur Ibrahim; là, c'était l'intervention russe qui avait exercé 
son influence sur Méhémet-Ali. 

Dès que le divan fut informé de l'inaction de l'armée 
égyptienne, par suite des démarches personnelles du chargé 
d'affaires de France, il parut s'inquiéter des complications 
qui pouvaient naître de la demande de secours adressée par 
le sultan à l'empereur de Russie. Ces dispositions nouvelles 



— -2W - 

de la politique ottomane se manifestèrent à la première con- 
férence 8 février), où le général Mourawieff rendit compte 
des heureux résultats de son voyage à Alexandrie. Là- 
dessus, le reiss-effendi consulta l'assemblée, pour savoir si, 
dans l'état actuel des choses devenu plus rassurant, il ne 
sérail, pas a propos de contremander les secours que la 
Porte avait réclamés de la Russie peu de jours auparavant, 
lorsqu'elle se croyail menacée d'un imminent danger. M. de 
Boutenieff répondit que le sultan étail seul juge de la 
question, car il avait écrit, d'e son propre mouvement, a 
l'empereur, pour réclamer ces secours : « Au reste, ajouta- 
l-il, la Hotte russe est en mer. a l'heure qu'il est. pour se 
rendre à Constant inople. » 

Cotte nouvelle jeta la consternation dans le divan, qui, 
(ont d'une voix, invita l'ambassadeur de Russie a faire 
ses efforts pour retarder, sinon pour contremander le dé- 
part ou l'arrivée de la Hotte russe. L'ambassadeur proposa 
lui-même d'envoyer un aviso turc au-devant de la (lotte, 
qu'on pourrait peut-être rencontrer en mer, et qui, dans ce 
cas. ne refuserait pas d'entrer dans le golfe de Bourgas 
pour s'y tenir a portée de secourir au besoin la capitale; 
mais il voulait avoir une demande formelle par écrit, au 
sujet du contre-ordre à donner à la Hotte. 

Le. reiss-effendi s'empressa de mettre aux ordres de la 
légation russe un bâtiment léger qui devait être envoyé 
avec des instructions au-devanl de l'escadre qu'on atten- 
dait dans un court délai; mais il ajourna de telle sorte la 
remise du mémorandum officiel exigé par M. de Boutenieff 
que celui-ci ne fit pas partir le paquebot qui aurait pu 
empêcher l'escadre de faire voile jusqu'à Consfantinople. 

Dans ce mémorandum daté (\u 17 février, les membres du 
divan, reconnaissant que la mission du général Mourawieff 




— 2ti — 
avait eu la plus favorable influence sur l'état de la question 
turco-égypticnne, s'empressaient d'attribuer ce résultat aux 
intentions salutaires manifestées, par l'empereur de Russie 
et de lui offrir, avec leurs plus vifs remercîments, l'ex- 
pression d'une profonde gratitude. Cependant la prudence 
conseillait de ne pas s'endormir dans une sécurité parfaite 
sur les actes de la partie adverse, et il fallait encore prévoir 
la reprise d'hostilités. On ne devait donc pas renoncer au se- 
cours offert au sultan par son généreux allié, et il était d'une 
saine politique d'adopter secrètement les moyens de tirer 
bon parti de ce secours, dans le cas d'absolue nécessité. En 
conséquence, la Hutte russe se tiendrait prête à appareiller, 
sans toutefois lever l'ancre ; un paquebot turc, stationnant 
a Bouyukdéré, devant la Légation de Russie, irait, au be- 
soin, provoquer le départ immédiat de la flotte. Quant au 
secours de terre demandé également par le sultan, il arri- 
verait en temps utile à sa destination, si l'aimée russe auxi- 
liaire, rassemblée en Bessarabie et clans les Principautés, 
se mettait en mouvement et s'avançait avec lenteur le long 
du Danube, en attendant un avis ultérieur pour entrer en 
Turquie. 

Dans sa réponse à ce mémorandum, l'ambassadeur s'em- 
pressa d'accueillir, au nom de son souverain, les témoi- 
gnages de gratitude el d'amitié, que le sultan le chargeait 
de transmettre à l'empereur. Il prit acte des modifications 
que le gouvernement turc jugeait convenable d'apporter à 
la demande de secours que le sultan avait faite spontané- 
ment, et il annonça qu'il se mettait en relation avec le 
général Kisseleff, pour l'envoi immédiat d'une armée russe 
sur les bords du Danube. Mais il ne dissimula pas que, 
malgré les instructions nouvelles qu'il enverrait le lende- 
main à l'amiral Greig, cet amiral avait reçu depuis dix ou ' 



— 9 A 



245 — 



douze jours des instructions contraires, et que l'escadre 
impénale, si elle avait mis à la voile sur-le-champ, pou- 
vait se montrer d'un moment à l'autre à l'entrée du Bos- 
phore. 

Cette réponse très-nette et très-ferme était à peine dans 
les mains du reiss-effendi, qu'on lui annonçait l'arrivée 
du nouvel ambassadeur de France, le vice-amiral Roussi,, 
La Situation était grave et ingénie; le divan flottait dans 
l'indécision. L'ambassadeur français, le lendemain même 
de son arrivée, insista pour obtenir du reiss-effendi une 
entrevue qui lui fut accordée sur-le-champ, malgré la so- 
lennité du Baïram et contrairement à tous les précédents 
diplomatiques. Dans cette entrevue, il invita, il força le 
reiss-effendi à expédier à Sébastopol un contre-ordre offi- 
ciel pour empêcher le départ de la Hotte, et il s'engagea, 
de la manière la plus explicite, à terminer seul la conclu- 
sion de la paix entre le sultan et Méhémet-Ali. 

Le divan délibérait encore, lorsque, dans la matinée ^ 
20 février, on signala l'approche de l'escadre russe, qui 
vint jeter l'ancre devant Boua ukdéré. 

Le jour même ou la flotte russe cuirait à pleines voiles 
dans la baie de Bouyukdéré, un aide de camp général du 
sultan, Mouchir-Ahmet-Pacha, se présenta de la part de Sa 
Hautesse chez l'ambassadeur de Russie, qui se trouvait à 
l'hôtel de la légation, et lui exprima chaleureusement la 
reconnaissance de son souverain pour la preuve éclatante 
de sollicitude et d'intérêt que le tzar venait de donner a 
l'Empire ottoman. 

Le lendemain, le séraskier Ehosrew T Pacha vinl a son tour 
renouveler cette visite officielle, au nom du sultan, et il 
voulut aussi rendre v isi t( , au contre-amiral Lazareff, qui le 
reçut a bord avec tous les honneurs dus à son rang. Le 



1 



■ 



— 246 - 
séraskier annonça au contre-amiral, que le sultan daigne- 
rait sous peu de jours l'admettre à une audience particu- 
lière. Il manifesta le désir, en sa qualité d'ancien grand 
amiral, de visiter le vaisseau-amiral dans toutes ses par- 
ties, et il témoigna son admiration pour l'ordre et la bril- 
lante tenue de la marine russe. Son départ fut salué par 
une salve d'artillerie. 

L'apparition de l'escadre dans les eaux du Bosphore 
avait produit le meilleur effet à Constantinople. L'agitation 
sourde et croissante, qui régnait dans cette ville par suite 
du soulèvement de la Bosnie et des manifestations hostiles 
de la Servie, s'était calmée aussitôt, et l'on cessait d'ap- 
préhender la marche des Égyptiens sur Scutari. 

Mais l'ambassadeur de France travaillait avec ardeur à 
contre-balancer, par toutes les voies diplomatiques, l'action 
prépondérante que la présence de l'escadre russe exerçait 
sur le divan et sur le sultan lui-même. Il n'eut pas de 
repos, que le divan ne fit consentir M. de Boutenieff à l'é- 
loignement de l'escadre, sous prétexte que la vue d'un 
pavillon étranger causait une inquiétude réelle à la popu- 
lation de Constantinople. La station de cette escadre devait 
être établie à Sizopoli, dans l'attente des événements; 
mais les vaisseaux russes, en dépit de cette convention mo- 
tivée par le changement favorable de la situation politique, 
restèrent, pendant quinze jours, mouillés à Bouyukdéré. 

Le confident intime du sultan, Mouchir-Ahmet-Pacha, et 
le séraskier, dans leurs visites à l'ambassadeur de Russie, 
lui avaient répété formellement que leur auguste maître 
« tout en espérant que les affaires d'Egypte se termineraient 
pacifiquement et sans complication nouvelle, n'en persistait 
pas moins, dans tous les cas, à compter sur le généreux 
appui du tzar. » Mais l'ambassadeur de France ne faisait 



-.Jtf-1.- 



— 247 — 
qu'exécuter ses instructions, que le gouvernement anglais 
avait approuvées, en s'efforçant d'écarter la médiation russe 
et de prendre seul en main l'arrangement du différend de 
Mahmoud avec son puissant vassal. 

Celui-ci, loin de vouloir signer le traité qu'il avait lui- 
même imposé à la Porte Ottomane, introduisait dans ce 
traité des conditions exorbitantes que le sultan ne voulait 
pas et ne pouvait accepter. [brahim-Pacha s'était mis en 
contradiction manifeste avec les promesses de son père au 
général Mourawieff; il étendait sans bruil ses opérations 
militaires, destituait les autorités ottomanes de Smyrne, 
s'emparait des Ailles de Magnésie et de Balikoser, et se 
disposait évidemment à faire une pointe sur le Bosphore, 
dans le but de provoquer un soulèvement à Constantinople. 
L'empereur Nicolas était averti, au jour le jour, de ce 
qui se passait au quartier-général d'Ibrahim-Pacha: il jugea 
que le sultan, qu'on endormait dans une imprudente sécu- 
rité, pourrait se réveiller tout a coup assiégé dans sa capi- 
tale par terre et par mer. Tl envoya donc au gouverneur 
général de la Nouvelle-Russie l'ordre de taire partir 
immédiatement l'expédition préparée à Odessa, avec les 
troupes de débarquement. Celle expédition devait mettre à 
la voile dans les derniers jours de mars, .sous le convoi 
d'une division de la Hotte commandée par le contre-amiral 
Coumani, tandis que le corps d'armée, réuni dans les Prin- 
cipautés sous les ordres du général Kisselelf, commençait 
à s'échelonner sur le Danube. 

L'empereur ordonnait, en même temps, à son ministre à 
Constantinople, de déclarer formellement au divan : « que 
l'escadre et les troupes russes envoyées au secours dusultan 
d'après la demande expresse de ce souverain, avaient ordre 
de rester dans la position qu'elles occuperaient, jusqu'au 



- 248 — 
moment où Ibrahim-Pacha aurait évacué l'Asie Mineure en 
repassanl le monl Taurus, ettanl que le vice-roi d'Egypte 
n'aurait pas souscril aux conditions d'accommodement pro- 
posées par la Porte Ottomane. » 






CXCV] 



On avait lieu do s'étonner que l'empereur Nicolas, mai- 
gre sa prudence éprouvée, se jetât dans les aventures 
d'une nouvelle guerre en Orient, qui pouvait, selon toutes 
les apparences, mettre en l'ace de lui les forces de l'An- 
gleterre et de la France; mais il ne s'était pas arrêté un 
instant à cette considération, et comme il le dit plusieurs 
Ibis à ses ministres, à Ncsselrode, qui lui signalait le dan- 
ger, d'un embrasement européen; à Cancrine, qui lui ob- 
jectait la question de finances; à Tchernyeheff, qui deman- 
dait encore quelques mois pour achever la réorganisation 
de l'armée, il ne voulait pas taire un pas en arrière dans 
la route que lui avaient tracée son devoir et son honneur 
de souverain. 

— J'ai un million de soldats, s'ccriait-il avec une cha- 
leureuse confiance; il me suffirait de commander, pour en 
avoir un second million, et si je priais, j'en aurais un troi- 
sième. 

La situation politique était donc très-tendue et très-diffi- 
cile. Le chargé d'affaires de la Grande-Bretagne, qui, en 
l'absence de l'ambassadeur, n'avait presque aucune action 
auprès du cabinet de Saint-Pétersbourg, se décida enfin à 
faire partir un secrétaire d'ambassade, pour réclamer des 



— 250 — 

instructions précises de son Gouvernement. Ce secrétaire 
d'ambassade était un jeune lord, pou,' qui l'empereur avait 
toujours eu beaucoup de sympathie et de bienveillance • 
l'empereur exprima le désir de le voir avant son départ; 
la réception fut cordiale, comme à l'ordinaire. 

Tout à coup, Nicolas, dont le visage s'était rembruni, 
lui demanda, d'un ton brusque, combien il avait de bou- 
tons à son uniforme. 

— Neuf, répondit l'Anglais, stupéfait de cette étrange 
question. 

— Neuf? répliqua gravement l'empereur. Eh bien' 
dites de ma part à votre souverain, que j'ai sous les armes 
plus de neuf cent mille soldats, et que je puis en avoir deux 
fois autant, si cela était nécessaire. Rappelez-vous cette 
leçon de mnémonique. 

Pendant que Nicolas avait l'esprit absorbé par de graves 
préoccupations de politique internationale, il ne négligeait 
pas les détails les plus infimes de l'administration publique 
dans ses États. 

Ainsi, curieux de tout ce qui pouvait augmenter le bien- 
être de ses sujets, il avait provoqué la création d'une petite 
poste à Saint-Pétersbourg, analogue au mode de distribu- 
tion des lettres et des imprimés, en usage dans la plupart 
des capitales de l'Europe. Il n'y eut d'abord que quarante- 
neuf boutiques ou bureaux dans l'intérieur de la ville et 
des faubourgs; le prix de chaque lettre, sans distinction de 
poids ni de lieu de destination, devait être de 20 kopeks 
(environ cinq sous de notre monnaie), et ce prix se payait 
d'avance, au moment de la remise des lettres dans la boite. 
Cette institution nouvelle, qui allait rendre de grands services 
aux relations sociales, fonctionna régulièrement, aussitôt 
que l'empereur eut approuvé le règlement présenté par la 



— 251 — 
direction des postes, qui ne promettait d'abord que trois 
levées et trois distributions par jour. Une si heureuse inno- 
vation fut accueillie comme un bienfait immense par toutes 
les classes de la population urbaine. 

Le manifeste de l'empereur, en date du 31 janvier (12 fé- 
vrier, nouv. st.) 1833, annonçant la publication du Code 
des lois, qui ne devait être en vigueur que deux ans plus 
tard (1713 janvier 1835), ne produisit peut-être pas plus 
d'impression et plus de satisfaction que l'établissement de 
la petite poste de Saint-Pétersbourg 

Voici donc quel était l'exposé de ce remarquable mani- 
feste : 

« Ayant reconnu, dès notre avènement au trône, disait 
l'empereur, l'indispensable nécessité d'introduire de la 
clarté et un ordre systématique dans les lois de notre pa- 
trie, Nous avions prescrit, avant (ont, de les rassembler 
et d'en publier la collection complète, et Nous avions 
énoncé Notre volonté, qu'A fût ensuite tiré de ce recueil 
toutes les lois actuellement en vigueur dans Notre empire, 
pour être réunies en un corps de lois, uniforme et régu- 
lier, sans rien changer à leur esprit, en suivant ponctuel- 
lement, pour ce travail, les bases tracées, dès l'an 1700, 
par Pierre le Grand. 

« L'exécution de la première partie de ce plan a été 
achevée en 1830. 

« Maintenant, avec l'aide du Tout-Puissant, après sept 
années de travaux assidus, exécutés sous Notre direction 
personnelle, l'accomplissement de la seconde partie vient 
de se terminer. Depuis le Code de 1649, jusqu'au l er /13 jan- 
vier 1832. toutes les lois, émanées de l'autorité impériale 
dans cette période de cent quatre-vingt-trois ans et qui, à 



— 252 — 
travers les changements amenés par le temps, ont conserve 
jusqu'à nos jours leur force et leur action, ont été réunies, 
suivant la nature des matières auxquelles elles se rappor- 
taient; on en a élagué toutes les dispositions abrogées par 
les lois subséquentes, et à l'exception des règlements con- 
cernant les armées de terre et de mer, et de quelques 
autres, toutes ces lois ont été coordonnées en un système 
uniforme, groupées en un seul tout, réparties en Codes, sui- 
vant les principales divisions des affaires administratives et 
judiciaires. Toutes les dispositions réglementaires promul- 
guées depuis le 1" janvier (13, nouv. st.) 1832, ou dont la 
marche ordinaire de la législation amènera la promulgation 
dans l'avenir, seront annuellement rassemblées en un sup- 
plément aux Codes des lois, d'après l'ordre de ces mêmes 
Codes et avec des renvois à leurs articles, de sorte que le 
système général des lois, une fois arrêté, conservera toute 
son intégrité et son unité. 

« Les besoins les plus pressants, les plus essentiels de 
l'Empire, la justice et l'ordre dans l'administration, exi- 
geaient impérieusement cette mesure. Elle garantit la force 
et l'action des lois pour le présent et établit une base solide 
pour le perfectionnement. Elle remplit enfin les désirs dont. 
Nos ancêtres ont été animés pendant une période presque 
non interrompue de cent vingt-six ans. » 



Cecorpsdes loisrusses, entièrement rédigé sous les yeux de 
l'empereur par le docte secrétaire d'État, Michel Spéransky, 
et son jeune collaborateur, Modeste de Kortf, formait huit 
Codes distincts, accompagnés de sommaires analytiques, de 
tables chronologiques et d'une table générale des matières. 
Le premier Code renfermait les règlements organiques des 
corps constitués de l'Empire; le second était le Code «les 



— 283 — 
prestations en nature ; le troisième, Code de l'administration 
des finances, comprenait le règlement sur les impôts, les 
droits sur les boissons et le droit d'accise, les règlements 
pour les douanes, monnaies, mines, salines, etc.; le qua- 
trième, Code de l'état des personnes, réunissait, au règlement 
sur les droits de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie, 
les règlements pour les actes de l'état civil et pour le re- 
censement; le cinquième, intitulé Code civil et cadastre, em- 
brassait les lois civiles, divisées en deux parties : 1° celles 
qui règlent les relations et les droits de famille, concernant 
le mariage, la puissance paternelle, la tutelle, la curatelle, 
la possession des biens meubles et immeubles, les obliga- 
tions, les contrats, les fermages et les hypothèques, avec 
la procédure civile; 2° les lois qui concernent la délimita- 
tion des propriétés territoriales. Le sixième Code, celui de 
Véconomie politique, renfermait les règlements relatifs aux 
institutions de crédit, au commerce, à l'industrie, aux ma- 
nufactures, usines, fabriques et métiers, aux voies de com- 
munication, aux édifices et constructions, aux secours con- 
tre les incendies, à l'administration des villes et des bourgs, 
ainsi qu'à celle des domaines de la couronne et des colo- 
nies étrangères; l'instruction publique figurait comme an- 
nexe dans ce sixième Gode. Le septième, celui de la police, 
traitait des règlements de police intérieure, qui regardent 
le maintien de l'ordre public, la surveillance générale, la 
quarantaine, la prévention et la suppression des délits, les 
passe-ports, les vagabonds, les prisonniers et les exilés. 
Enfin, le huitième Code, consacré aux lois pénales, pré- 
sentait la définition des crimes et délits, l'application des 
peines et le règlement sur l'instruction criminelle. 

Chacun de ces Codes avait été communique en manuscrit 
aux autorités chargées de l'exécution des lois qui s'y trou- 






— -254 — 

vaient coordonnées; ces autorités avaient dû examiner et 
approuver l'immense travail de Spéransky. Une commission 
spéciale de sénateurs, de procureurs et de secrétaires du 
Sénat, et d'illustres jurisconsultes, a\ail révisé le Code 
civil et le Code criminel. 

Tous ces Codes, après avoir reçu la sanction de l'empe- 
reur, furent imprimés dans l'espace d'une année, et les 
quinze, volumes grand in-8°, dont ils se composaient, pas- 
sèrent immédiatement dans les mains des autorités civiles 
et judiciaires, qui auraient ainsi deux années pour se fami- 
liariser avec la lettre et l'esprit de ces Codes, avant l'é- 
poque où la nouvelle législation serait mise en vigueur par 
tout l'empire. 

Les législateurs des autres États de l'Europe avaient tiré 
des lois romaines leurs Codes, en les appropriant aux usages 
et aux mœurs modernes. Pour rédiger les Codes russes, il 
avait fallu puiser tout aux sources nationales, en s'appinant 
sur les coutumes, la tradition et l'expérience. Aussi, un 
savant légiste, qui rendit compte, dans l' Abeille du Nord, de 
la compilation du corps des lois, put-il dire avec raison et 
justice : « Terminons ces réflexions par le mot de Pierre le 
Grand, gravé sur l'obélisque qui fut élevé après l'achève- 
ment du port de Gronstadt, dont les constructions avaient, 
présenté de si puissants obstacles : A l'œuvre on reconnaît le 
travail qu'elle a coulé. » 

Cette œuvre gigantesque, réclamée, attendue depuis si 
longtemps, ne put être menée à bonne fin, que grâce à la 
persévérante sollicitude du monarque, qui tenait a honneur 
de rassembler dans le corps des lois russes les plus beaux 
titres de gloire de la famille Romanoff, et qui se félicita 
d'avoir élevé de la sorte le monument le plus solide et le 
plus magnifique de son règne. 



— 255 — 
Nicolas voulait que l'Empire russe ne restât inférieur, à 
aucun égard, vis-a-vis des autres États européens; ce fut' là 
le motif qui l'avait déterminé à provoquer la réorganisation 
complète, de son armée, laquelle était encore à peu près ce 
qu'elle avait été sous le règne de Catherine II. 

Cette réorganisation, qui avail emprunt!' ses meilleures 
innovations a l'organisme des armées de la France, de la 
Prusse et de l'Autriche, fut inaugurée par les règlements 
que l'empereur confirma le !) février et le 2 avril 1832. 
^ Voici quelles étaient les principales dispositions de ces 
règlements. L'armée de terre se composerait, à l'avenir, de 
sept corps designés par des numéros d'ordre, de la garde 
impériale, n'ayant pas ,1e numéro, et des corps détachés de 
la Finlande, du Caucase, de la Sibérie et d'Orenbourg, qui 
n'auraient pas non plus de numéros d'ordre. Les sept Corps 
portant numéro seraient formés chacun de trois divisions 
d'infanterie, d'une division' de cavalerie légère, de deux 
bataillons de sapeurs et d'un bataillon de pionniers; ce qui 
ferait pour chaque corps un total de cinquante bataillons 
d'infanterie, de trente-deux escadrons de cavalerie et de 
cent quarante-quatre pièces de canon; car la division d'in- 
fanterie comprendrait une brigade ou quatre régiments, avec 
cinq batteries de campagne, chacune de huit pièces d'artil- 
lerie; la division de cavalerie, également une brigade ou 
deux régiments, avec trois batteries d'artillerie a cheval. 
Dans les nouveaux cadres, chaque régiment d'infanterie 
serait composé de quatre bataillons en activité et de deux 
bataillons de reserve : les premiers, de mille hommes cha- 
cun, devaient être constamment tenus au complet; les se- 
conds, en temps de paix, n'auraient que quatre cents 
hommes sous les armes, mais ils occuperaient des canton- 
nements fixes sur différents points de l'empire, pour qu'il 



— 28e — 
fût plus facile, au besoin, de les porter promptement an 
môme effectif que les bataillons en activité. 

Quant à la cavalerie, chaque régiment en activité com- 
prendrait huit escadrons de deux cents hommes chacun ; 
l'escadron, dans les régiments de réserve, n'aurait que la 
moitié de ce nombre. 

La création de ces régiments de réserve, infanterie et 
cavalerie, cantonnés dans tous les gouvernements, allait 
fournir un principe de force et de vitalité pour l'armée. On 
n'enverrait plus dorénavant les conscrits aux extrémités de 
la Russie, où Ton ne pouvait jamais s'assurer de l'époque 
exacte de leur arrivée, ni de leur nombre précis; chaque 
gouvernement, dans lequel ces conscrits seraient recrutés, 
les verserait directement dans le bataillon de réserve le 
pins voisin composant la garnison d'une ville ou d'une for- 
teresse. Là, les conscrits recevraient une instruction mili- 
taire complète, avant de passer aux bataillons d'activité. 
Ces bataillons de réserve deviendraient ainsi autant de pépi- 
nières déjeunes soldats, moins considérables que ne l'étaient 
les colonies militaires, mais plus multipliées, plus rappro- 
chées les unes des autres, exigeant beaucoup moins de 
dépenses et rendant beaucoup plus de services. 

Aux sept corps d'armée, la garde impériale ajoutait 
un effectif de quarante à cinquante mille hommes de troupes 
d'élite, réparties en trois corps de cavalerie, chacun de 
deux divisions, chaque division de soixante escadrons avec 
quarante-huit pièces d'artillerie à cheval. 

Les corps détachés pouvaient s'augmentera volonté, selon 
les nécessités du pays, et se recruter autant que possible 
parmi les populations indigènes; ainsi, le corps du Caucase 
avait déjà plus de quatre-vingt mille hommes, et ce chiffre 
ne pouvait tarder à être accru d'un tiers; le corps de .Fin- 






— 257 — 
lande n'avait que dix mille hommes; ceux d'Orenbourg et 
de Sibérie étaient chacun de la même force 

D'après ces calculs, l'armée active se composerait ordinai- 
rement d'un effectif de cinq cent mille hommes, avec douze 
cents pièces d'artillerie, non compris -les corps détachés, 
les baladions de reserve, les Cosaques et les invalides 

Ces derniers, par exemple, disséminés dans l'intérieur de 
1 empire, ne représentaient pas moins de cent mille hommes 
de tontes armes, groupés eu dix cercles territoriaux et 
ayant leur quartier-général à Saint-Pétersbourg. Il y avait 
en outre, trois quartiers-généraux pour l'armée proprement^ 
dite, a Saint-Pétersbourg, à Varsovie et a Kieff 

Cette armée, en cas de guerre, pouvait, par le seul fait 
de la rmsc au complet de ses cadres, être portée a un effectif 
de plus d'un million d'hommes. Un document émané de la 
chancellerie russe a constate, vers cette époque, comment 
se trouvaient alors réparties les forces militaires de la 
Russie : infanterie, y compris les bataillons de réserve et les 
invalides, six cent soixante-treize mille trois cent soixante- 
douze hommes; cavalerie, y compris les Cosaques, cent 
dix-neuf mille cinq cent quarante-six; troupes d'artillerie 
de campagne et de garnison, trente-neuf nulle six cent 
trente-sept; troupes de génie, y compris les ouvriers, dix- 
neuf nulle cinquante et un; gendarmerie, trois mille six 
cent soixante-quinze; train des équipages, treize mille- 
total : huit cent soixante et un nulle deux cent quatre-vingt- 
un hommes. 

Mais les cadres n'étaient pas remplis, et, au moment même 
de la réorganisation, un ukase, en date du i>7 avril 1833 
ordonna de procéder a la levée des recrues, que certains 
gouvernements avaient encore a livrer sur le dernier recru- 
tement; en outre, une nouvelle levée devait avoir lieu dans 

Vf 

17 






— 288 — 



les gouvernements les plus rapprochés des lieux de can- 

lonneineiil on il sérail argent de mettre en meilleur étal les 
bataillons de réserve. 

En même temps, l'empereur fit un grand nombre de no- 
minations et de promotions, en changeant presque tous 
les noms des eorps et des divisions, de manière à rendre 
ces noms analogues a la réorganisation générale. Le feld- 
maréchal Paskewitch fut nommé inspecteur général de 
toute l'infanterie, sans préjudice de ses autres titres et 
fonctions; l'aide de camp général, comte Wassiltchikoff, 
inspecteur général de toute la cavalerie; mais l'empereur 
ne se pressa pas d'appeler île nouveaux généraux au com- 
mandement en chef des sept corps d'infanterie et des trois 
corps de cavalerie; il ne nomma, d'abord, que les com- 
mandants de brigades et de divisions, ainsi que les com- 
mandants des trois corps de cavalerie de reserve de la 
garde. 

Ce lut donc une transformation complète du système 
militaire, des cadres et des dénominations réglementaires 
de l'armée, des grades et îles uniformes des chefs et des 
soldats. 

Un pouvait pressentir que l'empereur n'avait pas mis 
à exécution ce plan immense, longuement médité et pré- 
paré, sans avoir l'intention de se tenir prêt à tout évé- 
nement, en des circonstances où les Etats occidentaux de 
l'Europe axaient peut-être trop oublié la juste part de pré- 
pondérance que la Russie avait le droit de réclamer dans 
toutes les grandes questions de politique internationale. 



CXCVJI 



Les nouvelles qui vinrent de Turquie, à la lin d'avril 1833, 
annonçaient que l'intervention russe, dans les affaires d'O- 
rient, avait pris un caractère tout a fait décisif. 

La seconde division de la flotte de la mer Noire, com- 
mandée par le contre-amiral Coumani, était arrivée dans 
le Bosphore, le 5 avril, avec les troupes destinées a con- 
couru- a la défense de Constantinople. Cette escadre, qu'on 
n'attendait pas, avait ete accueillie avec joie par le sultan 
et les membres de son gouvernement, car leur situation 
devenait de jour en jour plus critique et plus menacée. 

Ibrahim-Pacha avait reçu les instructions les plus catégo- 
riques de son père, qui lui ordonnait, malgré les démarches 
actives et incessantes de l'Angleterre et de l'Autriche a 
Alexandrie, d'imposer a la Porte Ottomane des conditions 
inacceptables, et de se porter en avant avec toutes ses 
forces. L'ambassadeur de France, en apprenanl la rupture 
des négociations, avait dépêche son aide de c; mp à Ibra- 
him, et le divan, sur les instances de l'amiral Roussi,,, 
avait consenti à l'aire suivre l'envoyé français par le pre - 






— 260 — 
mier secrétaire des affaires étrangères de Turquie, avec de 
nouvelles propositions d'arrangement. 

Le débarquement des troupes russes s'effectua sans re- 
tard : elles occupèrent la position qui leur fut assignée sur 
la côte asiatique, vis-à-vis de Bouv nkderé et de Thérapia. 
Aussitôt après le débarquement, le sultan se rendit à son 
palais de plaisance de Thérapia, et fit avertir le général 
Mourawieff et les amiraux Lazaret!' et Coumani, qu'il les re- 
cevrait avec les officiers supérieurs des troupes de terre. 

Dans le cours de cette audience, Mahmoud ne se lassa 
pas d'exprimer la vive satisfaction que lui causait l'arrivée 
des troupes russes, et la profonde reconnaissance qu'il 
devait à l'empereur de Russie; il voyait bien, dit-il, que 
Halil-Pacha, au retour de sa mission à Saint-Pétersbourg, 
ne l'avait pas trompé en lui disant qu'il pouvait compter sur 
la loyale amitié de son auguste allié. Il pria ensuite le gé- 
néral Mourawieff de ne pas se faire faute de s'adresser di- 
rectement à lui pour tout ce qui pourrait concerner le bien- 
être du corps expéditionnaire. 

La présence de ces troupes sur la côte d'Asie avait eu 
sur l'esprit public la plus salutaire influence. La capitale 
continuait à jouir d'une complète tranquillité, et l'on 
n'avait plus aucune inquiétude sur les projets ultérieurs 
d'Ibrahira-Pacha, qui d'ailleurs était mis en demeure, par 
l'ambassadeur de France, d'accepter les offres conciliantes 
de la Porte Ottomane. 

On savait que la brigade de chasseurs, transportée 
d'Odessa par l'escadre du contre-amiral Coumani, allait être 
suivie d'un second détachement d'infanterie, qui porterait à 
dix mille le corps de troupes de débarquement. Le gé- 
néral Mourawieff avait choisi, près d'Unkiar-Skelessi, aux 
environs de la montagne du Géant, une excellente position 



- 261 — 
où ces troupes transportèrent leur camp; d'après le désir 
du sultan, un bataillon et un escadron de la garde turque, 
avec deux pièces de canon, allaient se joindre aux Russes. 
Le camp fut occupé le 14 avril, et le sultan fit offrir aux 
troupes, à l'occasion de la fête de Pâques, une immense 
quantité de jambons, d'oeufs, d'eau-de-vie, pour les sol- 
dats; de vins, de rhum, de sucre et de confitures, pour les 
officiers. 

Le séraskier Khosrew-Pacha avait soin que les Russes ne 
manquassent de rien; il leur fit donner des chevaux, tirés 
des écuries du sultan, pour remonter leur cavalerie et pour 
former les attelages de leur artillerie; un hôpital lut orga- 
nisé au bord de la mer pour les malades, qui étaient d'ail- 
leurs en très-petit nombre. 

Les troupes turques, qui fournissaient des postes au lieu 
du débarquement, avaient fraternisé avec les Russes, et la 
meilleure intelligence régnait entre eux. Les officiers du 
sultan visitaient, tous les jours le camp et assistaient aux 
exercices militaires, admirant la belle tenue des soldats et 
leur instruction, examinant avec curiosité les moindres dé- 
tails du service. Le sultan se faisait rendre compte des pa- 
rades qui avaient lieu devant ses officiers, et il enviait a 
ceux-ci le plaisir d'en être témoin, « car, leur disait-il, 
le soldat russe n'a pas de rival pour le maniement des 
armes. » 

On ne croyait pas qu'Ibrahim-Pacha, dont le quartier- 
général était toujours à Kufahia, voulut reprendre franche- 
ment les négociations avec la Porte, car il attendait des 
renforts d'Egypte; cependant, le contre-amiral Bugon avait 
paru devant Smyrne avec quelques navires français, et sur 
son injonction, les autorités turques, un moment déposées 
pour faire place a un gouverneur provisoire qui tenait la 



— 262 — 
ville au nom d'Ibrahim, avaient été rétablies. En tous cas, 
il était assez probable que le général Mourawieff, qui avait 
à sa disposition un petit corps d'armée d'excellentes troupes, 
ne perdrait pas une si belle occasion de se mesurer avec 
l'avant-garde de l'armée égyptienne. 
. L'empereur Nicolas supposait bien aussi, que, par la force 
des choses, l'intervention russe pourrait être obligée d'avoir 
recours aux armes, et dans cette prévision, il chargea le 
comte Orloff de se rendre à Constantinople, avec le titre 
d'ambassadeur extraordinaire. 

Orloff, qui partit de Saint-Pétersbourg dans la soirée du 
21 avril, était muni secrètement des pouvoirs les plus éten- 
dus, pour prendre au besoin le commandement général des 
troupes russes de terre et de mer en Orient. La veille de 
son départ, on avait vu arriver, à Saint-Pétersbourg, le gé- 
néral de brigade ottoman Namouk-Pacha, envoyé par le 
sultan auprès de l'empereur, pour lui porter l'expression de 
la plus vive et de la plus sincère gratitude, au sujet de 
l'assistance loyale et généreuse que ce souverain s'était em- 
pressé d'offrir à la Porte Ottomane contre l'Egypte. 

Namouk-Pacha eut l'honneur d'être reçu immédiatement 
en audience particulière par Sa Majesté, qui lui dit en 
propres termes : 

— La conduite que la Porte Ottomane a tenue à l'égard 
de la Russie, depuis le traité d'Andrinople, m'a tracé la con- 
duite que je devais tenir vis-à-vis d'elle. 11 est du devoir de 
mon gouvernement, il est aussi de l'intérêt de l'Empire, de 
concourir franchement à la conservation d'un État qui rem- 
plit avec tant de bonne foi les engagements que nos traités 
lui imposent. Sa Hautesse peut compter désormais sur mon 
amitié et mon appui. 

L'envoyé du sultan ne resta que peu de jours dans la ca- 






— 263 — 
pitale, et il apprit, en retournant vers sou maître, que l'em- 
pereur avait donné des ordres pour que le corps expédition- 
naire fût porté rapidement à soixante-dix mille hommes : 
un second détachement de troupes, composé d'une brigade 
d'infanterie avec une compagnie d'artillerie légère, sous le 
commandement du lieutenant-général Otrostchenko, s'était 
embarquée Odessa dans les derniers jour, du mois d'avril, 
et l'embarquement d'un troisième détachement de même 
force allait suivre de près, tandis que l'armée de terre 
commandée par le général Kisseleff, était en marche et se 
concentrait le Ion- des frontières de la Bulgarie. 

Lorsque le gênerai Kisseleff avait fait savoir aux deux as- 
semblées des Principautés, que le tzar lui avait confié le 
commandement en chef de cette expédition en Bulgarie, 
l'assemblée de Valachie avail écrit au président : ^Nous 
venons d'apprendre la nouvelle marque d'estime et de con- 
fiance que votre souverain vient de vous donner, et nous 
en sommes tiers, parée qu'elle vous honore. Vos glorieux 
soldats sont nos frères, parce que vous êtes leur chef. Nous 
serons toujours heureux et glorieux de tout ce qui contri- 
buera a votre bonheur et a votre gloire, parce que nous 
sommes convaincus que la destinée de notre patrie est inti- 
mement liée à la destinée de la vôtre. » 

On n'avait plus a craindre un coup de main d'Ibrahim- 
Pacha sur Constantinople; mais l'armée égyptienne, forte de 
quatre-vingt mille hommes, augmentait sans cesse et sem- 
blait préparée à continuer la guerre en Asie-Mineure, d'au- 
tant mieux que le vice-roi d'Egypte ne cachait plus son in- 
tention de se faire tout a fait indépendant de la Porte, en 
s'emparant de la Turquie asiatique. 

Nic l as avail été tristement détourné de la question 
d'Orient, dans le cours d'avril, et un événement bien mal- 



;f 



— 264- — 
tendu l'avait obligé de reporter ses regards vers la Pologne, 
au moment où ee pays, dévasté, ruiné et dépeuplé par les 
déplorables effets de l'insurrection et de la guerre civile, 
commençait à renaître à la vie politique, sous la bienfai- 
sante administration de Paskewitch. 

Un ex-lieutenant de l'année polonaise , nommé Dzie- 
wicki, exalté et poussé par les sociétés secrètes, avait formé 
le complot d'appeler aux armes les Polonais et de donner le 
signal d'une nouvelle insurrection; il s'était laissé abuser à 
ce point, qu'il croyait n'avoir qu'à déployer le drapeau na- 
tional, pour faire une armée. Il entra donc dans le royaume, 
par la frontière de la Gallicic; il fut suivi d'un certain nom- 
bre de ses complices qui, la plupart, avaient combattu dans 
les rangs des rebelles. Ces insensés trouvèrent des sympa- 
thies et môme une connivence coupable dans quelques vil- 
lages, dans quelques châteaux; mais, avant que la révolte 
se fût répandue sur d'autres points, les détachements de 
Cosaques, cantonnés dans les palatinats de Sandomiret de 
Cracovie, se mirent à la poursuite de ces bandes naissantes 
et les dispersèrent, en faisant un petit nombre de prison- 
niers, parmi lesquels était Dziewicki, le chef de cette folle 
entreprise. Celui-ci n'attendit pas son jugement : il s'empoi- 
sonna dans sa prison. 

Paskewitch aurait voulu pouvoir user d'indulgence en- 
vers ces malheureux, qui avaient cédé à des suggestions 
étrangères, en essayant de réveiller la Pologne insurrec- 
tionnelle; mais il fallait un exemple, car le complot, qui 
venait d'avorter au début, devait avoir des ramifications 
vivaces parmi les habitants des waiwodies que Dziewicki 
avait tenté de soulever. Quatre des principaux auteurs de la 
conspiration furent traduits devant le conseil de guerre : ils 
avouèrent résolument qu'ils n'étaient revenus dans leur 



» M| 



— 263 — 
patrie que liés par un serment inviolable, avec la ferme in- 
tention d'exciter leurs compatriotes à la révolte, d'inquiéter 
les troupes impériales par des incursions, de détruire les 
propriétés de l'Etat, et ,1e mettre à mort tous les employés 
bdeiesau gouvernement russe. Ils lurent condamnés à être 
fusdlés, d'après le Code militaire, et l'exécution de trois 
d entre eux eut lieu, le 7 mai, à Varsovie, près de la porte 
de Jérusalem. Le prince gouverneur général avait commué 
la peine pour le troisième condamné, nommé Eustache Ra- 
cmsh, qui était fort jeune et qui donnait des marques de 
repentir. 

Le procès intente aux quatre compilées de Dziewicki de- 
vait avoir pour résultat la découverte d'une autre conspira- 
tion bien plus redoutable, qui fut déjouée, avant que les con- 
spirateurs eussen. le temps de se rendre a leur poste et 
d exécuter leurs affreux desseins. 

L'empereur, qui se disposait a faire un voyage d'inspec- 
tion dans plusieurs des nouveaux cantonnements militaires 
retarda ce voyage jusqu'après l'ouverture de l'exposition 
des produits de l'industrie nationale. 

Cette exposition, organisée dans un des édifices de la 
douane de Saint-Pétersbourg, au quartier de Wassili-Os- 
troir, remplissait huit grandes salles, de plain-pied, ou l'on 
entrait du dehors par le perron situé sur la place de la 
Bourse. La première salle contenait les métaux, les ma- 
chines, les instruments de mathématiques, de physique e! 
de chirurgie; les produits chimiques, la carrosserie, les pa- 
piers et les tapisseries, les chanvres et les lins, les cuirs, les 
toiles cirées, les crins e( les tabacs; la deuxième salle, l'hor- 
logerie, les bronzes, les porcelaines et faïences, les verres 
et cristaux, les instruments de musique, la menuiserie el 
l'ébénisterie, la chapellerie, la ganterie, la reliure, les oh- 




— 26fi — 
jets vernis, et les étoffes de qualité inférieure en coton et en 
laine fabriquées spécialement pour le commerce de l'Asie; la 
troisième salle, ainsi que la quatrième et la cinquième, ren- 
fermaient les cotons et demi-cotons de qualité supérieure- 
les salles n 08 6 et 7, les soieries et les tissus de cachemire; 
on avait réuni dans la huitième salle les brocards, l'or et 
l'argent tréfilés en fin et en faux, et les médailles et mon- 
naies frappées depuis l'avènement de Nicolas I er . 

De l'avis des hommes compétents, l'exposition de 1833, 
à laquelle avaient pris part six cent seize établissements in- 
dustriels, représentés par neuf mille trois cent vingt-six 
échantillons, laissait bien loin derrière elle l'exposition de 
1829, la première qui fut ouverte à Saint-Pétersbourg. 

Depuis lors, le nombre des manufactures avait triplé, et 
une patriotique émulation s'elait emparée des fabricants, 
qui s'efforçaient d'élever l'industrie nationale au niveau 
des industries étrangères. L'argent n'avait pas manqué 
pour faire concurrence aux pays dont la Russie était restée 
trop longtemps tributaire dans ses besoins de luxe et de 
confort : les nobles, les grands propriétaires, les employés 
du Gouvernement, et surtout les personnes de la cour, 
avaient tenu à honneur de prendre l'initiative des grandes 
entreprises industrielles, de fonder des usines, d'encoura- 
ger les arts utiles, de patronner les inventeurs. Grâce a 
cette féconde protection, l'assortissage et le lavage des 
laines, la confection des draps, le filage et le tissage du co- 
ton, la production des soies, la fabrication des étoiles en 
tout genre, le perfectionnement des machines, la teinture 
des toiles, la préparation des peaux, l'exécution des ou- 
vrages en cuivre, en fer et en fonte, la taille des cristaux, 
le travail des métaux précieux, et vingt autres industries, 
avaient fait de tels progrès, dans un intervalle de quatre 




— 2G7 — 
années, qu'on pouvait prévoir le moment où l'importation 
des marchandises ouvrées à l'étranger n'absorberait plus 
une partie des capitaux du commerce russe. 

Ce fut le mardi 21 mai que l'empereur et la famille im- 
périale visitèrent les salles de l'exposition, qui devait s'ou- 
vrir deux jours après. 

Les propriétaires d'usines, les fabricants, et même les 
chefs ouvriers, se tenaient débouta côté de leurs produits. 
L'empereur daigna s'entretenir avec eux et les interro- 
ger sur la nature, la marche et les progrès de leur indus- 
trie. L'impératrice aussi avait toujours quelque parole 
aimable à leur adresser. Le grand-duc héritier, le grand- 
duc Michel, les grandes-duchesses Marie et Olga, regar- 
daient tout avec complaisance et paraissaient s'intéresser 
aux renseignements que leur donnaient les exposants. Les 
augustes visiteurs ne se bornèrent pas a jeter un coup d'oeil 
général sur l'ensemble de l'exposition, ils en firent un 
examen détaille, attentif, approfondi, depuis les produits 
les plus précieux et les plus remarquables jusqu'aux plus 
petits et aux plus humbles objets. L'empereur exprima plus 
d'une fois la satisfaction qu'il éprouvait de voir l'industrie 
nationale prendre tous les jours de nouveaux développe- 
ments. 

— Je vous remercie, Messieurs, dit Nicolas à ceux qui 
l'entouraient, en se retirant avec sa famille, après trois 
heures et demie de promenade dans les salles, je vous re- 
mercie sincèrement pour les services que vous avez rendus 
a la patrie, en travaillant à l'accroissement des forces in- 
dustrielles de notre pays. Cette exposition de nos produits 
vaut une bataille gagnée sur les principaux États de l'Eu- 
rope, et une pareille victoire a des résultats plus avanta- 
geux que celles qui coûtent du sang et des larmes. Vous 









1 

■ 



— 268 — 
me trouverez toujours disposé à seconder, à encourager vos 
efforts dans la carrière de l'industrie et des arts. Montrons 
à l'Europe que nous profitons de ses exemples, de ses le- 
çons, pour l'égaler, pour la surpasser! 

L'ouverture de l'exposition fut inaugurée, le surlende- 
main, par un Te Deum solennel, et pendant six semaines 
consécutives, l'empressement du public manifesta l'intérêt 
■ avec lequel toutes les classes de la population se portaient 
à cette espèce de fête nationale. 

L'empereur avait voulu témoigner sa satisfaction à tous 
ceux qui avaient participé à cette brillante exhibition des 
produits de l'industrie russe : il les invita, sans excep- 
tion, à un banquet, qu'il leur offrit, le 25 mai, au palais 
d'Hiver. 

Une table de cinq cents couverts avait été dressée dans 
la galerie qui précède la salle des concerts. Les ministres, 
plusieurs aides de camp généraux, les consuls étrangers,' 
les marchands et négociants des deux premiers guildesde 
Saint-Pétersbourg, ainsi que les membres du Conseil du 
commerce et ceux du Conseil des manufactures, étaient 
également invités à venir se joindre aux exposants. A trois 
heures et demie, l'empereur, accompagné de sa famille et 
suivi de sa cour, entra dans la salle du festin et alla s'as- 
seoir au centre de la table supérieure; l'impératrice, le cé- 
sarévitch, les grandes-duchesses Marie et Olga, et le grand- 
duc Michel, se placèrent en face. L'impératrice, dans tout 
l'éclat de sa beauté souriante, était vêtue d'une robe de 
soie, qu'elle avait choisie et achetée elle-même, à l'exposi- 
tion, parmi les étoffes provenant de la fabrique du conseil- 
ler des manufactures Kondrascheff. 

L'empereur lit placer à sa droite le ministre des finances 
et les consuls; à sa gauche, le maire de Moscou, M, Rybni- 



i^MBÉaiBBn 



— -2m — 
koff, et il pria gracieusement le reste des convives de prendre 
place, sans se préoccuper de l'étiquette et sans conserver 
aucune prééminence de rang, de telle sorte que-les-aides- 
de camp généraux et les premiers dignitaires de la cour se 
trouvèrent mêlés, a ce repas, non-seulement avec les 
grands manufacturiers et les riches fabricants, mais encore 
avec les artisans les plus modestes. 

Leurs Majestés et Leurs Altesses impériales daignaient 
parler à leurs voisins avec autant de bienveillance que d'af- 
fabilité. 

Vers la fin du dîner, l'empereur se leva et porta ce loast, 
qui fut accueilli par des cris d'enthousiasme et de recon- 
naissance : « A la santé de ceux qui se livrent a des tra- 
vaux utiles à la patrie! » 

Après le dîner, les convives passèrent dans un autre sa- 
lon , à la suite de l'empereur et de la famille impériale. 
Alors l'empereur, se penchant à l'oreille de l'impératrice, 
la pria de faire venir sa troisième fille, la grande-duchesse 
Alexandra, et les jeunes grands-ducs Constantin, Nicolas et 
Michel : on les lui amena aussitôt, à l'exception du dernier, 
qui dormait et qu'on n'avait pas osé réveiller, sans l'ordre de 
sa mère; l'empereur, les présentant lui-même aux assis- 
tants, se plut à répéter, avec une sorte de fierté pater- 
nelle : « Messieurs, voici mes enfants! » 

Puis, prenant par la main le grand-duc Constantin, qui 
n'avait pas plus de sept ans et demi, il le conduisit au mi- 
lieu de l'assemblée, en répétant, le sourire sur les lèvres : 
« Voici mon grand-amiral! » Le charmant enfant, après 
avoir salué les personnes qui s'inclinaient devant lui, se 
précipita vers son père avec une grâce naïve et grimpa les- 
tement au cou de l'empereur, qu'il embrassa de la manière 
la plus tendre, aux acclamations de l'assemblée. 






— 270 — 

L'empereur enleva dans ses bras le grand-duc Nicolas, 
âgé de près de trois ans, et le présenta ainsi à tout le monde.' 
— Ce n'est pas tout, dit-il à l'impératrice; envoyez cher- 
cher notre petit dormeur, qui ne doit pas .manquer une si 
belle occasion de faire connaissance avec nos fidèles sujets. 
Le jeune grand-duc Michel, âgé de six mois et demi, fut 
apporté, encore à moitié endormi, par sa gouvernante, qui, 
sur l'ordre de l'empereur, le promena dans le salon, pour 
que chacun pût le voir et l'admirer. 

L'empereur, en ce moment, n'était plus qu'un chef de fa- 
mille, qui se réjouissait de montrer les beaux et gracieux 
enfants que le Ciel lui avait donnés, et qu'il faisait élever 
sous les yeux de leur excellente mère. A ce touchant spec- 
tacle, tous les cœurs étaient remplis de la même émotion, 
tous les yeux se mouillaient de larmes, et ces larmes expri- 
maient une prière muette qui s'élevait a Dieu pour lui de- 
mander la conservation de cette grande famille impériale, 
à laquelle était attachée la prospérité de la Russie. 

On apprit, le lendemain, que le ministre de la justice 
Daschkoir était parti, en toute hâte, avec plusieurs de ses 
employés, pour le gouvernement de Riga, et que son ad- 
joint, le secrétaire d'État comte Panine, avait pris tempo- 
rairement la direction du ministère, en l'absence du mi- 
nistre, qui venait de quitter la capitale en exécution des 
ordres de l'empereur. 

On se demandait, à la cour, quelle pouvait être la cause 
de ce départ subit et mystérieux. Des bruits vagues circu- 
laient : on disait que les Polonais exilés étaient rentrés fur- 
tivement en Pologne et y avaient organisé une vaste con- 
spiration, que le feld-maréchal Paskewitch avait eu le 
bonheur de découvrir. Rien ne transpira, cependant, au de- 
hors du palais d'Hiver, et dans les cercles les mieux infor- 



— 271 — 

mes un oe parlait que du prochain voyage de l'empereur 
dans le grand-duché de Finlande. 

L'empereur partit, en effet, le 28 mai, avec le général 
Alexandre Benkendorff, qui l'accompagnait toujours dans 
ses voyages. Il se rendit d'abord à Bobruisk, où il inspecta 



les cantonnements d'un 



oataillon de réserve; mais il coupa 



court à son voyage d'inspection, et il rejoignit l'impéra- 
trice, qui l'attendait, très-inquiète et Irès-attristée, pour 
passer avec lui en Finlande. Ils s'arrêtèrent quelques jours à 
Revel, avant de s'embarquer, et pendant sa résidence dans 
cette ville, l'empereur resta eonstammenl renfermé, ne re- 
cevant personne, travaillant jour et nuit avec le général 
Benkendorff ou avec le ministre de la justice, qui était re- 
venu de Riga pour se mettre a la disposition de Sa Majesté. 
Il y avait un échange continuel de courriers et de dé- 
pèches avec les gouverneurs civils et militaires de l'Estho- 
nie, de la Livonie el de la Courlande; des mesures extraor- 
dinaires de précaution et de défense avaient été prises dans 
toutes les villes du littoral, et l'empereur, qui d'ordinaire, 
dans ses voyages, ne voulait pas même avoir d'escorte, se 
trouvait constamment entouré d'une garde nombreuse à la- 
quelle on avait donné des ordres de service très-rigoureux. 
L'impératrice ne cessait de verser des larmes et deman- 
dait sans cesse a retourner à Saint-Pétersbourg; mais l'em- 
pereur n'y consentit pas, et, comme il l'avait annoncé, il 
s'embarqua sur le bateau à vapeur YIjora, pour aller en 
Finlande avec elle. 

Dès qu'il fut arrivé a Helsmgfors, une nouvelle sinistre 
se répandit aussi vite qu'une traînée de poudre par toute la 
Finlande. On racontait qu'un complot avait été formé pour 
assassiner l'empereur, au moyen d'une machine infernale, 
pendant son voyage dans les provinces de la Baltique. Ce 




• 






— 272 — 
complot, disait-on, s'était trame en Franco, et les réfugiés 
polonais qui devaient l'exécuter axaient réussi, à l'aide de 
faux passe-ports, malgré la surveillance des gouvernements 
européens, à traverser l'Allemagne et la Pologne et à pé 
Qétrer en Courlande; mais, d'après avis de la police fran- 
cise adressé à la police de Saint-Pétersbourg ils avaient 
été arrêtes a Riga, ou du moins plusieurs d'entre eux 
étaient entre les mains des autorités russes. On avait saisi 
en même temps, des correspondances et des papiers impor- 
tants, qui avaient mis la justice sur la trace des auteurs de 
cette horrible trame; on pouvait craindre pourtant que 
quelques-uns des conjurés n'eussent échappé aux re- 
cherches tle la police, et ne tentassent encore d'exécuter 
leur complot. 

L'indignation universelle avait protesté contre ce nouvel 
attentat polonais, et les populations s'étaient levées, sur le 
passage de l'empereur, comme pour lui faire une garde 
d honneur et pour l'entourer de leur dévouement. Des dé- 
flations du sénat, du commerce et de la bourgeoisie de la 
Finlande, furent admises à lui présenter cette adresse, re- 
vêtue des signatures des hauts fonctionnaires et des' no- 
tables de la capitale : 



S ■ ,.- 






« Sire, 

« Au milieu de l'allégresse publique que la présence de 
Votre Majesté impériale parmi ses fidèles sujets de Finlande 
vient d'exciter, des bruits sinistres se sont répandus, tou- 
chant des trames infâmes ourdies contre la personne sacrée 
de Votre Majesté, dont la conservation et le bonheur font 
l'objet constant des vœux les plus ardents de tous ses 
peuples. 



LS&3& 



— 273 — 

« Il est difficile à des cœurs droits et pleins de loyauté, 
de croire à ce degré de perversité, qui fait la honte" de la 
nature humaine, et plus difficile encore d'exprimer l'indi- 
gnation profonde que la seule supposition d'un pareil atten- 
tat leur inspire. Mais, si, au moindre danger qui paraît me- 
nacer un père adoré, ses enfants, par un mouvement 
spontané, s'empressent autour de lui pour exhaler dans son 
sein leur douleur, leurs craintes et leurs espérances, nous 
nous flattons, Sire, que Votre Majesté impériale daignera 
de même nous permettre de l'assurer, à cette occasion, de 
l'amour et de la fidélité inviolable de ses sujets de Fin- 
lande, qui tous ont trop joui de vos bienfaits, Sire, pour 
ne pas vous être attachés non-seulement par les liens du 
devoir, mais aussi par ceux de la reconnaissance. Nous 
sommes persuadés, Sire, que la divine Providence, qui, 
dans sa bonté éternelle, nous a donné pour souverain un 
prince doué de tant et de si magnanimes vertus, daignera 
aussi veiller sur ses jours, et que Votre Majesté impériale, 
ayant à combattre les mauvais principes qui font la désola- 
tion des sociétés actuelles et les hommes pervers qui les 
professent, sortira toujours victorieuse de ces combats, 
dont dépend le sort futur de l'Humanité. Force, génie,' 
gloire, voilà ce qui fait briller le trône de Votre Majesté;' 
amour et dévouement du peuple, voila ce qui en constitue 
les fondements. Que peuvent, contre de pareils remparts, 
les efforts de quelques insensés, objets de l'horreur et du 
mépris de l'immense majorité de toutes les nations du 
monde? 

« C'est ce qui nous rassure, Sire, dans ces temps de 
trouble, que la sagesse de Votre Majesté impériale saura 
bientôt dompter. Daignez, Sire, agréer cet hommage très- 
humble, que nous avons l'honneur de présenter à Votre 

18 



VI 



— 274 — 
Majesté, tant pour nous qu'au nom de nos compatriotes, 
animés des mêmes sentiments de zèle, de fidélité et de sou- 
mission, avec lesquels nous sommes, Sire, 

« Do Votre Majesté, 

« Les très-humbles et très-obéissants serviteurs 
et sujets, 

« Alexamûre Thesleff, Melun Hjaerne, 

Ekuast, Klixkowstrom, Klick, Sack- 
lex, Kothen, Farritzus, Hising, Wal- 

MKIM, FlXKENBEIiG, TaGERHORN , WlX- 
TEU. » 



Leurs Majestés ne prolongèrent pas leur voyage autant 
qu'elles l'auraient souhaité, et s'élanl rembarquées sur leur 
bateau à vapeur, elles lurent escortées jusqu'à Cronstadt 

par l'escadre du vice-amiral comte de Ilevden. 

On prétendit que les conspirateurs avaient eu la pensée 
de fréter plusieurs petits bâtiments et d'attendre, dans le 
golfe, le passage du navire qui portait l'empereur et l'im- 
pératrice. Quoi qu'il en lut de ces bruits, sans doute exagé- 
rés, les augustes voyageurs étaient rentrés en parfaite santé 
à Péterhoff, où le prince Albert de Prusse devait arriver 
d'un jour à l'autre. 

La Russie fut instruite du danger (pie son souverain 
avait couru, par la publication de l'adresse du Sénat fin- 
landais et des autorités d'Helsingfors, laquelle fut suivie 
d'une note officielle qui annonçait l'attentat projeté contre 
la vie de l'empereur, mais sans donner aucun détail précis 
et sans désigner nominativement les coupables : « La vigi- 
lance du Gouvernement, disait cette note, a déjoué, jusque 



^SBB^B 



— 275 — 
dans leurs moindres résultats, les (rames criminelles our- 
dies par une poignée d'hommes pervers. » 

Il n'y eut pourtant aucune exécution capitale, à la suite 
du procès qui s'instruisait secrètement à Riga, sous les veux 
et par les soins du ministre de la justice. Il régnait, d'ailleurs, 
la plus grande incertitude au sujet de celte affaire téné- 
breuse, où la lumière ne pénétra jamais. On allait jusqu'à 
dire que plusieurs des Polonais qui avaient juré d'assassiner 
le tzar, étaient arrivés jusqu'à Saint-Pétersbourg, en se fai- 
sant passer pour des horlogers suisses venus pour s'établir 
dans la capitale, et que leurs conciliabules dans un café al- 
lemand avaient éveille les soupçons de la pol.ee. qui s'em- 
para d'eux, après avoir établi leur identité. 

On raconta, aussi, que d'autres assassins de la même as- 
sociation avaient acheté, à Riga, une quantité considérable 
de poudre, destinée, disaient-ils, à l'exploitation des mines 
mais que cette poudre axait été employée à fabriquer des 
bombes, qui auraient éclaté sur le passage de Nicolas, si son 
itinéraire, pour aller àRevel, n'eût pas été changé 

Tous ces bmits ne tardèrent pas à s'assoupir, et l'on se 
demanda bientôt si les monstrueuses machinations de ce 
complot polonais n'étaient point des chimères inventées à 
plaisir par la peur, sinon par la malveillance 

Cependant, le ministre de la justice, qui dirigeait en per- 
sonne la procédure criminelle commencée a huis clos ne 
revint de Riga qu'a la fin du mois de septembre, pour' re- 
prendre ses fonctions à la tète de son département, et vers 
cette époque, on sut, d'une manière certaine, que plusieurs 
individus avaient été condamnes aux travaux forcés à per- 
pétuité dans les mines de Sibérie. 

Ce fut peut-être pour donner le change et détourner l'at- 
tention, que, sur la proposition du gouverneur général de 






— 270 — 

Grodno et de Bélostock, et d'après les conclusions favo- 
rables du ministre de l'intérieur, le comité chargé de l'exa ■ 
meu des affaires concernant les anciennes provinces polo- 
naises, sollicita et obtint de l'empereur une amnistie 
complète en laveur de quarante-trois individus, nobles la 
plupart, qui n'avaient jamais pris part à la rébellion, et qui 
n'étaient coupables que d'avoir passe la frontière à la suite 
des bandes, avec l'espoir de rentrer dans leurs foyers. 

Ces bandes, formées en partie de réfugiés et de soldats 
refractaires, n'avaient pas été, d'ailleurs, entièrement dé- 
truites, mais elles restaient inactives, divisées par petits 
groupes, el cachées dans les forêts des palatinats de Kalisz, 
deCracovie, de Lublin, deSandomir, dePlock, et dans les 
marais de la Litliuanie. 



CXCVÏÏI 



.Nicolas, qui, depuis son retour de Finlande, habitait à 
Saint-Pétersbourg le palais d'Yélaguine, où son beau-frère, 
le prince de Prusse, était arrivé le 17 juin pour passer 
deux mois dans la famille impériale, apprit, par les dépèches 
du général Mourawieff, que la paix avait été conclue défi- 
nitivement, le 16 mai, entre la Porte Ottomane et Méhé- 
met-AIi. 

Le sultan Mahmoud n'avait cédé qu'à la pression presque 
menaçante de l'amiral Roussin, qui représentait a la fois 
la France et l'Angleterre, et qui rendait le divan respon- 
sable de tous les malheurs que pourrait entraîner une plus 
longue incertitude dans la solution des affaires d'Orient. 

Il y avait eu intention formelle de diminuer la puissance 
et le prestige du gouvernement turc, au profit de Méhémet- 
Ali, qui s'était assuré l'appui de l'Angleterre, en lui con- 
cédant tout ce qu'elle avail réclamé dans l'intérêt de son 
commerce. Méhémet-Ali avait donc obtenu, par une simple 
ordonnance du grand-seigneur, l'investiture de la Syrie 
avec la possession des villes de Damas et d'Alep; le district 
d'Adana avait été accord,' a Ibrahim-Pacha, comme fer- 
mier-général (inohassilik) de la Porte. 



— 278 — 
Le lendemain du jour où cet arrangement, concerté en 
secret par Ibrahim et le plénipotentiaire ottoman , fut 
confirmé et signé à la hâte par le sultan, lequel avait la 
main forcée, le comte Orlolf, qui n'était attendu qu'à l'Am- 
bassade de Russie, débarquait à Constantinople. Son arrivée 
produisit d'autant plus d'émotion dans le divan, qu'on si- 
gnalai! en même temps l'arrivée de l'ambassadeur d'Angle- 
terre, qui venait corroborer les actes de l'ambassadeur de 
France et lui prêter au besoin un concours énergique. La 
mission d'Orloff ne paraissait donc plus avoir d'objet, et 
les ambassadeurs anglais et français s'étaient mis d'accord, 
pour demander, pour exiger l'éloignement immédiat de la 
flotte russe et le rembarquement du corps expéditionnaire. 
Tout ce que le comte Orlolf leur accorda, ce fut de con- 
tremander à Odessa le départ d'un troisième détachement 
de troupes et de faire prévenir le général Kisseleff que 
l'armée du Danube devail rester immobile dans l'attente 
des événements; Orloff déclara, d'ailleurs, de la manière la 
plus ferme, que, s'il n'avait rien à objecter contre le traité 
de paix dans lequel la Russie n'était pas intervenue, il ne 
devait pas moins veiller à ce que les conditions approuvées 
par Sa Hautesse fussent respectées par le pacha d'Egypte 
et mises à l'abri de toute nouvelle atteinte. 

On avait négligé, en effet, de stipuler les délais dans 
lesquels l'armée égyptienne repasserait le Taurus, et le 
quartier-général d'Ibrahim était toujours à trois journées 
de marche de Constantinople. Ibrahim alléguait même di- 
vers prétextes pour retarder l'époque de la retraite do ses 
troupes, et il semblait faire dépendre cette retraite, de 
celle des troupes russes. Ibrahim agissait évidemment sous 
l'influence des ambassadeurs de France et d'Angleterre. 
Le comte Orloff réitéra sa déclaration formelle auprès du 



— 270 — 
divan, à savoir que les forces de terre et de mer, envoyées 
par l'empereur au secours du sultan, sur la demande 
expresse de ee dernier, garderaient la position qu'elles 
occupaient, jusqu'à ce que l'année d'Ibrahim eût repassé 
le mont Taurus. 

Il n'en fallut pas davantage pour changer en un instant 
la situation. Le sultan lit remercier le représentant de la 
Russie pour ce témoignage de fidèle alliance; les ambas- 
sadeurs de France et d'Angleterre affectèrent de rester neu- 
tres et passifs, et bientôt on fut averti que le mouvement 
rétrograde de l'armée égyptienne avait commencé à la fois 
sur tous les points. Orloff voulut constater le fait, et pour 
s'en convaincre, il envoya sur les lieux le capitaine d'état- 
major, baron de Lievcn, qui avait ordre de suivre l'armée 
égyptienne jusqu'au passage du Tanins. 

Le rôle et le ton énergiques que le comte Orloff avait 
jugé convenable de prendre \ is-à-vis du divan, sans se préoc- 
cuper des dispositions ultérieures de la diplomatie étran- 
gère, qui s'était tenue à l'écart en apparence et qui n'avait 
pas cessé de combattre la politique russe, amenèrent une 
réaction très-significative dans les idées et les projets de 
Mahmoud, qui comprit enfin que le tzar était son meilleur 
et son plus fidèle allié. Mahmoud voulut le reconnaître 
d'une manière éclatante, en faisant savoir au comte Orloff 
que son intention était de visiter la Hotte russe, comme 
pour donner une nouvelle preuve de sa confiance inébran- 
lable dans les vues pacifiques de l'empereur Nicolas, et en 
même temps dans l'utile intervention des forces de terre 
et de mer, que cet auguste monarque lui avait envoyées 
avec un si généreux empressement. 

Le 1" juin, toute la Hotte russe, pavoisée, était à l'ancre 
dans le Bosphore, vis-a-vis de Bouyukdéré: vers midi, le 



— 280 — 
séraskïer Khosrew-Pacha et Mouchir-Ahmet-Pacha, accom- 
pagnés des principaux officiers de la garde du sultan, furent 
reçus à bord du vaisseau amiral, avec les honneurs mili- 
taires, par le contre-amiral Lazareff et par l'ambassadeur 
extraordinaire, comte Orloff. 

A deux heures, quoique le mauvais temps semblât con- 
trarier la visite du sultan, on vit paraître dans la rade un 
bâtiment à vapeur portant le grand étendard turc. C'était 
Mahmoud, que le vent et la pluie n'empêchaient pas de 
tenir sa promesse. Aussitôt les vergues des vaisseaux et des 
frégates, rangés en forme de croissant, se garnirent de 
matelots, et le pavillon turc, arboré sur tons les navires, 
fut salué, par chacun d'eux, de vingt et un coups de canon.' 
Les batteries de terre et les forts qui défendent les rives 
du Bosphore répondirent à ce salut. 

Le comte Orloff, le contre-amiral Lazareff et Mouchir- 
Ahmet-Pacha, s'embarquèrent sur trois chaloupes portant 
chacune un pavillon, et se rendirent à bord du vapeur 
sur lequel se trouvait le sultan; puis, ils retournèrent sur 
le vaisseau amiral, pour l'y recevoir. 

A mesure que le bateau à vapeur, qui portait le pavillon 
de Sa Hautesse, longeait la ligne de la flotte, les matelots 
montés sur les vergues poussaient un hourra cinq fois répété, 
les tambours battaient aux champs et la musique militaire 
exécutait des fanfares. Ce magnifique spectacle avait pour 
témoins les populations qui s'étaient agglomérées sur les 
rives du Bosphore aussi loin que la vue pouvait s'étendre. 
Le sultan, escorté de ses grands-officiers, se rendit à 
bord du vaisseau amiral; il fut reçu, sur la dernière marche 
de l'échelle de commandement, par le comte Orloff, le com- 
mandant de l'escadre, le ministre de Russie, Boutenieff, et 
par les dignitaires turcs qui étaient venus l'attendre depuis 






— 281 — 

midi. On le conduisit d'abord dans la chambre de l'amiral, 

où le comte Orloff le pria de s'asseoir en face du portrait de 

l'empereur. 

Mahmoud fixa ses regards sur ce portrait, l'examina en 

silence et fit une légère inclination de tête comme pour le 
saluer : « Il me semble, dit-il en se tournant vers Orloff, 
que nous nous étions déjà vus, et je suis bien aise de lui 
dire en face l'expression des sentiments d'affection et de 
reconnaissance qui m'animent à son égard. Je vous prie de 
les transmettre à mon auguste ami, à mon loyal et géné- 
reux allié. » 

Le sultan manifesta le désir de faire l'inspection du vais- 
seau ; il en admira l'ordre et la belle tenue: il regretta 
seulement que sa visite, par un temps si défavorable, fut 
une cause de fatigues pour les équipages. Il monta ensuite 
sur le pont et tourna son attention vers la côte où toutes 
les troupes russes, rangées en bataille sous les ordres du 
lieutenant-général Mourawieff, exécutèrent un feu roulant 
de mousqueterie, entremêlé de coups de canon à intervalles 
égaux. Mahmoud redescendit ensuite dans la chambre de 
l'amiral, où il resta deux heures en conférence avec le 
comte Orloff. 

Avant de prendre congé du commandant de l'escadre, il 
voulut goûter la nourriture des matelots et il la trouva 
saine et même agréable. Quand il fut retourné sur son ba- 
teau à vapeur, les hourras des marins de la Hotte recom- 
mencèrent, les batteries des vaisseaux et les forts du rivage 
tonnèrent alternativement, et le feu roulant des troupes de 
terre répondit aux salves d'artillerie, jusqu'à ce que le va- 
peur impérial eût disparu derrière un rideau de fumée qui 
couvrait tout le Bosphore. 

La visite solennelle du grand-seigneur à l'escadre russe 



I 



— 282 — 
produisit une profonde impression dans l'esprit des habitants 
de Constantinople, qui attribuèrent exclusivement la con- 
clusion de la paix à l'intervention de la Russie, et qui 
n'ayant vu que des vaisseaux de guerre où flottait le dra- 
peau russe, se persuadèrent sans peine que la Turquie ne 
devait, ne pouvait compter à l'avenir que sur l'alliance du 
tzar. 

Cependant, au moment où la Russie avait seule une action 
prépondérante dans la question d'Orient, la France et l'An- 
gleterre se montraient disposées à unir leurs forces pour 
tenir l'Empire ottoman dans une sorte de tutelle et pour 
arrêter ainsi l'expansion de la marine et du commerce 
russes. L'escadre française, aux ordres du contre-amiral 
Hugon, était à l'entrée du golfe de Smyrne; elle se com- 
posait de quatre vaisseaux de haut bord, de quatre frégates 
et de six on huit corvettes; la Hotte anglaise, commandée 
par le vue-amiral sir Pnllney Malcolm, se trouvait en partie 
a Malle et en partie dans l'Archipel; la Hotte russe, mai- 
tresse de la mer Noire, ne devait pas quitter les parages 
de Constantinople, avant qu'Ibrahim eût repassé le Taurus 
avec son armée. Telle était la déclaration formelle du 
comte Orloff. 

Les ambassadeurs de France et d'Angleterre n'essayèrent 
pas de combattre en face l'influence que l'ambassadeur de 
Russie avait reprise dans le divan ; ils se bornèrent à ne pas 
laisser de répit à Ibrahim-Pacha, pour hâter le mouvement 
rétrograde de l'armée égyptienne, mais en même temps ils 
ne cessèrent d'exciter et d'irriter les rancunes et les dé- 
fiances de leurs Gouvernements contre la politique russe, 
qu'ils accusaient de vouloir dominer en Orient, et de pré- 
parer coup Sll r coup l'abaissement de la puissance otto- 
mane. 



I 






I^KSBshHBMI 



— 283 — 
Les cabinets de Paris et de Londres n'étaient que trop 
portés à craindre les conséquences de l'intervention russe 
dans les affaires de la Turquie ; ils avaient appuyé, sinon 
encouragé, les prétentions ambitieuses de Méhémet-Ali 
pour punir le sultan Mahmoud d'avoir sollicité les secours 
de l'empereur Nicolas. Ils s'entendirent donc d'un commun 
accord dans le but de prendre leur revanche et de manifester 
contre la Russie autant de mauvais vouloir et même d'hos- 
tilité que les circonstances pourraient en autoriser. 

Nicolas fut averti, par son ambassadeur extraordinaire à 
Constantinople, de ces tendances malveillantes de la diplo- 
matie anglaise et française; il s'en indigna, et dans ses 
nouvelles instructions au comte Orioff, il posa les bases d'un 
traité d'alliance offensive et défensive à conclure avec la 
Porte. 

Le but de l'intervention russe était atteint : le tzar avail 
justifié aux yeux de l'Europe la confiance que le sultan 
avait mise en son allié ; il avait défendu et maintenu avec 
énergie l'existence d'une puissance amie, pacifique, favo- 
rable à la navigation et au commerce russes, fidèle aux 
traités. L'heure semblait propice pour replacer la Turquie 
sous la protection exclusive de la Russie. Pendant plus de 
quatre mois, la garde du Bosphore et le repos du Levant 
avaient été confiés à l'honneur du pavillon russe. FI ne fal- 
lait plus que donner une raison d'être permanente à cet état 
de choses. Mahmoud conservait un profond sentiment de 
reconnaissance à l'égard de l'empereur Nicolas, et il se ren- 
dait compte, par les faits récemment accomplis, des services 
qu'il devait attendre encore de la loyale amitié de ce sou- 
verain. 

Ibrahim-Pacha, sollicité, pressé par les agents do la 
France et de l'Angleterre, avait mis tant de zèle el de dili- 



— <2M — 
gence à faire effectuer la retraite de ses troupes, que, dès 
les premiers jours de juillet, l'année égyptienne était' ren- 
trée dans les limites des provinces, qui formaient les nou- 
veaux gouvernements conférés au vice-roi d'Egypte. Le 
comte Orloff le fit savoir lui-même au reiss-effendi, en lui 
annonçant ipie les ordres de l'empereur .le Russie pouvaient 
maintenant recevoir leur exécution relativement au retour 
de ses forces de terre et de mer, puisque la paix était ré- 
tablie et qu'Ibrahim avait repassé le Taurus. 

Le reiss-effendi répondit à cette note, en déclarant que, 
l'armée égyptienne ayant évacué l'Asie Mineure, le sultan 
consentait au dé-part des troupes de terre et de mer de la 
Russie : « L'amitié et la bienveillance, disait -il dans sa 
réponse officielle, que Sa Majesté l'empereur a témoignées 
à l'égard de l'Empire ottoman, ne sont pas de nature à être 
jamais oubliées par la Sublime-Porte, et elles ont eu pour 
résultat la consolidation, tant pour le présent que pour 
l'avenir, de l'union et de la sincérité qui existent et qui se 
raffermissent de plus en plus entre les deux empires. » 

Le jour même où ces deux notes amicales étaient échan- 
gées entre la Porte et l'ambassadeur extraordinaire de Ni- 
colas, un traité secret fut conclu à Constantinople entre la 
Russie et la Turquie. Ce traité, qui portait la date du «S juil- 
let 1833, et qui devait être ratifié dans le délai de deux 
mois par les parties contractantes, resta secret, du moins 
quant à son contenu, jusqu'à l'année suivante; mais son 
existence était connue par les Puissances intéressées, avant 
que les ratifications de l'empereur et du sultan l'eussent 
rendu définitif et exécutoire. 

H y eut, dans ce traité d'Unkiar-Skelessi (ce fut le nom 
sous lequel on l'a toujours designé depuis), certaines va- 
riantes de texte qui pouvaient prêter une extension inat- 



— 285 — 
tendue aux clauses que la Sublime-Porte avait, disait-on, 
acceptées imprudemment, sans en apprécier la portée et 
les conséquences. Quoi qu'il en soit, voici qu'elle en était la 
teneur littérale dans l'original russe : 

L'empereur et le sultan, « également animés du sincère 
désir de maintenir le système de paix et de bonne harmonie 
heureusement établies entre eux, avaient résolu d'étendre 
et de fortifier la parfaite amitié el la confiance qui régnaient 
entre eux, par la conclusion d'un traité d'alliance offensive. » 
Le comte Orloff et l'ambassadeur de Russie, A. Boutenieff 
munis des pleins pouvoirs de leur auguste maître, s'étaient 
donc mis d'accord avec le séraskier Khosrew-Pacha, Mou- 
chir-Ahmet-Pacha et le reiss-elfendi, représentants de Sa 
Hautcsse, pour convenir des termes de ce traité. 

Il y aurait, à jamais, paix, amitié et alliance entre l'em- 
pereur de toutes les Russies et l'empereur des Ottomans, 
leurs empires et leurs sujets, tant sur terre (pie sur mer, 
cette alliance ayant uniquement pour objet la défense com- 
mune de leurs États contre tout empiétement. Le traité 
d'Andrinople et les autres traités postérieurs n'en étaient 
pas moins confirmés, comme si les conventions du présent 
traité y avaient été insérées mol pour mot. En raison du 
principe de conservation et de défense mutuelle, servant 
de base audit traité d'alliance offensive, et dans l'intention 
d'assurer la durée , le maintien et l'indépendance de la 
Sublime-Porte, l'empereur s'engageait, en cas que la Porte 
eût besoin de réclamer de nouveau l'assistance navale et 
militaire de la Russie, à fournir autant de troupes et de 
vaisseaux qu'il en faudrait pour protéger le sultan contre ses 
ennemis. Dans le cas où l'une des deux Puissances aurait 
réclamé le secours de l'autre, les frais seuls d'approvi- 
sionnement pour les forces de terre et de mer, seraient à 



— c 28t» — 

la charge de la Puissance qui aurait demandé assistance. 
Le présenl traité devait avoir son effet pendant huit années, 
sauf à le renouveler et à le prolonger, avant l'expiration de 
ce ternie. 

L'article additionnel de ce traité avait, à lui seul, pour la 
Russie, plus d'importance que le. traité tout entier. Il était 
dit; dans cet article, que la Russie, voulant épargner à la 
Sublime-Porte la charge et les embarras qui résulteraient 
pour elle d'un secours matériel demandé par son alliée, la 
Sublime-Porte, a h, place dudit secours qu'elle s'était en- 
gagée à fournir au besoin, d'après le principe de réciprocité 
du traité patent, devrait borner son action en faveur de la 
cour impériale de Russie, à fermer le détroit des Darda- 
nelles, c'est-à-dire à ne permettre à aucun bâtiment de 
guerre étranger d'y entrer sous un prétexte quelconque. 

Par cet article additionnel et fondamental, le tzar était 
mis en possession ,1e la clef des Dardanelles et, par con- 
séquent, de la mer Noire. 

Telle fut la nouvelle imprévue qui eut immédiatement 
des échos éclatants dans tous les cabinets européens et, 
plus que partout ailleurs, en France et en Angleterre, oii 
l'on se plaignit hautement d'avoir été joue par la Russie. 
La France et l'Angleterre demandèrent aussitôt des expli- 
cations au cabinet de Saint-Pétersbourg, qui n'avait pas 
l'habitude d'en donner dans les questions étrangères à la 
politique générale que pouvait revendiquer l'Europe, pour 
les soumettre à un examen collectif des Puissances'; ces 
explications étaient réclamées avec une sorte d'amertume, 
sinon de menace. 

Le comte de Nesselrode répondit, comme il l'avait déjà 
fait en 1828 et en 1829, que son auguste maître n'admet- 
tait pas que ses actes personnels fussent soumis à une espèce 



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— 287 — 
d'enquête, de la part de ses alliés, et qu'il entendait n'être 
troublé par personne dans l'exercice de ses droits de sou- 
verain. 

Le sultan Mahmoud, à qui fut adressée la même demande 
d explications, se renferma dans un labyrinthe de réponses 
obscures et ambiguës, qui éludaient le reproche et tenaient 
en échec la menace. 

Le cabinet de Saint-Pétersbourg avait déployé une rare 
habileté pour arriver à un résultat qui, «ans être celui qu'il 
poursuivait peut-être dans l'épisode de l'intervention russe 
en Orient, n'en était pas moins honorable et avantageux 
puisque la Russie tenait sous sa main la Porte Ottomane' 
Ce résultat, c'était a l'empereur seul qu'il était dû, car il 
avait seul dirigé la marche des négociations, et le comte de 
Nesselrode n'avait eu cette Ibis qu'à exécuter les ordres de 
son auguste maître. 

Le comte de Nesselrode, malgré sa réserve ordinaire ne 
put s empêcher de rendre hommage à la perspicacité et à 
la prévoyance de l'empereur, dans le conseil des ministres, 
en disant que le rôle du ministre des affaires étrangères 
s était borné a s'inspirer d'après les vues et les niées de Sa 
Majesté, en se faisant l'instrument actif et aveugle de ses 
volontés. 

L'empereur affectait souvent de s'excuser de son incom- 
pétence dans certaines questions spéciales. 

-Si je sais quelque chose, dit-il alors avec finesse en 
s adressant a ses ministres, c'est en causant avec 'des 
hommes d'esprit et de savoir, que j'ai pu m'instruire. Au 
reste, il n'y a pas de meilleure éducation, ce me semble ■ 
elle est certainement préférable à celle qu'on puise dans les 
livres; je le crois du moins. 

Ce fut alors que Nicolas exprima de nouveau une opi- 






— 288 — 

nion, qu'il avait plusieurs fois émise pondant la guerre de 
Turquie, en 1829. 

— Si le caractère du sultan était d'une trempe assez 
forte, dit-il en plein conseil, il se ferait chrétien orthodoxe, 
et la masse de ses sujets le suivrait dans ce changement de 
religion nationale. C'est, selon moi, la seule bonne issue 
qui lui reste. Je ne puis désirer, au point de v ne de la poli- 
tique, un meilleur voisin; mais la Turquie est un État qui 
croule de toutes parts : sa chute est inévitable, à cause de 
sa détestable administration. Le sultan aura beau faire, l'é- 
lément chrétien le débordera, et les persécutions des fana- 
tiques musulmans ne serviront qu'a donner plus de force à 
ce principe de transformation sociale. Avant un demi-siècle, 
il n'y aura plus de Turquie! 

L'empereur de Russie ('tait invulnérable et inattaquable, 
lorsqu'il se renfermait, pour ainsi dire, dans le domaine 
de sa politique personnelle, et qu'il refusait carrément de 
livrer son autorité souveraine au contrôle inquisitorial et 
oppressif des autres États de l'Europe. Les signataires du 
traité d'Unkiar-Skelessi n'auraient peut-être pas, de long- 
temps, levé le voile qui couvrait leurs conventions réci- 
proques, si une indiscrétion vénale, dit-on, n'eût fait sortir 
ce traité du mystère de la chancellerie russe. 

C'est alors que le Gouvernement de Juillet conçut l'idée 
machiavélique de faire la guerre à la Russie sur le terrain 
de la Pologne. 



CXCIX 



Depuis les débuts de l'intervention russe à Constanti- 
nople les ministres de Louis-Philippe avaient imaginé une 
sorte d intervention française à Saint-Pétersbourg, en de- 
mandant avec ténacité que les conditions du traité de 
Vienne, relatives au royaume de Pologne, ne fussent pas 
plus longtemps oubliées et méconnues par le gouvernement 
russe. 

Une note officielle de la cour de France, rédigée dans ce 
but avec autant de prudence et de réserve qu'en exigeait 
un sujet aussi épineux, ne pouvait être accueillie que d'une 
mainere défavorable. L'empereur Nicolas en fut aussi sur- 
pris que mécontent, et il n'y répondit que par une fin de 
non-recevoir très-catégorique et très-sévère. La note diplo- 
matique fut pourtant renouvelée plus ferme et non moins 
polie que la première : elle n'eut pas plus de succès. 

L'ambassadeur de Russie à la cour de France, Pozzo di 
Borgo, avait été rappelé et n'avait pas eu de successeur • 
1 ambassade russe était confiée momentanément à un 
chargé d'affaires, M. d'Oubril. Le duc de Trévise, ambas- 
sadeur de France a Saint-Pétersbourg, «'était pas non plus 
à son poste depuis près d'un an, et l'on savait qu'il n'y re- 
tournerait pas. 

19 



— 290 — 
Cet état de choses indiquait un refroidissement et même 
une mésintelligence caractérisée entre les deux Gouverne- 
ments. Celte mésintelligence ne fit (pie s'accroître à chaque 
nouvelle insistance du minisire des affaires étrangères, soit 
le comte de Sébastiani, soit le duc de Broglie, qui adressait 
des représentations, au sujet de la Pologne, fondées sur les 
principes et les articles du traité de Vienne. 

L'empereur crut reconnaître, dans celte insistance, l'ac- 
tion personnelle de Louis-Philippe, et il prit à cœur la con- 
Irarielé qu'on paraissait vouloir lui faire éprouver, par com- 
pensation ou par représailles. Il fut vivement blessé de 
celte intrusion persistante de la politique étrangère dans les 
affaires de son gouvernement, cl bien déterminé à ne pas 
souffrir la moindre atteinte à ses droits de souverain, il fit 
tomber tout son ressentiment sur le roi des barricades fc'est 
ainsi qu'il avait qualifié Louis-Philippe), qui lui était peu 
sympathique depuis la révolution de 1830, et qui lui devint 
tous les jours plus répulsif et bientôt plus haïssable. 

On peut dater de l'année 1833 cette antipathie, cette 
aversion, ce ressentiment, que Nicolas conserva pendant 
son règne contre la personne même de Louis-Philippe, et 
qu'il ne se donna jamais la peine de cacher vis-à-vis de ses 
ministres, ni dans le cercle de sa vie privée, ni devant son 
entourage intime. 

Cette disposition hostile et souvent agressive à l'égard 
du roi des Français était si apparente et tellement vive et 
implacable chez l'empereur, qu'on se demanda souvent ce 
qui l'avait fait naître, et surtout ce qui pouvait ainsi la 
pousser à l'extrême. On en a cherché la cause, et on a 
trouvé plusieurs motifs qui sembleraient, à différents degrés, 
avoir contribué simultanément à ce parti-pris de haine, de 
dédain et de malveillance, que Nicolas ne cessa plus de 



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— 291 — 

manifester contre Louis-Philippe, à tout propos et en toute 
occasion. 

Au reste, il ne s'abusait pas lui-même sur sa partialité et 
son injustice, dans bien des circonstances où le pauvre roi 
aurait mérité d'être mieux jugé. 

— Que voulez-vous? disait l'empereur à l'impératrice 
qui 1m reprochait quelquefois d'être souverainement injuste 
envers le duc d'Orléans couronne. Nous avons chacun ici- 
bas notre bête d'aversion : c'est l'araignée pour celui-ci, 
c est le serpent pour celui-là... 

— Oh! Sire, interrompit l'impératrice, rappelez-vous 
que vous me répétiez souvent que le duc d'Orléans était 
pour vous le type de l'homme sage, de l'honnête homme 
du chef de famille. 

— Sans doute, répliqua l'empereur, mais il n'était pas 
encore devenu « la meilleure des républiques, » il „- avait 
pas fait la révolution de juillet, ou du moins il n'en avait 
pas odieusement profité pour s'emparer du trône ,1e son 
malheureux parent le roi Charles X. 

Ce fut toujours là le péché d'origine (pie l'empereur Ni- 
colas reprochait au roi des Français, sans vouloir admettre 
aucune raison d'État qui pût l'absoudre, disait-il, d'une 
mauvaise action commise et avouée à la lace de l'Europe. 

— C'est payer trop cher une couronne! ajoutait-il avec 
mépris. 

On comprend que ces sentiments de mésestime n'avaient 
pu que s'augmenter et s'enraciner, à la suite de la déplo- 
rable aventure de la duchesse de Berry, guettée et prise au 
piège, en Vendée, au moyen «le la plus infâme trahison et 
enfermée dans la citadelle de Blaye, ou celle imprudente 
et courageuse princesse s'était vue mise au pilori et for- 
cée d'épouser un petit gentilhomme italien pour recouvrer 



— 292 — 

sa liberté, en renonçant à tous ses droits de tutrice et de 
mère du duc de Bordeaux. 

L'empereu r Nicolas av ait d'abord refusé de croire aux 
nouvelles qui lui venaient de France sur ce triste événe- 
ment : 

- C'est impossible, disait-il avec une généreuse indigna- 
bon: un souverain, un roi des Français ne s'est pas fait com- 
plice de Dente, d'un v,l juif, pour perdre, pour déshonorer 
sa propre nièce aux yeux du monde entier! Louis-Philippe 
peut être un conspirateur, un ambitieux, un finasseur poli- 
tique, un faux bonhomme, mais ce n'est pas un monstre. 
Pendant plusieurs semaines, l'arrestation et la détention 
de la pauvre duchesse de Bon-y avaient occupé tous les en- 
tretiens de la cour; l'impératrice Alexandra prenait sur- 
tout l'intérêt lé plus délicat à la pénible position de l'il- 
lustre prisonnière de Blaye; elle ne cessait de solliciter 
l'empereur, pour qu'il vînt en aide à cette grande infortune, 
pour qu'il fit entendre au gouvernement français, au roi 
Louis-Philippe, des représentations sévères dictées par un 
sentiment de noble pitié, inspirées par la conscience du de- 
voir et de l'honneur des princes, plutôt que par de mes- 
quines considérations politiques. 

Nicolas, en effet, demanda des renseignements précis à 
son ambassadeur à Paris, et lui ordonna de faire plusieurs 
démarches officieuses auprès des ministres du roi, pour plai- 
der la cause personnelle de la duchesse de Berrv et pour 
améliorer le sort de cette malheureuse princesse. Ces dé- 
marches, quoique réitérées avec autant d'adresse que 
d'énergie, par le comte Pozzo di Borgo, auprès du général 
Sébastiani, ministre des affaires étrangères, et aussi auprès 
de M. Tlners, ministre de l'intérieur, étaient restées sans 
aucun résultat, les deux ministres ayant protesté hautement 



BHSBU 



BO^H^B 



— 293 — 
des intentions bénévoles du roi à l'égard de sa nièce, qui 
ne serait pas mise en jugement et qui recouvrerait sa liberté 
aussitôt que les circonstances le permettraient. 

On sait quelles étaient ces circonstances, dont le Gouver- 
nement de Juillet sut tirer parti si habilement, de manière 
a frapper de stupeur et d'inertie l'Opposition légitimiste. Ce 
bit, il faut l'avouer, un des épisodes les plus honteux et les 
plus inqualifiables du règne de Louis-Philippe. 

L'empereur Nicolas en avait jugé ainsi, car il s'exprima 
plusieurs fois sur ce sujet avec une indignation, avec une vé- 
hémence, qui autoriseraient presque a dater de ce fait et de 
cette époque la recrudescence de son antipathie contre le 
roi, qu'il appelait, dans le particulier, l'escamoteur constitu- 
tionnel. On pourrait même supposer, jusqu'à un certain 
point, qu'il rappela son ambassadeur, pendant que la du- 
chesse deBerry était encore captive a Blaye, pour montrer 
à tous les souverains combien il désapprouvait la conduite 
du roi et de ses ministres. Le bruit courut, d'ailleurs, que 
Pozzo di Borgo, lors de son départ, aurait dit que l'empe- 
reur de Russie voulait protester solennellement, contre les 
outrages et les indignités dont la duchesse de Berry avait 
été victime. 

Ce n'était pas la seule protestation que l'empereur avait 
faite vis-à-vis du gouvernement français, dans le cours des 
années 1832 et 1833. Il avait adresse, à plusieurs reprises, 
des plaintes énergiques au sujet des injustices et des vio- 
lences que la Hollande avait à supporter de la part de la 
France, qui n'agissait plus que dans l'intérêt de la Belgique, 
et qui était ainsi juge et partie dans sa propre cause, depuis 
que le roi Louis-Philippe avait marié une de ses filles au roi 
des Belges. La conférence de Londres avait, dans plusieurs 
cas, fait droit aux réclamations de la Hollande appuyées par 






— 294 — 
la Russie; mais l'empereur n'en conservait pas moins de 
ressentiment contre le roi des Français, qui semblait avoir 
prisa tâche d'abaisser, de diminuer, d'effacer les Pays-Bas 
au profit de la Belgique. 

Le dernier grief de Louis-Philippe, le plus grave de 
tous vis-à-vis du tzar, ce furent ses tentatives de s' ingérer 
en s'armant des traités de Vienne, dans les questions qui 
touchaient à la Pologne, à son organisation comme royaume, 
a son administration comme État séparé de la Russie. 

-Je trouve un peu bien étrange, s'écria Nicolas, blessé 
et irrité, que le roi des barricades ait l'audace de parler des 
traités de Vienne, qui protestent contre son usurpation, et 
qui le dénoncent au tribunal des souverains de l'Europe! 
Le comte de Nesselrode avait ordre d'opposer un silence 
inflexible à toutes les communications diplomatiques qui 
auraient trait à la Pologne; il devait se borner à répondre 
que l'empereur était seul maître et seul arbitre des desti- 
nées de ses peuples. 

— Surtout, disait souvent Nicolas au vice-chancelier de 
l'Empire, pas d'explications, pas de justifications. Je n'ad- 
mets pas qu'il puisse exister pour l'Europe une question 
polonaise. 

Cette question polonaise n'existait que trop en Europe, 
principalement en Angleterre et en France, où elle était 
représentée non-seulement par trois ou quatre mille indivi- 
dus qui recevaient, comme réfugiés, un subside que le 
Gouvernement demandait chaque année aux Chambres, 
mais encore par tout ce qui composait le parti libéral et par 
une foule de personnes notables qui s'étaient laisse ga-.' 
gner à la cause de la Pologne. 

Louis-Philippe, il est vrai, avait donné lui-même 
l'exemple de ces sympathies presque générales pour les 



— 295 — 
Polonais et pour leur révolution : son poète ordinaire, Casi- 
mir Delavigne, avait, à son instigation, composé un chant 
national, la Varsovieme, pour l'aire suite à la Parisienne, qui 
avait été la Marseillaise de 1830; le roi- citoyen, comme 
on le surnommait alors, s'était inscrit à la tête des sous- 
cripteurs en faveur de la Pologne insurgée; il avait même, 
plus d'une Ibis, électrisé la garde nationale de Paris, en lui 
annonçant des victoires éclatantes remportées par l'hé- 
roïsme polonais, victoires qui se trouvaient toujours fausses. 
Cependant, comme pour démentir ces démonstrations peu 
bienveillantes envers la Russie, il avait l'ait dire à l'empe- 
reur, il lui avait même écrit de sa propre main, qu'il ne 
songeait pas le moins du monde à intervenir dans les af- 
faires de Pologne, et qu'il s'en rapportait absolument, pour 
la pacification de ce pays indomptable, à la sagesse et à la 
magnanimité de son souverain. 

L'empereur Nicolas avait donc lieu de s'étonner et de se 
plaindre du subit changement de politique, qui faisait, du 
roi des Français le défenseur avoué, l'auxiliaire sérieux 
des rebelles polonais. 

Ce fut bien pis, quand le gouvernement anglais intervinl 
à son tour dans la question de Pologne, par voie de repré- 
sailles contre la Russie, qui ne l'avait pas consulte avant 
d'intervenir à main armée dans la querelle du sultan et de 
son vassal Méhémet-Ali. Une note diplomatique, très-nette 
et très-ferme, avait été adressée, par le cabinet de Saint- 
James, au comte de Nesselrode, pour lui représenter que 
le Statut organique qui avait réglé, à la date du 26 fé- 
vrier 1832, la situation définitive du royaume de Pologne 
n'était nullement conforme aux prescriptions du traité de 
Vienne. 

Avant même que Nicolas eût pris un parti relativement à 



— 296 — 
cette note, qui l'avait vivement contrarié, et dont il voulait 
rejeter encore la responsabilité sur Louis-Philippe, de nou- 
veaux débats s'élevèrent, au sujet de la Pologne, dans la 
Chambre des Communes de l'Angleterre. A la séance du 
9 juillet, C. Fergusson, après avoir dirigé les attaques les 
plus violentes contre les actes du gouvernement russe à 
l'égard des Polonais, proposa de voter une adresse au 
roi, pour le supplier de refuser son assentiment à la nou- 
velle organisation de la Pologne, comme contraire aux sti- 
pulations formelles du traité de Vienne. 

Cette proposition servit de thème à la discussion la plus 
ammée contre la Russie et la plus injurieuse contre l'empe- 
reur. C'était probablement un coup monté pour autoriser 
et motiver l'intervention du gouvernement anglais dans les 
affaires de Pologne. 

Lord Palmerston , secrétaire d'État de Sa Majesté Bri- 
tannique, prit la parole, non pour repousser les allégations 
malveillantes et mensongères des orateurs qui avaient atta- 
qué le tzar, allié de l'Angleterre, mais pour déclarer seule- 
ment que la motion de Fergusson était de nature à compro- 
mettre les relations pacifiques des Puissances de l'Europe 
Cette motion fut donc rejetée par cent soixante-dix-sept voix 
contre quatre-vingt-quinze, qui formaient une minorité im- 
posante à laquelle le ministère ne pouvait se dispenser de 
donner satisfaction. 

L'empereur Nicolas se montra très-sensible aux attaques 
dont son gouvernement avait été l'objet dans la Chambre 
des Communes; il tint conseil avec le comte de Nesselrode 
et comme, avant tout, il ne voulait pas laisser peser sur lui 
les accusations odieuses et injustes qu'on avait osé diriger, 
du haut de la tribune anglaise, contre ses actes de souve- 
rain, il exigea que sa réponse parût au grand jour, au lieu 



SfèSSSSî 



— 297 — 
d'être enfouie dans les arcanes de la diplomatie, car il ne 
l'adressait pas seulement au parlement anglais, mais bien 
a l'Europe entière, au bon sens et à l'équité de tous les 
hommes impartiaux. 

Après avoir, de concert avec Nesselrode, arrêté les bases 
et les termes de cette réponse solennelle, il en confia la ré- 
daction à la meilleure plume de sa chancellerie, à celle du 
comte Michel Spéransky, lequel excellait dans ce genre de 
travail. C'était une longue note appuyée sur le texte du traité 
de Vienne et composée avec un art merveilleux, de ma- 
nière a établir, par des arguments solides et irréfragables 
que non-seulement le tzar était resté fidèle aux stipulations 
du traite, en ce qui concernait le royaume de Pologne 
ma 1S encore qu'il aurait pu ne tenir aucun compte de ce 
traite, que les Polonais rebelles avaient déchiré eux- 
mêmes. 

Cette admirable note, qui fut adressée à toutes les cours 
européennes et publiée simultanément dans le journal offi- 
ciel de Saint-Pétersbourg, se terminait par une conclusion 
aussi modérée, aussi logique, aussi ferme et aussi claire' 
q« on pouvait l'attendre d'un souverain qui faisait appel a 
1 opinion publique. 



« En résumant dans leur ensemble les considérations qui 
précèdent, nous sommes autorisés à conclure ; 

« Que la Constitution polonaise de l'année 1815 n'a été 
garantie par aucune Puissance; qu'aucune, par conséquent 
n a contracté l'obligation m acquis le droit d'en exiger le 
maintien; que cette Constitution, accordée a la Pologne par 
un effet de la libre volonté de l'empereur Alexandre de 
glorieuse mémoire, a été mise à néant par les propres 
actes du gouvernement insurrectionnel, qui a proclamé la 



— 298 — 
rupture du lien établi par les traités de Vienne entre le 
royaume et l'empire; que, après la répression de la révolte, 
l'empereur Nicolas était seul maître de juger si la Charte 
de 1815 pouvait être rétablie ou bien si elle devait être 
remplacée par un ordre de choses différent, mieux appro- 
prié aux vrais intérêts des États de Sa Majesté impériale et 
royale; que, par le Statut organique qui a été, en consé- 
quence, introduit dans le royaume, aucune des clauses du 
traité de Vienne n'a été enfreinte, puisque, en vertu de ces 
nouvelles institutions, le royaume de Pologne demeure ir- 
révocablement lié à l'empire de Russie; qu'il a une adminis- 
tration distincte; que l'empereur continue à porter le titre 
de roi de Pologne, et que les Polonais ont obtenu une repré- 
sentation et des institutions nationales, réglées d'après le mode 
d'existence politique (pie Sa Majesté impériale, à la suite 
d'une pénible expérience du passé, a jugé utile et convenable 
de leur accorder; enfin, (pie les obligations imposées à Sa 
Majesté par le traité de Vienne, relativement aux institu- 
tions intérieures de la Pologne, ne diffèrent point de celles 
que les gouvernements d'Autriche et de Prusse ont con- 
tractées, par la même transaction, à l'égard de leurs sujets 
polonais ; 

« Que, par conséquent, l'empereur, à l'égal de ces deux 
Gouvernements, n'est pas tenu d'admettre l'intervention 
d'une Puissance quelconque dans les questions du régime 
intérieur qui concernent la Pologne. » 

Ce n'était pas sans motifs que l'empereur avait mis en 
avant l'Autriche et la Prusse, qui se trouvaient en quelque 
sorte solidaires avec lui dans la question polonaise : il sa- 
vait, de longue date, que ces deux Puissances le suivraient 
sur ce terrain-là aussi loin qu'il voudrait aller ou qu'on 



— 299 — 
voudrait le pousser, et, de plus, il avait rencontré tant 
d'activité .jalouse et presque ouvertement hostile de la part 
de la France et de l'Angleterre, dans une phase nouvelle de 
la question d'Orient, qu'il avait jugé opportun de se rap- 
procher à la fois de la Prusse et de l'Autriche, dans la pré- 
vision d'une triple alliance que les événements rendraient 
nécessaire pour faire face a l'alliance anglo-française: 

Cependant, Nicolas n'avait pas voulu dévier de la ligne 
droite et loyale cpi'd s'était tracée en mettant ses flottes et 
ses années a la disposition du sultan : la paix signée entre 
Mahmoud et Méhémet-Ali, Ibrahim-Pacha ayant repassé le 
Taurus, l'escadre et les troupes russes se retirèrent, au jour 
(ixé, sans essayer de prolonger leur occupation sur un seul 
point de l'Empire ottoman. Elles j laissaient pourtant un 
souvenir durable de leur passage et de leur généreuse mis- 
sion. 

Le général Mourawieff avait fait détacher des montagnes 
d'Anatolie un bloc, de rocher, pesant deux mille pouds 
(environ trente-cinq mille kilos). Cette masse énorme, 
amenée d'une distance de six werstes, a force de bras' 
par les soldats russes, auxquels les soldats turcs prê- 
tèrent un concours empressé, fut. hissée, de la même ma- 
nière, jusqu'au sommet d'une colline située près du pro- 
montoire de Selvi-Bournou. Dès qu'on l'eut pose et cimente 
sur des assises ,1e pierre dure, le soir du S juillet, Moura- 
wieff inaugura le monument, qui devait porter pour seule 
inscription cette simple date anniversaire de la naissance de 
l'empereur Nicolas : 25 juin 1833. 

Les officiers de terre et de mer accompagnèrent sur la 
colline le général Mourawieff, qui avait invité le comte Or- 
lolï, le vice-amiral Lazareff et le ministre Boutenieff, a ho- 
norer de leur présence la consécration d'un monument des- 



— 300 — 
tiné à perpétuer le souvenir du séjour des troupes russes en 
Asie Mineure. La musique et les chœurs de tous les régi- 
ments firent entendre les airs nationaux de la Russie, et 
quand la nuit devint plus obscure, on alluma des feux de 
joie sur la pierre gigantesque, qu'on avait décorée de guir- 
landes de fleurs et entourée d'une étincelante illumination; 
puis, après le souper, qui réunissait un grand nombre d'invi- 
tés sous une tente dressée au bord de la mer, tous les con- 
vives se rendirent au pied du monument, pour porter un 
toast à la santé, le l'empereur, toast auquel la flotte et l'ar- 
mée s'associèrent en poussant un cri unanime de hourra. 
Deux jours après, l'anniversaire de la naissance de l'em- 
pereur fut célébré avec beaucoup de pompe à l'hôtel de 
l'ambassade de Russie, à Bouyukdéré, par un grand dé- 
jeuner d'apparat, des salves d'artillerie, des illuminations 
un feu d'artifice et un bal. Le sultan, qui habitait alors 
son palais d'Eté sur le Bosphore, arriva incognito sur son 
bateau a vapeur, pour voir le feu d'artifice, qui se termina 
par un bouquet de six mille fusées, éclatant et jaillissant 
du haut de la montagne du Géant, tandis qu'une décoration 
lumineuse représentait le temple de la Paix avec les chif- 
fres de Mahmoud et de Nicolas. 

Le sultan, à qui le comte Orloff était allé rendre visite 
à bord de son bateau, lui annonça qu'il avait donné l'ordre 
de faire graver sur le monument commémoratif de l'anni- 
versaire ,1e la naissance du tzar cette inscription turque en 
quatre vers, dont voici la traduction bttérale : « C'esl sur 
cette plage que l'armée russe vint en amie et repartit de même. 
Que ce rocher colossal soit le monument qui m conserve le 
souvenir! Puisse l'union des deux empires être aussi durable et 
aussi solide! Et que la tradition s'en perpétue dans la bouche 
des amis jusqu'aux temps les plus reculés! » 



— 301 — 
Les principaux dignitaires de la Porte, le corps diplo- 
matique et la haute société de Péra, assistaient au bal 
qui finit par un souper, dans lequel le grand-vizir porta 
un toast à l'empereur de Russie, qu'il nomma « l'ami de 
SaHautesse le sultan, » et le comte Orloffy répondit par 
un toast au sultan, « le meilleur ami de Sa Majesté. » 

Les troupes russes, qui avaient levé le camp depuis plu- 
sieurs jours, s'embarquèrent, avec toute l'artillerie et tout 
le matériel, dans la journée du 9 juillet, et le lendemain, 
l'escadre, saluée par tous les forts des côtes, fit voile pour 
Sébastopol. Le comte Orloff, dont la mission était terminée, 
ne resta que le temps nécessaire pour prendre congé des 
autorités turques, et reçut à bord du vaisseau le Tchesma la 
visite d'adieu du séraskier-pacha, qui le pria de déposer 
aux pieds de l'empereur la lettre suivante, écrite au nom 
du sultan : 



« Sire, 

« Les troupes de Voire Majesté ont quitté le Bosphore; 
d ne reste plus, en ce moment, au milieu de nous, que leur 
chef, le noble représentant de cette amitié auguste qui 
vient de prêter au trône musulman un si généreux appui. 
Notre reconnaissance, notre affection, nos vœux, ne suffi- 
sent plus à le retenir; ses devoirs l'appellent auprès de 
Votre Majesté. En le voyant partir, j'éprouve le besoin 
d'exprimer à Votre Majesté, en qualité de ministre de la 
guerre de Sa ïlautesse, les sentiments particuliers qu'a fait 
naître en moi le séjour à Constantinople des belles légions 
qui y ont été dirigées par votre ordre. 

« Le débarquement, lors de leur arrivée, de même que 
leur embarquement, opéré en quelques heures dans l'un de 



— 302 — 
ces derniers jours, ont été des modèles d'ordre, de pré- 
cision, d'une organisation puissante, dont tous les détails 
sont combinés pour former un ensemble d'une étonnante 
perfection. 

« Une discipline admirable, une régularité de conduite 
qui ne s'est pas un seul instant démentie, ni chez les offi- 
ciers, ni chez les soldats, pendant toute la durée de leur 
séjour ici, ont mérité les éloges unanimes du peuple de 
la capitale et font le plus grand honneur aux chefs supé- 
rieurs qui savent sans elïbrt rendre toujours leur autorité 
présente et respectable. 

« De la part des soldats, obéissance absolue, dévoue- 
ment à leurs devoirs, discipline invariable ; dans les chefs, 
la science du commandement unie à la connaissance de 
toutes les parties de la haute instruction militaire. 

« Telle est, Sire, l'impression (pie m'ont laissée les 
troupes de Votre Majesté. 

« Mais quelle que soit la perfection de cette organisation 
remarquable, elle ne peut absorber tous nos hommages; 
ils s'adressent à un fait plus grand encore et qui mérite 
un rang plus élevé dans l'estime publique; je veux dire 
l'esprit admirable de désintéressement, qui a signalé l'expé- 
dition ordonnée par Votre Majesté. L'Histoire la proclamera 
comme l'une des plus nobles actions qui puissent marquer 
la carrière d'un grand prince, et dès à présent, la recon- 
naissance du souverain musulman et de son peuple, l'ap- 
probation de l'Europe entière, offrent à Votre Maje'sté la 
première récompense que puisse ambitionner une grande 
âme. 

« Veuillez, Sire, prêter une bienveillante attention aux 
paroles que M. le comte Orloff vous fera entendre de notre 
part; il exprimera bien mieux que je ne puis faire, tout 









— 303 — 
ce que nous inspirent la loyale amitié, la grandeur et la 
gloire de Votre Majesté. Les protestations de la gratitude, 
les hommages d'une admiration sincère, ne sauraient trou- 
ver un plus .ligne interprète, qu'un serviteur si distingué 
et si fidèle. 

« Daignez agréer, Sire, l'expression des sentiments que 
j'ai l'honneur de déposer aux pieds de Votre Majesté et en 
même temps l'hommage du profond respect et de l'admi- 
ration sincère, avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Sire, 
de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur, 

« Le Séiuskieiï-Paciia. 
•< Esii-Saraï, le 29 juin (11 juillet, uouv. st.) 1833. » 

Nicolas n'avait pas attendu le retour du comte Orloffà 
Saint-Pétersbourg, où il n'arriva que le 21 août, pour lui 
donner une première marque de reconnaissance, en l'éle- 
vant au grade de général de cavalerie (ukase du I 1/23 juil- 
let). Il avait aussi récompensé le vice-amiral Lazareff, en 
le nommant son aide de camp général (1/13 juillet), et 
l'on disait déjà que ce vice-amiral, qui passait pour le meil- 
leur officier de la marine russe, était désigné pour rem- 
placer le vieil amiral Greig, en qualité de commandant en 
chef de la flotte et des ports de la mer Noire. 

L'empereur n'avait pas oublié son ambassadeur Boute- 
nieff, auquel il conféra, par un rescrit du 15/27 juillet, la 
grand'eroix de l'ordre de Saint-Vladimir de la deuxième 
classe. Quelques jours plus tard, il adressa un rescrit, daté 
du 31 juillet/12 août, au baron de Stunner, internonce 
d'Autriche près la Porte Ottomane, en lui envoyant la 
grand'eroix en diamants de l'ordre de Sainte-Anne, de la 
première classe, comme un témoignage de sa haute satis- 



< ' ■" 







— 304 — 
faction pour la coopération loyale et active que ce ministre - 
avait apportée aux négociations qui avaient pour but la 
conservation de l'Empire ottoman. 

Cette distinction exceptionnelle, accordée à l'ambassadeur 
autrichien dans les circonstances présentes, et motivée en 
pareils termes, prouvait assez le rapprochement amical qui 
s'était opéré entre l'Autriche et la Russie pendant l'inter- 
vention russe à Constantinople. 



ce 



L empereur Nicolas ne dissimulait pas qu'il avait eu lieu 
de se pla.nd.-e de la conduite défiante et hostile des cours 
de France et .l'Angleterre, dans les négociations enta- 
meesa Constantinople, et qu'il ne sou ff rirait inl |; , , nuin . 

^ reateûte à «es droits et à sa dignité de souverain [J 
tait donc îb,en décidé à maintenir, même par les armes 
les actes de son gouvernement en Pologne et ceu^ de <a 
diplomatie en Orient. 

Pendant que ses escadres, maîtresses du Bosphore, sta- 
tionnaient devant Constantinople, une autre flotte russe com- 
mandéeparramiralRicord, ne perdait pas de vue, dans la 
Méditerranée, les escadres anglaise et française. On avait pu 
craindre que la Triple Alliance ne se rompît dans le choc 
inopméd une bataille navale. Les marins des trois nations 

estèrent a,ns, plusieurs mois en présence, sans en ven.r 
uxhosihtés, mais la guerre, une grande guerre, semblait 
devoir être la conséquence inévitable des rivalités d'in- 
fluence qui se heurtaient sans cesse dans la question d'O- 

Ceto guerre, Nicolas l'acceptait en principe et s'y pré- 

-20 



— 3UG — 
parait déjà ostensiblement, en remplissant ses arsenaux, en 
faisant construire des navires, en augmentant ses armées; 
il n'attendit même pas, pour décréter une conscription géné- 
rale, (pic le nouveau recensement, qu'il avait ordonné (ma- 
nifeste du L 6/28 juin 1833), fût exécuté. Ce recensement, 
il est vrai, était destiné surtout à remédier à l'inégalité 
de la répartition des impôts, par suite des changements sur- 
venus dans le chiffre de la population depuis le dernier recen- 
sement de 1816. L'empereur, par un ukase du \"/\3 août 
1833, décréta, pour remplir les vides qui s'étaient faits 
dans les rangs de ses armées de terre et de mer, qu'une levée 
de quatre recrues par mille hommes aurait lieu immédia- 
tement dans tout l'empire, excepté dans les gouvernements 
du Sud, où, la récolte ayant manqué, par suite des séche- 
resses extraordinaires de l'été, la disette s'annonçait sous 
les plus tristes auspices. 

Peu de jours avant la promulgation de cet ukase, l'em- 
pereur avait passé en revue la Hotte dans la rade de Cron- 
stadt et donné un grand dîner à tous les élèves des écoles 
militaires campés à Petcrholf. Ce dîner, qui eut pour spec- 
tateurs un grand nombre de personnages de distinction et, 
entre autres, l'ambassadeur d'Autriche, que l'empereur in- 
vitait alors a toutes les cérémonies et à toutes les fêtes, 
présenta un émouvant tableau de famille militaire, en quel- 
que sorte, destiné à faire une vive et utile impression sur 
les esprits les plus hostiles à la Russie. 

Le dimanche 28 juillet, la solennité commença par une 
messe à laquelle assistèrent seuls les premiers pelotons 
des écoles, tandis que les autres élèves étaient rangés en 
bataille sur la pelouse qui fait face au palais de Péterhoff; 
au sortir de la messe, l'empereur se mit à la tête du 1 er pe- 
loton du 1" corps des cadets et fit défiler devant l'impé- 



— 307 - 
ratrice toutes les écoles militaires. Le grand-duc héritier se 
trouvait clans les rangs du 1 - corps ; le grand-duc Constan- 
tin, dans ceux du corps des cadets de la marine. 

On se rendit ensuite dans le jardin supérieur, où les tables 
étaxent servies pour deux mille cinq cents convives, sous 
une (ente ornée de trophées d'armes et de drapeaux Le 
grand-duc héritier et son frère Constantin prirent place le 
premier avec les cadets du 1- corps, le second avec les 
cadets de la marine. 

Pendant tout le repas, l'empereur et l'impératrice circu- 
laient autour des tables, en adressant la parole à leurs 
jeunes hôtes, avec une bienveillance et une affabilité toutes 
paternelles. Les élèves, émus jusqu'aux larmes, répon- 
daient à Leurs Majestés par les transports d'une joie franche 
et reconnaissante. L'empereur prit un verre de vin et porta 
""toast à la santé de ces braves jeunes gens, qu'il nomma 
« 1 espoir de la patrie. » Tous les cœurs s'épanchèrent dans 
un long cri d'enthousiasme. 

Après le dîner, Nicolas fit sortir des rangs les orphelins 
polonais cru, avaient perdu leurs parents dans la guerre de 
Pologne : d les conduisit à l'impératrice et les lui présenta 
en les nommant ses enfants. 

-Ce sont bien mes enfants, répéta-t-il à haute voix 
pmsqu'ils n'ont plus d'autre père que moi. Voici, ajouta- 
t-ilavec intention, le fils du général comte Hauke, qui a 
péri dans la fatale insurrection de Varsovie, en défendant 
les droits de son souverain légitime; voila les trois fils 
du colonel Sowinski, qui fut tué dans les rangs des rebelle, 
en défendant les fortifications de Wola contre l'armée russe' 
Eh bien! je les confonds tous dans ma tendresse «le père 
puisqu'ils sont orphelins, et je veux qu'ils apprennent, les 
uns comme les autres, à aimer la Russie et a la servir car 



— 308 — 

la Russie les adopte et ne les sépare pas de ses véritables 
enfants. 

Le lendemain, l'empereur qui avait donné l'ordre à la 
flotte de Gronstadt de mettre à la voile et de venir l'attendre 
devant Krasnaîa - Gorka , s'embarqua sur YIjora, avec le 
prince Albert de Prusse, l'ambassadeur d'Autriche et quel- 
ques personnes de sa suite. Le grand-duc Michel était alors 
a Moscou, ainsi que la grande-duchesse Hélène et ses filles 
Le bateau a vapeur impérial eut bientôt rejoint la flotte 
qui s avançait a toutes voiles, en formant une ligne impo- 
sante. L'an, irai Crown, qui commandait cette flotte com- 
posée d'un grand nombre de navires, avait transporté son 
pavillon à bord d'une frégate, la CM». L'empereur le fit 
saluer par onze coups de canon et témoigna en même temps 
sa satisfaction, au moyen d'un signal, pour le bel aligne- 
ment de la (lotte. Les hourras de tous les équipages répon- 
dent à ce signal flatteur. Les escadres se déployèrent en 
ligue de bataille et défilèrent devant YIjora, qui) se trou- 
vant placé au centre de la flotte, arbora le pavillon impé- 
nal : .1 fut salué par dix-huit cents bouches à feu 

En ce moment, le grand-duc Constantin arriva sur le va- 
peur YAlexandra. Aussitôt l'empereur fit arborer, au mât de 
misaine de YIjora, le pavillon de grand-amiral, qui flottait 
pour la première fois devant la flotte, et le salua de quinze 
coups de canon. Pendant ce temps-la, les escadres réunies 
avaient viré de bord et se préparaient à offrir au jeune 
grand-amiral le spectacle d'un combat naval. 

Ce grand-duc Constantin était monté à bord de YIjora 
qui portait son pavillon de grand-amiral a côté du pavillon 
de l'empereur. Il avait entendu, sans s'émouvoir, la déto- 
nation simultanée de toute l'artillerie de la flotte, -nais il 
fut vivement ému et vivement attristé, quand il apprit 




— 309 _ 

qu'un accident venait d'avoir lieu sur un des vaisseaux ■ 
u* matelot tombé à la mer, s'était noyé. Le petit prince 
s informa de ce qu'on avait fait pour sauver -ce malheu- 
reux et i exprima le regret d'avoir été peut-être la cause 
de ce fatal accident. 

Cependant, la flotte, ayant reçu des ordres del'empereur 
se divisa en deux colonnes, chacune ayant en tête les vais' 
seaux de cent canons, sur lesquels flottaient les pavillons 
dede i amiraux chargés du commandement deg ■ 

^-ede ces divisions, sous les ordres du vainqueur 
de Navarin le comte de Heyden, devait Simuler Fat aune 
de Cronstadt, en essayant de pénétrer dans le por 
1 autre division s'efforcerait de défendre 

Le simulacre de ce combat naval présenta un spectacle à 
afo 1S majestueux et terrible, car tous les mouvements et 
outes les pénpéùes d'une lutte réelle furent imités avec 

- e ayante vérité. LèS navires faisaient un feu incessan 
et s approchaient lun de l'autre, en tirant des bordées 
Lorsque I escadre d'attaque eut reçu l'ordre de rompre la 
^ ennemie, et que cette manœuvre, vigoureusement 
xécutee, avec autant de promptitude que de précision 
se trouva entravée par les habiles évolu tions de l'escadre 
^fense, 1 empereur donna le signal de la fin du com- 

II remercia l'amiral Crown de la belle fête navale que 
œt amiral lui avait offerte, et il le pria de transmettre ses 
félicitations a tous les marins qui avaient s, bien rempli 
leurs rôles. ' 

-Dites-leur, de ma part, que l'empereur est content 
deux cna-t-il avec le porte-voix, tandis que la frégate 
annrale s é oignait de VIjora, et que le grand-amiral porte 
'«" toast a la santé de tous ses camarades de |,, fl J 












— 310 — 

Le déploiement des forces maritimes de la Russie dans 
la mer du Nord semblait un défi à l'adresse de l'Angleterre, 
qui savait que la flotte russe du vice-amiral Ricord était 
encore en observation dans la Méditerranée. 

La crainte d'une guerre européenne n'avait pas empêché 
l'empereur de répartir ses soins entre tous les services de 
l'administration de l'Empire. Il n'avait jamais été plus actif, 
au contraire, pour introduire dans son gouvernement les 
améliorations qu'il empruntait parfois à ses voisins et qu'il 
se hâtait de s'approprier. Ainsi, à peine la loi sur l'ex- 
propriation pour cause d'utilité publique eut-elle été dis- 
cutée et adoptée par les Chambres françaises, que le 
ministre des finances, Cancrine, proposa une loi analogue, 
plus conforme aux moeurs russes, et les dispositions de 
cette loi furent sanctionnées par un ukase du 7/19 juin. 

L'empereur établit aussi, d'après le système récemment 
inauguré en France pour la création des routes, un nou- 
veau règlement relatif aux voies de communication, que la 
Russie avait tant d'intérêt à multiplier et à tenir en bon 
état. Les routes devaient à l'avenir se diviser en cinq 
classes : routes de communications principales, routes de 
grandes communications, routes de poste ordinaire d'un 
gouvernement à l'autre, routes de poste et de commerce 
dans les districts, et enfin, chemins vicinaux; les routes 
de la première classe seraient seules construites et entre- 
tenues aux frais de la couronne ; celles de la seconde classe, 
au moyen des redevances territoriales ; celles des troisième 
et quatrième classes, aux frais des gouvernements et des 
districts; les chemins vicinaux restaient à la charge des 
propriétaires et des paysans de la couronne. 

Le duc Alexandre de Wurtemberg, qui depuis plus de 
quinze ans s'appliquait avec tant de zèle à perfectionner 



— 311 — 
les voies de communication en Russie, ne fut pas témoin 
de la mise en vigueur des dispositions nouvelles qu'il avait 
préparées, de concert avec les ministres des finances et de 
l'intérieur, en s'aidant des conseils et fies lumières du 
général Bazaihe. Il était mort à Gotha, le l juillet, après 
une maladie chronique qui l'avait forcé de demander un 
congé à l'empereur, pour venir se reposer auprès de sa fille, 
la duchesse de Saxe-Gotha. 

Cette mort, quoique prévue d'avance, avait beaucoup 
affligé la famille impériale de Russie, qui prit le deuil pour 
six semaines et qui fit célébrer dans la chapelle du palais 
de Péterhoff un service funèbre en l'honneur de cet excel- 
lent prince. In autre service funèbre fut célébré, à Sainf- 
Pétersbourg, dans l'église luthérienne de Sainte-Anne, en 
mémoire du défunt, qui était patron de cette église. Les 
généraux et employés civils et militaires du corps des voies 
de communication assistaient à la cérémonie. L'émotion 
profonde et les larmes de tous ceux que. le duc Alexandre 
de Wurtemberg avait eus sous ses ordres, furent sa plus 
touchante oraison funèbre, quoique le pasteur Reinboth se 
fit l'éloquent interprète de la douleur des assistants. 

L'empereur, qui s'était occupé de l'entretien des routes 
de grande et de petite communication, dans l'intérêt dii 
commerce intérieur, témoigna encore mieux la sympathie 
dont il honorait Je commerce national, en créant à Saint- 
Pétersbourg une école pour la navigation marchande. Cette 
fondation avait pour objet de donner des capitaines de 
navire russes à la marine marchande, qui se voyait obligée 
d'avoir recours à l'intermédiaire des marins étrangers. La 
nouvelle école allait réunir trente-deux jeunes gens, fils de 
négociants ou marchands russes, destinés à suivre les cours 
pendant quatre ans, pour apprendre non-seulemenl l'art 



h 



' ! ; 1: 



I 






— 312 — 

nautique, mais encore les mathématiques, la géographie 
et les langues française, anglaise et allemande. A l'expira 
non des quatre années, i| s seraient placés, pendant ql, 
«très années, sur des navires où ils s'instruiraient à la fois 

ans la théorte et la pratique de la navigation; après q „^ 
* ponrratent, en qualité de capitaines de marine mar- 

lalt'e; "'"' 6 " eS "*- in ' WI ' édal ' te » — 

Cet utile établissement, auquel était attaché un joli brick 
™ns«r,u. , | d,au pour l'„ 8age spéoia| des élè J ' 

ère range dans les attributions du nouveau chef de l,„ 
sriucta publique le conseiller privé Ouvaroff, qui s'était 
déjà fail une posta très-solide dans le comité des mi- 
nistres, q„o,q„'ii ne ffie oncore q „, adjoin| ou min . stie 

«son-e et qui avait été nommé en titre, à la place du 
g neral pru.ee Charles de l.ieven ; car l'empereur, par un 
£«. du 18-30 mars ,833, avait obtempéré erin à 1 
"«'nprmee.pu', eu raison du mauvais état de s 

lisié,';;;:. "" com pi - s ,m ^ - *■*- 

m^TZv lm ™ n to " iomf fa " |Mrlie de la ■»*« 

n lune de I empereur, malgré la différence d'âge qui eais- 

' l'etrit T ; eMrSai ' même " ne M °»- habitude 
sur esprit ,1e sou auguste ami, quoiqu'il „e songeât pas à 

e servir de cette influence dans „„ intérêt d'amb ,i„„ o„ de 
fortune C'était sou zèle ardent pour l'Église gréco-russe 
q™ domunut sans cesse ses préoccupa, fous e, qui dirigea d 
tons ses actes. On peu, doue faire remonter à lui, à son 
crédit, a son autorité auprès de l'empereur, à sa «répon- 
se dans le Conseil de l'Empire, la plupart des mes! s 
v oleu.es et mutiles qne „ g0UTernement ^ de 

P™dre, non-seulement eu Pologne, mais encore dans les 



MHMUmWH 






— 313 — 

anciennes provinces polonaises, pour comprimer et diminuer 
l'action politique fie l'Eglise catholique. 

Ces mesures n'avaient peut-être pas pour but de res- 
treindre ou d'entraver l'exercice du culte professé par une 
partie des habitants de la Lithuanie, de la Podolie et de la 
Wolhynie, mais elles eurent l'apparence d'une persécution 
religieuse, et c'en fut assez pour motiver les plaintes de la 
population, qui retentirent jusqu'à la cour de Rome. Bien 
des couvents avaient été supprimés et même confisqués, 
comme n'ayant pas un nombre de religieux suffisant pour 
les desservir ou du moins pour dépenser les revenus 
énormes appartenant à ces communautés; les moines et les 
abbés, qui avaient essayé de protester contre ces vexations 
arbitraires, s'étaient vus maltraités, emprisonnés et même 
déportés en Sibérie. On avait surtout blâmé amèrement les 
rigueurs dont quelques ecclésiastiques avaient été victimes, 
entre autres le vénérable abbé Sierocinski, lequel, âgé de' 
quatre-vingts ans, fut condamné à la perle de ses biens 
et de sa noblesse et envoyé en exil à Tobolsk. 

Mais, en accusant de ces cruautés l'orthodoxie russe, on 
se gardait bien de dire que les prêtres et les religieux 
catholiques, qui avaient eu a subir de mauvais traitements, 
devaient s'accuser dans leur foi- intérieur de les avoir jus- 
qu'à un certain point mérités par leur conduite pendant 
l'insurrection de Pologne. 

Il ne faut pas, non plus, perdre de vue que les établisse- 
ments monastiques, qui se trouvaient en bulle à de fâcheuses 
représailles, avaient prêté ouvertement aux rebelles un 
appui plus ou moins imprudent. Quoi qu'il en soit, on est 
fondé à imputer au prince Charles de Lieven, plutôt qu'à 
l'empereur lui-même, une série de décisions sévères et sans 
doute trop partiales, relatives aux couvents, aux églises et 



— 31 i — 

aux université do la Pologne et des anciennes princes 
Np-, L'ukase du 7/19 Juillet 1832, fot un de 17" 

r 16 " ^ P,US ,rimIa " 0n I— »« Citants catholiqu ë 
*~P~: en vertu de cet ukase, la moitié des ^ 
- Coliques était affectée au culte grec, le nombre de 

nîmbreTes f ntt0atàfai ^P-Portionné, eu égard at 
nombre des desservants et des fidèles; en outre, il [fut or- 
do^ q«eto^ qni tomberait en ruines 
~*e 'abandon de ses paroissiens, serait immTdL 
tement remplacée par une église grecque construite et en- 

^ ue ^^s de l'État. Le peuple, privé ainsi de ses 
églises les plus anciennes, parmi lesquelles il y avait des 

i'"; T r T T° mméS P" '" S n ' lH|m>s W'te possédaient 

P^ les pèlerinages dont ils étaienf l'objel depuis plu- 

«■* smvI,,, ne so consola pas, en répétant à voix basse 

" ^V I ' a,lt " P ro ^«on du prince roumain 

f""^*°».*«fc« «Sb en jugement pour avoir pris part 
; ', l; ; révoIutlon P° l0D aise el qui, au lieu de so défendre 
^^^tre la fermeture des églises catholiques: «Nos 
morts, plus heureux que nous, pourront du moins prô- 
SE*' l de leu re cercueils, contre une pareille pro- 

Le sentiment unanime du pays avait anathématisé une 
mesure dordre administratif, Juste et sage au fond, mais 
dure et brutale dans la forme, qui frappait le catholicisme 

polona.s dans ses affections les plus saintes. Los pavsans 
n «aient plus passer devant les églises surmontées delà 
cro« ^cque et consacrées désormais au culte ortho- 
doxe; ils racontaient, dans leur foi naïve, que les tré- 
passés qui avaient leur sépulture dans ees églises, se rele- 
vaient la nuit et sortaient de leurs tombeaux pour pratiquer 
I exercice du culte catholique intordit aux vivants ' 



— 3ir, — 

Cette espèce de persécution religieuse avait été plus 
pénible et plus intolérable à la population polonaise que 
toutes les autres conséquences de leur malheureuse ré- 
volution. Ainsi, on attendait presque avec indifférence la 
sentence définitive de la commission extraordinaire, com- 
posée mi-partie de Russes et de Polonais, et présidée par 
le général Sulima, contre les coupables qui n'avaient pas 
été compris dans les différentes catégories de l'amnistie 
impériale. Il est vrai que le plus grand nombre des con- 
damnés étaient alors en sûreté à l'étranger. 

La retraite du prince Charles de Lieven, à qui on n'at- 
tribuait pas sans raison les rigueurs exercées contre le culte 
catholique, ou plutôt contre les couvents et les églises de 
Pologne, fut considérée comme un changement de système 
en matière de police religieuse et d'instruction publique. 
On savait, en effet, qu'Ouvarol!', qui n'était pas seulemenl 
un savant aimable' et spirituel, avait la prétention d'opérer 
en Russie une réforme radicale dans l'éducation, en la ren- 
dant presque obligatoire et en lui imprimant un caractère 
essentiellement national. L'empereur approuvait ces projets 
d'innovation, et Ouvaroff était à l'œuvre pour les appliquer 
sur la plus large échelle. 

On put aussi s'apercevoir que Charles de Lieven, retiré, 
pour rétablir sa santé, dans ses terres de Courlande, n'é- 
tait plus là pour faire obstacle à l'esprit de tolérance reli- 
gieuse , qui avait toujours animé l'empereur, quand on 
apprit que la vieille église catholique de Moscou allait se 
relever de ses ruines, par la protection et la munificence 
du chef de l'église orthodoxe gréco-russe. Nicolas avait 
fait plus que d'accorder un prêt de 50,000 roubles pour 
la reconstruction de cette église ; il avait envoyé un don 
important affecté à cet objet, et par son ordre, le prince 



... 






— 316 — 
Galitsyne, gouverneur général militaire ,1e Moscou et les 
principales autorités civiles, assistèrent le 23 août k I kT 

comme les peuples, étaient tenus de lui faire. 



npnpm 



CCI 



Le matin du 28 août, l'empereur Nicolas s'embarquait 
-sur son bateau à vapeur Vljora, pour se rendre par mer à 
Stettin. 

L'impératrice et le césarévitch ne l'accompagnaient pas 
dans ce voyage, qui avait un but tout politique. I 'empe- 
reur allait s'aboucher avec le roi ,1e Prusse et l'empereur 
d'Autriche, pour conclure avec eux nue alliance défensive 
en vue de la conservation de leurs provinces polonaise, [ è 
prince Albert de Prusse était parti, deux jours auparavant, 
afin d'annoncer à son père l'arrivée du tzar, qui ne devait 
que traverser la Prusse incognito, avant de passer en Bo- 
hême et de s'arrêter au château de Munchen-Graetz ou 
l'empereur d'Autriche viendrait l'attendre. 

L'Europe, en ce moment, était attentive et inquiète car 
on ne savait pas si la paix ou la guerre serait le résultat de 
ces conférences entre les (rois souverains, qui axaient dû se 
mettre en garde contre le mauvais vouloir de l'Angleterre 
et de la France à leur égard, et qui ne voulaient plus souf- 
frir qu'on fit mine de les menacer et de porter atteinte à 
leurs droits héréditaires, en leur demandant compte du 
partage semi-séculaire de la Pologne. 



— 348 — 
C'étail donc une coalition que les trois souverain» en- 
teDda fi< opposer aux tentatives d'intervention diploma- 
te des puissances occidentales, qui prétendaient se faire 
™ anne dos traités de Vienne, qu'elles avaient elles- 
mêmes plus d'une fois violes et tounnen.es à leur profil 
0* pouvait croire que cette coalition ne se bornerait pas à 
m f**™ W« de choses existant dans les pays d'origine 
polonaise, et quelle exercerait son action directe sur toute 
1 Allemagne et son influence immédiate sur le reste de l'Eu 
">pe. Il était évident, d'ailleurs, qu'elle serait dirigée 
contre les progrèsde l'esprit révolutionnaire, non-seulement 
chez les peuples, mais encore dans les gouvernements 

Le départ du comte de Nesselrodc, qui avait précédé 
celui de l'empereur de Russie, annonçait assez que les con- 
férences de Munchen-Graete devaient se résumer en un 
traité définitif. Nicolas emmenait, avec lui le prince Wol- 
konsky, ministre de sa maison; ses aides de camp géné- 
raux le comte Benkendorff, le comte Orloff et le baron 
d Adlerberg, et l'aide de camp prince Souvaroff. 

A peine était-il embarqué à Cronstadt, qu'une des plus 
affreuses tempêtes qui se fussent jamais déchaînées sur les 
mers du Nord, vint mettre obstacle a la marche du navire • 
le vent de nord-ouest soufflait avec tant de violence qu'il 
poussait les eaux du golfe de Finlande dans celles de la 
Néwa. La première pensée de l'empereur lut la crainte 
d nue inondation à Saint-Pétersbourg. 

Le navire impérial était, par bonheur, solidement con- 
struit, et .1 put résister, en fatiguant beaucoup, a la force 
du vent et des flots; mais il semblait parfois reculer, au lieu 
d avancer. 

Nicolas, obligé de se tenir enfermé dans la chambre d'ar- 
"ère, car d eût été impossible ,1e rester sur le pont, que les 



_J3Bfa 

' I MM 



— 319 — 

vagues couvraient à fout moment, se mit à travailler, pour 
passer le temps, malgré l'horrible tangage du bâtiment, 

maigre tous les bruits incessants de la manœuvre et de la 
tempête. Rien ne troublait sa tranquillité d'esprit, et, du- 
rant une partie de la nuit, il lut les mémoires et les notes 
dont ses ministres avaient rempli son portefeuille. 

Il s'occupa surtout de l'examen d'un nouveau règlement 
concernant les pensions des artistes des théâtres impériaux, 
de leurs veuves et de leurs enfants. D'après ce règlement,' 
qu'il approuva en le datant du 15/27 août, les artistes 
nisses, après vingt ans de services consécutifs et hono- 
rables, auraient droit à une pension qui ne pourrait dépas- 
ser 4,000 roubles; les artistes étrangers, après dix ans de 
services dans les théâtres impériaux, ne toucheraient 
qu'une pension inférieure de moitié à celle des artistes na- 
tionaux. Le terme rigoureux du service exigé pour la pen- 
sion pourrait être diminué de cinq ans, pour causes de vieil- 
lesse, «le maladie ou d'infirmité. Ce règlement, dicté par la 
plus généreuse sollicitude a l'égard des artistes, devait rem- 
placer ceux des 3/15 mai 1825 et 13/22 novembre 1827. 
La tempête dura sans relâche pendant toute la nuit; 
l'empereur s'était mis au lit avec autant de calme que s'il 
n'eût pas quitté son palais de Tzarskoé-Sélo, et il dormit 
tranquillement jusqu'au jour. A son réveil, l'état de la mer 
n'avait fait qu'empirer, et le capitaine du navire désespérait 
de pouvoir sortir du golfe de Finlande, tant que le vent ne 
changerait pas. 

— L'impératrice doit être bien inquiète! dit l'empereur 
qui était resté pensif en écoutant le fracas de la tourmente.' 
Elle avait raison de m'empècher de partir par mer. C'est un 
retard de deux jours peut-être. 

Le capitaine n'était pas sans crainte sur le sort du bâti- 



H I 



— 320 — 
me ut, q«» tournail 8ur | ui . même eJ n . avançait ayec 
qu'en courani des bordées. L'empereur donna ordre de re- 
'™'' «■ arrière el de gagner la côte la plus voisine car 
™ brouillard intense empèchaitde savoir au juste à quelle 
latitude se trouvait le navire. 

- Te souviens-lu, dit l'empereur au général d'Adler- 
beïg, te souviens-.u de la belle tempête que nous essuyâmes 
flans la mer Noire, en revenant de Varna à ()dessa J ' 

- Si je m'en souviens, Sire! répondit le général avec 
émotion. Mais je m'en souviendrais de meilleur cœur si 
nous étions à terre! 

- Nous" avons sans doute une bien mauvaise mer re- 
Pnt l'empereur en s'adressa,,, aux comtes OrloffetBen- 
kendorff, qui ne paraissaient nullement rassurés- mais 
; , ; ,M ; 1 n " M «*** ,hl da °g<* que j'ai couru, en oc- 
tobre 1828, à bord de l'Impératrice Marie, et pourtant, je 

fierai, je suis moins calme et moins résigné aujour- 
d bui, parce que je me préoccupe des angoisses que doit 
éprouver ma pauvre femme, en pensant que nous sommes 
sur mer, parce! affreux temps! 
^ u'estque dans la soirée que 17/™ p „ t entrer , Ians ]; , 

^^^^^ Y jeter l'ancre. L'empereur eut beau- 

«■-I-le peine a débarquer avec sa suite : ,| ne prit pas 

même le temps de chancpr d,. «Ai , ■ ' 

J" cnangei de a éléments, quoiqu'il fût 

mouillé de la téte aux pieds; il s'élança dans son drosohki 

et arriva au palais de Tzarskoé-Sélo en même temps que le 

courrier, quon avait dépêché pour annoncer son beureu* 

débarquement a l'impératrice. 

Depuis la veille, les rumeurs les plus sinistres avaient 

o.rculeaSa,nt-Petersbo„r ? , u,eseauxdelaNewad ! 
dée menaçaient de causer de grands malheurs : on n'était 
'-'.le que du péril imminent que courait l'empereur et l'on 



59BHMBBMH 



— 321 — 
craignait que le bâtiment à bord duquel il se trouvait n'eût 
sombre dans le golfe de Finlande. 

L'impératrice et ses entants accoururent, tout en larmes 
au-devant de l'empereur, qui descendait de voiture, les ha- 
bits trempés et collés sur le corps, comme s'il sortait d'un 
naufrage; il les rassura, en les embrassant avec joie • 

- Depuis que j'ai mis le pied sur le navire, dit-il gaie- 
ment, je puis me vanter d'avoir eu une bien mauvaise mer 
et je devrais lu, garder rancune, car, si amoureux que je 
sois de la mer, ,1 me faut bien reconnaître qu'elle né m'a 
jamais payé de retour. N'importe, comme les vrais amou- 
reux, je persiste à aimer la cruelle. 

Après avoir passé la nuit à Tzarskoé-Sélo, Nicolas voulut 
se montrer aux yeux des habitants de Saint-Pétersbourg 
pour dzssiper les alarmes et les incertitudes qui s'étaient 
répandues, dans la capitale, au sujet de son embarquement 
La malveillance avait déjà propagé partout la nouvelle du 
naufrage de VIjora. 

H partit en poste, dans la soirée du 31 août, accompa- 
gné seulement d'Alexandre Benkendorff, pour faire son 
voyage par (erre; et comme il avait a reparer un retard 
de deux jours, ,1 voyagea, presque sans s'arrêter, avec une 
elle rapidité, qu'il franchit, en moins de soixante heures 
1 énorme distance de deux cent vingt lieues, qui le sépa- 
rait de Schwedt-sur-FOder, ou le roi de Prusse était venu 
1 attendre. 

Le roi Guillaume avait eu déjà plusieurs entrevues avec 
empereur d'Autriche, a Theresiendstadt et a Tœplitz, dans 
le cours du mois d'août, et les conférences entamées entre 
ces deux souverains s'étaient couvertes, comme toujours du 
prétexte des manœuvres militaires qui avaient eu lieu' en 
même temps. L'empereur de Russie devait, a son tour re 
vi ' 

21 



— 322 — 

prendre ces conférences et assister aussi aux manœuvres des 
troupes autrichiennes. 

Le roi de Prusse s'était rendu a Schwedt, avec ses fils 
les princes Guillaume et Charles, accompagnés de leurs 
épouses et de la princesse de Liegnitz, tandis que le prince 
royal allait à Stettin, pour recevoir l'empereur à son débar- 
quement, car on ne savait pas encore que Nicolas eût 
changé son itinéraire. Aussi, le retard de son arrivée avait-il 
jeté un nuage d'inquiétude et de tristesse parmi les au- 
gustes hôtes de Schwedt, qui n'apprirent la cause de ce re- 
tard, qu'en voyant enfin paraître l'empereur, qui avait 
voyage, jour et nuit, en faisant six lieues à l'heure 

A la famille royale de Prusse s'étaient réunis, pour voir 
le tzar, les princes de Hesse, de Mecklembourg-Schwérin 
de Mecklembourg-Str,litz, le duc de Cambridge et le prince 
Radziwill. Les quatre jours que l'empereur Nicolas passa 
dans ce centre de cordiale intimité, ne furent pourtant pas 
perdus pour la politique. Le comte de Nesselrode, qui avait 
rejoint son auguste maître, eut de longs et fréquents entre- 
tiens avec M. Ancillon, ministre des affaires étrangères de 
Prusse. 

L'empereur Nicolas quitta Schwedt, le 9 septembre, avec 
le prince royal de Prusse; il arriva, le lendemain soir, au 
château de Munchen-Graetz, où l'empereur et l'impératrice 
d'Autriche le reçurent avec empressement. 

Il fut agréablement surpris de trouver, à son arrivée «a 
sœur aînée Marie Pavlovna, grande-duchesse de Saxe- 
Weymar, qu'il n'avait pas vue depuis plusieurs années, et 
qui était venue, avec le grand-duc son mari, s'établir au 
château, pendant le séjour du tzar en Bohème. 

Le vaste château de Munchen-Graetz, lequel avait lait 
partie des domaines du fameux Wallenstein, est admirable- 




TN m iBP WMHwiH yMlauM 



— 323 — 
ment situé, au milieu des montagnes, dans un des sites'les 
plus pittoresques du pays. Suivant le désir de l'empereur de 
Russie, la réception qu'on lui fit dans en manoir historique 
ne fut s^nalée par aucune fête de cour, et les graves ques- 
tions d Etat qu'il eut à traiter avec l'empereur d'Autriche, 
oit dans leurs entretiens particuliers, soit en présence de 
leurs mmistres, échappèrent ainsi à la curiosité et à l'indis, 
crébon des quêteurs de nouvelles. On peut supposer que 
tousles points Bcrinqm se montraient à l'horizon politique 
d£ 1Eur0pe ava ^ attiré d'avance l'attention des trois 
2--^ qni semblaient d'intelligence pour maintenir la 
parx générale et pour étouffer le germe des révolutions 

L -P-eur Nicolas consacrait à la société de l'empereur 
et de 1 impératrice d'Autriche, t \, grand-duc et de la 
grande-duchesse de Saxe-Weymar, tout le temps que lu 
paient les travaux multipliés de son gouvernement i 
qui! n avait pas interrompus un seul jour, et dont l'im- 
mense détail se renouvelait sans cesse a chaque nouveau 
courrier que ses mmistres lui expédiaient de Saint-Péters- 
bourg. 

Nombre d'ukases et de rescrits Jurent dates de Mqnchen- 
-aetz, et l'empereur, en adressant a quelques-uns de ses 
hdcles serviteurs une distinction honorifique qui leur ar 
nva,t du tond de la Bohème, avait tenu sans doute à leur 
Prouver qu'il ne lesoubliait pas, quoique loin d'eux. Ainsi 
le conseiller d'Etat Joukowski, gouverneur intérimaire du 
grand-auc héritier, en l'absence du général Mœrder que 
son triste état de santé avait forcé de partir pour Italie 
fut nommé chevalier de l'ordre de Saint-Stanislas de pre- 
mière classe, par un rescrit du 31 août/11 septembre 1833 
daté de Munchen-Graetz. L'empereur avait voulu témoi- 
gner la satisfaction qu'il éprouvait des soins que ce ht 






I 

I 



— 324 — 
térateur estimable donnait à l'éducation du grand-duc 
Alexandre. Un autre resent, daté de même, conféra la 
grand croix de l'ordre de Saint-Vladimir de la deuxième 
classe au vice-amiral Ricord, en récompense des services 
distingués de ce marin pendant la croisière navale qu'il 
avai faite dans la Méditerranée, pour tenir en respect les 
escadres anglaise, française et égyptienne 

L'empereur s'était, d'ailleurs, éloigné de ses États, dans 
un moment où sa présence y eût été plus utile que jamais 
car on pouvait craindre la famine, par suite des mauvaises 
récoltes qui avaient laissé tous les greniers vides; il avait 
donc a prendre des mesures promptes et efficaces, d'accord 
avec son ministre des finances Cancrine, pour conjurer les 
déplorables conséquences de la disette, qui commençait à 
sévir dans les provinces méridionales de l'empire 

H n'y eut pas même de chasse à courre dans les forêts 
giboyeuses qui entourent le bourg de Munchen-Graetz- les 
empereurs et leur entourage affectaient de se tenir enfermés 
dans 1 enceinte du vieux château de Wallenstein. Mais une 
réunion de souverains et de princes ne pouvait se clore, sans 
avoir donné occasion à une fête militaire 

Par ordre de l'empereur d'Autriche, dix mille hommes 
de troupes d éhte avaient été rassemblés dans les plaines 
7 7 ISmeilt Builzk,u ' à quatre lieues et demi de Mun- 
chen-Graetz. L'empereur François était parti en avant, afin 
d inspecter M régiments convoqués pour prendre part aux 
exercices L empereur Nicolas les suivit de pies, accompa- 
gne du duc de Nassau, qui était venu lui rendre visite et 
qui fit partie de sa suite jusqu'à la fin du voyage. Toutes 
les personnes qui composaient la réunion de Munchen- 
Graetz s étaient aussi transportées à Bmizlau, avec l'impé- 
ratrice d'Autriche. Une grande affluence de spectateurs 






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— 325 — 
étaient arrivés de Prague et des villes voisines, pour assis- 
ter aux manœuvres et à la grande revue fine favorisa la 
plus belle journée. 

Pendant le défilé des troupes devant Leurs Majestés im- 
périales, l'empereur Nicolas avait accordé une' attention 
spéciale à un régiment de hussards, qui, par sa belle tenue 
comme par son instruction, tenait le premier rang dans l'ar- 
mée autrichienne. L'empereur François s'aperçut de l'admi- 
ration que ce régiment-modèle inspirait au tzar; il le pria 
d'en accepter le litre de propriétaire, ce que l'empereur de 
Russie agréa volontiers. Quand le régiment apprit qu'il 
aurait l'honneur de porter désormais le non. de l'empereur 
de Russie, il en exprima sa joie par des transports enthou- 
siastes. L'empereur de Russie passa en revue ce régi- 
ment p| lit distribuer, en l'honneur de cette adoption mili- 
taire, d'abondantes gratifications en argent aux soldats, et 
plusieurs décorations et médailles russes aux officiers 
Après quoi, il prit congé affectueusement de l'empereur et 
de l'impératrice d'Autriche, en les invitant a lu, rendre sa 
visite le plus tôt possible. 

L'empereur François s'était engagé à venir voir manœu- 
vrer l'armée russe, sous les murs de Varsovie ; il avait même 
promis, dit-on, d'assister, l'année suivante, a l'inaugura- 
tion de la colonne Alexandrine a Saint-Pétersbourg, car il 
avait été le meilleur ami de l'empereur Alexandre, comme 
d se plut à le rappeler plusieurs fois, en répétant (pic son 
amitié appartenait, par droit d'héritage, au successeur de 
ce glorieux souverain. 

L'empereur de Russie, escorté par le duc de Nassau et le 
général prince de Reuss, traversa une partie de la Bohême 
et toute la Silésie, pour entrer en Pologne. Les habitants 
des villes et de la campagne accouraient en foule sur son 












— m ~ 

passage e, ..• ! ,l,iss ; ,i e ,„ s „„ „„.„„,,,„ r „„„„oelles 

^"' ^ vil.ages, s„rsa route, «aie.no™ 

A Breslau, ,1 do. descendre do calèche pour recevoii es 
™*f ,' mil " a "'" S °< «... e, a on, pie à dre 

- N > repos. en examina* o, en réglant qnelqL adair sar 

"" ,v " ^ent au fonddesm portefeuille 

péchai PMkewitehéW, allé l'attendre à W „„ 

p 0n|,WI "' , " ,s " m " li "PO" inspecter unWégimen. 

* Cassen,*, formé en partie de re^es polonaises. C 
las ava.l exrgé que la police ne. se montrât nulle part et 
!";" " -p**» 1 P- "• P»»Ple de s'approcher j„ S q U „ 

^sympatmesdetouse,,' a d'une égide inat- 

^T" 6 *™™'*^ erk "*«*1-1 dans 

«'•lu lie, ou se trouvaient les généraux Alexandre Ben 

kendorff et Adlerbe. i ,„. «w, , , x '""" e Hen - 

,• , " "° sarrête plus qu'à ModUn le 

<m du 22 septembre. ' 

Il i»specta soigneusemem les immenses travaux qu'il fti- 
-.' «W, depuis dix-nuit „,„is, dans cotte for'er s e 

; -leva,, even,,. une des pins f ,,r,es places de l'Europe; 
1 se ïr rendre compte de ne qni avait été fait ol de ce oui 

~fa.ro. Dans l'après-dlner, il monte à cheval etpa 

généraux Kreutz cl Budiger. 

l'cndan. sa tournée d'inspocUon, la municipal,,,-, do Var- 
sovie ayant appris ,p,e l'omporour se trouvai, aux envi- 

d en™ v r In "" '"""""' P °" r """^ ' '" u,ori '"" i °" 
' envoyé des députés qui le supplieraient d'honorer de sa 

Présence la capitelo do son royaume do Pologne. MaTslom- 



— 327 — 

pereurfil répondre à celle requête, qu'il n'é.tait venu en Po- 
logne, que pour voir sa brave armée, el lui offrir ainsi un té- 
moignage de satisfaction; que les habitants de Varsovie lui 
avaient donné trop de sujets de mécontentement, pour-qu'il 
daignât se rendre à leurs désirs, mais que néanmoins i! 
verrait avec plaisir le moment ou ses sujets repentants se 
trouveraient dignes de son pardon el de sa bienveillance. 
Il ne reçut donc que les autorités russes, qui lui furent 
présentées par le prince de Varsovie. 

Le lendemain 2:5 septembre, il passa en revue une partie 
de l'armée d'occupation, laquelle ne s'élevait qu'à qua- 
rante-quatre mille hommes, car le feld-maréchal n'avait 
pas juge prudent de dégarnir les places fortes et les fron- 
tières du royaume. 

Cette grande revue n'eut pour spectateurs qu'un certain 
nombre de généraux étrangers, la plupart prussiens et au- 
trichiens. Les portes de Varsovie étaienl fermées, et aucun 
habitant n'avait eu la permission de sortir «le la ville, ou 
l'on avait mis sous les armes la garnison entière, forte de 
trois bataillons d'infanterie, de quatre de chasseurs, d'un 
régiment de lanciers et d'une batterie d'artillerie. 

La revue n'en fui pas moins fort brillante, et l'empe- 
reur eut le plaisir de faire admirer la bonne tenue de son 
armée aux officiers qui composaienl la suite du prince royal 
«le Prusse et du «lue deNassau. Apres avoir parcouru, avec 
eux, au milieu des plus vives acclamations, les cinq lignes 
'le troupes que le feld-maréchal avait déployées dans la 
plaine, l'empereur commanda de présenter les armes a 
leur illustre chef, et lui-même donna le signal d'un hourra 
en son honneur, hourra que les soldais répétèrent avec 
enthousiasme. 

Nicolas, pendant son séjour a Modlin, logeait dans la 






— 328 — 

à fois le nouveau recensement I 

d- recrues, pendant la disette qui continuait à désolera 

|,mV ;;"" s ''« " - *> Sud-Ouee, et q „i se fj; n 

cruellement par tout l'empire. ""sait sont,, 

'-nq-oreur, depuis deux mois, B -a,ait cesséde provoauer 

différentes mesures bmnn» 4 , • ""e provoqua 

™ , propres à prévenir ou à diminuer l'a». 

S"™ '*■."»' dans les gouvernements qui avaient! 

;;; ;'/""'"' "- '»■»' - m . ult ,. ,.,,;,„, * 

' ""< 1-e des céréales était autorisée, dans tous les nom 

„ " '"7"- ''" **» légale; on augmente!, 

'"" ' ' amassedM "«va»! pubUcsî on délivrait gratui- 

2"„ "Tr-" " 8 àtoi ^»-!«i voulaient alleflt 

^ 0re , deleBref °^letevailetlas^«tence.on 

t n te T ^':" l " i !" m "" s «»*- ■ ' l'ensemence 

**»-, « ,lo h farine pour ,'alimentation des tamilÏÏ 

do r^uMealtl™ 18 ™" ?*«— ™ Pleurs miilions 
de r„u les an soulagement de la misère générale. Par bon- 
heur. ' <*™té pnvéé était venue, comme toujours se- 
conder les généreux efforts de l'administration puoL 
^^.^.^vernement, danse ,ue ville de 2 

>""> de b.ente,sanoe se constituaient spontanément pour 
donner du pain à ceux q„i e „ manquaient. ' 

I. empereur Nicolas reste quatre jours à Modlin avec le 

™^'de Prusse et le duc de Nassau, et eba'; 

e S Mai "" "°" V0 "° Parade * V ll " s ■«««I. 
qne ha Majesté commandai, en personne. 



— 329 — 
A la suite d'une de ces fêtes militaires, l'empereur monta 
en calèche avec les princes, le feld-maréchal et les offi- 
ciers prussiens, pour aller visiter la citadelle qu'il faisait 
construire à Varsovie; il arriva en face de cette ville, sur 
la rive droite de la Vistule, et s'étant embarqué sur une 
chaloupe avec ses compagnons de voyage, il descendit à 
l'autre bord, près de la place d'armes où la garnison était 
rangée en bataille. Il s'approcha des rangs et fut salué par 
des hourras qui annoncèrent aux habitants de Varsovie la 
présence du tzar à leurs portes. Il visita ensuite les travaux 
de la forteresse destinée à tenir en bride la capitale qu'elle 
commandait, et qu'elle pourrait foudroyer avec deux cents 
bouches à feu ; il fut très-satisfait de ces travaux qui de- 
vaient être achevés dans un an, et il remonta en chaloupe, 
sans avoir mis le pied dans Varsovie, pour regagner sa ca- 
lèche et retourner à Modlin. 

Ce fut le lendemain qu'il congédia ses hôtes et qu'il se 
mit en route, par Growno, pour rentrer en Russie. II avait 
désiré visiter, en passant, le champ de bataille d'OstroIenka, 
et le général Berg, qui avait joué un rôle actif dans cette 
sanglante journée, se chargea de lui en donner sur les lieux 
mêmes une description stratégique. 

L'empereur, après avoir traversé le royaume de Pologne 
dans sa plus grande largeur, de Kalisz à Growno, sans vou- 
loir donner audience aux maréchaux de la noblesse et aux 
municipalités, qui avaient réclamé la permission de lui pré- 
senter des adresses, arriva, dans la soirée du 28 septembre, 
à Tzarskoé-Sélo, où se trouvait de retour l'impératrice avec 
tous ses enfants. 

Pendant l'absence de Nicolas, l'impératrice, suivant le 
désir que son auguste époux lui avait exprimé en partant, 
n'avait pas quitté la capitale et s'y était montrée souvent 






— 330 — 



en 



public, accompagnée du césarév,f,.h i 
et des grandes^ucheases. ' *" ****»*»» 

Le grand-duc Constantin, malgré sa qualité de «ranci 
amiral, était resté, dans la flotte de h R,l ? ? 

quelques, jeunes gens du corps des cadets de I, 

la dn-ection du Weil amiral UtL manne ' S0US 

Nicolas se lit rendre compte de diverses altercations oui 

s étaient produites entre le eranH A r ICt,t)0ns > 9 111 

frère iiné | A , s , Siand-duc Constantin et son 

dm ' le cé8ar éviteh, par suite de la divergence de 

^ caractères, et qui n'avaient néanmoins trould 7Z£ 

= a bonne Harmonie de ,eurs relations fratellT 

^uiisiailtm, il est vrai .,'/,*„■* 

„x A ■ , • aétait encore qu'un enfant et le 

•;""'»'• qui «liait bientôt atteindre ■ majorité, e 

-on*, „,„„,,„ |M1 . |e ^.^ I— 

Cet mgémeur ,1e la marine expiai, les proeédés de le 

;; n ;:r r le a " j ™ e *» *« « -*- 

ment los,,uc le grand-dne héritier paru, avec son préeen 
e«r ,onk„ws ly . Constantin se remonmit tout à ZZ 

™de m e„t à son „, re: „ Te n'as pas le d,,i,,e„ 
^■P^^ft, :,i,p,iseisle gr r 

';« césarévitch n'avait fait ,,„„ rire ,,„ ,. 0(|( , 
■» 'e grand-dne Constan.in, méeentent et épi 7 yt « 
voulu se retirer, en disant ,„,, S e peindrai, à son" 



— 331 — 
La dispute avait, recommencé le S septembre, lorsque la 
frégate fut lancée en présence des deux grands-ducs. Con- 
stantin avait dit alors au capitaine-lieutenant Kékouatoff, 
a qui était confié le commandement de cette frégate la 
Diane : « Je vous défends de recevoir à votre bord mon 
frère Alexandre, sans mon autorisation. » 

Le grand-duc Constantin manifestait déjà une intelligence 
™ bon sens, une fermeté d'esprit, bien supérieures' à son 
âge; il comprenait avec une merveilleuse facilité tout ce 
que ses maîtres avaient voulu lui enseigner, et il montrait 
«les lors autant de goût que de dispositions pour l'étude 
malgré la pétulance de son humeur, et nonobstant son ar- 
deur pour les exercices du corps. 

L'empereur, qui, dans sa tendresse vive et abondante 
pour tousses enfants, se sentait porté peut-être à donner la 
préférence à Constantin, le lit venir pour lui adresser une 
touchante allocution, en face du césarévitch • 

- Constantin, lui dit-il, respecte ton frère Alexandre 
qui sera un jour ton souverain, et apprends des aujourd'hui 
a lui obéir, car il sera l'héritier de ma couronne, et tu de- 
vras donner à ses peuples l'exemple de l'obéissance la plus 
absolue a ses volontés, car les frères d'un empereur ne sont 
que ses premiers sujets. Aimez-vous aussi, mes enfants 
comme nous nous aimons, moi et mon frère Michel, comme 
nous nous aimions, l'empereur Alexandre, de glorieuse mé- 
moire, le césarévitch Constantin, et moi. 

Le grand-duc Constantin, ému, électrisé par ces paroles 
^ jeta au cou de son aine et l'embrassa plusieurs fois avec' 
transport, en lui disant : 

-Je t'aime bien, mais n'oublie pas que je suis grand- 
amiral. 

Le grand-duc héritier approchait du terme de son éduca- 






— 332 — 
«on, qui avait été très-soignée et très-complète, grâce aux 
-ns collectifs de son gouverneur le général Mœrd e r de 
son premier précepteur le conseiller Joukowsky, et d 'son 
second précepteur M. Gille. 

Le cercle de ses connaissances était fort étendu car sa 

passion dominante pour la lecture lui avait \ 

f • , ■ r 'Liuiiciui avait permis de s'in 

sfrmre lui-même sur toutes sortes de suiete- il •♦ 

^.anglaise et allemande; il priai, ces ,„, ^ 
>«..e ol aparbarea propre langue, car joukowsky cn Jni 

2 , ,l TV' P "" Si °' °' S '"' tol " n ' is ">"'" 'le la hL 

7L "Il "^^ '" *"!»'. ^1 takr, 

f " e "■ a °f 8 ' e élè ™' " la **"»« «h» la voie 
j^* -"*"•"» *•« homme, avant d'être „n em- 
Mcolas q „i assistait quelquefois aux leçon, des pré- 

Depuis deux mois, fe général , la „., |e 

■mpertarbable, la fermeté et la persévérance sév è , 
garent pas m, bon* „ UIM sœiMi( . c > | - 

vu forcé, ,„e„ , regret , de , .J^ * ' 

garder, connue des devoirs sacrés, et de se sépar , d .. n 

e i;;';°;;;;r yer d :r, eri r ,,no * c "°" °^!z 

e <MM avatt été la cause involontaire : le „,,,„d 
"-yen. rai, une chute de ehevai, sons ,ee yen, dTson 



wwmffnwwiiiMMMiWHBBHS 



ywjBWi 



— 333 — 
gouverneur, celui-ci en avait éprouvé une si terrible im- 
pression, que son cœur faillit se briser, et qu'un anévrisme 
en résulta sur-le-champ. Il partit, en pleurant, pour al- 
ler chercher en Italie la santé qu'il avait perdue sans es- 
poir, et dans ses lettres au césarévilch, il lui répétait 
■sans cesse qu'il mourrait de l'absence plutôt que de la ma- 
ladie. 

Le grand-duc Alexandre ne recevait pas une lettre de 
son digne gouverneur, sans courir la montrer a sa mère 
après l'avoir lue à Joukowsky, que le général Mœrder avait 
lui-même désigne pour son successeur. 

- Ne penses-tu pas, maman, disait-il à l'impératrice 
que l'empereur m'accordera la permission de faire un 
voyage à Rome, avec M. Gille, pour passer quelques jours 
avec mon pauvre ami Mœrder, qui ne me parait pas en état 
de revenir ici ? 

M. Gille était un jeune Suisse, d'une naissance obscure 
que son heureuse étoile avait conduit à Saint-Pétersbourg 
pour faire de lui le maître d'études du césarevitch, et qui, 
sans instruction spéciale, sans éducation première, s'était 
rendu capable, par un travail opiniâtre et infatigable, de 
devenir un professeur excellent. Son protecteur, le général 
Mœrder, l'avait recommandé en ces termes a l'empereur, 
qui ne demanda pas d'autre recommandation pour l'atta- 
cher a l'éducation du césarevitch : « 11 y en a sans doute 
de plus savants, mais je doute qu'on puisse trouver un plus 
honnête homme. » Gille sut se faire aimer et estimer de 
tout le monde, et surtout du prince qu'il était chargé de 
surveiller; il ne transigea jamais avec ses devoirs, si pé- 
nibles et si difficiles qu'ils pussent être, et, par la force de 
sa volonté, il acquit pour son propre compte les connais- 
sances variées dont il avait besoin en histoire, en archéolo- 



— 334 — 

S» et o„ livrâtes, afin fie n'être pas baigne ,1e la place 
<|u il occupa bientôt avec distinction. 

L : o jour, l'empereur le trouva debout à la porte de Ta,, 
paient d„ grand due et tellement z^ïZVZ 
tare, une folle ne s aperçut de l'approche de son souve 
.-, : iue q „andNie„,as,„ip n ,des m ai„s,e,,re^ï 

(ro - Un romauP s'écria, 'empereur, croyant bien ne pas se 

-Non, Sire répond» ffille avec une candide franchise 
st la gramrnarre française : j'étudie la leçon q„ e S „ n M 

lusse unpénale doit savoir demain 
Deux traits, entre mille, donneront une idée à peu près 

exacte de l'éducation mo ,,| c et liWrai J^ 

A l'âge de quatorze ans pu is^o 

,. ' cn 18, ' J > ce pnnee avait été" 

donna, le droit de porter l'épaulette : il en ressentit une 
- grande jo,e, qu'il , le quittai, plns „ „ e 

promena,, parle,,,, dans , e pa|ajs « » - 

morgue que de bonne humeur, p„„r .(„„!,. dl , plaisi ™ 
vo,r présenter les armes par les factionnaires et par 1 
postes militaires. ' 

Il vint à traverser une salle où se trouvaient assembles 
plusieurs hauts dignitaire» de l'État et de vieux géutoux 
Tous se levèrent et le saluèrent avec respect. Flatté de cette 
marque de déférence, le jeune sons-lieutenant voulu 
nouveler une scène qui avait été sensible à sa vanité . il e 

coup, dans la même salle; mais les personnes qui lui avaient 
rendu hommage n„e première fois ne firent P ,„ s ££ 



- L - 

à sa présence et restèrent assises, sans interrompre leur 
conversation. 

Le grand-duc Alexandre s'indigna de ce qu'il regardait 
comme un manque de respect a son égard, et il courut ra- 
conter ses griefs au général Mœrder, en le priant de taire 
savoir aux personnes qui avaient négligé de le saluer une 
seconde et une troisième fois, qu'il les ferait punir par l'em- 
pereur. Mœrder alla aussitôt rapporter le fait à Sa Majesté 
<P» ™da près de lui le césarévitch. Celui-ci ouvrait déjà 
la bouche pour se plaindre, lorsque l'empereur, le pre- 
nant par la main, le conduisit dans la salle ou se trou- 
vant les généraux, qu'on avait avertis de la colère du 
grand-duc : 

-Mon fils, lui dit-il à haute voix, c'est pour moi un 
véritable chagrin de voir que vous comprenez s, mal ce 
que vous devez de vénération a mes vieux et fidèles servi- 
teurs. Vous nous plaignez que d'illustres généraux ne vous 
aient pas salu. les premiers! Savez-vous que ces braves 
méritent tous vos respects, toute votre reconnaissance ? Sa- 
vez-vous que c'est à eux que voire père est redevable ,1e 
son trône et de sa vie? Savez-vous que leur fidélité, leur 
zèle, leurs loyaux services vous seront utiles, un jour peut- 
être, pour occuper le trône âpre, moi? Inclinez-vous donc 
devant ces tètes blanches, et regardez comme un très- 
grand honneur s'ils s'inclinent a leur tour devant vous 
Que faut-il conclure de ce qui vient d'arriver? C'est (|lie 
nous êtes encore trop jeune pour porter les épaulettes que 
je vous ai données : je les reprends; je vous les rendrai, 
quand Mœrder me les aura redemandées pour vous en 
m assurant que vous êtes digue de les porter 

En disant ces mots, il détacha de sa main les épaulettes 
de «on fils, qui , quinze J0m . s ^ ^ ^^ ^ ^ 



— 33b — 
« s'était rendu digne de reparais avec le, i D81 v nes de 
son grade de sons-lieutenant. 

- Par grâce, général, dit-il a un vieil officier qui s'em- 
inessau de le saluer avec trop d'insistant, ne Xpol 
pas a perdre encore une fois mes épaulettes I 

Vers la .nè.neépocp.e, le eésarévitch e„tà S „bir.„n exa- 
>en su, I htsto.re ancienne et moderne, en présence de 

chaque année les progrès que le prince avait faits eu, 
pour témoms le comte de Nesselrode, le prince Galit 
e comte Spéraneky et quelques autres hommes d'Éta ' 
Alexandre passa d'abord eu revue l'histoire des peuples 
™-s,q„e,ui avait apprise son professeur, noJTÏÏp 

Spéranskv fut invi.é, par l'empereur, a interroger le 

urle 3 ',' 1 !" ZT ' k " arle ' "'"" e " ,amV "° M-S-kL* 
sui le règne d Auguste : 

-Monseigneur, lui dit Spéransky, je vois que vous 
poumez sans peine nous entretenu- du règne de chacun des 
douze Césars. Lequel de ces douze Césars, ajouta-t-i] pren- 
driez™ pour modèle, si vous étiez empereur? 

— Iitus, répondit vivement Alexandre 

-Et vous? demanda Speransky au jeune comte polonais 
■■elkorsk, que l'empereur avait place auprès du grand- 
duc en quahte de compagnon d'étude et de jeu, dans le but 
d exciter 1 émulation du prince. 

- Marc Aurèle, répondit le jeune Wielkorski en hési- 

pe,7„, P °" rq " 0i ""° Al " k,e P "" ' " l "' Tito? <**" '•»- 
W -J- Aurèle était ur,' philosophe, di, «dément 



ss^^^r^^^^BESSaSwSJ^eB® 



— 031 — 

- Je préfère Titus, reprit le césârëvitch , parce qu'il a 

régné peu de temps. S'il eût régné davantage, il se fût 

peut-être Ia,ssé séduire par le. enivrements du pouvoir fi» ' 

e-p ; ,,anattene,al>userpardepertideseLrtisan S d 

ZnI C0 T 1S ' eS mêmeS feUteS ' l6S mêmes -es 
q«e Néron qmdevmt un monstre après avoir été un sage 

7 h .^ eS - b,en ' mon enfa ^ décria Nicolas. Mais sortons 

Ter^e!: ""' ^^ '* "' aml " d " C : lym IV > l ™ * 

-Sire, interrompit Spéransky, Son Altesse impériale 
devra, plu tôt nous rappeler les Titus et les Marc Aurè 
1™ ont illustré l'histoire de nos souverains 

- Non, reprit l'empereur; je veux savoir eommen, on 
ensezgne à mon fils l'histoire de notre patrie 

El le prince, obéissant a Tordre de son père, se mit à 
jrer, sans réticence, sans palliatif, les horribl s e, n 
glantes annales du règne du tzar Ivan IV. Quand il eutï- 

- Je vous remercie, Monsieur, lui dit-il, d'avoir appris 

; n-s,.v ; ,Ulns,on.e de son pa,s, non point lelie^VllI 
été falsifiée par certains auteurs, mais telle qu'il Lt la 

avo,raupo,„tdevuedelavén«e.Jen,esou',en,ace 
propos, dune anecdote qui fait honneur au tzar Pierre le 

^•UW il se faisait lire un ouvrage historique de 
Puffndorfftradmten russe; il avait lu naguère cet ouvrage 
en allemand, ce qui fit qu'il s'aperçut de la suppression de 
ertams passages violents ou trop sévères contre la Russie 
1 ordonna que le texte de Puffendorff lût rétabli dans , a 
*aductzon russe : « Car, dit-il alors, je ne désire pas que 

22 



— 338 — 
l'on flatte mes sujets, aux dépens ,1e leur instruction Je 
veux, au contraire, que l'on fosse servir l'enseignemeni de 
I histoire à la correction de leurs défauts. «Ainsi que 
mou > lustre prédécesseur, reprit-il, j'entends que mon fils 
cherche dans l'histoire les exemples qu'il doit suivre et 
ceux qu d doit éviter, pour le bonheur des peuples qui lui 
seront confiés tôt ou tard par la divine Providence 



CCI1 



Peu de jours après son retour dans sa capitale, l'empe- 
reur Nicolas eut l'air de répondre indirectement aux indis- 
crètes provocations de la diplomatie anglaise et française 
en adressant au feld-maréchal Paskewitch un rescrit ou 
il se déclarait sat.sfait de l'état dans lequel il avait trouvé 
la Pologne, a la suite de son mystérieux voyage à Munchen- 
Giaetz. 

Voici ce rescrit qui annonçait d'une manière formelle (pu- 
non ne serait changé aux dispositions du Statut organique: 

« Dans l'inspection que Je viens de passer, pendant mon 
voyage dans le royaume de Pologne, des travaux de forti- 
fication qui s'exécutent, d'après vos dispositions, a la for- 
teresse dcModlin et a la citadelle d'Alexandre, ainsi que 
des troupes des 2< et 3" corps d'infanterie, rassemblées près 
de ces places, J'ai remarqué avec une véritable satisfaction 
que les premiers s'élèvent avec autant de succès que d'ac- 
tivité, et que ces dernières sont dans une situation si par- 
faite sous tous les rapports, qu'après toutes les fatigues de 
la guerre, malgré les mouvements continuels et la nouvelle 
réorganisation des corps, elles offrent le modèle de la plus 
excellente tenue. C'est à votre sollicitude exemplaire à 









— 340 — 

votas infatigable activité et à vo s constants efforts pour le, 
o*tt. de I Etat, qui ïous sollt ,„„„,,_ Je £ < « 

vabe de pareils succès, et Je considère comme en devoir 

quilMest agréable de remplir, de vous en témoigner Ma 

ecomcnssancc, ainsi que des soins ,„„ vous ^ a 

JZTT? r ° yaUme ''" P ° l0S " P - a J, °" ''»«« sa- 
'■• f.Kl.on et d une manière parfaitement conforme à .Mes 

"tentions. Voulant vous eu offrir un témoignage a 
î» ™ marque de Mou estime particulière pour vofre 
personne, Je vous envoie ,„„„ portai, enrichi d 'diamants' 
pour être porté à la boutonnière, et Je suis „„„,. ,, ■ 
votre affectionné, P t0 " JW "' s 

« Nicolas. 
■**"*' '" »"■""'" *<.-.„,„„„ ..,.,„.„, 

'^mtoe de Pologne, n'avait pas eu un seul moment 
* séc™*é m de counance, car ,1 savait que les fbrête 

menttoujoorç infestées de s n.s ,,,frac,airese t dec„ 

^ ra »««»»aces; il savait aussi qne la juste, malgréTes 

des mdmdus ,,„, avmen, trempé dans le dernier compta, 
on tre . „ du , zi „, ,„ ce moment même, on Hli „ ' 

■a es le qnelqnes-uns des prévenus qni avaient échappé à 
ou es les pom ,„ iu , H , |ui (|( , vaKiit 1 F 

plutôt qu'en Pologne. 

Paskewitch avait donc conjuré P empereur , ed 

prudence et de s'entourer des plus minutieuses pré 

tas, jusque ce qne les esprits se fussent ca{ J 21 

sm émeut ans la nation polonaise, mais encore parm s 

migres polonais, ce qui ne pouvait avoir lieu qu' , , a suite 

'I >»>e dernière et définitive amnistie. 






— 341 — 
Nicolas était rentré à Saint-Pétersbourg plus lot qu'à 
1 ordinaire, car ,1 avait à s'occuper plus sérieusement que 

jamais des moyens à employer pour obvier aux souffrances 
de la disette générale. La farine manquait sur tous les mar- 
ches et son prix avait augmenté dans une telle proportion 
que les indigents ne mangeaient plus de pain, même à 
Saint-Pétersbourg, où le peuple était réduit à vivre de riz 
de cale et de thé. L'empereur ordonna de mettre en vente 
la larme qui se trouvait dans les magasins de la couronne 
et le gouverneur-général militaire de Saint-Pétersbourg fii 
annoncer que cette vente aurait lieu tous les jours au détail 
et au prix d'achat. 

3Iais, dans les campagnes, en Ukraine et en Crimée sur 
tout, la misère était a son comble, quoiqu'une partie des 
habitants eut émigré pour chercher du travail; beaucoup 
d entre eux avaient dû se réfugier dans les hôpitaux et y 
étaient morts, a la suite des maladies produites par la fa- 
mine et par la mauvaise nourriture. 11 y avait des villages à 
moitié déserts, où ne restaient que des vieillards, des mtir 
mes et des malades. Dans les provinces les plus fertiles et 
les plus renommées par la richesse de leurs pâturages on 
tuait le bétail, faute de pouvoir le nourrir, et les proprié- 
taires de troupeaux abandonnaient ces troupeaux a quicon- 
que s'engageait à leur en rendre la moitié au printemps 
prochain. Dans les domaines des nobles, les paysans n'é- 
taient pas du moins si malheureux, car le seigneur étad 
bien obligé de leur venir en aide et se chargeait de leur 
subsistance; mais la mortalité, causée par les aliments in- 
salubres, éta,t grande parmi eux, comme parmi les paysans 
tte la couronne. 

L'empereur n'avait eu qu'à faire appel a cette bienfai- 
sance inépuisable qui est, pour ainsi dire, inhérente au 



■» 






— 342 — 
caractère russe ; le Gouvernement n'avait rien négligé pour 
créer des ressources à la classe indigente, et de toutes 
parts, sur tous les points, les classes aisées avaient réuni 
leurs efforts dans le même Lut charitable. Plus les besoins 
étaient impérieux, plus semblait impatiente l'envie d'v 
pourvoir. 

La noblesse tenait à honneur de ne pas être en arrière 
dans cette émulation générale d'humanité. Dans le gouver- 
nement de Voronèje, la famille Tonlino.f taisait vendre tous 
les mois trois mille quatre cents pouds (environ cinquante- 
■11 «nlle k.los de blé), au prix ordinaire de 18 roubles le 
tchetverl (plus de deux hectolitres), quoique là valeur des 
céréales eût décuplé. Dans la ville de Voronèje, la même 
famille, de concert av ec le maire, faisait chaque jour vendre 
a très-bas prix (rois nulle six cents livres de pain, outre 
quatre cent quatre-vingt livres qu'on distribuait gratuite- 
ment aux plus nécessiteux. 

La ville d'Odessa dépensait aussi chaque jour des sommes 
énormes, pour donner du pain a tous ceux qui en manquait. 
H est va, que la cessation complète de l'exportation des 
grains, loin d'appauvrir cette place de commerce maritime 
avait centuplé l'importation et donné, en outre, nn prodi- 
gieux développement a la vente des cuirs et d'autres pro- 
dmts indigènes. 

L'armée n'av ait pas souffert de Renchérissement progres- 
sif des subsistances, et les troupes, que le ministre de la 
guerre avait fait .Langer de cantonnement, en les dirigeant 
vers les localités les moins éprouvées par la disette, n'ap- 
portaient pas avec elles un surcroit de souffrance pour les 
habitants de la province où elles étaient réparties tempo- 
rairement. Aussi, depuis trois mois, la garnison de Saint- 
I etersbourg s'était successivement augmentée d'un tiers 



ilv 



- 343 — 
On croyait, pourtant, que ces mouvements de troupes 
n'avaient pas seulement pour objet de diminuer sur cer- 
tains points de l'empire la consommation de denrées ali- 
mentaires, mais qu'ils étaient motivés par des précautions 
a prendre contre des complots et des tentatives de troubles, 
qui auraient pour prétexte la disette et la misère. Il n'y 
eut pas néanmoins la moindre apparence d'agitation sédi- 
tieuse parmi le peuple, qui soufrait sans doute, mais qui 
se résignait à soufrir. On ne parla que d'un projet d'at- 
tentat contre la personne de l'empereur. 

Nicolas passait en revue, dans le champ de Mars, un ré- 
giment d'infanterie revenant de Valachie où il avait tenu 
garnison pendant tUnix ans, et qui, avant son départ de 
Braïlow, avait assisté a la fondation solennelle du monu- 
ment .pie l'aide de camp général Kisseleff, président plé- 
nipotentiaire des principautés danubiennes, se proposait 
d'élever en mémoire du séjour de l'empereur au camp de 
siège devant Braïlow et de la prise de cette forteresse par 
les troupes russes sous les ordres du grand-duc Michel. 

Pendant que l'empereur interrogeait le colonel sur les 
circonstances de cette cérémonie, qui avait eu lieu avec 
pompe le 13 juillet précédent, jour anniversaire de la 
naissance de l'impératrice, il aperçut un homme, d'une 
figure fatale et menaçante, qui cherchait a s'approcher de 
lui, en se glissant a travers les rangs pressés des specta- 
teurs, et qui avait la main droite cachée dans sa pelisse. 
Cet homme parut suspect à l'empereur qui ne le quitta pas 
des yeux. 

L'inconnu resta immobile, comme fasciné par le regard 
scrutateur, par le calme impassible, par la digmte majes- 
tueuse du tzar; il sembla hésiter un moment, il baissa la 
tète ; puis, tout a coup, comme entraîné par une force irré- 



■ 






partie de son escorte et lui dit T & ^ faisait 

wi.H, et lui dit a voix basse • « A>;|| P r W/u 

avons ici des Polonais ! » e! Nous 

"WliM ne lavait mise Bur ,, „.' . , "" °' '°"' mius « 
■'étant approché de IV """a™ stgoalé comme 

.^«.ot!,,,;,.,:;;;:;::;;;;;::,^-»!»,»,:,, 

'""'"•'" "«" Ranger, ,„„„. ,„„,,,;' " >' m ' M * a » 

P^is de séjour ,,„„,.„„ ^ """■«■'" «tamdé un 

'^-^/e^-r-PeusieM srai , 

' t^'iiiiiiiant ses registres 

•™,,o ": :;':;r s j?^ "■• .»*? i»»* ,.,. 

S»*, <i\t ( une émotion qui ne sut n ac r • , 

„-;:::;;;:: -■■ S«X- 

»^d:7X ente T P Z remp,ilesfo ™^°* 

^"""^"^^^"^"Wurvisibiemen. 

-"Pourquoi toutes ces difficultés? 

11 »'y a pas de difficultés, Monsieur dit r ■ < 

avec sévérité • i oc ,.- i «luusieur, dit 1 employé 

^nté, les règlements n ont pas été faits pour vous, 



. 



— 345 — 

et vous devriez savoir qu'on ne sort pas de la capitale, sans en 
avoir obtenu l'autorisation. 11 faut que vos créanciers, si vous 
avez des dettes, soient prévenus d'avance de votre départ. 

— Je n'ai pas de dettes, murmura le voyageur qui pa- 
raissait consterné. Oh! combien je regrette, ajouta-t-il en 
se frappant le front, d'avoir mis le pied dans cette ville, 
dont je voudrais être bien loin ! 

— Eh bien! Monsieur, reprit le commis, vous partirez à 
la lin de la semaine, s'il n'y a pas d'empêchement, 

— Quel empêchement 1 interrompit l'étranger agité et 
indécis. 

— Ce n'est pas moi qui peux vous le dire, répondit froi- 
dement l'employé en se préparant à écrire sous la dictée du 
voyageur. Où comptez-vous aller, en quittant Saint-Péters- 
bourg ? 

— A Jérusalem. 

— Dans quel but? 

— Dans un but de dévotion... 

Malgré l'assurance de ses réponses, l'air inquiet, la pâleur 
et la tristesse de cet étranger éveillèrent des soupçons; d 
ne fut pas plutôt sorti du bureau des passe-ports, que le 
comte Orloff était prévenu, et peu de temps après, on 
amenart à l'hôtel de la police générale cet individu suspect, 
qui s'y était laissé conduire sans résistance. Pendant une 
heure on le tint au secret, et quand il comparut devant 
Orloff, qui avait mission de l'interroger, on avait visité ses 
bagages, trouvé dans sa malle des pistolets encore chargés, 
des balles et de la poudre, et saisi ses papiers dans lesquels 
on devinait l'existence d'un complot contre la vie de l'em- 
pereur. 

Ce complot, le coupable ne tarda pas à l'avouer, quand 
il se vit pressé de questions par le comte Orloff qui l'avait 



,v 






— 346 — 
appelé par son véritable nom en Ini r™ i 

1; . ° z: k cie " poiona ' s - *«—*- s 

' Setait laissé Pousser à cet affreux dessein „ 

mais respectueuse et triste : ' 

- Est-il vrai, lui demanda l'empereur ,„„. t„ ■ 

« Saint-Pétersbourg ,,„,„• „VassaX r P ' ' """ 

- Oa e sÎ 7f 'i Sre ' 1 '" l "" Kli '"" e " l,ais5i "" lfs ?««■ 

la P„,*:: ; l .: m0l "" 0m0 "»^ S ''-'""™< «r de venger 

- Insens,. ! interrompit l'empereur avec niri« t„ • -, ■ 

«on tu étaiSi Je „ saiSi iui ; m ^ t ■="»«« " 

-Ta^es plufàT r ° f "™": P0 '°"« ** -put retenir 
oha-npTLCe! *" J — " M " h «" » "> 

p-":::: , ::^:r raottrpio,ic " mp ' 1 *>•- 

— \ otre regard, Sire. 

— Éprouves-tu du repentir? 



— 347 — 

— Oui, Sire, puisque je voulais me rendre à Jérusalem 
pour faire pénitence et implorer mon pardon devant le 
tombeau de Notre-Seigneur. 

— Tu n'iras pas à Jérusalem, reprit vivement l'empereur, 
mais à Varsovie avec, un sauf-conduit que je te ferai déli- 
vrer; tu iras te présenter de ma part devant le feld-maré- 
chal Paskewiteh qui te donnera un certificat d'amnistie. 
Alors, tu prendras du service dans l'armée en qualité de 
simple soldat, et comme tu es un homme de cœur, je n'en 
doute pas, tu effaceras bientôt par ta conduite irréprocha- 
ble le souvenir d'un crime que je te pardonne et que j'ou- 
blierai. 

Le Polonais, confus de reconnaissance, partit le lende- 
main sous la conduite d'un officier de police (feldjeger); en 
arrivant à Varsovie, il reçut sa grâce et entra au service- 
deux ans après, il avait, par son zèle cl par sa bonne con- 
duite, reconquis ses épaulettes de capitaine. e1 plus tard il 
devintcolonel d'un régiment de la garde. Toutes les fois que 
l'empereur passait devant lui a la parade et le regardail 
fixement, l'ancien conspirateur se rappelail son crime, en 
tressaillant d'horreur, et faisait le siijne de la croix. 

L'empereur avait toujours eu à cœur de connaître per- 
sonnellement, pour ainsi dire, les officiers de la garde- il 
se faisait rendre compte minutieusement de tout ce qui 
concernait chacun d'eux, de leur famille, de leur genre de 
vie, de leurs moyens d'existence: il ne dédaignait pas 
d'exercer lui-même une sorte d'enquête incessante pour 
savoir la vérité qu'on lui cachail souvenl et qu'il ne décou- 
vrait pas toujours par ses propres yeux. C'était uni' curio- 
sité bien naturelle chez un souverain, qui, comme tous les 
tzars ses prédécesseurs, s'attribuait le droit et le devoir 
de prendre en main les intérêts de tous ses sujets et de se 









— 348 — 
mettre on communie*™ permanente avec eux soi, 
leur ve„„. en aide, soi, „„,„. Ies e J£ ! V"""' 

voie, soit pour redresser leurs torts "' 

Habite*' rr ^ CC fame " X S "" a " '" 

Ja justice à tous et se &;« * CUn ' rendant 

avec un aide de camo « , , * ,eSJOUrs k P ie ". 

r di -™-'-dX:::;z;;7 ilurci,ep,a - 

dansJa canitTle r oc < «usait-il, son inspection 

et « fallait, „,', p T T eX1 " >Se '' " P '" S d " nn """S-- 
ce qui n'était na. fi -i , d a Sents invisibles; 

^unutiToS iT-^ ::::;--» 

roues au' I ' ^ SlU ' le premier cabriolet à deux 

oues gu zi rencontrait dans la rue 

po S «: :«;:!;: i™,;v:'?'. commc «i-**»** 

.»"- voir ce <ûi e a s,', r S ( a,TéterP, * S "" h «■"• 
eier de servie doZ ', "'"' * " P ° S ' C - L ' offl - 

«;---e:r::r:r^^:;;;;;:r-'' 

«- meiUeurs so„ s -,i eutolallts 22 ££". l""" "" 
™» I avait déjà distingué à la parade. ' i "">" , - 



— 349 — 

Voici le bilan que le sous-lieutenant avait dressé, avant 
de s'endormir : 

ÉTAT DE MES DÉPENSES ET DE MES RECETTES. 

Débet. 
Logement, nourriture, chauffage, etc. . 2,500 roubles. 
Habillement, menus plaisirs 2 000 

Dettes 3^000 - 

Pension alimentaire à ma mère. . . . 500 

8,000 roubles. 
Crédit. 

Solde et autres recettes 4,000 roubles. 

Reste dû 4,000 roubles. 

Qui payera cette somme? 

On devinait que le pauvre officier, inquiet de sa situation, 
avait cherché vainement la solution du dilemme qu'il s'était 
posé a lui-même; il la trouvait peut-être en songe, lorsque 
l'empereur écrivit de sa propre main le nom de Nicolas, au- 
dessous de la somme que le dormeur avait laissée à' son 
passif, en se demandant comment il pourrait y faire face. 

On peut juger quelle fut la surprise de cet officier, 
quand, a son réveil, il vit la signature du tzar; mais, en 
apprenant ce qui s'était passé, il craignit d'être puni, 'par 
Tordre même du généreux souverain qui s'engageait à lui 
payer ses dettes. 

Le lendemain matin, une ordonnance <\u palais lui ap- 
porta les 4,000 roubles, avec un billet autographe de Nico- 
las, qui lui disait de choisir mieux à l'avenir le temps et le 
lieu pour dormir, mais de continuer, comme par le passé, 
à bien servir son empereur et à prendre soin de sa mère. 












— 3S0 — 
La dise», sévissait alors pl„ s ,„ ejamaisen „ 
W» le recrutement et le ,„,,»„, r „ sspnl ££*■ 

preparat.fi polll . Be me|tre ^ 
guerre , nantnne contre la Frar.cn e, l'Angleterre 
tenottea de ces doux Pinces croisaient encom dans 

lu,um vers les embouchures du Danuhe r„ » •*/ , 
8inillf>f l«qo i JJduuoe. Le traite du 

«juillet 1833, entre la Russie et la Porte nY..,,,- 
ilir- ,,t u ]■ roue, n était pas pu- 

"" ' et les «atouts de l'Europe en i-nor tient i, , 
textuelle aano - ignoraient la teneur 

textuelle, sans se méprendre, toutefois, sur la norf*P 1 

=ss=t£si ::: ' : - 

^Po^e des journaux ne contribuait pas peu à en 

s;s: r»' ~t 

' P dl le Caucase et par la mer fa* 

* ernement de Louis-Philippe exorimai. r s* 

"ppt exprimait 1 étonnement et l'af- 






— 351 — 
fliction qu'il avait éprouvés, en apprenant la conclusion du 
traité du 8 juillet, car ce traité semblait assigner aux rela- 
tions de l'Empire ottoman et de la Russie un caractère 
agressif qui devait motiver les protestations des Puissances 
de l'Europe. En conséquence, si les événements amenaient 
une nouvelle intervention armée de la Russie dans les af- 
faires intérieures de la Turquie, le gouvernement français 
se réservait d'adopter telle ligne de conduite qu'il jugerait 
convenable, et d'agir, « comme si le traite dTnkiar-Skelessi 
n existait pas. » La même notification fut faite simultané- 
ment au divan de la Sublime-Porte, par l'ambassadeur fran- 
çais à Constantinople. 

M. de Nesselrode, par ordre de l'empereur, répondit, 
avec autant de fermeté que de froide politesse, à la note du 
gouvernement français. Il déclara que le traité du «juillet 
était purement défensif; qu'il avait été conclu entre deux 
Puissances indépendantes, dans la plénitude de leurs droits; 
qu'il ne portait préjudice à aucun État de l'Europe, et qu'il 
changeait seulement les relations réciproques de la Russie 
et de la Porte Ottomane, en faisant succéder à une longue 
inimitié les rapports d'intimité et de confiance, dans les- 
quels le gouvernement turc trouverait désormais une ga- 
rantie de stabilité et des moyens de défense propres à assu- 
rer sa conservation. Au reste, l'empereur de Kussie était 
bien résolu a maintenir fidèlement les obligations que lui 
imposait ce traité, et, le cas échéant, il agirait, dans sa 
pleine et absolue liberté, « comme si la note du gouverne- 
ment français n'existait pas. » 

Le ton de ces deux notes n'était rien moins qu'amical et 
conciliant, mais elles n'eurent pas les suites qu'on avait 
lieu d'appréhender, et l'on apprit bientôt que le roi Louis- 
Pliilippe envoyait a Saint-Pétersbourg, en qualité d'ambas- 



— 332 — 
sadeur extraordinaire, le maréchal «„', 
l'ambassade de Vienne- on Ton , ' '"" ° CC ° pait 

française et ,„„ ' PP '"' ! "' SS '' 'l" e les «eadres 

ianca.se et angia.se ava.ent reçu l'ordre de rentrer dans 
leurs stat,„„s d'hiver, à Malte et à Tonloo 

au «raoé'dUnK^?""' 5 ^"^ *" SS ""«"-»' 
au tra,u. d Bukiar-Skelessi, se trouvait donc confiée à la di 

,tT ; '. mais> T" le diïérend sem,jlait s ^ " 

vin , ""' SOr i dMS "» J °" maUX * <™ s I- P»y S fini 
ae„ t „ faffe prévaloir, en cette question, aussi eonLélo 

naît a ,„„ la gué™ éclater a „ print „ 

-«-o„' » Pe «*» «— • «..ré la Russie, JCs'et 

Autriche, pour empêcher la France et l'Ang.eter " de 

troubler la paix de l'Europe ! " e 

bo„Z Z T Ù 'T' amïa ' 0Ut " C0 ""> à Sai »'- P «ers- 
dem ev „ T' "^-^Wacha, ambassa- 

«i i r nairc s, " ta "' au momcn, °" r « » 

la prochaine arrivée du maréchal Maison. Le sultan 
Mahmoud „ avait pas voulu répondre à la note du J 
nement français, avant d'avoir consulté sou fidèle allié 

Ce fut M. de Nesselrode qui formula les termes de cette 
épouse, laquelle ne faisait que reproduire celle d„ cabi, 
russe m M aTe0 plus ft,^ „ ^ d ' 

reur fit savon, en même temps, au grand-seigneur q„e te, 
«nltes et tes armées de la Russie seraient ,„,qo,,r/p e 
son appel, pour défendre sou indépendance et s, dignité de 

1 alliance, pins étroit et plus explicite que | e premier 
entre la Porte et la Russie. ' 

L'empereur pensa qu'il p0UTai , disposer de quelones 
jours p„ nr fai „ llne cmirtc aijpar . (ion . Mo J u . 1 « 

voyage avait pour but de témoigner aux habitants de la se- 



— 353 — 
conde capitale de l'empire, combien il était sensible à leur 
dévouement patriotique, dans des circonstances graves, où 
la Russie pouvait se plaindre de l'attitude agressive 'des 
Puissances occidentales, se posant en protectrices, presque 
en auxiliaires de la rébellion polonaise, et s'efforcant de 
tenir en tutelle la Porte Ottomane pour combattre l'in- 
fluence russe en Orient. 

Nicolas partit en traîneau, de Saint-Pétersbourg, dans la 
nuit du 6 décembre, accompagné seulement du général 
Alexandre Benkendorff, et il arriva, en trente heures à 
Moscou. Le H, longtemps avant que le jour eût paru ' la 
nouvelle de son arrivée inattendue se repandit par toute la 
ville et aux environs : une Coule innombrable se dirigea 
vers le Kremlin et s'amassa tout a l'entour du vieux palais 
des tzars, mais silencieuse, malgré son émotion, évitant 
de faire le moindre bruit, de peur d'éveiller l'auguste voya- 
geur. Plus de quarante mille personnes des deux sexes a < 
tendirent ainsi, debout a la môme place, pendant plus de 
trois heures, par un froid de quinze degrés. 

Quand l'empereur, qui avait entendu la messe dans la 

chapelle du palais, se montra sur le perron, le hourra na- 
tional retentit dans les airs et se prolongea comme le rou- 
lement du tonnerre. L'empereur, selon l'usage, alla faire 
sa prière a la cathédrale de l'Assomption ; il eut peine a se 
frayer un passage a travers cette foule de peuple, (|1 ,j se 
prosternait a ses pieds et qui lui demandait sa bénédiction 
Nicolas visita les autres cathédrales el redit hommage 
aux saints de .Moscou, pendant que les cloches saluaient sa 
bienvenue par de joyeux carillons. Vers midi, après avoir 
assisté à la parade d'un régiment de carabiniers, composé 
déjeunes recrues qui eurent l'honneur de manœuvrer sous 
ses yeux, il inspecta les établissements publics, en com- 

23 



VI 




— .'J5i — 
mençantpar les hôpitaux, et i! put se convaincre, par ses 
propres yeux, que le choléra n'existait pas à Moscou, 
comme les journaux étrangers l'avaient annoncé 

Ce lui fut une occasion daller voir, dans l'atelier du 
sculpteur italien Vitali, le monument que le Commerce 
reconnaît envers le gouverneur général militaire dé 
Moscou devait faire ériger, à ses frais, dans la salle de ses 
assemblées, en l'honneur du prince Galitsyne et en sou-^ 
vemr de la courageuse et infatigable sollicitude que le e0 u 
verneur général avait déployée, à l'époque de 1 invasion du 
cnolera-morbus, en 1830. 

Ce monument se composait d'un buste en marbre blanc 
de Carrare, supporté sur un socle de malachite, et d'un 
piédestal en porphyre de Home, orné d'inscriptions et de 
médaillons, 1 un desquels représentait la Bienfaisance sou 
tenant un vieillard et présentant une corne d'abondance 
aux orphelins. Une des inscriptions en russe signifiait • A 
l exemple et d'après les ordres du Souverain, Je sauve l'Hu- 
manttè. 

Pendant le séjour de l'empereur dans sa seconde capitale 
on signala deux faits qui eurent l'un et l'autre des échos 
sympathiques dans le peuple et dans l'année 

Un matin, Nicolas, en uniforme d'officier, sous sa pelisse 
de fourrure, et sans aucun insigne qui pût le faire recon- 
naître parcourait, en droschki, un des faubourgs les plus 
reculés de Moscou : il rencontra un paysan qui 'conduisait 
sa charrette, en chantonnant un air mélancolique et il 
remarqua, sur cette charrette, entièrement vide, un' objet 
informe couvert d'une mauvaise natte de jonc 

-Eh! mon fils, lui cria-t-il en faisant arrêter son 
droschki, qu'est-ce que tu mènes là ? 

- Pas grand'chose, mon officier, reprit le paysan en 



- 3;>r> — 
arrêtant aussi sa charrette: le corps d'un pauvre diable de 
soldat, qui est tombé à ma porte, tremblant la fièvre, et qui 
est mort celte nuit dans nia maison. 

— Bien; car je ne doute pas que tu ne lui aies donné 
tous les soins nécessaires, répliqua l'empereur en saluant le 
cadavre et en faisant un signe de croix; mais, au lieu de 
chanter comme tu fais, tu devrais plutôt, en bon chrétien, 
prier pour l'âme du défunt, qui sans doute servait fidèle- 
ment l'empereur et sa patrie. 

— C'était un vieux brave, dit le paysan; car il porte sur 
la poitrine plus de dix médailles militaires. 

— Continue ta route, reprit l'empereur d'un ton d'au- 
torité, et pour rendre honneur au mort, dis des prières, si 
tu n'es pas un païen. 

L'empereur descendit de sa voiture et suivit à pied la 
charrette, au grand étonnement du paysan qui ne voyait 
qu'un simple officier dans cet inconnu marchant à la suite 
du mort. 

L'empereur, arrivé devant une église, donne l'ordre de 
faire halte, fait appeler des prêtres et les invite à procéder", 
en sa présence, aux obsèques du soldat; le corps est trans- 
porté dans les dépendances de l'église, lavé et enseveli 
selon les usages du rite gréco-russe, et renfermé dans la 
bière. On célèbre ensuite l'office des morts et l'empereur 
y assiste; puis, la bière est replacée sur la charrette, et le 
paysan la conduit lentement au cimetière, tandis que deux 
prêtres l'accompagnent, en récitant des prières, et qu'une 
foule immense forme le cortège funèbre du soldat. 

Le même jour, le droscbki de l'empereur, en passant 
sous une des portes monumentales de .Moscou, blessa un 
homme qui s'était collé au mur pour éviter l'atteinte des 
roues. Cet homme jeta un cri lamentable, et des malédic- 



— J56 — 
tions se ûrcnt entendre contre l'auteur de l'accident On 
» avait pas reconnu l'empereur. ' ° n 

Les règlements de police à M™>™ 

teraboiip* ™ i ° U Comme k Saint-Pé- 

cersDourg, ordonnaient que, dans Ip r. ac - 

• menés en fourrière. flISSent 

de l'Zio^ fe " arrêter S °" dr0SChM ' s '"*™ "a sujet 

t T ant : et apprend ,,to sM ««*- « f« 

même sa déposition „ 1)llreai| de p0 " " / / re lu '" 

^ ii 7Mec„ M „ 1 e >8 woj 6 rrr 1 t T: 

e»és en fonmere, appartenaient à Votre Majestt c est 

ciZlTr m "' qniwere2p ™^'^ 

' J0Ut '' cc cocher qui avait son franc parler ave,. .„„ 

chevaux pl„ s v „ e quS| M ,. 

pensable des accidenta. ' Je ne p™ être res- 

n* l'^'r , d ' a " W *'■""" lrai "' ">»<«< Nicolas, 
£T» que Je ferai rentettre an ^^^7^ 



On 



CCIJI 



Le 11 décembre, l'empereur était de retour à Saint-Pé- 
tersbourg où la famille impériale se trouvait déjà réunie, 
à l'occasion de sa fête. 

Le grand-duc .Michel avait ramené de son voyage d'Alle- 
magne la grande-duchesse Hélène et leurs enfants; le 
prince d'Oldenbourg et le prince Auguste de Wurtemberg 
étaient venus les rejoindre, et l'on attendait, d'un .jour à 
l'autre, le prince d'Orange et son fils aîné le prince Guil- 
laume. 

La visite que le prince royal des Pays-Bas allait faire a 
son auguste beau-frère, annonçait que le refroidissement 
de leur ancienne affection n'avait pas survécu aux circon- 
stances politiques qui l'avaient produit. L'empereur de 
Russie s'était vu dans la pénible nécessité de paraître indif- 
férent, sinon hostile, a la cause du roi des Pays-Bas, qui 
n'avait cédé qu'à la force et qui ne voulait pas encore 
reconnaître les actes oppressifs de la conférence de Londres 
a son égard; mais, au fond «lu cœur, Nicolas approuvait la 
conduite digne et ferme (pie son allié axait tenue dans cette 
résistance opiniâtre aux prétentions de la Belgique ap- 
puyée par la France et l'Angleterre; il pouvait prévoir le 






— 3.N8 — 
moment où il deviendrait à son tour l'auxiliaire et lo prc 
;;*"■■ d " «?-» landais, uou.seulemeu, c„ r â 

taT"; raf,,s cM " e »*■ - p »-„oes (1 „i „:;;,!: 

La fêtede l'empereur Nicolas fut cé l ébrée (18déce . 
. avec plus de pompe que jamais; le matin, , ™2 
eotanelle dans la chapelle du palais, récepL cl 17 
- ,o. ta seu„au 1 du,ri m p, 1 ,u r i W; ,e so i 1 , lK , ài ; t 3 

0» marqua,,, dans toutes ces cérémonie l'am "' 
deur extraordiuaire du sultau, Mouclnr-Alune -P„ T 
ava,t présenté, la vaille, ses lettres de créance ' ' 

I. empereur, comme à l'ordinaire, célébra sa fête par „„ 
grand nombre de promotions, parmi lesquelles on „7d,s 
■ngua pas moms celle du capitaine comte Hzewusti nommé 
■de de campde Sa Majesté, que celles dn comte d H Z 
et du pnnce Menchikoff, nommés amiraux, car le caritlê 
R-wusx,, aide de camp du généra, de W ,, ap 1 * 
«ne a„c,e„„„ et illustre famille polonaise et „,", i ™ m 

s ancêtres le fameux betman des Cosaques Weu'cesa 
avait protesté avec une patriotique énergie contre le „e- 
™er partage ,,e la Pologne. La „„ mi , latio „ d „ ^ 

otteit ( i la noblesse polonaise 

s'associa Z ^ d *" S " "*" i,,temi °" «™ P *™«" 

bran" la ï S™"" 568 <le ''"'"P™"' » «*■ 

braut la fê,e de sou souverain, par l'amnistie pleine et 

n ère cordée a cinquante Polonais ,. omainc £ ^J 
P« paît a un complot qu, avait eu pour but de soulever 
de nouveaux troubles en Pologne. 

Le prince d'Orange et son 61, arrivèrent enfin, 1„ dernier 
jour de 1 année ,833, après un voyage qui n'a™, „ " 
-s fat.gue et sans danger. L'empereur fut tellement 




, - ; 



— 359 — 

charmé de se retrouver avec un des meilleurs amis de sa 
jeunesse, qu'il lui sacrifia, pendant plusieurs jours, les af- 
faires les plus pressantes du gouvernement, et qu'il ajourna 
indéfiniment l'audience (pie le maréchal Maison lui avait 
fait demander, le lendemain même de son arrivée à Saint- 
Pétersbourg en qualité d'ambassadeur extraordinaire du 
roi des Français. 

Pendant que Nicolas retardait celte audience, sous divers 
prétextes qui ne témoignaient pas de son empressement 
on savait que le comte de Nesselrode avait de fréquentes 
conférences avec l'ambassadeur du sultan, et qu'il échan- 
geait continuellement des notes secrètes avec les cabinets 
de Vienne et de Berlin. 

Mais le maréchal Maison, dont la mission avait pour 
objet de détruire ou d'annihiler, s'il était possible, le traite 
d'Unkiar-Skelessi, même en faisant bon marché de la ques- 
tion polonaise, insista si vivement, si habilement, si obsti- 
nément, pour obtenir la présentation de ses lettres de 
créance, que l'empereur le reçut la veille de la fête de 
Noël russe (S janvier 1834), avec ses aides de camp, le 
colonel baron de La Rue el le marquis de Chasseloup-Lau- 
bat, et quelques autres personnes de l'ambassade. L'em- 
pereur lit un accueil assez froid au maréchal, lui demanda 
malignement des nouvelles de son illustre collègue, le ma- 
réchal duc de Raguse, dont il n'avait pas imité le dévoue- 
ment pour la cause des Bourbons de la branche aînée, et 
s abstint absolument de parler du roi des Français. 

Le lendemain, joui- de Noël, le maréchal fut présenté a 
1 impératrice, qui s'informa du moins de la santé de la reine 
Amélie et qui adressa, en outre, à l'ambassadeur plusieurs 
questions bienveillantes sur la belle et nombreuse famille 
du roi. 






— 360 — 
Le maréchal Maison s'éhit -.h^n i. . 

««- solennel, en mémoire i ' Cha °' a "" ft 

n-«pa,.|e sa ; mci ° se „"„ U ' ra «' ati ™ du territoire 

Hais, des officiers sZ ' • '°"' <lanS les sal| es do 
diWren.es médaTs'a r r P '," SOl '' atS ' décOTés des 
et de i 8M II r, „ ' '""'"""««"P.gn-do 18,2 

— n ent ., ec son in^l o 'I ^ l" w' Î 

nussie. uuueue d ici cour de 

« « se résigna ^£^,1^^'" ^ 
l'^Pereur, nuenx disposée h™ Y ■**' ''"" <,nC 
roi Louis-PMiooe ,,„•'„ ff , de ce «Présentant du 

■»*»«<■. e ; rr"™''"-" 1 ^" 8 " 1 " 5 *»"*- 

'e maréchal W a i . " ■' ™ '/""" d * '*' °*an-e nue 

'i"^eo mma „,: i ;™' , ;;;; j '' m ' iia " si '«M.e l ii t io n ,i CMoi , e , 

le„ ] p«.™,," C " Sl '" ,0,IS *' S G ''«-' '* demanda un iom . 
marôetT.' ' ™' e ""^ '" 5 ^ "*** sans hésiter le 

x^te^n ™ ,s ' rép ,'r Nicoias > si ta 

» "ll« MahmondS J T*"" 5 **— 
àlafeiorthofaë ddabj ° rerl ' 9lami ™".P°« se convertir 

i»éritaWelt\ 8 co C nv' ema ? ha ' ^ d " S ""*!<»— 

^esH„n;w;r: ,o ; desi " rc8;Mseraitia "»de 



— 361 — 
Les réclamations de la France contre le traité d'Unkiar- 
Skelessi n'avaient pas en cependant pins de succès à Saint- 
Pétersbourg qu'à Constantinople. Le texte de ce traité était 
enfin connu, et, pendant que les cours de France et d'An- 
gleterre s'efforçaient de représenter, d'un commun accord, 
à la Turquie comme à la Russie, que les stipulations exclu- 
sives de ces deux Puissances ne pouvaient amener que la 
rupture de l'équilibre européen, un nouveau traité, con- 
firmatif du premier et beaucoup plus explicite dans ses con- 
séquences immédiates, se négociait entre le comte de Nes- 
selrode et Moucliir-Alimet-Paclia, sans que L'ambassadeur 
extraordinaire du roi des Français en lut seulement averti. 
11 s agissait, il est vrai, de régler les derniers points que 
le traité d'Andrinople avait laissés en litige; mais, 'de la 
part de la Porte Ottomane, c'était la reconnaissance du 
protectorat qu'elle avait réclamé de la Russie et qu'elle se 
félicitait de pouvoir invoquer désormais toutes les Ibis 
qu'elle en aurait besoin. 

Les négociations, entamées et poursuivies secrètement, 
aboutirent, le 2!) janvier 1831, a la signature d'un traite 
qui remettait au gouvernement turc la plus grande partie 
des contributions de guerre qu'il avait encore a payer; qui 
tranchait a l'avantage de la Russie la question indécise des 
frontières en Asie Mineure, et qui promettait en échange 
l'évacuation prochaine des provinces danubiennes, à l'ex- 
ception de la ville forte de Silistrie, laquelle devait rester, 
pendant huit années de plus, en la possession des Russes. 
Le divan de Constantinople aurait fait volontiers de plus 
grands sacrifices pour réintégrer sous la domination turque 
la Moldavie et la Valachie , qui s'étaient complètement 
transformées, grâce à la bienfaisante administration du 
général Kisseleff, et qui devaient être, pour les autres pro- 






— 3(12 — 
vincos de l'Empire ottoman, le tvno ,r 
complète. ' yP ° dune ^génération 

'» mois auparavant {18 décembre 18331 Nicnh ■ 
annoncé au général Kisselelf en lui 17 **"* 

^ea en diamants de lordTel Sai T A ^ T' * '*' 
™ "n rescrit des pl us n, ttei s Saint - AI ^^e Newsky, 

P^ent I^dl^iS^^ 

^chie,allaientbi e ntôt ce 8Ser , t^jL^?-* 
hear ^ d'avoir presque acbeCé r mÎen " ^ § T 

pautés. politique des Pri nci . 

'- ,1 f 2 février, Mouchir-Ahmet-Parh a u. , 
et de présents ,1, i -, ' combIé de faveurs 

i " 8t} ûts, déclarait, au nnm ,i,, 

son audience de com* \ , . souverain, dans 

■•« ^ssrr^tr. 86 ^ 4 

et, à l'heure miW r i , eir01te et smcere amitié, 
*™r,tage de la ™„ '"' "" ''"' P" s ""'»""" 

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-F ^HaZfT ^ d . eS&é à *™^e p, n8 
i »«s rapports d amitié intime et de hnn ™ • 

u tie ûon voisinage 



— 363 — 
qui subsistaient entre les trois parties contractantes, avaient 
été arrêtées en principe dans les conférences de Munchen- 
Graetz, mais elles ne furent révélées à l'Europe, que par 
un manifeste de l'empereur Nicolas, en date du 18 février; 
elles étaient ainsi formulées : 



« Aucun individu, qui se sera rendu coupable, dans les 
Etats de l'une des trois puissances de Russie, d'Autriche et 
de Prusse, de crime de haute trahison, de lèse-majesté, de 
rébellion à main armée, ou qui aura conspiré contre la' 
sûreté du trône ou du gouvernement, ne pourra trouver 
protection ni asile dans les Etats des deux autres. Les trois 
Cours s'engagent, au contraire, à ordonner l'extradition 
immédiate de tout individu prévenu des crimes indiqués 
ci-dessus, s'il était réclamé par le Gouvernement auquel il 
appartient. 

« Il est bien entendu que les dispositions qui précèdent 
n'auront aucun effet rétroactif. » 



(tétait un véritable traité d'alliance offensive et défensive 
entre les trois Puissances alliées, sous la forme d'une sim- 
ple mesure de police internationale, et les antres Puissances 
se méprirent si peu sur la portée de ce simple document, 
qu'elles s'abstinrent de vouloir s'immiscer, même d'une 
manière indirecte et détournée, dans la question polonaise. 

La question d'Orient était, d'ailleurs, assez complexe et 
assez épineuse, pour que la diplomatie jugeât nécessaire d'y 
concentrer toute son action, au lieu d'éparpiller ses forces à 
débattre des questions secondaires. Aussi bien, les émigrés 
polonais semblaient-ils avoir pris a fâche de détruire eux- 
mêmes les sympathies que leur infortune avait d'abord inspi- 



— 364 — 

ré6S: ' IS Se niêJ;,ip "t à tous les ftufs ( .o ,-• 
S 7'-,a, nsJespaysquileu ^^'^eU,e C on- 

Le général Ramorino m,- « , na,ent as,, e. 

le canton de Berne, par „ n ™ , ol '' ,,onna '™; aussi, 
'-«'^Po'onaia.onia^nTa^l/. 03 ^™^^'- 
'J"™> le Piémont ''" dro " "' asl >. en atta- 

P^Wdes offioiera oolonai! PUbller "" ««t ™m- 

""" P ™l •« garante office t' *" ** *" 
'"" s ''" l'insurrection, doux ce „, S °" 5 ' CS dra - 

"■"'* sur le champ de ba -,n som ""-"'* étaient 

ï°i«éleroy, led ,, ™* 1 "™!- rt »» "'avaient pas 

^«lapréaenccdeïn? 6 '' 1 ^ 8 ' ' 13 ™'' 
™ France on en Suisse ' jl ' S ' 8H2e (le «« officiera 

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^^p r éBnmer,tCcot e H' deïemS ' etl '™ a ™« 

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"«des émigrés, cmi „„ „ ' s '"""' a ° "»■»- 

^e m divid n sXr«lâlnZT ntPaSm0inSde ^e 

«'«■iAn,,„„, TeJ ; ;' «^ «es suWdes de la j 

^ d'hommes sa^s ttlZ at0ndeïai ' êtrew »- 
'"'"''■. sans éducation ,W ' S "" S " ,0 - v "" s ''W 

'*^chapp és Z™ S,' d Xi 1 '™ "•*«»; d'é- 



— 365 — 
à la fainéantise et à la débauche, ne se faisaient aucun 
scrupule d'exciter des troubles dans les pays qui leur 
avaient donné l'hospitalité. 

Cette note officielle, publiée dans les journaux, produisit 
une vive impression et ne fut pas démentie. 

L'empereur Nicolas n'avait plus à craindre d'être contre- 
carré, par les puissances européennes, dans ses travaux de 
reconstitution organique de la Pologne. C'était au moyen 
de l'éducation publique, qu'il voulait faire pénétrer parmi 
les masses ignorantes et grossières, en Pologne comme en 
Russie, une amélioration progressive religieuse, morale et 
intellectuelle. Cette éducation, il ne faut pas essayer de le 
nier, devait, dans la pensée île l'empereur, être partout 
nationale, c'est-à-dire russe. La pensée de Nicolas a cet 
égard n'était autre que celle de son ministre Ouwaroff, qui 
avait acquis et qui acquérait de jour en jour une autorité 
grandissante dans le conseil des ministres, depuis qu'il ('tait 
parvenu à convaincre l'empereur, que la Russie, en fait 
■d'éducation publique, avait tout a changer et à créer. 

Le premier acte important du comte Ouwaroff avait été 
de faire transférer, de Krzemicniesc a Eieff, le lycée de 
Wolhynie, fermé depuis la lin de la rébellion, et de le réor- 
ganiser sur des bases plus larges et plus solides, en faveur 
des habitants des gouvernements de Eieff, de la Podolie 
et de la Wolhynie. Voici ies prolégomènes de l'ukase im- 
périal, date du 8/20 novembre 1833, par lequel l'empereur 
avait fondé a Eieff l'université de Saint-Vladimir, composée 
d'une faculté de droit et d'une faculté de philosophie, et 
entretenue à l'aide des anciennes fondations du lycée de 
Wolhynie : 



« Dans Notre constante sollicitude pour les progrès de 



— 366 — 

éducation publique vraiment nationale N 

convenable eu transférant de kZ ' * aV ° ns ^ é 

*» ^' haut enseignementTee lTi a n ° rme d '" nt ' ™^ 

SUr de »**• bases, institut^ ie 2" C ° menable ' et 
e » faveur des habitants d, P P^ulièrement 

"•"">■*> - d e po.r;,;:;; t rr:,:;;v' eKieir ' <,p 

Propagation des lumières a suffi. "^«are pour h, 

p- kh*«*r«i . :;; , ;;;;:° t * n °" *»**« 

*"" l" Mi -l'" dans cette contrée if'' 556 ™"' 5 d ™'™- 
«vons choisi I» villede Eeff i '• , c ' onsé 1 ue 'io>. nous 

""' s '« Russes, qui ,■„, , ,u ,' '' < ""'' J, " < '" t càère » 
'™™ Pe™> et e,.|„! dl ,;',;"" 6 '" j,m ™ le la foi de 
«ous ordonné d'y fonder , ,». n 1)ol " i( I" e ' « Nous 

sp^ale de saint vJu i ", " ?"" "- ««— *■ 

^"^sln m ière s rnICl ï T m rf 8ra ' ,dl,ro P a - 
la <U™e Providence. • W ^ à Nos «*» P»' 



' ur ''augmentation du nombre ''"'' po '"' |J,l ' ve - 

«ente particuliers densë^2 n , P ™ S '°" ! " '" aWiss "- 

;«*•»«, ^i, M s :; r r„ ; ",;;".: ? r*-> ^ 

des étrangers, de créer •„, , S RtK8<îs > '" <'' 

°u de l'auie sève à * LT"", "°" ïe " iX " ,Si °" de ''"» 

«utrée. L'antorisatio ou es " Tr ''" '""" dé " 

«eure dans l es „„„.,„ ... tUI " ucs «amusements ,1e ce 

e^deréservript n r? t , aCCOrdée ' a ™ toute 

P" »« établissem n ;? ° S l0ra '' t,;s ™ "'existerait 

sèment d mstrnchon dépendant de l'État, et 



— 367 — 

dans tous les cas, un étranger ne serait admis à tenir pension, 
qu'après s'être l'ait naturaliser russe. 

Ce l'ut là le point de départ de la guerre impitoyable 
que le ministre de l'instruction publique ne cessa de faire à 
l'éducation libre, dirigée soit par des Russes, soit par des 
étrangers, éducation qu'il regardait comme antinationale. 
Après avoir arrêté la multiplication des établissements 
particuliers destinés a l'éducation en commun, il devait 
autant que possible s'attaquer a l'éducation privée, qui, 
livrée à des précepteurs cosmopolites, détruisait le senti- 
ment de la nationalité dans les familles nobles cl riches. 
Selon son programme que l'empereur avait complètement 
adopté, l'État seul avait le droit d'instruire les enfants, 
pour en faire des citoyens, et la Russie, qui était restée 
trop longtemps dans les ténèbres de l'ignorance, u avait 
qu'a prendre en main le flambeau de la science, pour 
éclairer le monde en s'éclairant elle-même. De la tous les 
projets qui se succédèrent pendant plusieurs années, dans 
le but de développer et de populariser l'instruction pu- 
blique. 

L'Europe libérale avait protesté contre les ukases qui 
supprimaient les universités de Varsovie et de Wilna, le 
lendemain d'une insurrection terrible qui avait eu son 
principal foyer dans les chaires de ces universités; mais 
cette suppression momentanée n'était que le prélude né- 
cessaire d'une réorganisation de l'enseignement dans les 
provinces de l'Ouest. 

Déjà l'Université de Saint-Vladimir a Kielf se trouvait 
constituée sur de^ bases plus larges et plus solides que 
l'ancienne Université de Wilna. Un autre ukase axait or- 
donné la création d'une haute école a Orscha, dans l'ar- 
rondissement de la Russie Blanche, en y affectant une 



Alj 






— 368 — 
somme de SOfi ftnn 1 . 

^ÏÏÏÏZZZÎT?**»»»'» ■ 

Via ^>°< abandonna lep™ e,l n, . v 7. ,li "" ■*»'<- 

' — <ea, M ,essonrj I"" I ! ™ , "°™"».P- 

PO«>', à micim.inni,. ,.i , ,, Wso r pouvait dis- 

■imi ":;;;:!r::":;r »*■ "-.«m., *** 

'•^Nou BN „„ 8 t~-^'- r ™ce Sd e 
Provinces verront ,1,,,.,. „ ' !" hab "»nts de ces 

mité .,,,„;, '""; ""--"" ■«»» lonifor- 

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« x.» uta ..'.i,.,:. ( ,- u,n ;r sol "'" i "" 11, n,,m 

P»«ou t danal 1;, """'" '■■' «««■ "«*. *„V 

.-"ci „„,; ;,t- '""""'■ à|,fc «^ 

""■» " P*» exerce ,1 "'""""] *" '"""""*' "•"- 
d <u» les limites de la ri, ■ ' '"* mte "<*'uelles, 

""-publie, eu ZZZZZ '""" l0 '•-»■"- '•■ 

'•■'■".■Ile affection. ,, a 1 Potage, de Notre pa- 

L>et ukase < I < '■ < - 1 - « > - - > ; » i . 

'* ■«- •>- 1" jeunes» LeÏTuÏÏ "'" S ***• ""° 

&.« •m»".- -c ,.o P ,;::' :::;:''"'"■-' '■•'«- 

'l-Ji' n.i,-,,,!,,;, r,.„s,.i.., lt ., 1P „, .,,. , •-"• "" '"" "ail 

, '-<■ ^•'■"""■c.i'.n 72 h t :; u ™~- 

""«g, et il avait présent. Ii'!' irSaSamt - Péters - 
P°rt sur le travJ „ " ' ™' ,m '"'' ™ >"' "'eux ,,,,,. 

Clouais „o, 1 t ;; WlmSa, "° administrative, , JU , , s 

'**, satisfait ,,c „ .*':7 faa '''"" dP ""m"- Nicc- 
*ultats oltenus jusqu'à ce jour dans le 



— 369 — 
but d'effacer les traces de l'insurrection polonaise, témoi- 
gna publiquement de son approbation complète à l'égard 
de toutes les mesures que le prince de Varsovie avait prises 
de son propre mouvement, et lui adressa le rescrit suivant: 

« Le Compte rendu que vous M'avez soumis sur les prin- 
cipales mesures d'administration civile <hi royaume de Po- 
logne, en 1833, est pour Moi une nouvelle preuve de vos 
constants et infatigables travaux, tendanl à l'accomplisse- 
ment de Mes intentions pour le bien de la nation soumise 
à Mon sceptre. Une justice rigoureuse a étouffé dans leur 
germe les projets criminels conçus par quelques individus; 
ceux qui ont éprouvé des pertes, par suite de circonstances 
imprévues, ont obtenu les secours qu'il a été possible de 
leur donner; enfin, l'amélioration graduelle de toutes les 
branches d'administration y assure l'ordre et la régularité 
qui sont a désirer. D'après toutes ces dispositions de votre 
part, il M'est agréable de devoir vous témoigner Ma sincère 
reconnaissance pour les soins assidus que nous consacrez 
aux btérêts du royaume confie a votre administration. Je 
suis pour toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 
« Saint-Pétersbourg, le H (26, qout. st.) février 1834 ». 



Paskewitch, après un séjour de sept semaines a Saint- 
Pétersbourg, repartit le 9 avril, emportant avec lu, les in- 
structions secrètes, d'après lesquelles la commission extra- 
ordinaire, instituée pour juger les principaux auteurs de la 
dernière révolution, pourrait enfin rendre un jugement dé- 
finitif et laisser ensuite la place libre a la clémence du tzar. 

On attendait, a la cour, dans un délai très-rapproebé, le 
général Kisselelf', que l'empereur rappelait auprès de lui 

24 









— 370 — 
gavait dû quitter Jassy dans les premiers jours d'avril 
en déposant ses pouvoirs de ministre plénipot ntiaire ^ 

iir niation des hospodars dans jes ^™r 

Dèsquele.énéndKisseleffavaiteuav^le la Nature 
^da» j .^ 18 84 f o nda. W cl. Porte (ST 
1 app oche de son départ ne fit qu'accroître sa sollicitude 
I-r les populations moldo-valaques, qu'il avait « 
omme un père de famille, pendant quatre ans. Il invitTS 
ehfsdes afférents ministères à lui soumettr* des rlo 
pillés sur toutes les parties de l'administration, T 

t:Z rles ^ ets(ki,oisi -p i --^qu 1 d;J 

t,e ex unnes sous ses veux par les divans de Valachie et 
Mo ^e, à, ui faire connaître les besoins du pays aul 
q"tls In aurait pas eu le temps de pourvoir, et a appeler 
son attenta sur les services que le gouvernement Tuss 
pourrait rendre encore aux Principautés, en les remettant 
prospères etflorissantes à la disposition de l'Empire ottoman 

"voulut s,, rendre compte de l'état rie toutes les caisses 
Pâques, et savoir to chifre des sommps 

dans chacune d'elles; il revisa et arrêta lui-même la ba- 
lance des dépenses et des recettes du Trésor durant sa pré- 
sidence, et il ordonna d'accélérer l'encaissement des arrié- 
rés pour les affecter à l'extinction de la dette pubbque 

Les documents qu'il avait rassemblés ainsi, et qui for- 
maient une masse immense de renseignements authen- 
hqnes hu fournirent les matériaux d'un rapport détaillé 
dans lequel il passait en revue tous les actes de son ad- 
ministration dans les Principautés. Ce rapport, envoyé à 
empereur, précéda de quelques jours seulement l'arrivée 
du général à Saint-Pétersbourg. 



— 371 — 

Le président plénipotentiaire do la Valachie et de la Mol- 
davie avait quitté .lassy, au commencement d'avril: toute la 
population de cette ville, le clergé et la noblesse en tète, 
lavait suivi jusqu'à la frontière, pour lui faire cortège et 
pour manifester solennellement le regret de le perdre- 
en approchant des bords du Pruth, ceVe foule bruyante 
devint tout coup silencieuse et morne; des larmes cou- 
laient de tous les yeux. Le général se sentait pénétré lui- 
même ,1e 1 émotion qui éclatait autour de lui : chacun vou- 
lait le voir une dernière fois et lui adresser un adieu 
suprême. C'était le hou génie de la patrie, disait-on, qui 
s en allait, emportant avec lui le bonheur qu'il avait donné 
aux Principautés. Le nom de Kisseleff restait gravé a ja 
mais dans le cœur .les Valaques et des Moldaves 

Quand le général, que l'empereur avait mandé à Saint- 
Pétersbourg, eut l'honneur d'être reçu en audience parti- 
culière par Sa Majesté, l'accueil flatteur et cordial que lui 
fil son souverain ne lut que la juste récompense des serves 
^'il avait rendus à la Russie, dans une mission aussi déli- 
cate que difficile à remplir. 

- J'ai lu ton rapport, lu, dit Nicolas en lu, serrant la 
main et je l'ai lu tout entier avec le plus grand plaisir 

- Quoi! Sire, reprit le gênerai, Votre Majesté a pris | a 
peine de lire elle-même ce gros volume, où il y a bien des 
choses inutiles; 1 

- Pas du tout, répliqua l'empereur; j'ai consacré trois 
soirées a cette lecture, et comme je marquais au crayon les 

passages qui m'ont le plus frappe, ja, prié la grande-du- 
chesseMane d'en faire l'extrait... Voici cet extrait, ajouta 
Nicolas en ouvrant un carnet tout chargé d'écriture II y , 
surtout un passage qui m'a beaucoup interesse : c'est celui 
ou tu parles de l'émancipation des serfs. Nous nous occu- 



— 372 — 

parons de cela u „ jo„r „„ l'a.uro, et je sais f|l?e je , )uj , 
■es, les mêmes sentmentssur cette gl , mle ™ 

1 ots-tu diW en lui montrant de la main m des citons „,,i 
garntsement les «nettes dn cabinet, c'est ici oue e I, ■ 
«epms mon avénemen. an trône, ton.es les P LL n -' 
ces que je veus faire an servage, loraqo'il en sera tem 
peur émancper les paysans danstont l'empire 

Le général Kisseleffn'ent garde d'onblier cette première 
nverture ,,„. , ,.„, pe ,. pil| . Ini avait Mte dans ne ^ 
dienre , épanchement, et cm'il ne devait loi renouveler 
qu après 1 avoir nommé ministre. 



CCIY 



La cour de Russie était alors dans l'attente d'une auguste 
cérémonie qui n'avait pas été célébrée depuis plus de qua- 
rante ans. Le grand-due héritier atteignait sa seizième an- 
née, et, à l'occasion de sa majorité, il devait, conformé- 
ment à la pragmatique sanction concernant la famille 
impériale, prêter serment de fidélité à l'empereur et à la 
patrie. 

Cette cérémonie avait été iixée au dimanche 4 mai, fête 
de Pâques. 

La nuit qui précéda ce grand jour, la famille impériale 
avait entendu la messe de la Résurrection, dans la chapelle 
du palais d'Hiver, et après les matines, Leurs Majestés avaient 
reçu les félicitations des membres du Conseil de l'Empire, 
fies ministres, des sénateurs, des généraux et officiers de la 
garnison, et des personnes de distinction présentées. 

La cérémonie du serment devait avoir lieu, à vêpres, vers 
deux heures et demie. Auparavant, les insignes impériaux 
furent apportés, sur des coussins de drap d'or, clans la cha- 
pelle du palais, avec les honneurs que prescrivait l'éti- 
quette : le globe, par le grand- chambellan comte Golow- 
kine, assisté de Tchertkoff, faisant les fonctions d'écuyer, et 









— 374 — 
du prince Gagarine, faisant celles de maître de h on i 
sceptre, par l'amiral Mordwinoff, a Js de "2 ! 
du comte Wielhorskv la «„, *ouschoff et 

toi oui avait , r ' U °' p3r le P rbce Ko *hou- 

wi, <pn avait ete nommé l a , Ql[ le chancelier rlo l'P • 

et qui était assisté de deux mafrrJTi PU " e ' 

Cl-ptovitchetlecomtel^; ' * " «^ «»*" 

Les invités, introduits dans la chapelle car 1, 

-itre des cérémonies, firent place ^LT s^ 1^ 

^ s dames en costume ,usse, les hommes en ha^d'é 

a la tête du haut clera* a mt . i , "-itisnourg, 

"";.' ,M Ç*" -"Poséea pour cette Leooité 
Ces prières dites, l'empereur prit le «WviM, 

a vis de son père et de la nation russe 
sei^:r t Z mai V^ Cnta aU Césaré -tch la formule du 

eh' JeUne PmC . e P r ° non Ç a d'une voix ferme 

et haute le serment ainsi conçu • 

d , „h,, „, tou|es choseS] Mns ^ 

J»«P .. 1, denue,, goutte de ra „„ 8 aug ; de garautir et dé- 



'iinii- 



— 37 s — 
fendre, de toutes mes facultés, de toutes mes forces et de 
tous mes moyens, les droits et privilèges de l'autocratie 
souveraine, de la puissance et de l'autorité de Sa Majesté 
impériale, établis ou à établir par les lois, en coopérant a 
tout ce qui peut concourir au service de Sa Majesté impé- 
riale et au bien de l'Empire; en ma qualité d'héritier du 
trône de toutes les Russies, ainsi que du royaume de Po- 
logne et du grand-duché de Finlande, réunis a cet Empire, 
je jure et promets d'observer, dans toute leur force et leur 
inviolabilité, tous les règlements p< 



mr 



ordre de succes- 
sion au trône, et les dispositions de 1;, pragmatique sanc- 
tion concernant la famille impériale, tels qu'ils sonl établis 
par les lois fondamentales de l'Empire, comme je puis en 
répondre devant Dieu et son jugemenl dernier. 

« Seigneur, Dieu de nos pères et Roi îles rois! enseigne- 
moi, éclaire-moi, dirige-moi, dans la grande tâche qui 
m'est réservée. Hue la haute sagesse qui siège sur ton trône 
m'accompagne : fais-la descendre des cieux, afin que je 
puisse discerner ce qui est agréable a (es yeux el ce qui 
est juste selon tes lois. Que mon cœur soit dans tes mains! 
Ainsi soit-il ! » 

Après la lecture du serment, le grand-duc héritier, 
ayant apposé sa signature au bas de la formule, l'ut ramené 
à sa place par son auguste père et parut s'absorber dans 
une prière mentale. 

L'impératrice, les yeux fixés sur son fils aîné, avait peine 
a retenir ses larmes. L'empereur se pencha vers elle el lui 
dit, avec un accent prophétique, en montrant lecesarévitch : 

— Nous sommes déjà le passé, mais voici l'avenir! 

On chantait le Te Deum, au bruit d'une salve de trois 
cent un coups de canon, tirée des remparts de la forte- 
resse, et au son des cloches de toutes les églises de la capi- 






— 376 — 

taie Le clergé entama ensuite les prières pour | a famille 
tap na,e, et à la snite de ces prières, les memb eT lu 
SamteSvnode présentèreilt leuK mdb>iomM gra -du 

L'acte du Serment, signé par le césarévitoh, fut remis au 
uo-cl,a„eel,er, chargé de le déposer dans le arcluT 
1 E.np.re, e, 1 on rapporta dans la salle des Diamants in 
3j;^nan, q m en avaient ét8 extraite pourl:':;: 

Pendant ,„ e le clergé de la cour cé,, )rail , cs vép ,, s> 
<">e autre eérémome non moins imposante se préparai 
f" '" T «»">«■»". où l'on avait rassemblé 12 
peaux de toutes les troupes, ,p,i étaient représenta 
des députatmns dans les différentes salles du p , " " 

sur des estrades tous les officiers-généraux et officie s oui 
oétaent pas a la tèle des députâtes de leurs régim, 

Ptifpnr » a P Cé un P u P ltre sur lequel 

étaient exposés la , T0 ix et l'Évangile. 

Les invités furent introduits alors par le srand m*,,™ 

qm m,t a droite les ambassadeurs étrangers et le* 
-mures de Conseil ,1e l'Empire : le s aides le camp d 

eT::;; t o so ?' iersdesasui, "' & ' i - i ->»"' ; -«'"»„ 

occupèrent la prennerc marche; les grandes charges 

eux de la cour, avec leurs bâtons au* armes de Russie 
attendaient au pied du trône. ' 



— 377 — 
L'empereur descendit les degrés et alla prendre par la 
main le césarévitch , qu'il conduisit devant le pupitre , a 
côté duquel un vieil officier de la compagnie des grenadiers 
du palais avait déployé le drapeau russe, dont les plis flot- 
taient au-dessus de la tête du grand-d,.c héritier. Larchi- 
prêtre Mouzowsky, aumônier de la garde, lut la formule du 
serment de fidélité a l'empereur et a la patrie, et le jeune 
prince répéta cette formule, a haute et intelligible voix, 
avant de se précipiter dans les bras de son auguste père.' 
A ce spectable, une émotion indescriptible s'empara de 
tous les assistants, et des hourras mille fois répètes retenti- 
rent de salle en salle, et trouvèrent de bruyants échos dans 
la foule de peuple qui stationnait depuis le matin sur la 
place et aux alentours du palais d'Hiver. 

En ce moment, on affichait dans les rues ce manifeste 
impérial : 



« Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas I", empereur et 
autocrate de toutes les Russies, etc., 

« A tous nos fidèles sujets, savoir faisons : 

« Les lois fondamentales de Notre empire ont fixe a 

I âge de seize ans l'époque de la majorité de l'Héritier «lu 

tronc. 

« Notre fil, bien-anné le grand-duc Alexandre Nico- 
a^evztch est parvenu a cet âge le 17 du présent mois 
(29 avril, nouv. st.). 

« Pénétré d'une profonde gratitude pour la Providence 
divine, qm a daigné le conserver, et considérant cet évé- 
nement comme un témoignage de la protection du ciel et 
un gage de ses bienfaits à venir, Nous avons choisi le saint 



joui- de Pâques, ^2 du présent , 



pour la célébration de cette solennité 



nois (4 mai, nouv. st.), 



— 378 — 

«Du» cette journée, des prières d'action» de grâces 
on « adresses an Tnnt-Puissan,, et nn Te »,„» 8 

''""": ' S s ™ •"*•. "'«Près le rite de notre églïï 

«toto, et, pendant cette eéré m „nie, IHérider de W 

P été e serment prescrit, à .Wasion de sa maJorité 
les lois fondamentales de l'Empire P 

• En portant cette s „,e„ m ,é a la connaissance de tons 
Nos fidèles sujets, Non» les invitons à joindre leurs fer 
ventes pneres a ceHes que Noos adressons an Très Ha 
o«r qu ,1 daigne répandre, sur la majorité de ffi 

•"' «*».«- -"nies l.en,dic,i„„ 5 , co le faisant crotten 
«gesse e, eu ver,,,. ,„,„ la Provide „„ misM ,. or £ 

n,e dans fes sentiers de h, rie ,p„ s'ouvrent devant m 

r;;:;,;, 1 ! ''"' ^ -..or,,,,,,» „„„„, „„,, „ t ai(pel(1 

« En même temps, Nous ordonnons ce qui sni, • 
«Prm^mm: La formule du serment ci-annexée sera 
-™ » actes qui constituent Nos .ois fondamental 
- ««ondm.ni : Au premier jour de fête, qui suivra la 
réceptton du présent manifeste dans chaque localité, a se 
adressé dans toute, les églises, au Tout-Puissant, dise 

" '■ de """ ''"■"' *■ -«» ue grâce, a ,'oc a si n de 

I heureuse majorité de l'Héritier du trône 

« Donné à Saint-Pétersbourg, le «y jol ,r do mois d'à, ril 

C* «., nouv. st.), de l'an de gré U huit cent trente 

quatre, et de Notre règne le neuvième. 

« Nicolas. » 



Leurs Majestés retirées dans leurs appartements, la p re - 
">'cre chose que h, le grand-duc héritier, ce te d'écrire 



— 379 — 
une lettre touchante au général Mœrder, qui était malade 
à Home, pour lui raconter la cérémonie du serment et 
pour lui demander sa bénédiction, comme celle d'un second 
père. Cette lettre, le général n'eut pas le bonheur de la 
recevoir, car il mourut, deux jours après la date de cette 
cérémonie au milieu de laquelle il se transportait en pensée. 
Ses dernières paroles furent celles-ci : 

« Que la Providence conserve longtemps à la Russie 
l'empereur Nicolas et son Bis Alexandre ! Si le cesarévitch 
vient à régner un jour sous le nom d'Alexandre II, on com- 
prendra pourquoi je meurs content de mon ouvrage. Que 
le ciel le garde pour le bonheur de la patrie! o 

Le grand-duc écrivit, le même jour, celle autre lettre 
adressée au prince Galitsyne, gouverneur-général militaire 
de Moscou : 



« Parvenu à l'époque de ma majorité, J'ai eu le bonheur 
de prêter serment de fidélité à Sa Majesté l'empereur, Mon 
auguste père, et, dans sa personne, à la Russie, Ma patrie 
bien-aimée. Désirant consacrer, par un acte de quelque 
utilité, même pour un petit nombre d'individus, celte 
journée de laquelle commence véritablement a dater Mon 
existence, le vous envoie une somme de 50,000 roubles, 

( '" e Je vous l ,n -' distribuer aux habitants indigents de 

Moscou axant Je plus besoin de secours. Je désire témoi- 
gner ainsi, quoique faiblement, le sentiment qui M'attache 
a notre antique capitale. Moscou est le lieu de Ma nais- 
sance; c'est dans les murs du Kremlin que Dieu M'a donne 
la vie, et qu'il permette que ce présage s'accomplisse : que 
pendant les années de Mon adolescence, Je puisse Me pré- 
parer avec succès à remplir les devoirs qui Me sont ré- 
servés, afin de Me concilier, avec le temps, par leur accom- 






— 380 — 

plient, rapprohaSo» de Mon seaverain el père> comme 
«h * -g* Mêle, e« Pestae de la R ussie , eenJe Russe 

:;:;:„:': tout em - a - w ™ je ia ^. •*« * ^ 

« Je suis toujours votre affectionné, 

« Alexandre. 

« Saint-Pétersliour» le 22 avril là , : 

>" le ** aviu (* mai, nouv. st.) 1S34. „ 



Enfin, il envoya, au général Essen, 



militaire de Saint-Pétersbourg 
blés, accompagnée du rescrit 



Souverneur-général 

;, une somme de 50,000 rou- 
suivant : 



« Parvenu à l'époque de Ma majorité, .Fa, eu le bonheur 
de rempbr mon premier devoir. J'ai prêté, devant le trône 
de Dieu, le serment de lidélité à .Mon souverain et père et 
dans sa personne, à Ma patrie bien-aimée. Daigne le Tout- 
Puissant m'aider à accomplir ce que j'ai promis de bouche 
et de cœur, dans son saint temple! Considérant désormais 
comme le devoir le plus sacré, de Me préparer assidûment 
pour le moment, auquel, d'après la volonté de Sa Majesté 
impénale, je commencerai à servir l'empereur et la Russie 
Je désire consacrer, au moins, par un acte de quelque 
utilité, cette journée si importante de Ma vie, et témoigner 
en même temps une partie de Mon attachement pour le 
ben, ou se sont écoulées les année* de Mon enfance, où j'ai 
appris a aimer la Russie, et dans lequel enfin a été pro- 
noncé Mon serment sacré. Je vous prie de distribuer les 
50,000 roubles ci-joints aux habitants indigents de Saint- 
Pétersbourg, qui ont le plus besoin de secours et y ont le 
Plus de droit. Que leurs prières s'unissent aux miennes 
^ a celles de tous nos compatriotes, pour demander à Dieu 



— 381 — 
de nous conserver longtemps notre souverain et de con- 
solider la prospérité constante de l'Empire de Russie. 
« .le suis votre affectionné, 

« Alexandre. 
« Saint-Pétersbourg, 1,. 22avril (4 nr.ù, nouv. st.) 1864. » 



L'empereur, de son côté, adressa plusieurs rescrits, a 
l'occasion de la majorité de son fils Alexandre; le premier, 
qui fut rendu public, le lendemain même, était relatif a la 
nomination du chancelier de l'Empire. L'empereur avait 
voulu témoigner au prince Kotchoubei, en l'élevant a cette 
haute dignité, la parfaite reconnaissance et la bienveillance 
particulière dont il l'honorait en mémoire des services im- 
portants que l'illustre homme d'État axait rendus au trône 
et a la patrie, pendant sa longue carrière d'activité. .Mais 
le. chancelier de l'Empire ne devait pas jouir longtemps de 
la glorieuse distinction qu'il devait a l'estime et a l'amitié 
de son souverain, car sa santé était dès lors gravement 
altérée, et il ne survécut pas même deux mois à la céré- 
monie, où il avait paru pour la première fois, en y occupant 
le rang de sa nouvelle charge. 

D'autres rescrits de félicitations et de remercîments 
furent adressés par Nicolas, non-seulement a des per- 
sonnages éminents, tels que les généraux Kouteïnikoff et 
Kleinmichel, mais encore à des corps administratifs, no- 
tamment au Conseil des guerres et a l'Auditoriat général 
qui dépendait aussi du ministre de la guerre. Le ministre 
de ce département ne pouvait pas être oublié, et l'empereur 
saisit peut-être cette occasion, pour faire connaître a l'Eu- 
rope, que ses armées étaient en état de repondre a toutes 
les exigences de la situation politique, lorsqu'il autorisa 






— 382 — 

j» P«blicatior. de sa lettre au général comte Tchernycheff 
dans le journal officiel de Saint-Pétersbourg 

« La longue carrière de vos services, si utiles à Nous 
et a la Patrie, Ment d'être signalée par de nouvelles 
preuves du zèle qui en a constamment été le caractère dis- 
toctlf. Après avoir entièrement justifie Notre attente pen- 
dant les quatre années que vous avez dirigé Notre état- 
™Jor général et le ministère de la guerre, vous avez, 
depuis Notre nomination à vos fonctions actuelles, terminé 
avecun succès complet la reorganisation de l'Administration 
de la guerre, d'après les bases que Nous avions posées- 
VOUS avez parfaitement exécuté, avec le zèle et l'activité 
qui vous distinguent, les dispositions que Nous avions or- 
données pour la nouvelle organisation de l'armée et pour 
1 armement des détachements destinés à prêter secours à la 
Porte Ottomane; enfin, dans tous les actes de votre admi- 
mateton, vous avez déployé une sollicitude exemplaire 
Pour élever au plus degré de perfectionnement toutes les 
Parties du sen ice, qui , ous sont «■ondées. Voulant vous té- 
moigner Notre parfaite reconnaissance et Notre satisfac- 
tion particulière pour des services aussi distingués, Nous 
vous conférons les insignes en diamants de Tordre de Saint- 
André, qm vous seront remis avec le présent rescrit, et 
Nous sommes a jamais votre affectionné, 

« Nicolas. 

« Sawt-Péterboarg, le 22 avril (4 ma,, douv. st.) 183* >, 

On avait annoncé que le général Paul Kisscleff, qui en 
arrivant d'Odessa, s'était demis des fonctions de comman- 
dant du 6< corps d'infanterie, par raison de santé, serait 



— 383 — 
appelé à une dos premières charges rie l'Empire ; on par- 
lait de lui, pour remplacer le prince Wolkonsky au mi- 
nistère de la maison de l'empereur, mais on apprit qu'il se 
bornerait à conserver son titre d'aide de camp général de 
Sa Majesté et de membre du conseil des guerres, jusqu'à 
ce que la place qu'on lui destinait fut disponible ; en atten- 
dant, ce rescrit donna la mesure de la faveur si bien mé- 
ritée que ses services lui axaient acquise auprès de l'empe- 
reur : 



« Le compte rendu que vous nous avez présenté de votre 
administration dans les principautés de Moldavie et de 
Valachie, a parfaitement repondu a Notre attente et justifié 
la haute confiance (pie Nous avions placée en vous.' Grâce 
a votre infatigable sollicitude, les avantages accordés a ces 
provinces par le traité d'An.lrinople, ont exercé une bien- 
faisante influence sur leur bien-être intérieur. La réorga- 
nisation de toutes les branches de leur administration, 
basée sur les principes consacrés par des conventions solen- 
nelles, s'est effectuée avec un succès complet, sous votre 
active surveillance. 

« Des services aussi éminents vous donnent plein droit à 
Notre entière gratitude. Recevez-en le témoignage, ainsi 
que l'assurance de la haute bienveillance avec laquelle Je 
suis a toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 
•< Saint-Pétersbourg, ce 23 avril (5 mai, n,»uv. at.) 1834. » 

Le général Kisseleff avait besoin d'un peu de repos, pour 
se remettre des fatigues extraordinaires, qu'une nature 
moins énergique que la sienne n'eût jamais pu supporter, 



— 384 — 
durant les quatre années de son séjour dans les Princi- 
pautés ; ce fut là le motif qui l'empêcha d'accepter nn poste 
-"< auprès d u grand-duc héritier el de disputer au prince 
Charles ,1e ùeven la charge de curateur de ce prince 

Le général Kisseleff était, .railleurs, sérieusement indis- 
pose. Il avait su pourtant se faire violence et rassembler 
^"t ce qui lui restait de force physique, pour pouvoir se 
montrer, quoique pâle et défait, à la cérémonie du serment 
du césarévitch. U lendemain et les jours suivants, il garda 
le ht, avec la fièvre, et il se vit dans l'impossibilité absolue 
de paraître aux grandes réceptions Au palais, où les devoirs 
de son rang et de sa position exigeaient impérieusement 
sa présence. 

Un "ait des plus caractéristiques, qui fut alors l'entretien 
de la cour, prouva combien l'empereur Nicolas était scru- 
puleusement attaché aux moindres questions de service de 
règlement et d'étiquette. 

Hruiel de la santé du général, qu'il n'avait pas aperçu 
aux réceptions officielles, il envoya un aide de camp pour 
«informer des nouvelles du malade. L'aide de camp revint 
dire a l'empereur, qu'il avait vu le général encore faible 
mais levé et en robe de chambre, au coin du feu. 

- En robe de chambre! s'écria l'empereur, étonné et 
contrarié. En robe ,1e chambre! est-ce croyable? Quoi! le 
gênerai n'était pas en grand uniforme, dans la tenue ordi 
naire, un jour de réception officielle ! En robe de chambre ' 
H est souffrant, sans doute, mais ce n'est pas une raison 
pour oublier le service et pour manquer a la régie! 

La cour avait cru d'autant mieux a la retraite du prince 
Pierre Wolkonsky, que ce ministre, souffrant de la goutte, 
mais cachant ses infirmités, pouvait à peine sortir de son 
lit et succombait sous le poids des occupations multiples 



— 38S — 
de son ministère. L'empereur venait de lui envoyer, le jour 
de la cérémonie du sonnent du césarévitch, une canne en 
ébène, surmontée d'un pommeau en or et de l'aigle impé- 
riale en diamants, avec cette inscription en russe formée de 
petits diamants incrustés dans For . En reconnaissance de 
longs et fidèles services. Le resent suivant accompagnait ce 
magnifique et singulier présont : 

« Le zèle que vous avez constamment déployé dans la 
longue carrière de vos services distingués, tant auprès do 
feu l'empereur qu'auprès do Ma personne, a laquelle, de- 
puis plus i]r huit ans, vous n'avez cessé de montrer lo même 
dévouement; l'excellent état do toutes les parties ( ]u minis- 
tère qui vous est confié, et, spécialement, les réorganisa- 
tions effectuées avec tant de succès dans l'administration 
des domaines des Apanages, vous ont acquis les plus justes 
droits à Ma reconnaissance particulière, ainsi qu'à Ma par- 
faite satisfaction. 

« Voulant vous donner un témoignage de ces sentiments. 
Jo vous confère une canne, qui vous sera remise avec le pré- 
sent rescrit, afin que ce gage soit pour vous et votre posté- 
rité un monument do Ma hante considération et de Ma re- 
connaissance pour vos longs et fidèles services. 

« Nicolas. 

« Saint-Pétersbourg, le 22 avril (4 mai, nom, st.) 1834. » 



L'empereur data du mémo jour, en souvenir <]o la majo- 
rité de son fils aine, plusieurs antres rescrits adressés a ses 
meilleurs et à ses plus anciens serviteurs, entre autres au 
prince Galitsyne, directeur en chef des postes, on lui con- 
férant son portrait enrichi de diamants, pour être porté a la 

2;, 



— 386 — 
boutonnière; au ««.-chancelier comte ,1c Nesselrode -, 
œmte °""*». ■**« finances, en lcn r Tnvo™« , 

*? — Alt^î"-* 

Eu ancune circonstance, l'empereur ne fat >,«; pro 

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a*e bons servdeurs la joie qn'i •oovmt commet» 

" : n 7"' ; "■ ■» occasion aolenneiie J TéW 

^ amer dire, l'aurore lointaine, ,' ,„„„,,„ £ ^ 

■«■- «U,ssos avaient bien c, .mpris le sens p* otique 

' "" •7 k '""""- îuiaj ait son prestige à Penthon 

l,al " T , ''" S """ IV """ 1 n - Bren. „„ s - e „, ,' r 

« «ta les mes, et Nicolas, pour satisfaire à p ns ZX 

U "" X «.ayuutvoolu se montrer sur la place dTpïI 

■>^ 'a oérémonie du serment, , ut teU( , ,J lf "J £ 

" |,k """ entourée I. sputai. avec ÏZÏe 

' ,om ";" r " aa »'au« »e son souverain, qo'i, dnt Ôrn 

Pl0! " rœet Rappel à sou anmrim^échalTs 

^emorassemen» forcenés, et qn-ilcenta,^ nsselapl 
tementa, les haita déchirés, le visage babillé e ZZé 
de sueur. u«/uu< 

— Voyez en quel étal je suis! dit-ij en riani -, r - 
< • " * lit II I a 1 ininer.n- 

""V '" «? ^«uueesos : j-aords bien besl' de 

P'auureunbmnetdemeparfnmerdespiedsàlamttcS 

pi ouve ,i leur manière aujourd'hui. 



— 387 — 

Le soir, toute la ville fut illuminée, et il n'y eut pas une 
incarne, dans les plus pauvres faubourgs, qui n'eût sa 
lampe ou sa lanterne. 

Le lendemain, c'était encore fête, à l'occasion de la fête 
de l'impératrice et du jour de naissance du grand-duc héri- 
tier. Après la messe, les réceptions commencèrent au palais 
et durèrent une partie de la journée : le césarévitch reçut, 
dans ses appartements, les félicitations du corps diploma- 
tique; le jour suivant, il reçut celles du Conseil de l'Empire,- 
du Sénat, des grandes charges de la cour et des ministres 
secrétaires d'État, puis celles du corps de commerce, et des 
députations de la bourgeoisie et des corps de métiers. 

Peu de jours après, la noblesse du gouvernement de 
Saint-Pétersbourg eut l'honneur d'offrir à Leurs Majestés, 
pour célébrer la majorité du césarévitch, un bal qui sur- 
passa en luxe et en magnificence tous ceux qu'on avait 
donnés depuis les fêtes du sacre a Moscou. Les préparatifs 
de ce bal, qui eut lieu le H mai, dans les beaux apparte- 
ments de l'hôtel du grand-veneur NaryschMne, n'avaient 
pas duré moins de deux mois, et coûtaient plusieurs mil- 
lions de roubles. La grande salle de danse, dont les co- 
lonnes de marbre étaient ornées de guirlandes de pampre 
doré, resplendissaient des feux de six mille bougies; au 
tond de cette immense salle, un berceau de verdure, dé- 
coré des fleurs les plus rares, entourait l'estrade où l'on 
avait placé le siège destiné a l'impératrice, qui devait y pa- 
raître comme une divinité présidant aux réjouissances dont 
son auguste fils était l'objet. 

Vers onze heures du soir, un nombreux orchestre exé- 
cuta l'air russe national, pour annoncer l'arrivée de Leurs 
Majestés et de la famille impériale. L'impératrice ouvrit le 
bal, par une polonaise, avec le prince Basile Dolgorouky, 



— 38X — 

maréchal de la nobles du gouvernement de Salnt-Po,er s - 

bourg, et prmeipa] ordonnateur de la fête. Les dans s 

commenceren, aussitôt ft se p rolongèrent ^ ™" 

La beau, et la richesse des costumes rnss« porTum 

os dames la diversité et la magnificence des Ltac 

dosent a cette brillante reunion laspm „ ,„ s ^ 

le plus original. l 

Le buffet, servi avec autant de goût que de profusion 
ta, surchargé de bronzes d'art et de pLes d' ^ 
duntravaa! merveilleux. Une des galeries de l'hôtel ad 
été transformée en un délicieux jardin d'orangers et de ci- 
tronniers, peuplé de charmantes statues, tapissé de ceps de 
vigne don pendaient de belles grappes de raisin, animé 
par le bruit des jets d'eau et par le chant des oiseaux dans 
des va hères, sous le demi-jour d'une illumination cachée 
parmi les feuillages exotiques. 

On avait construit exprès, pour le souper, une vaste salle 
en forme de tente, soutenue par six palmiers admirablè- 
-ot .mues: des draperies en velours, garnies de fran ges 
dor, couvraient les parois et encadraient plusieurs la - 
b eaux représentant, d'un côté, une vue de Moscou, avec la 
Place du Kremhn et le couvent de Tchoudorff, en souvenir 
de la naissance du grand-duc héritier, et, de l'autre côté 
une vue de Saint-Pétersbourg, avec la place du Sénat et la' 
atu de Pierre le Grand, en mémoire de la majorité du 
c sarévitch. Six cents personnes purent a la fois prendre 
place autour des tables dressées dans toute la longueur de 
cette salle, lorsque Leurs Majestés forent assises à la table 
impériale. 

Pendant le souper, des artistes célèbres exécutèrent des 
morceaux de musique instrumentale. Au dessert, le prince 
Basile Dolgorouky, accompagné de plusieurs maréchaux 



— 389 - 
de districts du gouvernement de Saint-Pétersbourg, s'ap- 
procha de l'empereur et lui demanda la permission de por- 
ter un toast en son honneur et en l'honneur de l'impéra- 
trice, du césarévitch et de toute la famille impériale. 
L'empereur agréa le toast, qui fui porté ai, son des fan- 
far es. 

Le peuple de la capitale n'étail pas resté étranger a 
cette fête splendide, donnée par la noblesse a l'occasion de 
la majorité du grand-duc. La foule inondait les alentours 
de 1 hôtel Naryschkine et. se promenant le Ion- des quais 
voisins, admirait les illuminations, tandis que des bar- 
ques, décorées de lanternes lumineuses et chargées -le 
musiciens, sillonnaient le canal de la Fontanka, en faisant 
retentir les airs de chants nationaux. 

On peut dire que tout l'Empire s'associa, dans un même 
sentiment de patriotisme, aux fêtes publiques qui célébrè- 
rent partout la majorité du césarévitch. La Pologne elle- 
même dut participer a la joie générale, et le lendemain du 
jour ou le grand-duc Alexandre avait prêté serment a l'em- 
pereur et a la patrie, le H mai, un Te Deum d'actions de 
grâce tut chante dans toutes les églises catholiques du 
royaume, comme dans les églises appartenant au rite eréco- 
russe. 

A Varsovie, en sortanl des églises, la foule se porta vers 
a citadelle d'Alexandre, qui devait être inaugurée cejour- 
a : toutes les troupes de la garnison étaient rangées sous 
les murs de cette citadelle, qui venait d'être achevée et 
qui commandait la ville. Le feld-maréchal Paskewitch ac 
compagne d'un nombreux cortège et d'un brillant état-ma 
jor,- rendit sur la place Alexandre, ou le cierge bénit le 
pavillon et l'étendard impérial, en présence des troupes et 
d ™e énorme affiuence de spectateurs, qui mêlèrent leurs 



— 300 — 
acclamations aux chants do l'Église et an fracas du canon 
L étendard impérial, transporté solennellement et arboré 
sur un bastion de la nouvelle forteresse, fut salué par l'ar- 
tdlone et par les hourras prolongés des soldats qui présen- 
tent es armes. La cérémonie se termina par la parade et 
le défilé «les troupes devant le feld-maréchal 

H semblait ce .jour-la, que le peuple, à' Varsovie, eût 
oublié les douloureux événements de 1830 et de 1831 
Les rues étaient pleines dune foule joyeuse en habits dé 
Sala; les théâtres, qui jouaient gratis, regorgeaient de 
monde; le son-, les bals publics furent très-animés, les il- 
li.mmat.ons très-brillantes, et pourtant, il y avait encore 
dans es prisons un grand nombre de détenus politiques, oui 
attendaient, depuis plus d'une année, qill . 1{l vomm J on 
extraordinaire de justice eût statué sur leur sort. 



ccv 



Seize condamnés politiques furent graciés par Je maré- 
chal Paskewitch, à l'occasion de la majorité du grand-duc 
héritier, et Ton annonça que, les travaux de la commission 
touchant à leur terme, on connaîtrait axant peu de mois le 
résultat définitif des arrêts prononcés contre les personnes 
qui n'avaient pas été comprises dans l'amnistie générale. 

C'était la, il faut l'avouer, ce qui entretenait en Pologne, 
surtout dans les classes élevées, une sombre inquiétude, un 
profond découragement; chacun pouvait craindre pour sa 
liberté et pour sa fortune; chacun, du moins, avait à se 
préoccuper du sort réservé à ses parents et à ses amis, car 
la commission extraordinaire, composée de Russes et de 
Polonais, qui ne se recommandaient pas tous par leur im- 
partialité et leur bienveillance, avait des pouvoirs illimités, 
pour connaître de tous les faits perpétrés pendant la pé- 
riode révolutionnaire. De la des enquêtes minutieuses et 
sévères, dans lesquelles le plus innocent se trouvait parfois 
compromis; de la, surtout, des exactions déplorables qui 
se cachaient sous le manteau de la justice; de la aussi des 
dénonciations odieuses et des actes d'arbitraire intolé- 
rables. 



— 392 — 

• .. j lut uans 1 émigration faicnir o.-i 

s effaçait en apnarenro rl a „ c i Sllence et 

eu audience dans le royaume oùtai • -, 

«a™**™. ces ,e, avec autant ^^3^ 
let ' »^ûuer partout, a Russie à la PoZe'*" 

Pensée de sou dévouement 41 P '"" réCOm - 

"'^passausraiterr^rje^r^" 
«lé sous la domination russe • M "™ 1 "' 1 - 

«ut,, .'oppression brutale^ ta no e LT' " 
« volontiers à la ,„, régula du « ™ lue IT"^ 
été décimée par l'imoél ,\„ „„ u,t ™ent, après avoir 

surrectionncMni I T?" < ""' '° «°»™'™™> in- 

•ions meessautes e, san b ? V; 1 " 1 ' 6 »" J « S ™" 
»"-, n'avait pas encore ;""*' lbnS '° S 

mais du moins i, entrevo'v , 1 ' P "* fe ' S ' res - 

entrevoyait, dans un avenir nmH.-nn i 
retour de son ancienne prospérité P ' ^ 

tion de droit des sens miP , T tapi8 Une q" es - 

— — : :"C=; ;:::;: r,, , :,;:;i 



— 393 — 
sur un principe qu'il regardait comme intéressant à la fois 
sa dignité et son autorité de souverain; il ne fut donc plus 
mention de la Pologne dans les notes diplomatiques, et 
l'émigration polonaise vit dés lors se refroidir la sympathie 
<I« elle avait obtenue d'abord auprès des ministres de 
Louis-Philippe. 

L'Angleterre avait plus facilement encore abandonné ses 
velléités de protestation en faveur ,1e la Pologne et des trai 
tés de Vienne : elle s'était exclusivemenl attachée a recon- 
quérir sa prépondérance dans les affaires d'Orient et elle 
eût couru même la chance d'une guerre maritime, si la 
Russie avait voulu ramener ses Hottes a l'entrée du Bos 
phore et faire prévaloir son alliance offensive et défensive 
avec 1 Empire ottoman. Mais, tandis que la flotte anglaise 
sort,e du port de Malte au mois de mai 1834 était maî- 
tresse de la mer de l'Archipel et paraissait se préparer a 
forcer le passage des Dardanelles, pour venir jeter l'ancre 
en lace de Constantinople, le gouvernement français restait 
en dehors du mouvement de la politique anglaise, qui ne 
réussit pas môme à L'entraîner dans une sorte de démons- 
tration belliqueuse contre la Russie. 

Le sultan .Mahmoud savait n'avoir rien a appréhender du 
cote de la Syrie, ou le vice-roi d'Egypte et son fils fbra- 
him-Pacha étaient aux prises avec la révolte des Arabes- il 
laissa son puissant vassal lutter seul contre les rebelles 
reconquérir les villes que ceux-ci lui avaient enlevées et 
maintenir son droit de possession sur les pachaliks que la 
Porte avait placés sous sa suprématie; il ne demanda aucun 
secours a son allié l'empereur Nicolas, et il n'accepta pas 
la coûteuse alliance que le gouvernement britannique lui 
offrait d un air de menace. 

L'empereur Nicolas, il est vrai, faillit se départir de cette 



— 394 — 
ligne de conduite sage et réservée, lo, squ i, apprit _, . 
Arabes msurgos avaient m invasion dans la vu e saune de 
Jérusatem, la.ssée sans défense par ,„,,,„,„„ ,, , ^ 
ma., et y commettaient dWiMe8 ^^ " ^ 

envoyé volont.ers „„e escadre „ des '^ -' 

ment sur les .niée ,i„ c, ■ . F uenarque- 

'es «nés de Synej s , |e oomte ^ N 

1." eut représenté qu'il „, |>ouvilit ; " 

Nicolas écrivit seulement a son allié Mahmoud, poul . , e 
•q Pl.er de s mteresser au sort de Jérusalem, q„ se ™ ou 
™« plac,. .naturellement sons la «^ 1 ^ ." 
'"*••'' la. de„,a„da de provoque,. |C ,„ V01 iri|M e 

h, " C '"' ; ""»• a ™"l™ le «.La,, eût reçu 

la lettre du tzar, Ibrahim-Pacha était rentré a Jérusalem Î 
en avait chassé les Arabes. Jérusalem et 

- Il faut que les lieux saints soient désormais sous h 
>ro.ec„„„ de .'Europe chrétienne, dit Nicu" je,, e 

sappm, en,, en quelque sorte, moralomcu et, «Ôt ^ 
ta.d, cette vdle stunte doit être revendiquée par les Puis 
-ces qu, s „„« attachéea ,, „ £ ^ ^-F» 

« auvent répété, a JO u,a-t-i,, le sultan, dans sou uSré 
mme dans ,„,«, de tout le mo „ d « 

UsPannsme Alors i, ,,'y aurail pll|s de ' 

N.colas s'abstint doue, dans | e cours <le cette -nuée 
"migré la guerre civile qui ensauglautait la Tu, ££' 
de mettre au scrv.ee de la Porte Ottomaue un se 7 ,t „ 
ennseu, soldat; le sulutu Mahmoud, de son côté, u 

pas nécessane de s'adresser à son Adèle all.é, plutô( ^ 
«a France et a l'Angleterre, pour comprimer, 'Js^l, L 



— 395 — 
révolte, qu'il ne voyait pas, sans une satisfaction secrète, se 
prolonger et devenir permanente contre Méhémet-Ali et 
Ibrahim-Pacha. La flotte russe de la mer Noire ne fit donc 
que de courtes apparitions en vue des côtes de l'Empire 
ottoman. Cette flotte, on ne l'ignorait pas, eût été capable 
de défendre l'entrée du Bosphore contre les escadres an- 
glaise et française. 

Nicolas n'avait pas perdu de temps pour augmenter ses 
foi-ces navales et pour perfectionner l'état de sa marine mi- 
litaire et marchande. Dans ce but, il avait ordonne de 
créer des corporations de matelots dans les villes d'Ale- 
schky et de. Nicopol (gouvernements de Tauride et de Ga- 
(hcrinoslaw). Ces corporations, exemptes de toute espèce 
d'impôt et du recrutement, devaient se composer de bour- 
geois et gens de condition libre, qui s'y feraient inscrire vo- 
lontairement et qui, après avoir servi cinq ans sur la (lotte 
de la mer Noire, recevraient des autorités maritimes un cer- 
tificat de matelot émerite, avec lequel le titulaire jouirait 
de certaines prérogatives spéciales. C'était le premier degré 
de l'instruction navale que l'empereur \oulait répandre 
parmi les populations du littoral de la Crimée. Il avait com- 
plété, pour ainsi dire, cette institution, en établissant, par 
ukase du 7/19 février 1834. une école de navigation mar- 
chande à Kherson, pour former des pilotes et capitaines de 
nawres marchands, ainsi que des constructeurs de bâti- 
ments. 

Cet utile établissement devait comprendre environ qua- 
rante élèves internes, dont vingt-quatre pensionnaires de la 
Couronne, et le surplus payant pension, les uns et les 
autres âgés de quatorze à dix-sept ans. Les élèves de la 
Couronne, choisis parmi des familles bourgeoises ou mar- 
chandes, de condition libre, seraient nommés par le gou- 



— 396 — 
verneur généra] de la Nonvelledtnss.e „ u p „ r les __ 
nenrsdesvd.es, après avoir Smm ,,„,,, , ^f™ , " 

quatre ans, après tel, pl MmP ai "' ait Me ' ,Urée Je 

laborieux, devaient être exemnt. H'i„ «♦ , 
et des r»,â«« < exempts d impôts, du recrutement 

e t d s châfrments corporels. Leurs enfants jouiraient de la 
*w à exempt pourvu qu'ils se consacrassent é ga , 
ment a Ja navigation. s 

L'empe r e Ur , eu fondant ces institutions navales avait 

Reste ff v ^ ^ iagani '° S ' Mcolaïeff > T ^odosie, Izmaïl 
Rostoff, Kertch, Eupatorie et Akerftiann 

Ce .n'était qu'une des applications du nouveau système 
d instruction publique oui avait 6u > , b Y sl ™e 

Ouvarnff »t • SUggéré P ar le comte 

Ouvaroff, e qui avait pour objet unique d imprimer une 

dxecbon plus nationale à l'éducation de la jeunes" 
L ukase impérial du il M avril .«si •* J eunefeS(? . 
en F„™ * • ' 834 ' C J U1 nt ta »t de bruit 

en Europe et qui souleva même en Russie daml*. I 
nobles pi r.vw ■ • nu;,sic, aans les classes 

vo 1? ' ' 7 S ' T ' re P rotetata . « «tachai, à i a 

™»a, et d empêcher cette civilisation indigène de se lais 
« envah,r e. absorber par les civilisations Lan gères 



— 397 — 
Il s'agissait de combattre cette tendance générale de 
1 aristocratie russe à importer en Russie les" idées les 
mœurs, les langues et les défauts, plutôt encore que les 
qualités des peuples au milieu desquels elle passait presque 
toute sa vie; ce n'étaient plus des Russes qui revenaient 
dans leur patrie, après avoir résidé plusieurs années dans 
toutes les capitales de l'Europe ; c'étaient des cosmopolites 
indifférents, quand ce n'étaient des adversaires et des enne- 
mis qu, ne représeulaien. plus, parmi leurs compatriotes 
«lue les nations où ils s'étaient eux-mêmes naturalisés par 
™ long séjour. L'empereur jugea qu'il était bon démon- 
trer a 1 Europe que les Russes pouvaient se passer d'elle 
dans un moment ou la France et l'Angleterre entretenaient 5 
contre la Russie une ligue malveillante et hostile, qui ne 
paraissait pas devoir entraîner une guerre ouverte mais 
qni pouvait autoriser l'opinion, excitée et dirigée par la 
presse libérale, à s'armer de mensonges, de haines et de 
préjugés a 1 égard du gouvernement russe 

L'ukase du 17/29 avril n'avait été conçu, en apparence 
que pour -apporter de nouvelles entraves à la liïerté des 
voyages hors de la Russie; mais cet ukase, si important à 
divers pomts de vue politiques et économiques, annonçait 
assez, dans son préambule, que] sentiment de patriotisme 
en avait dicté les dispositions : 



V 



1 






m 



« Après avoir, par Notre ukase du 18 février (2 mars 
nouv. st.) 1831, adressé au Sénat-dirigeant, posé des 
bornes à 1 éducation de la jeunesse russe à l'étranger 
Nous avons, depuis, jugé nécessaire de fixer Notre atten- 
du sur le séjour des sujets russes hors du territoire de 
1 Empire. 

« Nos lois permettent à la aMme> (|( , ^ ^ 






— 398 — 

toutes les personnes de condition libre, de voyager à l'é 
franger, en se munissant des passe-ports nécessaires, mais 
il n a jamais été permis d'abandonner sa patrie, ni de s'é- 
tablir à l'étranger. 

« Toutefois, il résulte des rapports qui Nous ont été pré- 
sentes, qu'il y a eu, et qu'il existe encore, des exemples 
de personnes qui, après avoir obtenu des passe-ports pour 
se rendre a l'étranger, y restent. indéfiniment à demeure et 
convertissent ainsi leur absence autorisée en émigration 
définitive. Par suite de cette conduite, leurs propriétés se 
nunent, leurs revenus sont dissipés hors de l'Empire leurs 
successions se grèvent de dettes, et ils deviennent étran- 
gers a tous les liens de la famille et de la patrie. » 

Non-seulement le prix des passe-ports a l'étranger fut 
élevé a un taux énorme, ce dont l'ukase ne faisait pas men- 
tion, mais encore ces passe-ports n'étaient valables que 
pendant cinq années pour la noblesse, et pendant trois an- 
nées pour les individus de toute autre condition. En outre 
I ukase ne disait pas que ces passe-ports, s, coûteux, ne 
pouvaient jamais être exigibles, et que l'Autorité se réser- 
vait toujours de les refuser ou de les retirer, selon son bon 
plaisir. 

A l'expiration du délai fixé par son passe-port, tout sujet 
'•usse qui n aurait pas obéi à la loi en rentrant dans son pays 
serait considéré comme absent; en conséquence, ses biens 
mis sous le séquestre, on en verserait le revenu dans les 
caisses du Trésor, sauf l'acquittement des dettes et le pré- 
lèvement d'une pension alimentaire au profit de la femme 
et des enfants «le l'absent. Sommation devrait être faite 
alors, par la voie des gazettes, à cet absent réfractaire de 
revenu en Russie dans un délai prescrit, qui ne pourrait ja- 
mais dépasser dix-huit mois; s'il obtempérait à cette soin- 



— 399 — 
mation, ses liions lui seraienl restitués, avec les revenus 
capitalisés, moyennant une amende considérable; mais, 
faute d'avoir reparu en temps utile, l'absent se trouvait 
exile jusqu'à sa mort, et ses biens restaient, désormais sous 
le séquestre. 

Une clause de cet ukase, qui ne pouvait être mis complè- 
tement à exécution que dans un temps assez éloigné, con- 
cernait les mariages des femmes russes avec des étrangers. 
La femme légalement mariée à un étranger et abandon- 
nant sa patrie, par l'effet de sou mariage, pour snivre la 
condition de son mari, ne pouvait plus posséder d'im- 
meubles en Russie : elle serait donc tenue, avant, de quit- 
ter l'empire, d'opérer la vente de ses immeubles, et de 
laisser à l'État le dixième des capitaux qu'elle voudrait 
emporter avec elle. 

Les murmures que cet ukase excita parmi les classes 
opulentes, qui avaient le goût et l'habitude des voyages, 
eurent un long retentissement dans les lieux où elles étaient 
établies, et les journaux de l'Allemagne, de la France et 
de l'Angleterre, se firent les échos complaisants de leurs 
plaintes. On accusa l'empereur de tyrannie, en [.retendant 
que son ukase défendait aux sujets russes de voyager, et 
les parquait inexorablement dans les limites de la Russie. 

Nicolas, qui ne lisait qu'un seul journal, le Journal des 
Débats, fut surpris et mécontent d'y trouver un jugement 
aussi erroné que frondeur sur l'ukase du 17/2!) avril. 

— 11 en est des gouvernements comme des hommes, 
dit-il à son ministre des finances; quand l'accusation lan- 
cée contre eux dépasse la mesure de la pudeur publique, 
le silence est la seule réponse qui soit en accord avec 
leur dignité. Mais ce n'est pas ici le cas : l'article du Journal 
des Débals est, quoique plein de données inexactes, rédigé 



— 400 — 
sur un ton de modération et avec une apparence de bon vou- 
loir m cuvent nous décider à y répondre, pour éclairer 
la question et la présenter telle qu'elle est à l'examen des 
esprits impartiaux. 

Nicolas ne dédaigna donc pas de jeter lui-même les bases 
dece.te réponse officielle destinée à rectifier le8erreure du 
journal, et le comte Ouvaroffse chargea d'écrire ce factum 
dans lequel, après avoir prouvé q „e les rigueurs de 1 ukase 
o a teiguaion, que les Russes qui ïoula io„t s - ex])atrieri „ 
put a défense de son propre système d'éducation publique 
«uee u français avait critiqué, en ierLcL; 

a la prétendue mterdtction dos voyages à l'étranger 

Cette défense habile et éloquente d'un système, qui avait 
pou,, o ne, e donner a l'instruction puMique un'lctè r 
Plus national, amenatt naturellement ce juste et bel clone 
"* Pt A ° s ™ gouvernement : « ,1 noua tarde, 1 
mt-,1, de rappeler que l'empereur Nicolas, à travers toutes 
les immenses vicissitudes de son règne, „' a pa8 œssé „„ 
seul instant de favoriser les progrès de la civilisation One 
omette,,,, coup «l« les faits déjà entrés dans son 
nstoire . tj„ nombre prodigieux d'instituts civils et mili- 
feues crées on réorganisés sous ses auspices, l'envoi d'une 
ouïe de jeunes gens dans les pays étrangers, des récom- 
penses d„„ M os aux savants, aux hommes de lettres et aux 
anses, I Universué de Kieff, fe nouvel Observatoire de 
S n -Pe«e, s b„„ rg , des grand8 tmmx uw 

.g et ou, „ coup comme par magie, une armée puissante 
et bien msciphnée, la publication des Paudecte russes 
déportantes améliorations dans tontes les branches de 

. a m xr, n ' ?f ies titres qui at,este " 1 sums — ° 

et la solbcitude et 1 esprit du gouvernement russe » 
Le nouvel Observatoire de Saint-Pétersbourg, don, fe 






— 401 — 
comte Ouvarotf avait bien le droit de s'enorgueillir, puis- 
qu il en avait eu la première pensée, était une des fonda- 
tions les plus récentes, dues à la généreuse initiative de 
1 empereur et à son inépuisable munificence, avant le 
règne de Nicolas, la Russie ne possédait que trois observa- 
toires, ceux de Dorpat, d'Abo et de Nicolaïeff, qui grâce 
a la protection d'Alexandre 1", avaient pu rivaliser avec les 
premiers observatoires de l'Europe. 

L'empereur Nicolas ne resta pas en arrière de son auguste' 
frère, pour protéger les sciences astronomiques : il avait 
tonde successivement les observatoires d'Helsingfors de 
Moscou, de Kieff et de Kasan. 11 comprenait que l'astro- 
nomie qui, depuis plus d'un siècle, avait eu en Russie tant 
d éclat par suite des travaux de Lexel, de Roumowski 
d Inokhodtseff, de Schubert et de Struwe, ne pouvait pour- 
suivre le cours de ses grandes découvertes, qu'au prix de 
dépenses énormes que l'État seul était capable de supporter- 
sur la proposition de son m.nistre de l'instruction publique' 
d s était donc empressé d'ordonner qu'un Observatoire su- 
périeur a tous ceux qui existaient dans le monde, fût fondé 
a Saint-Pétersbourg, sous la direction de l'Académie imné- 
nale des sciences. 

L'académicien Parrot avait été chargé de présenter un 
Projet et des plans; le devis s'élevait à 346,80*0 roubles 
pour les constructions et a 135,000 roubles pour les instru- 
ments. L'empereur accepta ce devis et imita l'Académie à 
mettre a exécution le projet qu'il avait approuvé, par un 
ukase du 38 octobre/9 novembre 1833, au moment même 
ou la Chambre des députés de France refusait, dans le vote 
du budget, un crédit de quelques milliers de francs de- 
mandés par Hllustre Arago pour acquérir un nou'veau 
télescope, que réclamait l'Observatoire de Paris 

VI 

26 



m 



■ fi 



I T 









— 403 — 
L'empereur avait lui-môme indiqué la montagne de Pul- 
kowo comme le meilleur emplacement qu'on 'pût choisir 
pour lenoinel Observatoire. Le plan de l'édifice, dressé 
P- 1 architecte brûlot!', d'après les avis d'une commission 
d «WMmiCmnS, ftv&it été Sodmis à l'empereur, qui V fit de 
Sa mam plusieurs importantes modifications, et la construc- 
tion commença, au printemps de celle année 183 ij elle 
devait se continuer sans interruption, pendant que les instru- 
ments seraient fabriqués, sous la surveillance du célèbre 
astronome Struvve, en partie à Saint-Pétersboui- en partie 
a Londres. On pensait que ce superbe Observatoire serait 
entièrement achevé dans un délai de (rois ans, et l'empe- 
reur, pour accélérer la fabrication des instruments, avait 
ajouté une somme de 80*000 roubles au devis fourni par 
1 académicien Parrot. 

Le comte Omaroil'. que ses gdÛtt et ses aptitudes por- 
taient a s intéresser vivement à tout ce qui concernait le. 
sciences, trouvait chez l'empereur les dispositions les plus 
favorables pour multiplier les établissements scientifiques 
&t pour récompenser les savants, mais il avait a cœur de 
consolider d'abord son système d'instruction publique et de 
retremper, pour ainsi .lire, la société russe dans l'éducation 
nationale. L'empereur le laissait faire et même l'encoura- 
geait a faire, car il était bien résolu a ne pas suivre, sur ce 
point, les errements de Pierre le Grand et de Catherine, 
qui s étaient attaches a importer en Russie les idées des 
peuples occidentaux et qui n'avaient que trop bien réussi à 
ellacer, du moins dans l'aristocratie, le caractère indigène 
de la nation. 

— C'est à peine si je sais parler ma langue, disait l'em- 
pereur à Ouvarofi; et c'est là le beau résultat de l'éducation 
française et allemande qu'on m'a donnée. Par bonheur, 




QMHRHMtBWPB 






— 403 — 
malgré tous les efforts de mes précepteurs, ou n'a pas tué 
en moi l'esprit moscovite* Dieu merci! Ainsi, j'écris assez 
bien en français et, on allemand, niais je pense toujours en 
russe. 

Nicolas, depuis sun avènement* avait l'intention de ré- 
glementer, d'une manière plus rigoureuse, l'ordre de pro- 
motion aux rangs, dans le service en il, car l'ukase de 1809, 
qui h avait pas cessé d'être en i iguour. était devenu tout à 
fait insuffisant pour établir la hiérarchie des fonctionnaires 
publics et taire correspondre régulièrement les rangs aux 
emplois. Le Sénat-dirigeant axait donc reçu l'ordre de pré- 
parer le nouveau règlement, qui devait être le code t \ u 
icfone ou du rang- des employés de l'État, depuis la qUâ - 
toraèmeou dernière classe jusqu'à la cinquième, c'est-à-dire 
jusqu'au grade de conseiller d'État, la promotion au-dessu. 
de ce grade ne dépendant plus absolument que de la vo- 
lonté de l'empereur. 

Par ukase du 2S juin/7 juillet 1831, l'empereur avait 
donné sa sanction au règlement gênerai avant pour objet 
d introduire plus d'égalité et plus d'uniformité dans la pro- 
motion aux rangs du service civil. Ce nouveau règlement ad- 
mettait trois catégories d'omphn es, qui seraient nommés et 
quiobtiendraientde l'avancement, en raison de leur origine 
et de leur capacité : 1" Ceux qui, ayant achevé leurs études 
dans les établissements supérieurs d'instruction publique 
se présenteraient munis de diplômes; 2° ceU x qui auraient 
lan leurs études dans les établissements secondaires : g° ceux 
qui ne pourraient fournir aucun diplôme ou Certificat d'édu- 
cation dans un collège, mais qui posséderaient les pre- 
mières notions de renseignement, sachant lire et écrire 
correctement, connaissant la grammaire et l'arithmétique 
ayant surtout une belle écriture, Il fallait deux ou (rois ans 



. 



: 



— 404 — 
de service effectif, pour passer d'une classe dans une autre • 
les nobles de naissance avaient seuls le privilège d'une 
promotion beaucoup plus prompte, mais la nomination à 
«n emploi supérieur était toujours subordonnée au ram> 
hiérarchique du fonctionnaire. * 

Le classement rigoureux des employés du service end 
devint la base du tchine et fut des lors constaté dans des 
registres nndnculaires, où chaque fonctionnaire avait, pour 
a** dire, un compte, ouvert a son nom, dans lequel son 
ongine, ses titres, ses fonctions, ses états de service, étaient 
exactement et minutieusement tenus à jour 

Il était facile de pressentir quels seraient les défauts 
et les inconvénients du tchine, dans l'application la plus sin- 
cère et la plus loyale du règlement, mais il faut rendre jus- 
•ce aux intentions qui avaient préside a cette classification 
hiérarchique des rangs et des emploi,. L'empereur Nicolas 
comme 1 empereur Alexandre, avait voulu offrir un prm- 
"pe d émulation nationale a la noblesse, en l'invitant à ne 
Plus se tenir en dehors des places du service civil et en lui 
reconnaissant des privilèges fondés sur son origine 

Ce fut le comte Ouvaroffquj contrebalança ces privilèges 
de naissance par les prérogatives qu'une éducation compile 
«ans les établissements supérieurs ou secondaires de l'in- 
struction publique, assurerait aux fonctionnaires de l'ordre 
end. .Néanmoins, les jeunes nobles préférèrent toujours 
embrasser la carrière militaire et laisser le service civil à 
ceux qui n'appartenaient pas à la noblesse héréditaire et 
qui se créaient eux-mêmes une sorte de noblesse person- 
nelle, en s'élevant, par degrés, a force de travail et de 
persévérance, dans la hiérarchie des rangs et des emploi, 
Le comte Ouvaroif se proposa aussi de mettre la main 
dans 1 éducation de la noblesse, en soumettant à des règles 



— 405 — 
fixes ol indispensables les instituteurs et les précepteurs 
qui, chargés «le cette éducation domestique, lui donnaient 
trop souvent une direction absolument contraire à l'éduca- 
tion publique, prescrite et surveillée par l'État; Non-seule- 
ment ees instituteurs et ces précepteurs ne satisfaisaient pas 
toujours aux conditions de moralité et de capacité, qu'on 
devait exiger d'eux, mais encore la plupart n'étaient pas 
russes et ils échappaient ainsi à la responsabilité que leur 
imposait la confiance des familles. Il y avait des plaintes 
très-graves contre ces espèces d'aventuriers qui ne se fai- 
saient pas scrupule ,1e trahir leur mandat, en inculquant a 
leurs éie V es les idées les plus fausses el les opinions les 
plus dangereuses, au point de vue de la politique, ,1e la re- 
ligion et de la morale. 

L'empereur abonda dans le sens des observations que 
son uumstre de l'instruction publique lui présentait a ce 
sujet, et il rédigea lui-même ces prolégomènes de l'ukase 
^ i 1 13 juillet, qui réglementa pour la première fois l'é- 
ducation domestique ou privée : 






: i 



■l 



: 



« En soumettant successivement a un mûr examen toutes 
lospart.es qui constituent l'éducation nationale, et en invi 
tant tous Nos fidèles sujets a concourir au but que Nous 
Nous proposons d'atteindre et qui est si intimement lié au 
bien-être de tous et de chacun , Nous avons reconnu la 
nécessité d'établir une liaison directe entre l'éducation 
domestique et l'éducation publique. A cet effet, Nous avons 
ordonné au ministre de l'instruction publique de rédiger 
un règlement, en vertu duquel, dune part, les individus 
qui se consacrent avec honneur et utilité a l'éducation do- 
mestique sont appelés à prendre place parmi les fonction- 
nes de 1 Etat attachés audit ministère ; de l'autre part se 



m 



— 40U — 
Couvent déterminée les règles d'admission et les devoirs 
MB le Gouvernement leur impose en échange des droit, 
et des privilèges qu'il leur accorde. 

« Ce règlement ci-annexc, confirmé par Nous, est une 
nouvelle manifestation de Notre imariable volonté dm- 
g8Wer snr des principes solides un système complet, qui 
ombrasse toutes les branches de l'éducation nationale et 
,UI 1M i , l ,n,11,> ™ «WOtiop constante, analogue au vœu de 
tous es hommes éclaires et conlbrme à Notre sollicitude 
pour la prospérité morale de Notre chère patrie, » 

Los dispositions réglementaires, promulguées dans cet 
ukase ava.ent pour but aident et pour conséquence, inévi- 
table de restreindre autant que possible l'éducation privée 
pi était devenue une affaire d'habilude dans tontes les 
fmmlles nobles ou riches. Il s'agi>sait de diminuer immé^ 

diatement le nombre de* «tuteurs et de précepteur* oui 

^ voua.ent a ce genre d'éducation et qni seraient attachés 
dorénavant au ministère de l'instruction publique. 

Le titre XinttUuleur devait appartenir exclusivement à 
ceux qui auraient achevé leurs études dans une université 
'le 1 Empire et qui justifieraient, par le diplôme, d'undeçré 
universitaire. Le titre de précepteur pourrait être accordé a 
ceux qui, sans avoir fait leurs cours d'université et .ans 
être gradués, auraient subi un examen de capacité Dix 
années de service irréprochable donneraient a l'instituteur 
comme au précepteur, le droit d'obtenir une médaille d'or 
ou cl argent suspendue au ruban de l'ordre de Saint-Alexan- 
dre Newsky ; après quinze, vingt et vingt-cinq ans de fonc- 
tions honorablement exercées, l'instituteur et le précepteur 
pourraient obtenir la croix de Saint-Anne ou celle de Saint- 
Stanislas; après trente-cinq ans, la croix ,1e Saint-Vladimir 



une 



— m — 

Lue pension viagère serait attribuée, sur la caisse de secours 

de l'instruction publique, à l'instituteur et au précepteur, 

qui auraient vieilli dans L'exercice «le leurs fonctions ou 

qu'une maladie incurable aurait mis hors d'état do les 

exercer. Quant aux étrangers qui voudraient être autorisés 

à remplir les fondions d'instituteurs pu de précepteurs en 

Russie, ils devaient, avant (oui, se pourvoir d'un certificat 

de la légation russe établie dans les lieux de leur résidence 

et faire conslaler leur capacité, ainsi que leur moralité, par 

plusieurs (émoins notables, 

La pénalité a! (achée aux infractions à ce règlement était 
fort sévère, Tout individu, russe ou étranger, quiexercerait 
les fondions d'insfiluieur ou de précepteur dans la maison 
d'un particulier, sans autorisation du Gouvernement, serait 
pour la première fois condamnea une amende de 250 roubles, 
au profil de la caisse de sec our s de l'inslruclion publiq ue 
Pareille somme serait payée à la même caisse, par les parents 
qm auraient admis chez eux un instituteur ou un précep- 
teur sans attestât. En cas de recidne, l'étranger serait ex- 
pulse du pays; le Russe, traduit en justice et puni correc- 
tionnellement. Le ministre de l'instruction publique était 
tenu de porter a la connaissance de l'empereur les noms 
des familles qui auraient enfreint à ce! égard le règle- 
ment prescrit par l'ukase du I<"/i;} juillet 1834. 

On comprend que cet ukase, qui gênait et contrariait les 
habitudes des classes élevées, ne rencontra pas moins d'à- 
mmadversion que celui relatif aux voyages des Russes a 
1 étranger. Des représentations furent adressées à l'empe 
mir, lequel n'en tint aucun compte et assuma sur lui tous 
les reproches qu'on voulait faire tomber sur le comte Ou 
varoff, en l'accusant d'avoir créé à l'aristocratie russe des 
tracasseries et des embarras aussi vexatoires qu'inutiles Ce 



, 









rot 1 empereur ou, se chargea Je répondre aux mécontents • 

Je l eux, drt-il, c,ue mes s „je, s re ç oiveM um M _ 

^n nat.onalo; je veux qrPils 8 oie„, élevés dans la reli „„ 

;: 2;'- !J ovenx,„-„„ 1 e„re„ S e i ,™, almglle ,Jr°: 
rature et 1 luslo.re ruaaea, car je veux eu faire des Russes 

iT'r, T* °" ' ,0S A " ema,KlS; " Stoi » si ' J' 
Plut a ]),eu que j eusse élé élevé comme lui ' 

Oavaroff aval,, d'ailleurs formulé, eu ces termes, le plan 
' <*■"*» -ta* qu'il avait soumis a l'approl, ,i„„ „ 
™P"™r : . Donner à IWignement une direction "„t 
forme a I ospnt du pays, allier les deux principes o c„" 
«*<™« I» force vitale de .Empire, r„„L > v a Z 

z ::; dims '; m ii,sii,i °" ™< «*. - «■ , z 

v : '"'''"""'""""""'-'-Pplieationsuliles, 

u. u I p ,,s p0S s,pie ce funeste vertige „,„„. fa „ ss 

; a "°" tralne a sa su "o. "'' «t le but que se propose 
Gouvernement, telle est la marche (| ui ,e„, suivr 
''" S0I ™ IS I» 1 "' I" Prospérité de la Hussic » 



CC VI 



' - b 






L'empereur avait éprouvé un profond chagrin, en rece- 
vant la nouvelle de la mort du prince Kotchoubei, chan- 
celier de l'Empire, décédé a Moscou, dans la nuit du 11 
au 15 juin, quelques heures après son arrivée dans cette 
capitale. C'était, en effet, une bien grande perte pour la 
patrie et pour le souverain. 

Le prince Victor Kotchoubei avait a peine soixante-six 
ans, et l'on pouvait espérer que sa carrière d'homme d'É- 
tat se prolongerait encore, dans l'intérêt de son pays, 
quoiqu'elle eut commencé avant le règne d'Alexandre P 1 ' 
Cet homme éminent, aussi distingué par ses qualités per- 
sonnelles que par ses talents politiques et ses connaissances 
administratives, s'était lancé, de bonne heure, dans la di- 
plomatie, a l'école de son oncle, le chancelier prince Be/.bo- 
rodko, et du comte de Worontzotf; depuis l'avènement de 
Paul I-, d avait occupé successivement différents minis- 
tères, avec la même activité, la même intelligence et le 
même dévouement. L'empereur Nicolas l'avait 'appelé, en 
182/, à présider le Conseil de l'Empire et le comité des 
ministres; dans ces hautes fonctions, Kouchoubei avait 
montré plus que jamais son habileté à réduire aux plus 
simples éléments les affaires les plus compliquées, son 



; 

'! 









— 410 — 
coup d'mil sûr et prompt à an saisir le point de vue prin- 
cipal, son adresse à eoneilier les opinions le, ,,i„ s d [ ïer . 
gentes, e, ces rares faeultés se trouvaient eneore rebauslees 
I- »- poUtesse exquise e, par une finesse fi e pa f 

P°" Ta " : "«'"> «lever jusqu'à l'éloquence 

Cette mon imprévue (ni accompagnée fie regrets univer- 

»'-^ n .rps,.„ ,!,•,„„,„,,„, été rapporté à laint-pZ- 
bourg, ,„„„. ,.„.,. mhllmé) ses 

Kewsky, Lemperenr asststait, avec le césarévitch et le 

. ™.fi-fi„, ,,|,w, à cette Mrte „ érto0Die , (|l;iMMi 

*"«■"*" «*»*" de haùb dta«S" 
" ». fie distinction. L'ilinstre chanoelte fi E, 
P'*«tane„, d'être pfeuré par son souverain. 

.' ' * '' °° mte °*ff. q«i était ,,,„ av sa vivacité 

'lespn o. par fies boutades, souvent bar, L e " 

PmlI * ! ; S ''' raémoi " « * Jamais censeur 
a™« de re mp . re ur., e gag e rai ,, ,;„„„.,. ,,,,,.„,. 

«.-n..r-i ltoAen.lr.rlT, „„e Sa Majesté, pour ressuscite' * 
**» ehaneelier fie PEmpire, vendrai, veloetio,, , 
ll " «'ccessoer qu'il lui donMra I"'"" 

L'empereur, è qui f,„ rapporte le bon mot du oomte 
bffne se presse,,,, de donner un successeur a „, * 
Kotebonb.,, comme cbancelier ,te l'Empire, car rienïT 
gemt que nette première dignité de l'L ne ZZZ 

toslor" "° IE "" , "' e " "' ""«" ».t.el 

venu aveT T' "" P ™ 8e ' ««^ftdlta», était 
Bavère, farre * » la famille , 



— 411 



semaines auprès de sa sœur l'impératrice et l'inviter, do la 
part du roi, leur père, à ne pas manquer d'accompagner 
son auguste époux dans le voyage que l'empereur devait 
lairc à Berlin, vers le milieu du mois de septembre. 

On savait que ce voyage était décidé et qu'il avait été 
motivé par la position hostile, sinon agressive , que la 
Prusse venait de prendre \is-à-\is de la Belgique, le roi 
des Pays-Bas n'ayant pas perdu l'espoir de revenir loi ou 
fard sur les faits accomplis par la conférence de Londres. 
On disait, aussi, (pie la Russie était d'intelligence avec la 
Prusse, pour inspirer et diriger secrètement la confédéra- 
tion germanique, qui protestait avec énergie contre les 
actes criminels et les menées révolutionnaires des réfugiés 
polonais, allemands et italiens, qu'elle voulait faire sortir 
de la Suisse où ils avaient trouvé asile et protection, 

Le prince Frédéric-Guillaume se trouvait au chàleau de 
Péterliotf, le 7 juillet, jour anniversaire de la naissance de 
l'empereur Nicolas. Non-seulement il assista, ce jour-là, à 
la parade qui eut lieu en présence de la famille impériale, 
mais encore il portail l'uniforme du 1" régiment de grena- 
diers de l'Empereur, comme chef de ce régiment, qu'Alexan- 
dre L r avait placé sous ses ordres; et quand Nicolas prit 
le commandement des troupes pour le défilé, le prince royal 
do Prusse se mit à la tète d'une compagnie do ce beau 
régiment, qui défila, au son des fanfares, devant l'impé- 
ratrice. Tous les assistants admirèrent sou fier et noble 
maintien sous les armes, et l'impératrice donna le signal 
des applaudissements à son passage. 

Le prince royal, à qui son auguste beau-frère avait aussi 
adressé des éloges sur son excellente tenue militaire, en- 
voya le jour même la lettre suivante au colonel du 1 er ré- 
giment de grenadiers de l'empereur: 










— 412 — 

« Monsieur le colonel, désirant offrir „„ « moignage 
d mtérêt au brave régiment de grenadiers, dont feu 'em- 
pereur Alexandre, dans sa hante bienveillance, c'a p „ " s 
e me nommer le chef, j'ai choisi à ce , effet VnJZZ 
d jour q„, a donné » ,' Empi ,, Je ^ m J 

actne Déjà, son règne, q „i compte à pei , !e „ enf „„„,„, 
mpb les pages , es phls fe (|e r »^> 

Déjà, d s es, 1,,,-mcme concilié l'admiration e, 1» " « 

con ance, non-senlcmcn, de ses peupies, mais de ,o ce, 

q». ennent encore à cette antique «délité, don, le s 

£*••«*»» animé Je régiment e. M a W ™ 
,n e n , a , anrje ^ ^ ^ ^ ^ J M» 

m a Sa Majesté .mpériale par des liens de parenté antant 
q»e par le sentiment de bamifié la plus hdèle et | pL 
»™ able, c'est dn fond de mon cœnr, que je répète a c 
** ne millions d'hommes : . „ e Die',, L s ^ De, 
conserve ce cher et noble empereur 1 ,, 

. JevonsWnsmetaci-ioint, , non cher colonel, une somme 
le 8,000 roubles, que vous voudrez bien employer tant à 
la célébration de la fête d'aujourd'hui, qu'a & /» t 1 
qne vous jugerez utile au régiment 

« Recevez, colonel, l'expression de l'estime particulière 
'"on, J mmerai, en ,„,„ e occasion, à vous donner des ^ 

« Frédéric-Guillaume, 
« ^nne« rayai de /y wft 
« Cfcf d M 1" régiment de grenadiers de Sa Majesté 
l empereur de toutes les Russies. 

' Péterhoff > ce 25 i«i« (7 juillet, „ouy. st.) 1834. , 

Le prince royal et sa femme passèrent plus de six se 
-nés dans la famille impériale, qui résidait alternée- 



— 413 — 

nient à Gatchina, à Péterhoff, à Tzarskoé-Sélo et aux îles 
d'Yélaguine, près de Saint-Pétersbourg. Il n'y eut, pendant 
ce temps-là, que des réunions intimes et quelques fêtes 
d'intérieur, mais ni réceptions d'apparat, ni grandes fêtes 
de cour. Le seul spectacle que Nicolas offrit au prince royal, 
qui était comme lui passionné pour les exercices militaires,' 
c'étaient des revues dans la plaine de Krasnoé-Sélo, où 
campait une partie des régiments de la garde. 

L'empereur n'espérait pas conserver auprès de lui son 
beau-frère, jusqu'à l'inauguration de la colonne Alexan- 
drie, laquelle ne pouvait être célébrée avant les premiers 
jours de septembre; mais, comme il voulait donner à cette 
inauguration le double caractère d'une fête nationale en 
l'honneur d'Alexandre I-, et d'une commémoration histo- 
rique en souvenir de la coalition européenne de 1813, il 
avait écrit au roi de Prusse, pour l'inviter a y assister avec 
tous ses enfants. 

Le roi Guillaume, dont la santé était toujours assez fra- 
gile, se trouvait retenu dans ses États par de graves préoc- 
cupations, car il avait à prendre possession de la principauté 
de Lichtemberg, que lui avait cédée a prix d'argent le 
prince de Saxe-Cobourg-Gof lia ; il donnait ses soins en môme 
temps a la transformation complète du grand-duché de 
Posen, où l'administration prussienne^ aillait sans relâche 
a effacer les derniers vestiges de la nationalité polonaise. 
H s'excusa donc, par cette lettre adressée a l'empereur, qui 
plus tard la rendit publique : 



* Monsieur mon frère et beau-fils, vous dire combien je 
m intéresse à l'inauguration d'un monument qui dira aux 
siècles a venir la grandeur des efforts faits pour renverser 
un despotisme insupportable, et le génie d'un souverain qui 









— AU — 
par une immense impulsion, assura à ces efforts la plus 
glorieuse victoire, c'est vous exprimer combien je regrette 
que des circonstances insurmontables m'empêchent de ré- 
pondre a voire invitation en me rendant à Saint-Péters- 
bourg. Mais je serai, a la vérité, à celle atfguste cérémonie, 
de toute ma pensée ; et. pour me consoler de mon absence' 
je vous demande la permission de réalise* un projet cher/, 
mon cœurel doûl l'idée m'a été suggérée par Voire .Majesté 
impériale elle-même, qui a bien voulu exprimer un sem- 
blable vcea, l'année dernière, a mon fils, k> prince Albert. 
Souffrez donc, S.ire, que je vous annonce, pour celte journée 
solennelle, l'arrivée d'un détachement de ma garde et du 
régiment de Votre Majesté, composé de dix-sept officiers e( 
li'enle-huil soldats choisis parmi les militaires qui oui fait 
les mémorables campagnes et que je mois sous la conduite 

de mon fils, le prince Guillaume. Ce détachement y repré- 
sentera mon armée entière, liere encore des souvenirs d'une 
époque mémorable, de sa fraternité avec les braves soldats 
russes, des suffrages enfin de celui qui leur fraya la victoire 
et qui si souvent les confondit avec ses propres guerriers. 

« Daignez. Sire, leur accorder vos bonnes grâces. Comp- 
tant sur Votre agrément, je ferai partir ce détachement, 
sans attendre votre réponse. 

« Veuillez agréer l'assurance de mon attachement inal- 
térable et de la liante considération avec laquelle je suis, 
« Sire, 

« De Votre Majesté impériale le bien dévoué bcau-pere, 

« Frédéric-Guillaume. 

« TcSplifcî, le 20 juillet 1834; >• 

Le prince royal de Prusse ne devait pas attendre son 
jeune frère, le prince Guillaume, à Saint-Pétersbourg; il prit 



— -iio — 

congé, en effet, de la famille impériale qui l'avait accom- 
pagné de PéterhoffàCronstadt, et il s'emballa, le 13 août, 
avec sa femme, sur le bateau à vapeur Vljova, qui devait 
les conduire a Stettin. La famille impériale, après de tou- 
chants adieux, était moulée elle-même sur le vapeur 
l'Alexandrie pour suivre en mer, pendant quelques milles, 
ses chers hôtes, avec qui elle échangeait encore a distance 
des témoignages d'affection el de regret. 

Durant le séjour de Leurs Altesses royales à Péterhoff 
l'empereur avait été douloureusement préoccupé de l'ef- 
froyable incendie qui avait détruit la plus grande partie 
'le la ville de Toula et de ses manufactures d'armes 

Dans la matinée du il juillet, tandis que la population 
en habit de gala remplissait les églises a l'occasion ,1e la 
foie des apôtres Pierre el Paul, le feu s'était déclaré tout 
a coup dans la maison d'un marchand nomme Medvedeff. 
N faisait une chaleur excessive depuis plusieurs semaines- 
la sécheresse avait tari les sources el les puits, el pour 
comble de fatalité, le vent soufflait par bourrasque en 
portant les flammes éur les maisons voisines de la maison 
embrasée : en peu d'instants, l'incendie avait pris une telle 
activité el une telle extension, que tous les ellorîs de la 
population pour arrêter les progrès du terrible fléau furent 
mutiles; dans l'espace de quelques heuresj tous les quar- 
tiers lurent attaqués à la lois par le feu, qui rédtiisil en 
cendres neuf églises, six cent soixante-dix maisons, la moi- 
tié des maisons eu bois de la manufacture impériale le 
toarché et les boucheries, les grandes boutiques ou Qodtmwï 
Owor, 1 CS magasins des mardiamls d( , fer ^ [& ^ 

établissements publics. Dix mille habitants restèrent sans 
asile et sans ressources. 

A la première nouvelle de cette catastrophe, l'empereur 



ÏÀ\ 

; 

1i 



'il 



— 416 — 
lit partir son aide de camp général Khrapovitsky, avec une 
somme de 100,000 roubles, pour subvenir aux besoins 
les plus urgents. Tous les membres de la famille impériale 
avaient remis au général des fonds destinés au même objet 
Déjà les autorités locales avaient avisé aux moyens de 
secouru- les victimes de l'incendie : un comité spécial de 
secours s'était formé sur les lieux mêmes, et la bienfaisance 
privée n'avait point attendu qu'on fit appel à sa généreuse 
intervention. Les pauvres eurent immédiatement des abris 
des vêtements, de la nourriture, quoique la disette conti- 
nuât de sévir, par suite des mauvaises récoltes. Mais le Gou- 
vernement, avec la puissance d'action qu'il déployait tou- 
jours dans les cas d'impérieuse nécessité, s'occupa de faire 
renaître l'industrie manufacturière de Toula et de donner 
du travail aux ouvriers, en rouvrant les ateliers de la fabri- 
que impériale d'armes de guerre. 

Les orages continuels, qui se succédaient dans cette sai- 
son de chaleurs et de sécheresses extraordinaires, n'épar- 
gnèrent pas Saint-Pétersbourg, et le plus -violent de tous 
qm se déchaîna sur la capitale dans la soirée du 15 juillet' 
faillit entraîner aussi de grands malheurs. 

La foudre tomba dans la citadelle, sur un magasin dé- 
pendant du laboratoire d'artillerie, et y mit le feu, qu'on 
eut beaucoup de peine a éteindre. Le laboratoire contenait 
six mille fusées a la Congrève, dont l'explosion eut fait sau- 
ter une partie de la forteresse. Les officiers, qui appré- 
ciaient pourtant le danger, dirigèrent eux-mêmes les tra- 
vaux avec le sang-froid le plus imperturbable, pour isoler 
le magasin où l'incendie s'était déclaré. 

H Y avait en faction, à la porte de ce magasin, un soldat 
nomme Kouliabine , du régiment des chasseurs de Neu- 
scnlot, qui n'avait pas bronché en voyant tomber la foudre 



— 4J7 — 
presque à coté de lui, et qui restait à sou poste, quoique 
les flammes, jaillissant de toutes parts, menaçassent de 
I atteindre dans sa guérite. Les généraux et les officiers su- 
périeurs, qu. étaient accourus sur les lieux, virent le péril 
imminent auquel ce soldat était exposé, et lui ordonnèrent 
de^se reùrer en toute hâte. Kouliabine s'y refusa, en disant 
gu ayant été mis en faction, il ne pouvait s'éloigner de plus 
de.dix pas de sa guérite, et qu'il demeurerait a son poste 
tide le a sa consigne, jusqu'à ce qu'il fût relevé par qui 
de droit. Il se serait laissé brûler sur place, si l'officier de 
garde, averti de ce qui se passait, n'était venu à la hâte 
relever le factionnaire. 

La fermeté inébranlable de ce soldat, dans l'observation 
de ses devoirs militaires, fut portée à la connaissance de 
1 empereur, qui le fit passer dans la garde, et qui lui ac- 
corda une gratification de 300 roubles. 

- Tu ne savais donc pas, demanda au brave Kouliabine 
J aide de camp de l'empereur, charge de lui remettre cette 
somme, tu ne savais donc pas que le laboratoire d'artillerie 
était plein de fusées à la Congre ve? 

- Au contraire, répondit 'le soldat, puisque ma consigne 
était cl empêcher de fumer aux alentours; mais le tonnerre 
ne ma pas demande la permission : aussi, j'étais prépare 
a tout, et je répétais mes prières, quand on m'a relevé de 
sentinelle. 

H y eut encore, à la môme époque, plusieurs grands in- 
cendies causés ou favorisés par la sécheresse qui brûlait 
sur pied les récoltes. Le 23 juillet, en plein jour, le feu s e 
déclara dans une maison de bois de la ville de Kremen- 
tchoug (gouvernement de Catherinoslaw), et, mal-ré la 
promptitude des secours et le voisinage du Dnieper, il f u 
- P oss,ble de l'arrêter, avant qu'il eût dévoré quatre! 

27 



; !' 

"■i 



! 

j 

i 









- 418 — 
vingt-treize maisons avec tout ce qu'elles renfermaient. La 
seule victime lut un enfant en bas âge. 

Le 28 juillet, l'incendie qui éclata tout a coup à Élisa- 
betbgrad, dans le même gouvernement de Cathcrinoslaw, 
l'ut bien plus terrible : il continua, sans interruption, pen- 
dant un jour et une nuit, en consumant plus de trois cents 
maisons, construites en bois. La chaleur était si intense, la 
fumée était si épaisse, la flamme si active, que la popu- 
lation, tout en larmes, dut se borner à rester spectatrice de 
cet effrayant desastre. Par bonheur, il ne faisait pas de 
vent, et la plus belle partie de la ville fut préservée, sans 
que personne eût péri. 

— Béni soit Dieu! dit l'empereur, en apprenant ce si- 
nistre : ce ne sont que des maisons brûlées, et on peut les 
reconstruire. Le mal n'est irréparable que quand il a fait 
des victimes. Nous bénirons donc la Providence et nous 
rebâtirons Llisabethgrad. 

Les récolles de l'année n'avaient pas été aussi générale- 
ment mauvaises que celles de 1833; on pouvait craindre, 
cependant, que le manque de subsistances ne causât de 
nouveaux malheurs dans les gouvernements qui avaient le 
plus souffert de la disette l'année précédente. L'empereur, 
depuis le commencement de cette disette, plus affreuse en- 
core dans les campagnes que dans les villes, avait distribué 
des secours considérables en argent, à tel point, que les res- 
sources du Trésor impérial ne pouvaient plus suffire à ces 
dépenses extraordinaires et imprévues. 

Le ministre des finances s'était vu forcé, dans le cours du 
mois de janvier, pour faciliter les opérations du Trésor, de 
demander l'émission de quatre séries de billets, chacune 
de 10 millions de roubles-assignations; ces billets, de la 
valeur de 250 roubles chacun, portant intérêt de 90 kopeks 



— 419 — 
par mois (c'est-à-dire plus de W O/O par an), devaient èlve 
reçus et donnés en payement dans toutes les caisses pu- 
bliques, à l'exception des établissements de crédit; toute- 
fois, le cours force desdits billets ne serait accepteur les 
ca.ssos publiques, qu'autant que la somme à payer ne se 
trouverait pas inférieure à la valeur du billet avec ses inté- 
rêts échus. L'amortissement de ces quatre séries de billets 
du Trésor s'effectuerait dans l'espace de six années, a partir 
de leur émission. 

Cet expédient financier, qui avait paru de nature a ob- 
vier aux embarras de la situation, était sans doute mal com- 
biné, car d eut une influence fâcheuse sur le crédil public 
et i fat accueilli avec autant de froideur que de défiancé 
parla Bourse et par le Commerce. Cancrine regretta de 
» avoir pas eu recours plutôt a un emprunt (ail à lVlran 
ger, emprunt qui eût certainement réussi comme les précé- 
dents, et quj n'eût amené aucune perturbation dans les 
finances de l'Etat. 

Le Gouvernement, grâce à sa sollicitude pour les pro- 
vinces, ou la famine était imminente, avait diminué par- 
te* les souffrances des populations ; il a vait pourvu à la di- 
sette presque absolue de céréales, par d'immenses achats 
deblé qu il Umth la fois de l'Asie Mineure, de l'Égyple 
p td ^:f ut ^ On avait pu afasi, à grands frais, now 
estants et subvenir au, semailles. Sur quelques points 
de 1 empire, les autorités civiles et militaires "vai^t con^ 
bue, de leurs propres deniers, a celte œuvre d'humanité e. 
de patriotisme. 

Entre les rescrits de félicitations et de remerciments quc 
1 empereur adressa aux maréchaux de la noblesse aux 
^vernenrsetad,vershautsfonctioimaires,quis';a,n 
^.ts les bienfaiteurs de leurs administres, oJ^marqua, 






— 420 — 
rescrit suivant, qui reconnaissait les soins intelligents et 
dévoués que le général de cavalerie comte de Witt avait 
apportés non-seulement à l'alimentation des colonies mili- 
taires du gouvernement de Rheraon, mais encore à l'en- 
semencement de leurs steppes, et à la formation de leurs 
greniers de réserve : 



« Le ministre de la guerre M'a soumis le rapport que 
vous lui avez adressé le 15 (27, nouv. st.) juin passé, 
rapport dans lequel vous lui rendez compte des mesures 
projetées par vous, afin de pourvoir à l'alimentation des 
colonies militaires du gouvernement de Kherson, qui 
avaient eu le malheur de perdre leurs récoltes en 1833. 
J'apprends que ces mesures sont mises à exécution. Les 
régiments du 2° corps de cavalerie de réserve ont été suffi- 
samment approvisionnes, sans avoir besoin de sortir de 
leurs arrondissements, et ils se trouvent dans le meilleur 
état, sous tous les rapports; les colonies militaires ont eu 
leurs subsistances assurées jusqu'à la nouvelle récolte; les 
semailles d'automne et de printemps ont été faites, même 
en quantité plus considérable qu'à l'ordinaire, et il est en- 
core resté en réserve un approvisionnement de cinquante 
mille tchetverts de grains; on n'a point éprouvé de disette 
de chauffage; le bétail a été conservé, et aucune maladie 
épidémique n'a exercé de ravages. 

« J'ai lu avec une satisfaction particulière ce rapport, qui 
présente le compte rendu de vos travaux et qui Me fait con- 
naître l'entier accomplissement de ce que J'attendais devons 
dans ces circonstances difficiles. En justifiant ainsi complè- 
tement la confiance que Je vous ai constamment témoignée, 
vous vous êtes acquis de nouveaux droits à Ma bienveillance 
particulière, dont Je vous adresse ici l'assurance, et, en 



— 421 — 

vous réitérant l'expression de Mon entière gratitude, Je 
vous autorise à demander des récompenses pour les fonc- 
tionnaires qui ont été employés à cette occasion et que 
vous en jugerez dignes. 

« Je suis toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 
« Péterhoff, 7 (19, nouv. st.) juillet 1834. » 

Cette disette, qui régnait presque partout depuis qua- 
torze mois, et qui n'avait été conjurée que par les prodi- 
gieux efforts du Gouvernement, donna lieu a de nouveaux 
encouragements accordés a l'agriculture et à l'horticulture 
dans les provinces méridionales du Caucase comme dans 
celles de la Nouvelle-Russie. Les dispositions de l'ukase im- 
périal du 14/26 septembre 1X28, lequel autorisait des con- 
cessions de terrains à tout sujet russe qui s'engagerait à les 
cultiver pendant dix ans, pour en devenir propriétaire fu- 
rent remises en vigueur par ukase du 30 mai '12 juin 1834 
et, de plus, étendues aux étrangers, qui, en obtenant des 
terrains de culture, ne seraient pas tenus de se faire natu- 
raliser, avant dix années. Les terrains ainsi concèdes par 
l'Etat, avec exemption d'impôts, pouvaient être transfor- 
més en vignobles, en plantations manufacturières, et en 
jardins, sans autre condition que d'être cultivés régulière- 
ment, sous peine de faire retour à la Couronne. 

Un ukase du 1-/13 août 1834, établissant un nouveau 
sjstème de recrutement, dans le but de concilier les inté- 
rêts de l'agriculture avec les besoins de l'armée, sup- 
prima pour toujours les levées générales de recrues, en 
temps de paix, et y substitua des levées partielles, effec- 
tuées annuellement et alternativement dans lu région du 
Sud et dans celle du Nord. D'après ce nouveau système 



; 












— 422 

l'empire, divisé en deux régions comprenant chacune à peu 
près le même nombre d'habitants, fournirait, tous les ans, 
cinq recrues par mille âmes, jusqu'à ce que le chiffre total 
de la population fût exactement connu parle recensement; 
il en résulterait que chaque région serait exempte du re- 
crutement, à tour de rôle, et pendant une année, ce qui 
permettrait aux habitants d'accroître leur bien-être, par 
d'utiles travaux agricoles et industriels, que la conscription 
ne viendrait plus interrompre que tous les deux ans. 

Un autre ukase, sous la même date, fit remise entière du 
recrutement arriéré aux gouvernements dans lesquels il 
avait été suspendu provisoirement l'année précédente, en 
raison de la disette qu'ils subissaient alors et qui les me- 
naçait encore, par suite du fâcheux état des récoltes, car il 
fallait attendre celles de l'année prochaine, pour que ces 
gouvernements, si cruellement éprouvés par le manque de 
subsistances et par la diminution du nombre de bras em- 
ployés à la culture, eussent la facilité de rétablir, à l'aide 
d'une bonne moisson, leur ancien état de prospérité. 









CCVII 



Depuis plusieurs mois, l'empereur Nicolas avait fixé au 
1 1 septembre (30 août, ancien st.), fête «le saint Alexandre 
Newsky, l'inauguration .le la colonne Alexandrine : (nus 
les préparatifs de cette grande cérémonie furent faits, en 
conséquence, par les soins de la commission du monument, 
qui était la môme (pie la commission de construction de 
la cathédrale de Saint-Isaac, et qui se trouvait placée sous 
la présidence du grand-chambellan comte Lifta. 

M. de Montferrand, architecte en chef de cette commis- 
sion, dut redoubler d'activité pour achever, en temps utile, 
les œuvres d'art du piédestal en granit, orné de bas-reliefs 
allégoriques en bronze; les ouvriers, dont le nombre avait 
été doublé, furent occupés, jour et nuit, pendant plusieurs 
mois, à polir l'énorme monolithe, qui portait dans les airs, 
a la hauteur déplus de cent pieds, une statue d'ange tenant 
une croix dans la main gauche, et de la droite montrant le 
ciel. 

^ Il n'avait pas fallu moins de deux années entières pour 
l'exécution des travaux, depuis que la colonne avait été po- 
sée sur son socle. Le plan primitif adopté par l'empereur 
avait été suivi exactement, si ce n'est que le projet de cou- 















— 424 — 
ronner le monument par la statue d'Alexandre I- fotaban 
donne, d'après l'observation de l'impératrice, qui rappela" 
dd-on, que l'empereur Alexandre n'avait pasLffTdé 
son vnant, qu'on lui érigeât une statue sur l'arc' de 
triomphe consacré à perpétuer le souvenir des victoires 
de son règne : 

- Eh bien! s'écria l'empereur, qui se rendit aussitôt , 
1 avis exprimé par l'impératrice : la colonne Alexandrine 
portera le symbole de la croix, comme nos églises et n 

C'est là ce qui fut exécuté par l'architecte, sous les 
ordres de la commission du monument 

Cette commission avait fait construire, pour la cérémonie 
de 1 inauguration, un vaste balcon en forme de tente, au- 
dessus de la principale porte du palais d'Hiver, et de plain- 
p.ed avec les grands appartements. Ce balcon, richement 
décoré, communiquait avec la place du palais, par deux lar- 
ges escaliers d'une belle architecture. D'immenses estrades 
en charpente avaient été élevées devant les édifices publics, 
qui font face au palais, et qui correspondaient, par toute 
nr fenêtres, a ces estrades en amphithéâtre, la façade du 
Manège présentait la môme décoration architecturale, qui 
s exhaussait en gradins jusqu'au faite de l'édifice. Plus de 
vingt mi lle spectateurs pouvaient prendre place sur les «ra- 
dins et les estrades. s 

Rien n'avait interrompu les apprêts de la fête, et pour- 
tant on avait lieu de craindre qu'elle ne fût contrariée ,i 
non empêchée, par le mauvais temps. Après les chaleurs 
«supportables du mois d'août, de violents orages s'étaient 
succède avec persistance; la pluie n'avait presque dis 
cessé de tomber à torrents, et les vents furieux qui sou f- 



— 428 — 

liaient dans le golfe de Finlande menaçaient journellement 
la capitale d'une inondation. 

Cependant, les curieux et les invités arrivaient de toutes 
parts à Saint-Pétersbourg; la plupart des gouverneurs de 
provinces et de villes avaient obtenu des congés, pour se 
rendre à la cérémonie; une foule d'anciens officiers, retirés 
dans leurs terres depuis la mort d'Alexandre I er , s'étaient 
empressés d'accourir, afin d'être témoins des honneurs ren- 
dus à la mémoire du défunt empereur; parmi eux, on re- 
marquait le feld-maréchal prince de Wittgenstein, le géné- 
ral prince Hovansky, gouverneur de Witebsk, Mohileff et 
Smolensk; le baron de Pahlen, gouverneur de Livonie et 
de Guirlande ; le comte Worontzoff, gouverneur de la Nou- 
velle-Russie; le général Levàschoff, gouverneur de Podolie 
et de Wolhynie, etc. 

Le feld-maréchal Paskewitch avait: été le premier mandé, 
mais il n'arriva que le 7 septembre, porteur du jugement 
définitif, que la commission extraordinaire de justice venait 
de prononcer en dernier ressort contre les criminels d'État 
qui n'avaient pas été conquis dans l'amnistie impériale. 

On savait, depuis plusieurs semaines, que le roi de 
Prusse ne viendrait pas; on savait aussi comment il avait 
exprimé le regret de ne pouvoir accepter l'invitation de son 
auguste gendre, car l'empereur avait cru devoir porter a la 
connaissance de ses armées la lettre, si flatteuse pour 
elles, que le roi Guillaume lui adressait à cette occasion, 
et il avait accompagné la lettre, d'un ordre du jour, qui ne 
faisait que reproduire les sentiments patriotiques de l'il- 
lustre ami de feu l'empereur Alexandre : 



J 



^ « S. M, le roi de Prusse, illustre compagnon d'armes de 
'empereur Alexandre dans la guerre sacrée de 1813 et 






— 4Ï0 — 
181 i, » laquelle l'Europe a dû sa délivrance, Nous a pré- 
venu, par lettre ci-annexée, de son intention d'envoyer à 
^nt-Pétersbourg, sons le commandement de S A R i- 
prin* .Wta», un détachement do ses troupes; pour 
->* àlma "^.on solennelle du monument é)évé à 
fou ISo.ro frère hon-aimé, afin de perpétuer la mémoire du 
gfand ^événement accompli par cette guerre, pour le bon- 
heur de la Russie et de toutes les nations civilisées 

« Nous Nous empressons d'annoncer à Nos armées cette 
.ntontam de Sa Majesté, que Nous considérons comme un 
nouveau témoignage de l'inébranlable stabilité do l'alliance 
entre es ^u, empires, alliance que resserrent encore le, 

eus dune amitié éprouvée en.re leurs souverains, ceux 
de la parenté qui unit leurs maisons, et la communauté de 
gloire dont se sont .couvertes leurs troupes dans- une guerre 
célèbre par les exploits réunis de leurs armées 

« En ordonnant de faire lecture ,1e la lettre de Sa Majesté 
devant chaque compagnie et chaque escadron, Nous sommes 
assure que Nos troupes accueilleront avec respect l'ex- 
pression des sentiments .levés, que Sa Majesté professe 
pour la mémoire de l'empereur Alexandre, et sauront di- 
gnement apprécier, comme Nous, l'intention manifestée par 
El le S pénétrées d'une profonde gratitude pour cette preuve 
atteuse de 'intérêt que prend ce grand monarque", on 
solennité si chère au cœur de tout Russe, elles s'efforceront 
de maintenir et de resserrer de plus en plus les liens de 1, 
confraternité qui les unit aux troupes de S. M le ro 
comme un gage de bonheur et de gloire pour les deux em- 

, u, i. vi • , " Nicolas. 

lie de Yélagmne, le G (18, nouv. st.) août 1834. » 
Cet ordre du jour était, en quelque sorte, un écho de 



celui que le roi de Prusse avait adressé à ses troupes, pour 
leur annoncer que Lempere ur Nicolas avait témoigné le de- 
sir de voir l'armée prussienne prendre part à l'inaugura- 
tion du monument, qu'il érigeait à Saint-Pétersbourg, afin 
de perpétuer le souvenir du règne mémorable d'Alexan- 
dre I er , son frère et son prédécesseur, ainsi que le souvenir 
de la « délivrance » de la Russie et de l'Europe entière, dé- 
livrance opérée sous ce glorieux règne. 

Le roi Guillaume avait donc ordonné de choisir, dans 
tous les régiments de. sa garde, et surtout dans celui des 
cuirassiers de l'empereur de Russie, un certain nombre de 
soldats ayant servi dans les campagnes de 1813 à 1815 et 
mérité, par leur valeur, que des distinctions honorifiques 
leur fussent accordées, pour assister, comme représentants 
de toute l'année prussienne, à l'inauguration de la colonne 
Alexandrine : « Ils se rendront à Saint-Pétersbourg, sous le 
commandement de S. A. R. le prince Guillaume ,1e 
Prusse, disait l'ordre du jour, afin de remplir le désir de 
S. M. l'empereur Nicolas, en allant, de concert avec ses 
braves troupes, rendre un dernier hommage à la mémoire 
de l'empereur Alexandre, et, par leur participation à cette 
solennité, qui leur rappellera le souvenir des glorieux ex- 
ploits accomplis, avec l'aide de la Providence, par les ar- 
mées des deux Puissances, à l'époque du danger, resserrer 
les liens de considération mutuelle et d'amitié, que leurs 
monarques ont établis entre ces armées, et qui les unissent 
d'une manière indissoluble. » 

Les officiers, sous-officiers et soldats, désignés pour re- 
présenter l'armée prussienne à la cérémonie du 1 1 sep- 
tembre, arrivèrent à Saint-Pétersbourg, au commencement 
du mois, et furent logés dans les quartiers de la garde im- 
périale, où ils trouvèrent l'accueil le plus cordial et le plus 



r : 



?'l 






— 428 — 
fraternel. Le prince Guillaume de Prusse, qui ] es comman- 
dât, arma presque en même temps, et alla descendre au 
pahjsde 1 ,1e d'Yélaguine, ou l'empereur résidait avec sa 

Nicolas avait adressé aussi une invitation au roi de Suède 
Charles-Jean, qui devait à l'amitié d'Alexandre I- de n'a 
vo.r pas été entraîné dans la chute de Napoléon, en I8H _ 

et qui n était pas resté étranger à In rmUf. - 

, , \ cudDger a ta coalition européenne 

de 1815; mais, Charles-Jean, qui avait été le général 
Bernado.te, jugea que sa présence à l'inauguration de la co- 
lonne Alexandrine serait vue ,1e mauvais œil, non-seule- 
-eut par ses sujets, mais encore par ses anciens compa- 
U io.es, car on ne doutait pas que la France ne s'abstint de se 
a»re représenter a cette cérémonie qui évoquait de tristes 
er amers souvenirs pour elle. 

I-o roi ,1c Suède „ 'euvoya pas même son BU, I e prince 

Sf*"»^ argea le général comte de 

lowen ,cl„, q„, re „„„„ai ( à son te 

""" ,P0,C "' ■" ' k '» '■»'»• ae Suède auprès du roi ,1 

Francis, do passer par Saint-Pétersbourg cl ,1c remettre à 
'empereur une lettre d'excuse nui avait tu t ; 
on vue de la publicité. ^ fa ' te *"" d ° Ute 

Le tzar reçut cette lettre des mains du comte ,1c Lowen- 
taelm qu, 1m tu. présenté le septembre et qu'il accuei , , 

vec , ,s„„ct,„„, le .eudemalu même; la lettre ne futiusérée 
dans „ ]maldt s „ ln , Pilmbmr<jt qQe iem ^ 

tara; la voici : ' 



« Mo "^nr mon frère, les relations de franche amitié qui 
* -nsa t entrefeu plJ J^ 

moi, et auxquelles Votre Majesté impériale, dès son 



— 429 — 
avènement au trône, a bien voulu donner une .suite, que 
j'ai su apprécier, m'associent naturellement à tout ce qui 
rappelle la glorieuse mémoire du monarque dont la perte 
nous a été si sensible. Votre Majesté se propose de lui con- 
sacrer, sous peu, un monument, etj'eprouve le besoin d'a- 
voir auprès d'elle, à cette occasion solennelle, un organe 
spécial de mes sentiments. Mou choix s'est arrêté sur 
le général comte Gustave de Lowenhielm, chevalier de 
mes ordres et mon ministre auprès de S. M. le roi des 
Français. Cet officier-général, retournant maintenant à son 
poste, aura l'honneur de remettre cette lettre à Votre Ma- 
jesté. Honoré des bontés et de la bienveillance de feu l'em- 
pereur Alexandre, employé à diverses reprises auprès de lui, 
pour cimenter et entretenir les liens qui nous unissaient, 
combattant pour la même cause aux époques mémorables 
qui ont fondé l'organisation actuelle des États, j'ai cru 
que sa présence à Saint-Pétersbourg, le 11 septembre pro- 
chain, serait une preuve ostensible de la part sincère que 
je prends aux motifs de piété fraternelle et de vénération 
publique, que l'inauguration de ce monument va proclamer 
à la face de l'Europe. 

« J'ai, en même temps, chargé le comte de Lowenhielm 
de renouveler, en mon nom, a Votre Majesté impériale, ce 
dont, je l'espère, elle est persuadée d'avance, les assu- 
rances de la sincère amitié et de la haute considération, 
avec laquelle je suis, 

« Monsieur mon frère, 
« De Votre Majesté impériale et royale le bon frère, 

« Charles- Jean. 

« Stockholm, 2i août 1834. » 






Quant a l'empereur d'Autriche, dont la place éta 



il mar- 



— 430 — 
q*e à une pareille cérémonie, et qui avait promis verba- 
em nt d y assister, lorsque l'empereur Nicolas lui en avait 
fait la demande aux entrevues de Munehen-Graetz, il avait 
répondu au pnnee Gortchakolf, qui lui fut envoyé, u camp 
de luras, sous prétexte de suivre les grandes m nœuvZ 
que 1 empereur François dirigeait en personne • 

- Dans les circonstances actuelles, ma présence à Saint- 
Pétersbourg resserrerait trop à une rancune et à une 
—ce contre ,a France. L'inauguration du monument 
deïc a a mémoire de l'empereur Alexandre ne doit pas 
prendre le caractère d'une coalition des trois grandes pui 

-ces du Nord vis-a-vis des puissances de meciden^ 
lajeste 1 empereur de Russie sait bien que je suis avec 
lui de cœur et d'intention. 

En effet dans ce moment môme, la Russie et l'Autriche 
agissaient de concert à Constantinople, avec autant de pru- 
■ dence que de fermeté, pour empêcher la Porte Ottomane 
d offrir a 1 Angleterre une occasion de se déclarer en fa- 
veur du vice-roi d'Egypte. On pouvait craindre de voir 
vemïtve le différend et la guerre, qui avaient éclaté, l'année 
précédente, entre le sultan et son vassal: Mahmoud levait 
des troupes, armait des vaisseaux et reunissait une armée 
en Asie Mmeure, tandis que l'insurrection de Syrie tenait en 
échec lesforces égyptiennes commandées par Ibrahim-Pacha 
Les insurgés invoquaient l'appui du chef de l'islamisme' 

ses Étatr^ ^ ^^ reffU - i0D dU "** mUSUta da - 

Le sultan avait donc fait demander secrètement au tzar 

la coopération de la flotte et de l'armée russes, pour re- 

sait-il, de la domination deMehémet-Ali. La question était 
.uve, le moment solennel; la Hotte anglaise pouvait être 



— 43 J — 

dans le Bosphore, avant que la flotte russe ne fût sortie 
du port d'Odessa. 

Le ministre plénipotentiaire de Russie, M. de Boutenieff, 
avait jugé la position assez périlleuse, pour se rendre immé- 
diatement à Saint-Pétergbourg et pour recevoir ses instruc- 
tions, de la bouche môme de l'empereur. Nicolas l'avait 
invite à retourner à son poste, en apprenant la conduite 
loyale et réservée à la fois qu'il avait tenue dans des cir- 
constances aussi délicates, et en lui accordant un témoi- 
gnage public de satisfaction dans ce rcscrit destiné à donner 
plus de poids aux conseils que l'ambassadeur de Russie 
était chargé de communiquer, de la part de l'empereur, 
au sultan et à son divan ; 

« Pendant votre séjour de trois années à Constantinople 
en qualité de Notre envoyé extraordinaire et ministre plé- 
nipotentiaire, vous avez réussi, par la loyauté et la droiture 
constantes de votre conduite, à consolider, dans l'intérêt 
des sujets respectifs, les relations amicales qui venaient à 
peine d'être rétablies entre les deux empires. Nos négocia- 
tions, relatives a divers sujets, avec les ministres ottomans, 
et particulièrement pendant les troubles qui, l'année der- 
nière, ont agité l'Orient, ont été couronnées d'un plein 
succès, à Notre entière satisfaction, et Nous ont offert mie 
nouvelle preuve de la prudence que vous savez apporter 
dans les affaires qui vous sont confiées, ainsi que du zèle 
dont vous êtes anime pour le bien public. En considération 
de services aussi distingués, il Nous est agréable de vous 
adresser le témoignage de Notre reconnaissance particulière 
et de Notre bienveillance impériale. 

Nous sommes toujours votre affectionné, 



ï j 



1 , 



« Péterhoff, le 5 (17, nouv. si.) juin 1834. 



« Nicolas. 









— 432 — 
M. de Boutenieff avait ordre de s'opposer de tout son 
pouvoir aux velléités belliqueuses de Mahmoud et de lui 
faire comprendre que, s'il devenait l'agresseur, en déchi- 
rant de sa propre main le traité qu'il avait conclu, en 1833 
avec le vice-roi d'Egypte, l'empereur de Russie se verrai! 
forcé de rester neutre, d'autant plus que son intervention en 
faveur de l'Empire ottoman assurerait inévitablement celle 
de 1 Angleterre au vice-roi d'Egypte. 

Ce fut alors que l'internonce autrichien, d'intelligence 
avec M. de Boutenieff, parvint à conjurer les dangers im- 
minents d'une nouvelle rupture entre Mahmoud et Méhé- 
met-Ah Le sultan laissa donc le pacha d'Egypte réprimer 
seul la révolte de la Syrie, et la flotte anglaise n'eut aucun 
motif de prêter main forte au vassal contre son suzerain 

II y eut peut-être un peu de refroidissement dans les 
relations du gouvernement turc avec la Russie, mais la 
Porte Ottomane n'en demeura pas moins, aux veux de l'Eu- 
rope sous la protection du drapeau russe/ et le traité 
a I nkiar-bkelcssi, reconnu et sanctionné par l'Autriche 
conserva toute sa valeur éventuelle dans les phases futures 
ne 1 interminable question d'Orient 

L'empereur Nicolas avait eu la sagesse de s'en tenir à 
a lettre de ses traités avec le sultan Mahmoud, en refusant 
de lui fournir les moyens de prendre déloyalement sa re- 
vanche contre le vice-roi d'Egypte. Il avait pu alors répé- 
ter cette belle sentence, qu'il adressait naguère au comte 
Orlofi, en mission extraordinaire à Constantinople ■ 

« Lorsque la divine Providence a placé un homme à la 
tête de soixante millions d'hommes, c'est pour donner de 
plus haut l'exemple de la fidélité à sa parole et du scrupu- 
leux accomplissement de ses promesses. » 



CGVI1] 






Tout était prêt pour la céré'monie .lu 1] septembre- il 
ne restait plus qu'à mettre en place les tentures et les tapis 
qu'on avait soustraits le plus longtemps possible aux dété- 
norahons qu'eussent faites le vent et la pluie; car la pluie 
et le vent continuaient sans interruption, et l'on pouvait 
regarder comme impraticable le programme ,1e la fête On 
avait parlé de la remettre, à cause de la tempête qui sem- 
blait y fane obstacle; mais l'empereur répondit sèchement 
a la requête de la Commission qui craignait que le temps né 
favorisât point cette imposante solennité : 

-Je n'ai pas le droit de renvoyer à un autre jour la 
kte de saint Alexandre Newsky. Au reste, ce n'est pas moi 
que concerne la direction des saisons. Il y a là-baut quel- 
qu un qui s'en occupe sans me consulter. 11 ne m'appartient 
donc pas d'intervenir dans les choses de la Providence ni 
de chercher a savoir le temps qu'il fera demain. 

On avait lieu de croire que le lendemain l'ouragan se 
déchamerait dans toute sa fureur; la pluie redoublait et 
les eaux de la Neva s'élevaient à une telle hauteur, qu'une 
mondation paraissait inévitable ; pendant la nuit, le canon 
d alarme se fit entendre et l'on s'attendait a l'irruption des 

-28 






— 434 — 
flots dans les quartiers qui avoisinent le palais d'Hiver, 
lorsque le vent changea tout à coup et fil rentrer le fleuve 
dans son lit; au poin-l du jour, le temps était redevenu 
serein, et les légers nuages qui passaient dans le ciel ne 
tardaient pas à disparaître. 

Des milliers d'ouvriers terminèrent en quelques heures 
les derniers apprêts et réparèrent les dégâts que l'orage 
avait laits dans la décoration de la place du palais d'Hiver. 
L'empereur s'était levé, de grand matin, pour compléter 
l'immense travail auquel avait donne lieu la distribution 
des récompenses à l'occasion de cette grande cérémonie 
nationale. 

Il écrivit de sa main celle lettre en français, adressée au 
prince Guillaume de Prusse, en lui envoyant les insignes 
de l'ordre de Saint-Vladimir : 















« .Monsieur mon cousin et très-cher beau-frère 

« Les Sentiments d'amitié dont S. M. le roi, voire au- 
guste père, me donne constamment les [neuves les plus 
affectueuses, viennent de remplir l'un de mes vœux les 
plus chers. La solennité du jour consacré à la mémoire de 
mon frère tendrement aimé, feu l'empereur Alexandre, 
réunit, au pied du monument élevé à sa gloire, les soldats 
des deux armées qui en furent témoins. Appelés à repré- 
senter dignement au milieu de nous l'élite de la "Prusse, 
les vétérans, choisis par S. M. le roi, attestent aux yeux de 
l'Europe entière la fraternité d'armes que les deux souve- 
rains ont fondée entre leurs peuples, et que la divine Pro- 
vidence a daigné bénir, en leur accordant en commun des 
souvenirs ineffaçables de gloire nationale. Votre Altesse 
royale elle-même les trouvé gravés clans son cœur, car les 



— -ï3o — 

premiers jours qu'elle a consacrésau service de son pays ont 
<'lo s.gnales par des combats de cette mémorable époque 
« C est à ce titre que votre auguste père, ajoutant m 
nouveau prix aux motifs de reconnaissance que je lui dois 
vous a confié le commandement des braves que l'armée russe 

est heureuse aujourd'hui de recevoir en frères 

« Voulant signaler cet événement par un témoignage de 

1 attachement fraternel que je vous ai voué, je désire voir 
o re Altesse royale décorée de l'ordre de Saint-Vladimir 

de la première classe, que je vous adresse ci-joint. La devise 



cl l'affection inaltérable que je vous conse 



-aérerai à jamais ! 
« Je me plais a vous en renouveler l'assurance bien sin- 
cereamsique celle de la considération la plus distinguée 

avec laquelle je suis, ° ' 

" Monsieur mon cousin et très-cher beau-frère 

« De Votre Altesse royale, 
« Le tendrement affectionné beau-frère et cousin, 

« Nicolas. 
"S^Pétersbourg, le 30 août (Il septembre, nou,. st .) 1834.» 

Un signal de cinq coups de canon, tirés des remparts de 
la forteresse, annonça l'inauguration de la colonne Alexan- 
urine. 

A huit heures du matin, l'empereur, accompagné du cé- 
Baréntch et du grand-duc Michel, suivi d'un nombreux état- 
™jor, arma au monastère de Saint-Alexandre-Newskv 
^"^de^la Pression du clergé, partie dé ïa 
cathédrale de Notre-Dame de Kasan, et ayant à sa tête le 
métropolitain. Apres le service divin, dont la celeb 


















— 436 — 
ne dura pas moins d'une heure et demie, l'empereur, avec 
son cortège militaire, retourna au palais d'Hiver. 

Déjà les personnes munies de billets commençaient à 
occuper les places qui leur étaient réservées sur les estra- 
des; les fenêtres et les balcons des hôtels de l'État-major- 
général, du .Ministère des finances et du Ministère des af- 
faires étrangères, se garnissaient de monde. Le boulevard 
de l'Amirauté, le seul espace qu'on avait pu livrer au 
public, avait été envahi, avant le jour, par une foule com- 
pacte, dont le stationnement était dirigé et surveillé par la 
police. 

A dix heures, tous les invites de la cour, de la noblesse, 
du corps diplomatique, se trouvaient répartis dans les dif- 
férentes salles du palais, les hommes en habits de cala, 
les femmes en costume russe ; ils allèrent prendre placé 
tour à tour sur le balcon extérieur, ou devait siéger l'impé- 
ratrice, entourée de la famille impériale et de toute la cour. 
A onze heures, quand tout le monde fut placé, un nou- 
veau signal de cinq coups de canon avertit les troupes, qui 
étaient sous les armes à différents points de rassemblement, 
qu'elles vinssent occuper, sur la place du Palais et sur celle 
de l'Amirauté, les positions qui leur avaient été assignées: 
aussitôt, par toutes les issues, débouchent à la fois, au son 
de la musique des régiments, les divisions d'infanterie et de 
cavalerie, au nombre de quatre-vingt-six bataillons et de 
cent six escadrons, avec 2 48 pièces d'artillerie, sans comp- 
ter les élèves des écoles militaires. 

Dès que les régiments sont rangés, faisant face au mo- 
nument qui est encore caché par un voile écarlate, l'em- 
pereur, accompagné du césarévitch, du grand-duc Michel 
et du prince Guillaume de Prusse, et suivi de son état-major, 
vient prendre le commandementdes troupes et parcourt tous 



— 437 — 

les rangs, au milieu des acclamations qui retentissent sur 
son passage. 

En ce moment, l'impératrice, précédée des cavaliers de 
la cour et suivie des dames, sort ,1e ses appartements, avec 
tous ses enfants, et se rend à la chapelle, où le métropo- 
litain, assisté des membres du Saint-Synode et du clergé de 
la cour, la reçoit, avec la croix et l'eau bénite; puis, la pro- 
cession du clergé se met en marche, avec les saintes images 
et les bannières, pour conduire l'impératrice, à travers les 
appartements du palais, jusqu'au grand balcon où elle doit 
assister a l'inauguration de la colonne Alexandrine. 

La compagnie des grenadiers du palais (orme la haie le 
long de la balustrade, des deux côtes de l'escalier qui des" 
••end sur la place. Aussitôt que la procession parait sur le 
balcon, l'empereur, d'une voix éclatante, commande aux 
troupes de présenter les armes, et le clergé entonne le 
leDeum. Tout le monde se découvre, tout le monde s'a- 
genouille et se prosterne; l'empereur lui-même a donne 
1 exemple : ,1 prie à genoux, la tète nue, au milieu ,1e la 
Place, et chacun autour de lui s'associe à ses prières 

Rien ne pourrait rendre ce spectacle grandiose et solen- 
nel. Le Te Deum achevé, un archidiacre recite les prières 
pour le repos de l'Ame de l'empereur Alexandre, et tous les 
assistants les répètent à voix basse. 

Un profond silence succède à ce vaste et lugubre mur- 
m '"' e; le tzar donne lc signal, et soudain le voile qui cou- 
vrit du haut en bas la colonne Alexandrine tombe à l'in 
stant, au bruit des salves tirées par toute l'artillerie en 
'^taille, par les batteries de la forteresse et par quinze 
vaisseaux de la marine impériale embossés dans la Neva 
le long du quai de la Cour. Toutes les troupes rendent les 
honneurs militaires à la colonne, et pendant une demi- 



i; 



!■■.;; 



ill 







— 138 — 
heure, l'air retentit de joyeux hourras répétés à l'enyi par 
les acteurs et les spectateurs de cette magnifique cérémonie 
Cependant le silence se rétablit, lorsque le métropolitain 
prononce les prières pour l'année russe. La procession du 
cierge, portant les saintes images et les bannières, com- 
mençait à descendre du balcon, pour se rendre au monu- 
ment, entre les ^oux baies formées par la compagnie des 
grenadiers du palais; l'impératrice et ses entants suivaient 
la procession; après la famille impériale, les dames et les 
cavaliers de la cour, les membres du Conseil de l'Empire 
les sénateurs, les maréchaux de la noblesse, et les députés 
du commerce, marchant sur quatre de front, dans l'ordre 
le |>lus parfait. 

Au moment où la tète du cortège approchait de la colonne 
avec un pieux recueillement, le ciel, qui s'était couvert 
pendant la cérémonie, s'éclaircit tout à coup, et le soleil 
éclaira de ses rayons le monument qui, tout étincelant de 
reliefs lumineux, semblait s'entourer d'une auréole mira- 
culeuse. 

Le métropolitain consacra le monument en l'aspergeant 
d'eau bénite, cl la procession, après avoir fait le tour de 
la colonne, remonta sur le balcon où l'impératrice prit place 
avec ses enfants, pour voir le défdé des troupes. Le grand- 
chambellan, comte Litta, président de la commission du 
monument, eut l'honneur de lui offrir la médaille qui avait 
été frappée en commémoration de cette solennité. 

La compagnie des grenadiers du palais, commandée par 
le prince Pierre Wolkoûsky, l'ami et le compagnon d'armes 
de feu l'empereur Alexandre, avait été placée, en garde 
d'honneur, au pied de la colonne qu'elle entourait sur les 
quatre faces. L'empereur Nicolas, pour assister au défilé, 
alla se mettre à la tête des grenadiers du palais, à coté 






— 139 — 
de leur vénérable commandant, qu'i] pfeSsa dans ses liras, 
avec effusion, en versant des larmes que lui arrachait le 
souvenir de son bien-aimé frère et protecteur. 

L'émotion de l'empereur se communiqua de proche en 
proche, et personne ne put retenir ses pleurs en apprenant 
que le tzar avait pleuré. 

Nicolas embrassa aussi avec transport le prince Guillaume 
de Prusse, lorsque ce prince parut, dans les rangs de la 
garde impériale russe, à la tôle des olïieiers, sous-ol'fiaers 
et soldats de l'armée prussienne, qui avaient fait les cam- 
pagnes de 1813 a 1818, et qui portaient sur leur poitrine 
les médailles et les décorations que le roi de Prusse et 
l'empereur Alexandre leur avait décernées à cette époque. 

Depuis une heure de l'après-midi, jusqu'à trois, le défilé 
continua, au bruit des fanfares, devant l'empereur et devant 
la colonne. 

Le soir, les édifices publics et toute la ville furent illu- 
minés, et pendant plusieurs jours la place du palais d'Hiver 
attira une prodigieuse aflluence de curieux, qui venaient 
admirer le monument érigé en l'honneur d'Alexandre 1": 
la plupart, en le voyant surmonté d'une figure d'aûge avec 
une croix à la main, se signaient el se prosternaient, comme 
ds auraient fait, en face d'une église. 

Nicolas avait voulu, en quelque sorte, remplir les inten- 
tions de son auguste prédécesseur, en donnant carrière à 
sa munificence, au sortir de cette majestueuse cérémonie, 
dont l'empereur Alexandre avait été le héros. 11 pensa ^'a- 
bord aux employés et fonctionnaires de l'ordre civil, dont il 
avait récemment amélioré le sort par une nouvelle' loi sur 
les pensions de retraite; voici l'ukase qu'il adressa en leur 
faveur au Sénat-dirigeant : 

« Un des vœux les plus constants de Notre frère bien- 



i 

: : ii 



il 









— 440 — 
aimé, feu S. M. l'empereur Alexandre, de glorieuse mé- 
moire, et que Nous partageons entièrement, était d'amélio- 
rer la situation, tant des officiers supérieurs et subalternes 
de l'armée, que des employés civils qui servent dans les 
gouvernements et pour lesquels il n'a pas encore été pro- 
mulgué de nouveaux états de personnel ; mais des événe- 
ments divers et les circonstances difficiles dans lesquelles 
s'est trouvé l'Empire, avaient mis obstacle, jusqu'à ce jour, 
a l'accomplissement de ce vœu. Toutefois, Nous n'avions pas 
perdu de vue une mesure si utile et si chère à Notre cœur; 
avant enfin trouvé la possibilité de commencer à la mettre 
graduellement à exécution, cl choisissant, a cet effet, le jour 
de l'inauguration du monument consacré à la mémoire 
immortelle de Notre frère bien -aime, Nous avons dé- 
nde <pie, a partir de Tannée 1833, il serait annuellement 
alloue une somme provisoire de 2,500,000 roubles, pour 
accorder des suppléments de traitement aux employés dé- 
pendant des ministères de la justice et de L'intérieur, qui en 
ont le plus besoin; cette allocation, qui doit être également 
réparùe entre les deux ministères, sera encore accrue dès 
la première année, pourpeu que la possibilité s'en présente 
et graduellement augmentée par la suite, jusqu'à ce que lé 
sort de ces employés soit garanti d'une manière solide et 
correspondante à leurs besoins. Nous avons en même temps 
assigne une allocation égale pour l'armée de terre. 

« Le Sénat-dirigeant donnera connaissance desdites allo- 
cations au ministre des finances et chargera les ministres 
de la justice et de l'intérieur de faire la répartition de la 
somme ci-dessus énoncée, entre les employés des tribunaux 
et administrations, où le besoin d'une augmentation dan, 
les traitements se fait le plus vivement sentir, en soumettant 
des états de répartition à Notre approbation. » 






m 



%?œ 



— u\ — 

Après le défilé des troupes, Nicolas avait laissé la colonne 
Alexandrine sous la garde de la compagnie des grenadiers 
du palais, et, a sa rentrée dans ses appartements, il libella 
• le sa main cet ordre du jour, adressé au commandant de 
cette compagnie, Pierre Wolkonsky : 

« Le vœu sacré de Mon cœur, le vœu de la patrie entière, 
est rempli par l'inauguration du monument érigé à la mé- 
moire de Mon frère et bienfaiteur bien-aimé, feu Alexan- 
dre I er . Mais il nous reste à honorer ce monument, précieux 
pour Nous Russes, en instituant auprès de lui une sentinelle 
spéciale. A ces causes, il Me parait le plus convenable d'en 
confier la garde aux vétérans qui forment la compagnie des 
grenadiers du palais, comme axant pris part aux glorieuses 
victoires qui ont illustré les armes russes sous' le règne 
de cet immortel souverain. 

« En conséquence, J'ordonne qu'il soit ajouté, à l'effectif 
actuel de la compagnie des grenadiers du palais, un sous- 
officier et douze soldats, choisis d'après les dispositions du 
règlement de formation de celte compagnie, et qu'à partir 
d'aujourd'hui même elle commence le nouveau service qui 
lui est confié. 

« Vous aurez soin de prendre les mesures convenables 
pour l'exécution du présent. » 

Il adressa simultanément deux autres rescrits au prince 
Wolkonsky et au comte Worontzoff, les deux plus fidèles 
serviteurs et les plus intimes confidents de l'empereur 
Alexandre : 



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I 



« Cher prince Pierre Wolkonsky, 
« Le vœu de Mon cœur, ce vœu de la Russie entière, est 



— Ut — 

heureusement accompli : le monument élevé à la mémoire 
de l'empereur Alexandre, notre immortel bienfaiteur ren 
dm témoignage à la postérité de la gratitude de la patrie 
pour l'auteur de sa gloire. 

« Le souvenir des mémorables événements de son règne 
We rappelle naturellement que, placé constamment auprès 
de la personne de l'empereur Alexandre, pendant les cam- 
pagnes de 1813 et 181 i, vous aviez été choisi pour servir 
d'organe à ses volontés, qui, par leur sage direction, assu- 
rèrent ses succès et nos triomphes. Désirant honorer encore 
une fois en votre personne le souvenir de cette glorieuse 
époque, J'ordonne que vous ajoutiez le titre d'Altesse à celui 
de Pin.ce, qui vous appartient ainsi qu'à vos descendants. 

« Saint-Pétersbourg, le 30 août (11 .septembre, nouv. M.) 1834. » 

Au comte Worontzoff, gouverneur-général des provinces de la 
Nouvelle-Russie et de la Bessarabie 




« Votre longue carrière, illustrée par des actes nombreux 
d'un dévouement sans bornes au trèfle et à la patrie sous 
le règne de Notre frère bien-aimé, feu l'empereur Alexan- 
dre I", de glorieuse mémoire, et les services que vous con- 
tinuez a Nous rendre avec non moins de zèle; les soins 
infatigables et la sollicitude exemplaire que vous déployez 
dans l'administration des contrées qui vous sont confiées 
et particulièrement l'ardente activité que vous apportez à 
perfectionner autant que possible leur organisation, vous 
ont acquis les plus justes titres à Notre reconnaissance par- 
ticulière et à Notre entière bienveillance. Voulant vous en 
donner un témoignage, Nous vous avons conféré les insi- 
gnes en diamants de l'ordre de Saint-André, que Nous 



43 - 



vous transmettons ci-joints, demeurant à toujours votre 

affectionné, 

« Nicolas. 

* gainfcPétersbowft U30 août (11 septembre; aouv, st.) 1834. » 

Ce n'est que trois jours après la cérémonie, que l'empe- 
reur, à qui n'avait pas échappe, pendant le défilé, la tenue 
irréprochable du corps détaché des grenadiers, commandé 
pal 4 le général Nabokoff, honora d'une distinction exception- 
nelle oe corps et son brave chef, en adressant à ce dernier 
un rescrit qu'il étail invité à faire connaître aux troupes 
placées sous ses ordres : 

« La parfaite organisation et l'ordre exemplaire que J'ai 
été à même de reconnaître, aux manœuvres et exercices, 
et principalement a la parade, lors de l'inauguration solen- 
nelle du monument élevé à la mémoire de feu l'empereur 
Alexandre I er , ont attiré Mon attention particulière. 11 M'esl 
agréable de vous réitérer, ainsi qu'à tout le corps détaché 
des grenadiers, les témoignages de toute la satisfaction que 
J'ai ressentie, en voyant que, à une bravoure déjà (''prouvée, 
ainsi qu'à toutes les vertus militaires, ce corps savait join- 
dre une conduite exemplaire el la plus parfaite discipline; 
il on a donné une nouvelle preuve, car, pendant tout le 
temps de son campement et de son séjour dans la capitale, 
il ne s'est présenté aucune circonstance qui ait mérité le 
moindre reproche. Je vous laisse le soin de faire connaître 
Mes sentiments aux troupes que vous commande/, et J'ai 
la certitude que tous les officiers et soldats du corps détaché 
des grenadiers s'efforceront de se rendre également dignes 
de Mes éloges et de 31a satisfaction particulière, en conti- 
nuant à se distinguer par leur service. « Nicolas. 
« Tsarskoé-Sélo, le 2 (14, aouv. st.) septembre 1833. » 



!! 



: 



— 444 — 
L'inauguration de la colonne Alexandrine avait été suivie 
d une multitude de nominations et de promotions dans 
1 armée, qui toutes portaient la date de cette fête nationale 
Parmi ces nominations, on remarquait celles de cinq aides 
de camp de l'empereur. 

On comprend qu'une cérémonie, célébrée avec tant de 
pompe et de solennité, non-seulement pour honorer la 
mémo,™ de l'empereur Alexandre, mais encore pour Co- 
nfier les souvenirs militaires de la coalition européenne de 
813 eut un immense retentissement dans tous les États 
de Europe qui avaient participé à cette coalition, et surtout 
en France qui en avait cruellement souffert après lui avoir 
résiste pendant une année de lutte héroïque. 



CCIX 



Ce fut en France que les hourras qui avaient salué la co- 
lonne Alexandrie eurent le plus d'échos contradictoires et 
hostiles. 

On accusa l'empereur Nicolas de n'avoir évoqué le spectre 
sanglant des guerres qui avaient amené la chute de l'em- 
pire de Napoléon, que pour défier le gouvernement de Louis- 
Philippe, qui se vantait de poursuivre l'œuvre politique de la 
Révolution, et qui ne s'était pas laissé envelopper dans les 
liens delà Sainte-Alliance. Si les Chambres n'eussent pas été 
alors prorogées, les chefs de l'Opposition, qui étaient tous 
plus ou moins inspirés et entraînés par l'émigration polo- 
naise, n'auraient pas perdu une si belle occasion d'irriter les 
susceptibilités du patriotisme français, et d'accuser, a la tri- 
bune, l'empereur de Russie d'avoir provoqué la France, en 
élevant un monument à la gloire des armées russes. Les 
gazettes se chargèrent de cette campagne de récriminations 
et de plaintes contre la Russie, son gouvernement et sa 
politique. 

La Pologne était encore intéressée dans ce petit complot 

de la presse française, qui trouva dans la presse anglaise 
vigoureuse assistance, car on venait d'apprendre que la 



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■ 






— 446 — 
commission do justice extraordinaire, établie à Varsovie en 
vertu de l'ukase du f 3/2S février 183-, avait enfin terminé 
ses opérations et prononcé un grand nombre de condam- 
nations capitales, qui ne frappaient généralement que des 
contumaces. 

C'était là ce qui pouvait motiver et justifier la rigueur des 
arrêts rendus par cette commission, composée égarement de 
Russes et de Polonais, et animée de sentiments d'impartia- 
lité et d'indulgence, qui s'étaient traduits dans les rapports 
annexés aux jugements, pour être mis sous les veux de 
1 empereur. 

Le conseiller Engcl, président de l'administration provi- 
soire du royaume de Pologne, avait fait savoir officieuse- 
ment, aux membres du tribunal criminel, que leurs arrêts 
quels qu'ils fussent, ne seraient pas exécutes à la lettre et 
que le tzar se réservait de commuer la peine de la plupart 
des condamnés. Le tribunal n'avait donc pas hésité à appli- 
quer la loi, en prononçant la peine de mort et le séquestre 
des biens contre deux cent quatre-vingt-dix émigrés, parmi 
lesquels figuraient le prince Adam Czartoryski, les membres 
du gouvernement national, le maréchal de la Diète, des sé- 
nateurs, des nonces, des officiers de l'armée, des fonction- 
naires publ.es, ainsi que tous les élevés de l'école des porte- 
enseignes , et les étudiants de l'université qui avaient 
donne le signal.de l'insurrection dans la nuit du i>9 no- 
vembre 1830. 

De tous les membres du gouvernement national frappes 
par cette sentence, le nonce Vincent Niemoïowski était le 
seul qui fut resté dans le pays; les autres avaient cherché 
nn reluge a l'étranger. Le général Skrzvnecki lui-même 
qu'on accusait encore d'avoir vendu Varsovie aux Pusse.' 
était compris parmi les condamnes a mort, ainsi que tous 



— Wi — 

les hauts fonctionnaires qui, après la capitulation, avaient 
l'ail partie du simulacre de gouvernement, désigné sons le 
nom de Régence de Zakroczyn. 

Le genre de mort seulement variail selon les personnes 
et suivant le degré de culpabilité. Les uns étaient condam- 
nés à périr par le glaive, les autres par le gibet; quanl à 
ceux qui avaient donné le signal de l'insurrection en fai- 
sant irruption dans le palais du Belvédère, leur supplice 
devait être accompagne de ces horribles mutilations que les 
anciennes lois russes réservaient surtout aux criminels de 
lèse-majesté. 

L'empereur ne laissa pas longtemps la Pologne sons la 
pénible impression de ces sanglantes représailles : il rendit 
un ukase d'amnistie, en date du 1/16 septembre 1834, 
qui vint apporter de notables modifications à l'arrêt défini- 
tif de la commission extraordinaire de justice. 

Dans cet ukase, l'empereur supposait que la plupart des 
criminels d'État, recherches et jugés par le tribunal d'ex- 
ception, avaient manifesté leur repentir; en conséquence, il 
avait daigne commuer leurs peines, en exprimant l'inten- 
tion d'obtempérer ainsi aux désirs du (ni grand-duc Con- 
stantin, qui, dans le temps, avait, intercédé pour eux, « en 
Nous invitant, disait l'ukase, a ne point lis priver de Notre 
grâce, mais aussi à conserver en harmonie l'autorité de la 
lui avecics sentiments de la bénignité. » 

Les quatre premiers condamnés à mort auraient donc a 
subir la peine des travaux forcés dans les mines de Sibérie, 
l'un pendanl vingt ans, l'autre pendant dix-neuf ons; le 
troisième pendant quinze, et le dernier pendant douze. Ce 
dernier était Vincent NiëMOÏowski, lequel mourut de cha- 
grin, lundis qu'on le transférait en Sibérie. Les condamnes 
a dix et douze ans dans une forteresse verraient leur peine 



■ Irt 









— 4-48 — 
réduite à huit ans; les condamnés à la prison dure seraient 
incorporés clans les compagnies de pionniers employés aux 
constructions militaires: les condamnés à trois années 
d'emprisonnement n'en feraient que deux; les condamnés 
a deux années n'en feraient qu'une seule. 

Quant aux fugitifs qui, jugés par contumace, avaient été 
condamnés, savoir deux cent quarante-neuf à être pendus 
neuf à être décapités (le prince Adam Czartorvski était du 
nombre), et sept aux travaux forcés et à la détention, l'em- 
pereur ordonnait qu'ils fussent privés de tous droits, et que 
leur peme fût commuée en un bannissement perpétuel hors 
du royaume de Pologne et de tous les autres pays de l'em- 
pire. « Mais s, l'un de ces proscrits, ajoutait l'ukase, s'avisait 
de rentrer dans Nos Etats, soit ouvertement, soit secrète- 
ment, .1 aurait à subir la peine à laquelle il a été primitive- 
ment condamné, avec toute la rigueur de la loi criminelle 
de guerre. » 

La dernière disposition de l'ukase annonçait la dissolu- 
tion du tribunal criminel particulier, qui déposerait aux Ar- 
chives de l'Etat tous les actes de sa juridiction temporaire- 
cet article renfermait ces promesses rassurantes : « Toutes 
es recherches pour découvrir l'origine de l'insurrection po- 
lonaise et les personnes qui y auraient participé, ainsi que 
toute persécution contre des individus suspectés de conni- 
vence dans un délit politique, cesseront, à dater de ce jour 
et aucun travail d'enquête à ce sujet ne recommencera dé- 
sormais d'après la voie de procédure criminelle. » 

Un autre ukase, adressé au Sénat-dirigeant et publié 
sous la même date, réglait, en dernier ressort, la situation 
des absents ou fugitifs, qui, depuis l'ordonnance du 
4/16 octobre 1832, n'avaient pas profité du bénéfice de 
cette ordonnance en adressant à l'empereur une demande 



— 449 — 

en grâce, et en revenant se constituer prisonniers en Po- 
logne. 

L'empereur, « pour rétablir complètement la tranquillité 
dans cette parti,;, de l'empire, et pour effacer toutes les traces 
des troubles qui Font désolée,» avait jugé à propos « de 
ermmer cette affaire., Or, tons les individus onginairss 
de Pologne ou domiciliés dans le royaume, qui s'en étaient 
éloignés comme complices de la rébellion, et qui, jusqu'à 
ce moment, n'avaient pas présenté leur demande en Ace 
n. sollicité l'autorisation de revenir en Russie pour se justi- 
fier devant les tribunaux, ne pourraient jamais, quel que 
«ssonr d ailleurs leur rang, l eur degré de cul^ét 
eur résidence réelle, reparaître en Russie, ni franchir les 
frontières de l'empire. Leurs pétitions ne seraient plus ad- 
mises dorénavant; leurs biens seraient immédiatement con- 
fisqués. Quant à ceux qui se permettraient, à l'avenir, de 
fr^chir clandestinement les frontières, on devrait procéder 
a leur égard comme envers des criminels d'État convain- 
cus. Ton efois, la peine à leur infliger ne serait déterminée 
que pari instruction telle qu'elle existerait, avant leur ar 

restation, dans les dossiers de la commission extraordinaire 

de justice. 

Ces deux ukases étaient, dans la pensée de l'empereur 
des actes d indulgence et de pardon, car non-seulement le 
criminels d'Etat, qu'il qualifiait de véritables fauteurs des 

«laPologne, paient leur pein JJ^t 

que.e permettait la clémence qui voulait maintenir l'auto- 
nede la 01, mais encore, après cette juste expiation qui ne 
devait pas verser une goutte de sang, les Polonais pou- 
vaient compter sur l'oubli d'un passe douloureux et fouir 
en paix de l'amnistie générale. On devait regarder cette 
amnistie comme un nouveau pacte entre le souverain et ses 

29 



• 



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— 450 — 
sujets. Désormais, une ligne de démarcation bien tranchée 
se trouvait établie entre la période révolutionnaire, que les 
deux ukases venaient de fermer, et l'ère de tranquillité et 
d'ordre, qui s'ouvrait pour la Pologne; les habitants de ce 
royaume n'auraient plus de rapports ni de liens avec l'émi- 
gration polonaise, et le Gouvernement, qui en avait fini 
avec les mesures d'exception et les représailles, allait re- 
prendre son cours régulier et légal. 

Il faut remarquer, en effet, que, depuis la promulgation 
de l'ukase définitif d'amnistie, l'empereur Nicolas cessa com- 
plètement d'attribuer à la Pologne une responsabilité quel- 
conque dans les actes de l'émigration, et môme d'attacher 
a ces actes, si hostiles qu'ils pussent être, la même impor- 
tance politique. 

Le voyage de l'empereur Nicolas, dans plusieurs gouver- 
nements de l'empire, devait se prolonger deux mois en- 
fers, durant lesquels la famille royale de Prusse se faisait 
une grande joie de posséder l'impératrice avec sa fille aî- 
née, la grande-duchesse Marie. L'empereur et l'impératrice 
avaient projeté de partir le même jour et presque en même 
temps, pour revenir ensemble de Berlin. Le césarévitch res- 
terait encore a Saint-Pétersbourg, avec ses frères et sœurs 
que l'impératrice laissait sous la garde du grand-duc Mi- 
chel et de la grande-duchesse Hélène, que son état de gros- 
sesse retenait dans la capitale. 

Avant son départ, l'empereur écrivit au roi Guillaume 
son beau-père, une lettre en français, dans laquelle il lui 
rendait compte de l'inauguration de la colonne Alexan- 
drie. Cette charmante lettre, qui prouve avec quelle faci- 
lite et quel esprit Nicolas savait manier la langue française, 
fut remise à l'impératrice, qui se chargea de la porter elle- 
même à son auguste père : 



— 481 — 
« J'éprouve une vive satisfaction a annoncer à Votre Ma- 
jesté, que ia solennité du 30 août ( 1 1 septembre, nouv st ) 
depuis si longtemps l'objet de mes pensées, vient heureuse- 
ment .le s'accomplir; elle a été grande et belle, connue tout 
ce qui tient a la mémoire de mou frère chéri, feu l'empe- 
reur Alexandre. ' 

« Le monument que la Russie reconnaissante a élevé a sa 
gloire, est digne de son nom. La Providence divine a daigné 
^^f Jnm ' Vm des P^ beaux de ma vie. Les souve- 
W" 9" |1 a graves dans mon cœur rappelleront toujours ce 
f*l°*>» de reconnaissance à Votre Majesté, dont l'ami^ 
tiébenve liante a réalisé l'un de mes vœux les plus chers 

CoDSa ^ a la face du monde la fraternité d'armes qui unit 
-oiablemsnt la Russie et la Prusse, environner lé monu- 
ment consacré à l'empereur Alexandre de l'élite des bra.es 
qui eurent le bonheur de combattre avec lui sous les mêmes 
^eaux, tel était, selon ma conviction intime, le pieux 
hommage que , Je devais rendre au monarque eh^q* 
écornât humblement, dans la gloire de ses arme* le 
nenfart d'une protection dmne. S'uuissant à ma pensée 
^otre Majesté a daigné faire représenter parmi nous 1 année 
pruMumne, par ces vétérans décorés des marques d'hon- 
neur qm rappellent si glorieusement les campagnes mémo- 
rables des années 1813, 1814 et 1818, et, voulant qu'en ce 
jour solennel il ne me restât aucun vœu à former elle a 
confié a lun de ses augustes fils le commandement de ces 
Ws, afin que chaque soldat russe crut retrouver, comme 
tooi un frère dans les guerriers que Votre Majesté a dai- 
gné honorer de son choix. 

" P rofo a*fc.ent ému de ces témoignages d'amitié ,e 

^-l^von-qu, m'est cIk., en lu, réitérant au,;,!, 
"m, du fond de mon âme, l'expression de tous les senti- 



I 






a 












452 — 



ments de reconnaissance et de tendre affection, que je lui ai 
voues pour la vie, et avec lesquels je suis, 

« De Votre Majesté, 

« Le plus dévoué fils, 



« Nicolas. 



•< Tzarskoé-Sélo, le 5 (18, aouv. .st.) septembre 1S34 » 



L'empereur partit de Tzarskoé-Sélo, pour Moscou, dans 
la nuit du 17 au 18 septembre; l'impératrice partit, avec 
la grande-duchesse Marie, pour Berlin, dans la journée 
suivante. 

Le 19, vers six heures du soir, l'empereur était à Mos- 
cou; l'impératrice n'arriva que le 28, à Berlin. 

Le lendemain de l'arrivée de Nicolas, dès la pointe du 
jour, toutes les rues qui aboutissent au centre de la ville 
étaient remplies d'habitants qui accouraient au Kremlin; à 
neuf heures, la place qui sépare des cathédrales et de la 
Granovitaïa-Palala le palais Nicolaïewsky se trouva envahie 
par une foule énorme, au milieu de laquelle on n'aperce- 
vait pas un seul employé de la police. L'attente de ces 
braves gens, tout impatiente qu'elle était, ne causait ni dé- 
sordre m tumulte; la joie rayonnait sur les physionomies : 
tous les yeux demeuraient fixés sur la porte du palais. 

Dès qu'on vit paraître le tzar, un hourra unanime s'éleva 
de toutes parts et se prolongea au loin. L'empereur s'avan- 
çait seul, environné, pressé par la foule qui l'acclamait, et 
ces joyeuses acclamations couvraient le son des cloches 
mises en branle à la fois dans toutes les églises. 

Le métropolitain de xMoscou vint le recevoir à l'entrée 
des cathédrales, et à peine eut-il prononcé les premiers 



I 



— 453 — 
mots de son allocution, que le plus profond silence régna 
dans toute la place. L'empereur répondit, par quelques pa- 
roles gracieuses, au chef du clergé moscovite, et le suivit 
dans l'église, où fut célébré le service divin, en sa présence. 
Après le 7e Deum, l'empereur, toujours accompagné des 
mêmes cris d'allégresse et d'enthousiasme, se dirigea vers 
la place d'armes, où les troupes de la garnison, rangées en 
bataille, eurent l'honneur d'être passées en revue, par le 
tzar, qui leur adressa des éloges sur leur belle tenue La 
parade finie, il se rendit à la Granovitaïa-Palata, et en mon- 
tant le perron nommé Krasnoé-Eriltso, il se retourna vers 
le peuple et le salua pour le remercier de son cordial ac- 
cueil. Les clameurs reconnaissantes de la multitude reten- 
tissaient encore, longtemps après que le père se lut dérobé 
aux regards- de ses enfants. 

Dans la matinée du 20, Nicolas, après avoir entendu la 
messe dans la chapelle du palais, reçut les hommages de 
diverses corporations de marchands, d'artisans et ,1c co 
chers (yamstchiks). A midi, il alla, escorté de ses aides de 
camp généraux Alexandre Benkendorff el Adlerberg pas 
ser en revue le i« corps d'infanterie, sur une grande place 
extérieure appelée Klodinskoé-Pole. Cette revue avait attiré 
un nombre considérable «le curieux. Mais la police crut de- 
voir, par précaution, tenir la foule a distance et l'empêcher 
d'avancer. Au moment du défilé des troupes, l'empereur 
remarqua que les spectateurs, dont il entendait de loin les 
hourras, étaient contenus a grand'peine par les hommes de 
police, qui avaient ordre de ne laisser personne s'approcher 
de lui : 

— Qu'on les laisse venir! s'écria-t-il, d'une voix forte. 

— Sire, répondit a voix Lasse le grand-maître de police 
on a signalé la présence de certains étrangers suspects 



■ 

Çvl 



— Tant mieux, interrompit l'empereur, ils apprendront 
combien je suis aimé de mes enfants! 

Le peuple, rpi'on n'arrêtait plus dans son élan, se préci- 
pita en avant avec un si furieux empressement, que tous 
les efforts de la police réussirent à peine à conserver libre 
l'espace nécessaire pour le défilé des troupes. Quand l'em- 
pereur remonta en calèche, le peuple entoura la voiture, en 
redoublant ses hourras, et la suivit avec les mêmes cris jus- 
qu'aux portes de Moscou. 

Le jour suivant, l'empereur assista aux exercices de la 
i° division de cavalerie légère et de son artillerie à cheval. 
A trois heures de l'après-midi, il donna audience aux fonc- 
tionnaires des quatre premières classes. Le soir, il parut au 
théâtre. 

Pendant la représentation, on vint l'avertir que la cloche 
d'alarme annonçait un incendie dans le quartier Serpou- 
khotf. Fidèle à l'antique usage, qui veut que le tzar se 
rende en personne sur le lieu même de tout incendie qui 
éclate dans le voisinage de sa résidence, il accourut en toute 
hâte à l'endroit où le feu s'était déclaré, et, sous ses yeux, 
la police et les pompiers déployèrent tant de zèle et d'in- 
trépidité, que l'incendie fut éteint en fort peu de temps, 
sans avoir causé de graves dommages. 

Le matin du 22 septembre, l'empereur fit manœuvrer 
les régiments du i e corps de l'infanterie avec l'artillerie à 
pied. Après l'exercice, il commença la visite des établisse- 
ments publics, par celle de l'institut île Sainte-Catherine, de 
l'école d'Alexandre et de l'hôpital Sainte-Marie : 

— Je ne suis que l'ambassadeur de l'impératrice, dit-il 
en inspectant l'institut de Sainte-Catherine, et je lui ren- 
drai un compte fidèle de la mission qu'elle m'a confiée. 

La journée du 23 fut consacrée tout entière aux travaux 



. ■"<■« 



— 4§S — 
du cabinet impérial, Le soir do cette journée fatigante, 
l'empereur disait à ses aides de camp généraux : 

— J'ai lu aujourd'hui tant de lettres, tant de rapports, 
tapt de facfums, que j'en ai l'esprit brouillé. Si Dieu 
m'avait donné dix tètes au lieu d'une, je ne serais pas en 
peine de les employer toutes à mon métier d'empereur. li 
faut avouer que, pour me délasser et me distraire, j'ai 
trouvé le temps d'écrire une lettre de six pages a l'impéra- 
trice, qui est encre en route et qui n'arrivera pas a Berlin 
avant cinq ou six jours. 

Le 24, l'empereur visita l'hôpital militaire, la section des 
enfants en bas âge du corps des cadets, et l'institut d' i- 
lexandre; ,1 trouva tout dans le meilleur ordre et dans le 
medleurétat. Il passa la soirée au théâtre, ou la haute so- 
ciété s'était donné rendez-vous pour le voir et lui faire ac- 
cueil. 

- Tout le monde est content de mon séjour à Moscou 
dit-il à Benkendorff; en vérité, je regrette que ma femme et 
ma fille aînée ne soient point ici pour augmenter encore la 
joie générale, mais je ménage une surprise aux habitants 
de Moscou ; j'ai permis au césarévitch de venir me re- 
joindre à Vladimir, après ma tournée d'inspection. 

Le 25, l'empereur dirigea les manœuvres du Y corps au 
grand complet; le soir, il se montra, pendant une heure à 
un bal que le gouverneur général militaire donnait en son 
honneur. 

Le 26, c'était la fête de l'exaltation de la Croix, l'empe- 
reur entendit la messe dans sa chapelle et visita entité 
plusieurs établissements publics. Le peuple le guettait au 
passage, pour je saluer de chaleureuses acclamations. L'em- 
pereur rentra au palais, pour le grand dîner de gala auquel 
étaient invités le comte de Ficquelmont, ambassadeur d'Au- 



\ 



— 456 — 
triche, les généraux et officiers supérieurs du 4 e corps 
d'infanterie, et les hauts fonctionnaires qui se trouvaient à 

Moscou . 

Le soir, il y avait au théâtre spectacle gratis pour les 
sous-officiers et soldats <1„ 1° corps : l'empereur voulut 
.s y montrer, et sa vue ajouta un charme inexprimable au 
plaisir des spectateurs. Le peuple, qui entourait le théâtre, 
P'>t aussi sa part ,1e cette joie frénétique, qui se traduisait 
en hourras et en applaudissements. 

Le 27, l'empereur visita l'hôpital Pierre et Paul, ainsi 
'J"e 1 hôpital Galitsyne : ,1 tut enchanté de l'administration 
•le ces établissements et ,1e leur belle apparence. 

— Tout cela est très-bien, disait-il en parcourant les 
salles magnifiques cl solitaires ,1c l'hôpital Pierre et Paul; 
il n'y manque que des malades. 

°" loi fit observer que la santé publique était en ce mo- 
ment dans les conditions les plus satisfaisantes, ce qui coïn- 
cidait heureusement avec le séjour de Sa Majesté à Mos- 
cou. 

— Je ne me plains pas, dit-il en souriant, que les lits, 
dans nos hôpitaux, soient dix lois plus nombreux que les 
malades; c'est plutôt le contraire qui serait à déplorer : il y 
aura toujours trop de malades, il n 'y aura jamais assez 
d'hôpitaux. 

Il visita ensuite le palais d'Alexandra et l'ancien hôtel 
Apraxme, où l'institut d'Alexandra devait être transporté. 

Il était encore a travailler dans son cabinet, vers minuit 
lorsqu'il entendit sonner la cloche d'alarme, qui annonçai! 
un incendie. Il quitta tout, ne prit que le temps de revêtir 
son uniforme, et suivi du général Benkendorff, qui ne se 
couchait jamais avant que l'empereur se fût mis au lit il 
courut sur la grande place qui fait face au Kremlin, monta 



— 457 — 
dans le premier cabriolet qu'il rencontra, et arriva un des 
•premiers sur le théâtre de l'incendie, dans le quartier de 
Yaousa . 

Le feu avait pris dans un -renier tout rempli de matières 
inflammables, et déjà la toiture était à demi brûlée, quand 
les pompiers arrivèrent avec la police. 

— Mes amis, leur dit à haute voix l'empereur, pour les 
consoler d'avoir été devancés par lui, je n'ai lait que mon 
devoir en arrivant le premier, puisque je suis le père. 

Puis, se tournant vers le général-major Tsinsky, qui fai- 
sait les fondions de grand-maître de police : 

— Je te laisse le commandement de tes hommes, lui dit- 
il; je ne veux être ici que spectateur, cl; je te donne vingt 
minutes pour arrêter l'incendie, en sacrifiant la maison. 
Vingt minutes, montre en main. 

Tsinsky redoubla d'activité et d'énergie; les pompiers, 
éleclriséspar la présence et les paroles de l'empereur, qui 
regardait sa montre en suivant de l'œil tous leurs mouve- 
ments, se surpassaient en courage et en adresse. Dans l'es- 
pace d'un quart d'heure, l'incendie lut éteint complète- 
ment. 

Par bonheur, la nuit était froide et pluvieuse, sans un 
souffle de vent; autrement, tout le quartier, construit en 
bois, eût été dévoré par les flammes, qui ne consumèrent 
que la toiture d'une maison et les marchandises que conte- 
nait un vaste grenier. 

L'empereur fit dire au marchand incendié, qu'if se char- 
geait de payer le dégât; il distribua lui-même des gratifica- 
tions aux pompiers qu'il avait vus a l'œuvre, et remonta 
dans sa voiture, au milieu des hourras du peuple qui avait 
assisté en silence à la scène de l'incendie. 

- - Vous étiez là, mes amis, pour nous aider de vos 



m 



m 



■ ■ 

.: il 



— 458 — 
prières, dit-il à ceux qui l'entouraient. Les pompiers ont 
bien fait leur devoir, mais vous avez aussi fait le vôtre gui 
était d'implorer le secours de la divine Providence 

Le peuple, en effet, n'aurait pu, sans désobéir aux rè- 
glements de police, prêter la main aux pompiers et les ai- 
der a éteindre le feu, car, dans les incendies, où les voleurs 
ne sont pas moins à craindre que le fléau lui-même, on 
n admet pas, en Russie, d'autre intervention que celle des 
pompiers et des hommes de police. 






WÊMÊ 



m 



ccx 



Le m septembre, qui était un dimanche, l'empereur, 
après la messe, yisjta l'hospice des veuves et passa la soi- 
rée .'m théâtre. Il en sortit à onze heures, poi ,r monter en 
voiture avec le général Beqkendorff, qui ne le quittait pres- 
que jamais, et il partit pour Orel, par la route de Kalouga 
Les troupes du 3" corps de cavalerie de réserve, qu'il 
devait passer en revue a Orel. y étaient réunies et cam- 
paient sous la tente depuis plusieurs jours; la saison, déjà 
fort avancée, ne permettait pas de les laisser exposées plus 
longtemps aux rigueurs de la température. 

L'empereur arriva, dans l'après-midi du 29, à Kalou-a, 
ou son arriyée, attendue et désirée, avait mis sur pied 
toute la population, depuis le point du jour. Les sons des 
cloches et les hourras des habitants accompagnèrent son 
entrée dans la ville. I] alla descendre dans la maison prépa- 
rée pour le recevoir, et il y fut reçu par le gouverneur civil 
et les autorités militaires. Pendant tonte la soirée et une 
partie de la nuit, Ja foule ne cessa de se porter sous les fe- 
nêtres de cette maison, dans l'espérance de le voir paraître ; 
mais l'empereur resta renfermé pour s'occuper des affaires 
du gouvernement. 



1 



., •: 



Le lendemai 



— 460 — 

if hc 



lin, à neuf heures du matin, les réceptions 
commencèrent; Sa Majesté donna tour à tour audience aux 
employés civils, au maréchal de la noblesse et aux nobles 
du gouvernement, aux notables de la ville et aux représen- 
tants du haut commerce. Il fit à chacun l'accueil le plus 
gracieux, mais il s'entretint surtout, d'une manière affable 
avec les négociants, en les encourageant à redoubler de zèle 
dans leurs entreprises, qui avaient un si grand intérêt pour 
la Russie; il leur parla ,1c leur commerce, de leur indus- 
trie et de leurs fabriques : les connaissances étendues et 
spéciales qu'il déploya dans cet entretien firent l'étonne- 
ment et l'admiration de ceux qui l'entouraient, et qui ne 
soupçonnaient pas que le tzar fût initié à tous les secrets de 
la fabrication industrielle et des transactions commerciales. 
— .l'ai vu avec satisfaction, leur dit-il en les congédiant 
que, malgré la disette qui a sévi dans tout l'empire, et qui 
se fera sentir jusqu'à la récolte prochaine, la balance du 
commerce offre un excédant de 57 millions de roubles, en 
faveur de nos exportations, quoique les céréales ne comp- 
tent pour rien dans ce chiffre. Il en résulte que notre com- 
merce national continue à prospérer. Les classes mar- 
chandes trouveront donc juste de participer aux sacrifices 
d utilité publique el de payer un nouvel impôt sur les pa- 
tentes, comme je l'ai prescrit dans l'ukase sur les rede- 
vances territoriales. 

Cet ukase, adressé au Sénat-dirigeant, et daté du 23 juil- 
let/0 août 1834, ne fut connu (pie trois mois plus tard, 
après sa promulgation dans la Gazette du Sénat. 

Afin de faciliter l'acquittement des redevances territo- 
riales aux provinces qui en étaient plus grevées que les 
autres, et qui avaient moins de ressources pour y faire face, 
Cancrine avait imaginé de créer un capital de secours, des- 



— 461 — 
tiné à égaliser L'impôt dans tous les gouvernements en 
fournissant à ceux qui étaient le plus obérés les moyens de 
diminuer leur dette annuelle vis-à-vis de l'État. Le ministre 
des finances avait donc proposé de répartir en classes dis- 
tinctes tous les gouvernements et provinces où le système 
«les redevances territoriales était en vigueur, à l'exception 
«le la Bessarabie. Il avait adressé, en outre, un état de ré- 
partition, indiquant la quotité de la (axe de secours à prèle 
ver dans chaque gouvernement ou province, par catégorie 
territoriale, avec l'évaluation approximative du montant to- 
tal de 1 impôt. 

La taxe ne devait être perçue que pendant six années, de 
J83Sa 1841, et le prélèvement, effectué sur les mêmes 
bases que celui des autres redevances territoriales les 
classes marchandes, qui ne possédaient pas de terres 
n étaient pas exemptes de la taxe de secours; elles devaient 
être imposées au (aux local des patentes de commerce 
çest-à-drre a 4 0/0 de la patente, pour les marchands de 

19 P remiere ^ de la deuxième guilde, pour les paysans 
commerçants de première et deuxième classes dans toutes 
les vdles, de même que pour les marchands de la troisième 
guilde et les paysans commerçants de troisième classe 
dans les capitales, les chefs-lieux de gouvernement et les 
ports de mer; à 2 0/0 de la patente, pour les marchands de 
la troisième guilde et les paysans commerçants de troi- 
sieme classe dans toutes les autres villes. Dans les gouver 
nements de l'Ouest, soumis à l'impôt de secours, les bour- 
geois et paysans libres propriétaires seraient (axes |nr 
feux de telle sorte que la taxe de ceux qui auraient famille 
devait ètxe portée au triple de la taxe des paysans attachés 
a la glèbe ou des célibataires. Divers gouvernements tels 
<iuc ceux d'Astrakhan, de Kharkoff, de Smolensk de 












— i62 — 



Penza, de Voronèje et de Tainboff, 

jiio dos récolles, étalent exem 



qui avaient souffert du 



main 



ptés 



le la taxe de se- 



cours, pendant deux ans. 

Cette taxe de secours formerait Un capital a répartir 
entré les gouvernements .pu' auraient besoin d'aide pour le 
pavemenl des impôts, et les sommes qu'on n'aurait pas em- 
ployées à cet usage seraient placées à intérêt sur la banque 
d'emprunt, pour cire appliquées, selon les circonstances, à 
Ions les objets d'utilité publique se rattachant aux charges 
territoriales. 

L'état de répartition, annexe a l'ukase du f§ juil- 
let/0 aoù! 1832, divisail les gouvernements de l'empire en 
cinq catégories; ceux des deux premières étaient exempts de 
la (axe de secours: ceux de la troisième catégorie avaient à 
payer o kopeks (environ 6 sous ou A décimes) par tête in- 
scrite au recensement gênerai; ceux de la quatrième, 10 ko- 
peks, et ceux de la cinquième, 16. 

Cet acte important, qui ne ehangeait pas d'une manière 
radicale l'assiette de l'impôt, promettait de fournir annuel- 
lement près de quinze cent nulle roubles à la taxe de secours. 
destinée à diminuer les charges des gouvernements sur les- 
quels pesaient davantage les redevances territoriales, quoi; 
qu'ils lussent les plus riches et les plus commerçants. 

Les ennemis de la Russie, que l'émigration polonaise ne 
se lassait pas d'exciter et de passionner, répétèrent à l'envi 
que le gouvernement russe, chargé de dettes et incapable 
de rétablir son crédit, avait imaginé cette préfendue taxe 
de secours, pour remplir ses caisses Vides; ils ajoutaient que 
la Russie, à bout de ressources, ne trouverait pas à ouvrir 
un emprunt en Europe; que déjà le Trésor ne pouvait plus 
faire face aux payements exigibles, et que l'émission du pa- 
pier-monnaie ne retarderait pas longtemps sa banqueroute. 



_ ~ ■•■ ■ ' 



— 403 — 
Le ministre des finances, par ordre de l'empereur, ré- 
pondit, par un démenti formel et motivé, à ces calomnies, 
qui avaient pour objet de diminuer la valeur des fonds 
russes et d'empêcher un nouvel emprunt, que les dépenses 
extraordinaires de l'Etat, par suite du choiera et de la di- 
sette, avaient rendu inévitable. Or, cet emprunt était dés 
lois souscrit par les plus fortes maisons de banque de la Hol- 
lande, mais il ne devait pas être émis avant l'année sui- 
vante. 

Après les présentations, l'empereur, qui avait promis 
de rester vingt-quatre heures a Kalouga, se rendit à la 
cathédrale, où il fut reçu, avec la croix et l'eau bénite par 
1 évêque Nicanor, a la tète de son clergé. En sortanl de la 
cathédrale, il alla, accompagné du gouverneur civil visiter 
1 hôpital de la ville, les établissements de bienfaisance la 
bibliothèque publique, et la pension noble attaché au gym- 
nase. 

Cette pension modèle, dont le capitaine Ougnekowsky 
était directeur, attira surtout l'attention du tzar et mérita 
ses éloges. 11 alla ensuite inspecter hors de la ville le parc 
d ' a rtillerie. Il n'oublia pas la prison, où sa présence inespé- 
n e fut accueillie comme celle iVun ange consolateur Deux 
condamnés, qui se rendaient en exil suivis d'enfants en 
has âge, obtinrent leur grâce, et l'empereur leur permit de 
rentrer dans leurs foyers. 

Après le dîner, auquel le gouverneur end et le maré- 
chal de la noblesse eurent l'honneur d'être invites l'empe 

.'eurs'occupadesallaire.dugouvernement^usqu'aJmomenl 
do son départ. Toute la ville était illuminée et un grand- 
nombre de maisons avaient été décorées d'emblèmes et de 
devises, reproduisant les chiffres de Nicolas et d'Alexandra 
L'empereur monta en calèche vers minuit, et la foule 



- 



, 






464 — 






suivit lunï 



et d 



temps sa voiture, eu l'accompagnant de 



e prières ardentes pour son] 



ieu 



Je l c 'oclobi 



chef- 



1CU 



du e 



cris joyeux 

reux voyage. Il arriva, 

e, à six heures du soir, dans la ville d'Orel, 

ouvernement de ce nom; il était fatisué de 



la route et il se retira d, 

les portefeuilles que son secret 

tude, déposé 



ms ses appartements, sans ouvrir 
lire avait, comme d'habi- 



Le lcndema 



pose sur sa table pour le travail d 



u soir. 



in, 2 octobre, il 



; ista au Te Deum, chanté 
en son honneur, à la cathédrale de Saint-Boris et Saint-Gleb. 
A midi, il passa en revue le 3" corps de cavalerie de réserve, 
et .1 fut très-satisfait de la tenue des troupes. Il reçut en- 
suite les hommages de la noblesse et des marchands. 

Dans la matinée du 3 octobre, il visita les établissements 
de bienfaisance et l'école des enfants des scribes de chan- 
celleries. On lui présenta un jeune élevé, qui s'était distin- 
gué dans l'étude du dessin et qui annonçai! les dispositions 
à un véritable artiste. L'empereur félicita cel entant et or- 
donna de placer sur sa tête une somme de 500 roubles qui 
produirait intérêts jusqu'à l'époque de sa sortie de l'école. 
A midi, eurent lieu les exercices de l'artillerie du 3' corps 
de cavalerie de réserve. 

Le jour suivant, la 2 e division de dragons manœuvra 
devant l'empereur. 

Le dimanche,- S octobre, l'empereur entendit l'office divin 
dans l'église de Notre-Dame des Sept-Douleurs ; il assista 
ensuite à la parade du régiment de Moscou. Cette parade 
fut très-brillante, et la population d'Orel s'y était portée 
presque tout entière. Le soir, l'empereur honora de sa pré- 
sence le bal splendide que lui offrit la noblesse du gouver- 
nement. 

Les journées du G et du 7 furent remplies par des exer- 
cices et des manœuvres militaires. Le 8, l'empereur visita 



— 465 — 
le gymnase, la prison, et l'hospice militaire ; ce jour-là il 
admit à sa table le commandant en chef du 3» corps, et les 
commandants des divisions, des brigades, des régiments et 
des batteries. Il porta un toast au 3* corps de cavalerie, en 
disant: : ' 

- H y a progrès dans latenue et dans l'instruction des 
troupes Une suffit pas de bien faire; il faut encore s'ef- 
force, -de faire mieux. Au reste, les exercices auxquels j'ai 
assiste auraient certainement été remarqués et applaudis, 
yanap de Turas où S. M. l'empereur d'Autriche a fait 
exécuter, sous ses yeux, de si belles manœuvres 

Et là-dessus, il donna lecture d'une lettre que lui écrivait 
so naide de camp général, le prince Gortchakoff, pour lui 
rendre compte de ce qui s'étaif passé au camp de Turas 
ou '1 avait accompagne l'empereur François, qui lu, con- 
tera, en cette occasion, la grand'croix de l'ordre de Léopold 

Au sortir de table, Nicolas se imt en route, pour reLr: 
nei a Moscou. 

U Y était rentré, le 10 octobre, à six heures du matin et 
pendant six jours qu'il passa dans cette capitale ou son 

éjour prolongé comblait de joie les habitants, il entremêla 
de revues et d'exercices militaires, ses visites quotidiennes 
aux étabbssements de bienfaisance et d'éducation. La foule 
esu^tpasàpas^el'Arsenalàl'hôpital Sainte-Catherine 
Jiu gymnase du gouvernement a l'Institut oriental des frères 
Lazareff 11 n'avait pas d'autre escorte, que le général Ben- 
kendoiff, que le peuple connaissait bien, puisqu'on se dirait 
<* le voyant paraître : « Voici l'empereur et son ombre »' 

La pohce était forcée de se cacher, pour faire son service 
«2 de Sa Majesté, et le général-major Tsinsky, p 
veiller sur la personne de l'empereur, se résignait à rem- 



plir lui-môme le rôle de ses agents. 



VI 



IJ 



30 






406 — 



Ces 
lout cm 



six jours 



que ] empereur resta à Moscou furent 



sur- 



payes a mettre à jour l'arriéré d 



es affi 



ures. 



quj se 



talent accumulées pendant le voyage d'Orel. L'empereur 

travaillait, cinq heures par jour ou plutôt par nuit, avec ses 

secrétaires, et le plus souvent seul. 

Il trouva, dans le portefeuille du ministre de la guerre 

un rapport sur l'Académie militaire, dirigée par le brave 
général d'artillerie Soukbozanet, que ses blessures avaient 
forcé de quitter le service actif de l'armée. Ce rapport 
contenait les détails les plus satisfaisants sur les brillants 
examens qui avaient eu lieu dans cette Académie, de fon- 
dation récente. Il crut devoir en remercier le directeur, en 
lui adressant ce rescrit : 



« Le ministre de la guerre, en mettant sous Mes yeux 
voire rapport relatif à la sortie de dix-neuf officiers qui ont 
achevé leurs cours d'études à l'Académie militaire, M'a 
rendu compte, en même temps, des succès distingués que 
ces officiers avaient obtenus dans l'Académie, et' dont ils 
avaient lait preine à l'examen public. Je me plais à vous 
en témoigner, comme au chef supérieur de ce premier Insti- 
tut militaire de l'Empire, Ma parfaite reconnaissance Grâce 
a vohe zèle infatigable, l'Académie militaire, instituée 
depuis deux ans, a terminé son premier cours, de manière 
a répondre à Mon attente comme a Mes espérances. Je ne 
doute pas que, dans la carrière d'activité qui leur est 
ouverte, les officiers formes dans cette Académie ne justi- 
fient les soins dont ils ont été l'objet et ne s'efforcent de 
mettre à profit, pour le bien de la patrie, les connaissances 
qu'ils ont acquises. 

« Je vous charge de le leur faire connaître et d'assurer 
de Ma bienveillance tous vos collaborateurs de l'Académie 



— 467 — 



milif 



taire. Voulant vous donner en même temps ( ,n témoi 

ajau X| cnv0]( , ayec Jc prégent 

epndue de diamant, et ornée d 9 mon portrait 
« -Te suis toujours votre affectionné, 

« Nicolas. 

« Moscou, Je 29 sentemh™ m . . 

1 "Hue (Il octobre, nouv. st.) 1834. ,. 



POTlWefeniUe du ministre de Pinstmeti, 

:; ,n " ,ri ; -" com| " e r ™ M - »«»S 

i Académie des seienres r* ,>,,,,. i..,^ 



>o publique, 

de 

oetoùre), sous la présidence du 



t 
e 

ors 
<lo 
lit 



présent a j Académie. 
1.0 portefemlle do ministre , k , ,, m 

î~:7:i^Trr^ **» :::; '> 

ao^sait de J affaire de Zoubtchaninoff oui 
avait ojo mis on accusation en IR94 ' 

""——m,,, x::i:zz:2 z: 

o M ee lqmfntdéc!ar . alorsc ( aC 

^f^J'f-Pent et parvint, à force de persévérai 

é *»f^à faire reconnaître set, i :ence. Un rapoÔ 

™ cette affaire avait été présenté an comité des mi stre 

* approuvé par Pemperenr i ordonna an Sent" Z an't 

^prononcer ,a ré„at,i,i<,ti„n de ,,, .,„„, c „ ^ 

- ""™t condamné ù. or, e, en loi accordant ton 
les dédommagements anquel il aurait droit. 









— 468 — 



— c 



e n 



est pas assez, dit l'empereur; ce pauvre hom 



a bien souffert, depuis plus de treize ans qu'il 
prison, pendant que ses biens étaient sous 1 



me 



Gouvernement doit réparer le mal qu'il a pu f; 



a passés en 
e séquestre. Le 



ni su. 



pu taire a son 



Zoubtchaninoff reçut 
10,000 rouilles, mais 



non-seulement une indemnité de 
nies, mais encore il l'ut nommé maître de police 
dans la Aille de Penza, ou il avait été d'abord incarcéré et 
mis en jugement. 

Nicolas recevait tous les jours des nouvelles de l'impé- 
ratrice, qui était arrivée en parfaite santé à Berlin, dans 
l'après-midi du 27 septembre. 

Le roi avait voulu aller à sa rencontre jusqu'à Friedrichs- 
felde ; les princes et les princesses de la famille royale 
étaient ailes aussi au-devant de l'auguste voyageuse. Le bon- 
heur de se revoir, après une assez longue absence, donna 
lieu à de tendres épanchements qui firent répandre de 
douces larmes. Le vieux roi était encore plus ému que ses 
enfants, et l'impératrice s'abandonnait avec délices à une 
égale émotion. 

— Je te remercie d'être venue, dit le roi en l'embrassant 
pour la seconde fois. Chaque visite que tu veux bien me 
faire m'assure plusieurs années d'existence et de bonheur. 

— Ah ! Sire, reprit l'impératrice, vous nous avez bien 
manqué à la fête de l'inauguration de la colonne Alexan- 
drine, comme l'empereur vous le dit dans cette lettre ! 

— Ma chère Charlotte, répliqua le roi en ouvrant la lettre 
que sa fille lui avait remise, j'étais avec vous de cœur 
et de pensée. 

Le roi monta dans une voiture découverte, attelée de 
six chevaux, et fit asseoir à ses cotés l'impératrice; en lace 
de lui, la grande-duchesse Marie et la grande-duchesse hé- 









— 460 — 

réditaire de Mecklembourg-Schwérir, Les voitures, qui ve- 
naient après, étaient occupées par les membres de la famille 
royale; la suite de l'impératrice se trouvait dans plusieurs 
calèches de voyage. 

Les rues de Berlin étaient pleines de monde, depuis le 
matm; les .fenêtres, garnies de spectateurs. L'impératrice 
fat accueillie, a son passage, par mille cris joyeux qui lui 
causaient une inexprimable émotion. 

-fis se souviennent toujours de moi ! dit-elle, les yeux 
mouillés de larmes. 3 

Elle descendit sous le portail du château, a six heures 
et peu datants après, elle parut avec le roi sur" le grand 
bacon e salua gracieusement à plusieurs reprises la foule 
qui 1 acclamait. 

Dans la soirée, une excellente musique militaire se fit 
entendre sur la place: tous les corps de musique des gar- 
dons de Berlin et de Potsdam exécutaient la marche du 
iournois, qui avait été donné à la cour, en 1829 à l'occa 
sion de /anniversaire de la naissance de l'impératrice 
- Ecoute, Marie ! s'écria l'impératrice tout émue en 

reconnaissant cette marche qui lu, rappela,, élicleux 

"s; o est la musique du Ckarme de la Rose l)lmche . 
Pondant le séjour de l'impératrice, on exécuta souvent 
par ordre du roi, les différents morceaux de musique, com- 
posés exprès pour la fête du 13 juillet 1829, et cette musi- 
que produisait toujours la même impression sur l'auguste 
héroïne de cette fêle charmante. 

Les aubades que la musique militaire donnait a l'impé- 
ratnce,sur la place du palais, continuèrent sans autre inter- 
ruption que des fanfares générales; la musique ,\n I- réci- 
tent de la garde exécuta, pour finir, l'hymne national 
FUSSe ' Gt hmmense fouJ e de peuple, qui enveloppait de 









— 470 — 

toutes parts les musiciens, y répondit, en entonnant à pleine 
voix 1 hymne national prussien. 

Ce lendemain, <2X septembre, le roi offrit à l'impératrice 
le spectacle d'une grande parade, dans laquelle il figura 
en personne, à la tète d'un brillant etat-major, et parcou- 
rt a cheval les ligues des régiments placés entre l'Arsenal 
et 1 allée des Tilleuls. L'impératrice et sa tille, avec la du- 
chesse d'Anhalt-Dessau et les autres princesses de la fa- 
mille royj.lo. étaient aux fenêtres du palais habité parla prin- 
cesse de Liegnitz, épouse morganatique «lu roi de Pru^e 

L'impératrice fut, ce jour-là, tout attristée d'un accident 
quon lu, ayait caché la veille et dont elle se regardait 
comme la cause involontaire; le vieux prince Auguste 
cousm du roi, s'elait cassé la clavicule, en tombant dé 
cheval, pour être allé a sa rencontre : 

— Il n'y a que le prince Auguste qui nous manque 
avait-elle dit en ne le voyant pas; nous lui ferons une 
grosse querelle de son absence, à moins qu'il ne soit excusé 
par un accès de goutte. 

Ce ne fut pas sans peine qu'on la lit consentir à paraître, 
le mit, a l'Opéra, pour y assister à une représentation du 
Robert h Diable, de Mcyerbeer, qui était alors dans tout 
l'éclat de sa nouveauté et de son succès. 

Cette représentation fut des plus brillantes; l'impératrice 
et la grande-duchesse Marie, dont la beauté élégante et 
sympathique semblait un reflet de celle de sa mère, entrè- 
rent dans la loge royale, avec le roi qui leur donnait la main; 
elles furent accueillies, au bruit des trompettes, par les 
acclamations d'une nombreuse et splendide assemblée. Ces 
acclamations se renouvelèrent plus d'une fois durant le 
spectacle, auquel le public donnait moins d'attention qu'ai, 
tableau intéressant que présentait la loge royale. 



— V71 — 

Le lendemain, l'impératrice se rendit se,, le au dbâteau 
«le Freienwalde, pour faire visite à sa tante la princesse 
Louise, veuve du prince Antoine Radziwill. 

La journée du 30 septembre fut consacrée à une pro- 
menade à Potsdam, que l'impératrice voulait montrer elle- 
même à sa fille, en évoquant tous ses souvenirs d'enfance, 
qu'elle aimait à ramener dans ses entretiens. 

Le magistral et les députés de la ville avaient été avertis 
d'avance ,'e la venue de l'impératrice, el ils s'étaient pré- 
parés à la recevoir avec pompe, en faisanl élever pour elle 
un superbe arc de triomphe drn.ro de ses chiffres et des 
armoiries russes et prussiennes. La visite de l'impératrice 
coïncidait avec l'inauguration i\u nouveau pont deGlienick; 
on la pria de prendre part à celle inauguration, en passant 
la première sur ce pont, toul pavoisé de drapeaux russes 
el prussiens, aux yeux d'une foule immense qui lui Taisait 
fête, en criant : Vive notre impératrice Charlotte. Elle reçut, 
au pied de l'arc de triomphe dressé en son honneur, les 
hommages du magistrat de la ville, qui lui rappela, dans 
un discours simple et touchant, qu'elle avail été la reine de 
Potsdam, avant d'être l'impératrice de Russie. 

Un témoin oculaire a raconté, avec ('motion, que la 
grande-duchesse Marie disait à sa mère, en revenant a 
Berlin : 

— Chère maman, comme tout le monde vous aime ici! 
On croirait que vous n'avez jamais quitté Potsdam, et il v 
a dix-sept ans que vous êtes l'ange gardien de la Russie". 

Le voyage de l'impératrice à Berlin avait invité Ions les 
princes et toutes les princesses de sa famille à venir l'y 
rejoindre et à profiter de son séjour à la cour de Prusse. 
Les jeunes princes de Mecklembourg-Schwérin, les ducs 
Frédéric et Guillaume, et leur sœur la duchesse Louise, 







— 472 — 
avaient déjà remplacé le prince et la princesse d'Anhalt- 
Dessau, arrivés et repartis les premiers. Le prince et la 
princesse Frédéric des Pays-Bas arrivèrent à leur tour 
avec la princesse Louise leur fille, en exprimant à l'impé- 
ratnee le regret que le prince d'Orange et son épouse, Anna 
Paulovna, éprouvaient de ne pouvoir s'absenter de La 
Haye, pour passer quelques semaines avec elle. 





r-'-*i-' l -r I ■■■'■-'■ 



"ni^H^HBI 



CCXI 



L'empereur Nicolas était parti de Moscou, pour Yaros- 
law, le 17 octobre, entre quatre et cinq heures du matin. 
Tl s'arrêta, en chemin, au célèbre monastère de Saint- 
Serge, où le métropolitain de Moscou, Philarètc, supérieur 
de ce monastère, le reçut avec tout l'apparat du culte grec 
orthodoxe. Après la messe, Nicolas eut une conférence 
secrète avec le métropolitain, et se remit en route, sans 
descendre de voiture, jusqu'à Yaroslaw. Il y arriva A-ers 
minuit et trouva les rues illuminées et remplies d'une 
foule impatiente qui l'attendait depuis le matin. 

Au reste, dans toutes les villes, dans tous les villages 
qu'il avait traversés, son passage avait provoqué la même 
affluence, le même empressement, le même enthousiasme. 
Le 18, il était levé dès le point du jour, afin de donner 
audience à la noblesse et au commerce de la ville. A dix 
heures, il se rendit à la cathédrale, où un Te Deum fut 
chanté en son honneur. Il sortit de l'église, accompagné de 
l'archevêque Abraham, pour visiter le monastère du Sau- 
veur. 

H inspecta ensuite la caserne des cantonistes, la prison de 



i 



■ ■ s 



, ■ 



— 474 — 
ville, le lycée, le gymnase, l'école des scribes de l'ordre 
civil, l'hospice des orphelins, et divers autres établisse- 
ments de bienfaisance. Il laissa partout des souvenirs pré- 
cieux de sa sollicitude et de sa bonté. 

Il axait consenti à retarder son départ jusqu'au lende- 
m 9™, pour assister au bal magnifique qui lui lut offert par 
la noblesse et le commerce, 

lo ltl ,,, ' ,(,l "' ,, était "» dimanche; l'empereur alla en- 
teDdr e l'Office divin dans la chapelle de la caserne des ean- 
tonistes, puis il les passa en revue, ainsi que la compagnie 
des pompiers el le bataillon de garnison. Il eut encore le 
temps de visiter plusieurs fabriques de soieries, avant de se 
fendre a l'embarcadère ou il devail mouler dans sa cha- 
loupe pour traverse* le Volga. 

Les deux rives du Qeuve étaient couvertes de monde, et 
quand ou le vît paraître, les hourras ne cessèrent plus'. Il 
S'élança dans la barque ef prit la barre ^ gouvernail, tan- 
dis qu'on levail l'ancre. La chaloupe toucha bientôt l'autre 
bord, ef l'empereur ne l'ut pas plus tôt assis dans sa ca- 
lèche, avec ses aides de camp généraux Benkcndorff et Ad- 
lerberg, que les chevaux partirent au galop dans un tour- 
billon de poussière. 

K " approchant dé Koslroma, vers cinq heures et demie 
du soir, l'empereur s'arrèfa au monastère de Saint-Ipate, 
fameux par les souvenirs historiques qu'il rappelle. L'église 
était éclairée; l'évéque Paul, entouré de son clergé, atten- 
dait .levant les portes saintes du monastère; une foule im- 
mense se pressait aux alentours. Nicolas descend de ca- 
lèche, au milieu d'un profond silence; l'évéque vient à lui, 
avec la croix et l'eau bénite, et lui adresse une allocution 
de bienvenue : alors les cris du peuple font écho aux pa- 
roles du prélat. 






— m — 

^ Au sortir de l'église, i! alla visifor, sous la conduite de 
1 évoque, les antiques appartements que le tzar Michel Fœ- 
dorovïtcb avait occupés jadis. Il (il ensuite son eu trée dans 
la ville, magnifiquement illuminée, e! se rendit à la maison 
qu'il devait habiter pendant plusieurs jours. 

il commença la journée du 21 , par les réceptions, où les 
fonctionnaires civils, la noblesse ei le commerce de Kos- 
troma lui présentèrent leurs hommases. A 



eux heures, après 
une courte station a la cathédrale, il visita la prison, 
des enfants de seril.es ,\u service civil, 
de la ville. 



un Je evmi 



école 
'hospice, l'hôpital 
l'hôtel des invalides, la maison de force, et en- 
ase, Il fut partout satisfail de l'ordre qui ré- 
gnait dans ces beaux établissements. 

II s'arrêta plus longtemps au gymnase, pour être témoin 
des exercices merveilleux d'un enfant, qui, ne sachant ni 
lire ni écrire, et n'ayant aucune idée de l'arithmétique, 
avait la faculté de résoudre en un instant les problèmes les 
. plus difficiles. Cet enfant, nommé h an Pétroff, fils d'un 
simple paysan du village de Ragozine, avail été placé au 
gymnase de Kostroma par les soins du gouverneur civil. 

L'empereur se fit présenter ce petit phénomène, lui de- 
manda s'il avait le désir de s'instruire, el le conduisit parla 
main dans la classe des mathématiques, pour que le pro- 
fesseur l'examinât en sa présence. L'enfant n'était pas (rou- 
illé, mais ému; il regardait d'un air fin et intelligent son 
auguste protecteur, qui lui posa cette question : 

— Combien y a-t-il de secondes dans une année? 

L'enfant ne répondit pas; il baissa les yeux en rougis- 
sant et; les releva tristement, sans oser les tourner vers le 
tzar. 

— Sire! dit le professeur, qui vint en aide à l'embarras 
du calculateur : Ivan Pétroff ne sait pas sans doute que l'an- 






— 476 — 

née a 36S jours; que le jour est de 24 heures, l'heure de 
60 minutes, et la miaule de GO secondes. 

— Bien! s'écria l'enfant, dont les regards brillèrent d'un 
feu extraordinaire, et qui eut achevé ses calculs en quelques 
moments: je comprends maintenant. Le nombre des heures, 
(huis une année, est de 8,760; le nombre des minutes, de 
o!25,G00; par conséquent, il y a 31,536,000 secondes 
dans l'année. 

Nicolas fut émerveille de la prodigieuse intelligence de 
cet enfant, qui résolut avec la même facilité, d'autres pro- 
blèmes non moins compliqués; il le recommanda spéciale- 
ment au directeur du gymnase, en l'invitant à soigner 
l'éducation de son jeune élève, qui serait un. jour l'honneur 
de la science et de la patrie. Il laissa au gouverneur civil 
mie somme de 1.0(10 roubles a placer a intérêts, de ma- 
nière a tonner un capital pour Lan Pétroff, à la fin de ses 
études. 

Le lendemain, Nicolas, après avoir inspecté le bataillon 
de garnison, quitta Kostroma, vers neuf heures du matin 
pour se rendre directement a Nijny-Novogorod, où il arriva 
le jour suivant, a six heures du matin. Les réceptions des 
fonctionnaires civils, de la noblesse et du commerce, l'em- 
pêchèrent d'aller a la cathédrale, avant onze heures.' 

A l'issue des prières, il témoigna la curiosité de voir la 
tombe du célèbre Kosma-Minine, cet héroïque bourgeois 
de Nijny-Novogorod, qui, en 1012, avait appelé aux armes 
ses concitoyens pour chasser les Polonais, maîtres de Mos- 
cou et d'une partie de la Russie. On conduisit l'empereur 
dans la crypte de la cathédrale, où l'on prétend que Minine 
fut inhumé, peu de jours après l'avènement de Michel Fœ- 
dorovitch, le premier tzar de la famille Romanoff. 

Nicolas, l'âme pleine de ces grands souvenirs histori- 






— 477 



ques, s'agenouilla devant la pierre qui couvrait les restes 
du sauveur de la nationalité moscovite, et il resta quelque 
temps absorbé dans une pieuse méditation. 

— L'empereur Alexandre, dit-il en se relevant, a fa:* 
élever, à Moscou, un monument de bronze à Minine et à 
son vaillant auxiliaire Dmitri Pojarski : je donnerai à l'un 
et à l'autre un tombeau plus digne d'eux, car c'est grâce à 
eux et à leur patriotique dévouement que je règne aujour- 
d'hui, comme héritier légitime du tzar Michel Fœdoro- 
vitch. 

L'empereur était vivement impressionné devant cette 
simple dalle de pierre, qui ne portait pas même le nom du 
héros. Par ordre de l'évêque, un prêtre était allé chercher, 
dans le trésor de la cathédrale, l'étendard qui avait jadis 
conduit les habitants de Nijny-Novogorod a Moscou, pour 



de 



livrer cette ville sainte du ioue des 1 



olonais. 



Nicolas prit cet étendard vénère, avec un élan d'enthou- 
siasme, et le pressa sur son cœur. 

— Gloire à Dieu! s'écria-l-il, ce drapeau a vu fuir le 
grand hetman Chodkiewicz, qui tenait opprimée notre ca- 
pitale de Moscou, au nom du roi de Pologne. 

Nicolas se fit montrer ensuite les tombeaux des grands- 
princes russes qui reposent dans les caveaux de la même 
église. 

Il employa le j'este de la journée a visiter la plupart des 
établissements publics et des monuments de la ville : les 
édifices du champ de foire, l'église arménienne, la mosquée 
et -la synagogue, les hôpitaux, l'hôpital des aliénés, l'hos- 
pice, le gymnase, l'école des enfants de scribes de l'ordre 
civil, et la prison. 

Une partie de la journée du M octobre fut consacrée à 
l'inspection des troupes et a la visite des casernes; l'empe- 



I 



m 



: , 



/•;;, s 








— 478 — 
rem- passa on revue un bataillon de cantonistes, mu ve- 
mmt de Toholsk et qui ne paraissaient pas avoir souffert 
de cette longue route. 

Il monta sur une des tours du vieux Kremlin, pour voir 
le magnifique panorama de la ville et des environs Ce 
spectacle réveillait clans sa mémoire les souvenirs des 'ter- 
ribles agitations politiques, qui se rattachaient aux tenta- 
tives ambitieuses des faux Démélrius, et qui avaient pré- 
cède 1 intronisation de la famille Romanoff. 

Il voulut faire sa prière dans la cathédrale de Saint-Mi- 
chel Archange, qui avait servi jadis de chapelle au palais 
| es grands-princes de Russie, et il entra aussi dans la ca- 
theclrale de 1 Assomption. 

^ soir il honora de sa présence le bal que la noblesse 
de .Vjny-Aovogorod formait cn son honneur, et j, t 

on route, le lendemain, vers dix heures, pour continuer 
son voyage, en relournant à Moscou par Vladimir 

H ne s'arrêta qu'une depii-heure à Mourom, parce que 
les marchands de cette ville venaient, suivant l'antique 

"sage Imollnr le pain et le sel; il descendit de voiture 
pour les recevoir, et il traversa la rivière d'Oka sur une 
barque pavoisée et richement ornée, que les fils des princi- 
paux marchands eurent l'honneur de conduire eux-mêmes à 
1 autre bord. 

L'empereur ne pouvait refuser d'assister à un Te Deum 
célèbre pour lui dans la cathédrale de cette vieille cité 
qui a joiaé un si grand rôle dans l'histoire des temps hé- 
roïques de la Russie. 

L'empereur, après avoir parcouru cinquante lieues en 
dix heures arriva dans la soirée à Vladimir; il était si peu 
fatigué, qu il se mit au travail avec son secrétaire, nommé 
i-ozer, et qu'd ne se coucha pas avant minuit. 



— 479 — 
Il n'avait pas cessé, pendant cotte journée de roule, 
d'être d'une humeur gaie et causeuse : il voyageait, connue 
a J'ordinaire, avec ses aides de camp généraux Benkendortf 
• et Adlerberg, et ce fut dans une maison de poste, où il 
était descendu pour se rafraîchir, qu'il imagina tout à coup, 
dans un accès de gaieté, un roman d'aventures, qui amusa 
beaucoup l'impératrice, quand on le lui raconta. 

Il se trouvait seul, pendant quelques instants, avec son 
médecin de service, nommé Ennlnn, q„i avait m (]piiUm , :, 

entrer dans le clergé, et qui excellait a chanter la musique 
d'église : 

— Enohin, lui dit l'empereur, chante-moi le VcniCrmtor, 
non pas comme un médecin, mais comme un bon chantre 
de cathédrale. 

Le docteur Enohin obéit, et l'empereur, en l'écoutant, 
marquait la mesure et chantait à l'unisson. 

- Sire, vous chantez mieux que moi, s'écria Enohin, et 
votre voix est plus belle que la mienne. 

— En effet, si je n'étais pas ce que je suis, répartit l'em- 
pereur en riant, je ferais peut-être un chanteur assez distin- 
gué. Bon, niellons que je sois devenu artiste, ajouta-t-il 
avec un sérieux vraiment plaisant, voici mon histoire ! 

Et la-dessus, il se mit en scène dans un imbroglio d'aven- 
tures romanesques, où il se représentât toujours en lutte 
avec les vicissitudes de la destinée; il en était .en,., après 
avoir enlevé une jeune fille qu'il aimait, à tomber dans une 
affreuse détresse et à redouter les suites d'un procès cri- 
minel. 

Enohin écoutait, la bouche béante et les yeux fi ?e &. 
Tout à coup, Benkendorff entre précipitamment dans la 
salle, où l'on entendait l'empereur parler avec une anima- 
tion extraordinaire : 






— 480 — 
- Dieu soit loué ! s'écrie l'empereur, en achevant son ré- 
cit imaginaire : je suis sauvé! Ma bonne étoile m'envoie 
Benkendorff, je lui conte mon embarras, je réussis à l'inté- 
resser, à l'attendrir, et il me tire de peine, en se faisant mon 
protecteur, par amour de la musique. 

Depuis cette boutade, inspirée par la gaieté la plus spi- 
rituelle, 1 empereur disait de temps à autre : 
— J'ai tait aussi mon roman! tout comme Nicolas Go«oI 
H se plaisait à raconter, en riant, l'histoire amoureuse 
de son jeune artiste, histoire qu'il terminait ainsi ■ « Par 
bonheur, c'est Benkendorff qui s'est chargé de finir mon 
roman. » 

Dix ans plus tard, lorsque 31. le baron de Barante était 
ambassadeur de France a Saint-Pétersbourg, cet éminent 
écrivain entendit encore parler du roman de l'empereur et 
'I trouva vingt personnes à la cour, qui hn donnèrent'™ 
aperçu de ce roman improvisé par Nicolas dans une station 
de poste, entre Mourom et Vladimir. 

L'empereur ne passa que vingt-quatre heures à Vladimir 
car d avait hâte de rentrer à Moscou le jour anniversaire dé 
la mort de son auguste mûre, pour assister au service fu- 
nèbre qui devait être célébré, par son ordre, avec une 
grande pompe. 

Le 88, à neuf heures du matin, il visita les établisse- 
ments du bureau de curatèle générale de Vladimir, après 
avoir assisté a l'office divin, pour l'anniversaire de la nais- 
sance de son dernier fils Michel 

C'est un des caractères les plus respectables de cette re- 
ligion du souvenir, si profondément enracinée chez les 
1 usses, que l'exactitude et la fidélité dans l'observance 
des anniversaires; il n'y avait pas moins d'une vingtaine 
d anniversaires de naissance ou de mort, que la famille im- 



— 481 — 
périale ne manquait jamais de célébrer avec la même so- 
lennité et la même étiquette. 

L'empereur inspecta ensuite l'hôpital, la salle des vieux 
invalides et le dépôt des détenus; puis, à onze heures, les 
réceptions officielles se succédèrent jusqu'à midi. 

Nicolas avait à cœur de faire ses dévotions à la cathédrale 
de l'Assomption, si célèbre clans les fastes de la religion 
orthodoxe et dans l'histoire de la Russie. C'est dans cette 
vénérable basilique, que sont conservées les reliques des 
saints grands-princes Georges Vsévolodovitch, André You- 
rievitch Boholubsky, et Gleb Andréievitch; c'est dans cette 
même église, qu'ont été inhumés la grande-princesse Agathe, 
épouse du grand-prince saint Georges; sa fille Théodora, 
leurs belles-filles et leurs petits-enfants, qui périrent glo- 
rieusement au milieu des flammes, le 19 février 1237, plu- 
tôt que de tomber sous le joug du féroce Batu-Khan, chef 
des Tatars-Mongols. 

L'empereur fut reçu, à la porte du temple, avec la croix 
et l'eau bénite, par l'archevêque et son clergé. En sortant 
de l'église, il visita rapidement le gymnase et la prison; 
puis, après une revue de la garnison, il voulut voir la ca- 
thédrale de Saint-Dmitri, qui, en 1111; servait de chapelle 
du palais au grand-prince Vsévolod Yourievitch. 

Il semble que, dans ce voyage, l'empereur avait été sur- 
tout préoccupé de parcourir, comme en pèlerinage, les 
lieux saints qui furent les témoins des faits mémorables de 
l'histoire de Russie, sous le règne des grands-princes de 
la dynastie de Rurik. 

A cinq heures du soir, Nicolas partit pour Moscou, et il 

arriva, le 26, à six heures du matin, pour assister au service 

funèbre anniversaire de son auguste mère. Le lendemain et 

les trois jours suivants, il donna beaucoup de temps aux af- 

Vl 31 










— '»82 — 

faim de sua gouvernement, que ses voyages continuels 

avaient mises en retard : six énormes portefeuilles, remplis 

de rapporte, de lettres, de nominations et d'ukases, à lire, 

a vérifier, à signer, étaient déposes sur sa table de 'travail! 

— Voilà ma tâche pour trois jours et trois nuits, dit-il 

avec résignation : il tant que tout cela soit déblaye pour 

l'arrivée du césarëviteh. 

Le grand-duc Alexandre éla.t allendu depuis plusieurs 
jours, par (ouïe la population, qui se tenait prête à courir 
au-devant de lui; il y avait, de temps à autre, de fausses 
alertes qui faisaient sortir tout le monde dans les rues. 

Le matin du 31 octobre, m Ait l'empereur, accompagné 
de ses aides de camp, se diriger, en calèche, du côte de" la 
l'arriére; on ne douta point qu'il ne lut allé au-devant de 
son (ils; mais il n'était pas reste a l'attendre à la barrière, 
et il poussa en avant jusqu'à ce qu'il l'eût reneonliv sur la 
route. Il le lit alors monter, auprès de lui, dans sa voiture, 
et il le ramena en toulehàteà Moscou. 

La fouie s'était accrue de telle sorte, que la calèche de 
l'empereur eut bien de la peine à se frayer un passage jus- 
qu'au Kremlin. Il n'y avait pas un homme de police, pour 
maintenir l'ordre parmi ces masses hurlantes et frémis- 
santes. 

Le général Bcnkendorll' n'était pas sans inquiétude, car 
sa charge de chef de la gendarmerie lui imposait le devoir 
de veiller à la lois sur la personne de l'empereur et sur celle 
du césarévitch. 

— Ne vois-tu pas, lui dit Nicolas, qui avait remarque la 
défiance et l'anxiété du général, que tous ces braves gens 
se sont enrôles aujourd'hui dans le corps de tes gendarmes, 
et qu'ils font leur service mieux que de vieux soldats? Le 
mot de passe est : Vive le cësarcvùch! 



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— 4së ~ 

L'empereur conduisit d'abord son fils à la cathédrale rie 
l'Assomplion, où le métropolitain les reçut avec la croix et 
l'eau béuite; ils se rendirent ensuite au palais, où le 
clergé, qui les attendait au perron Rouge, leur donna la bé- 
nédiction, à leur entrée, 

Le césarévitch, escorte du prince de Lieven, commença 
presque aussitôt ses visites aux établissements publics; il 
n'oublia pas, comme sa mère le lui avait recommandé, 'de 
se rendre d'abord à la chapelle où l'on conserve l'image mi- 
raculeuse de la vierge d'Ivérie. 

Partout où le césarévitch passait, les hourras éclataient 
avec frénésie; les femmes et les enfants touchaient ses ha- 
bits; les hommes s'agenouillaient, en priant pour lui. 

— C'est Dotre tzar, répétait-on autour de lui, puisqu'il 
est ne parmi nous, et que sa ville natale doit redevenir un 
jour la première capitale de la Russie. Pourquoi n a-t-on 
pas l'ail sonner la cloche d'I\an-Velik\ ? 

La noblesse de .Moscou offrit au grand-duc héritier un 
magnifique bal, ou les chiffres du jeune prince resplendis- 
saient de tous côtes dans la décoration de la salle, et se mê- 
laient partout aux anciennes armoiries, aux anciennes de- 
vises de l'antique cité des tzars. 

L'empereur avail reçu, dans la soirée du HO octobre, la 
nouvelle de l'heureux accouchement de la grande^duchesse 
Hélène, qui avail mis au monde une fille, a laquelle le nom 
d'Anne lui donné le jour de sa naissance { L 21 octobre). Il 
data de Moscou le manifeste par lequel il annonçai! a ses 
peuplés ce nouvel accroissement de la famille impériale, et 
d se disposa sur-le-champ a revenir à Saint-Pétersbourg, 
pour le baptême de cet, enfant, qu'il devait tenir sur les 
fonts avec sa sœur la grande-duchesse Anne Paulovna, 
princesse d'Orange. 






II 



'-■■ ■•-"■-:■:- '■■ 



— 484 — 
Mais il laissa pourtant le césarévitch passer deux jours 
entiers à Moscou et recueillir l'éclatant témoignage des ar- 
dentes sympathies du peuple de cette capitale. Il partit 
dans la soirée du 2 novembre, avec son fils; et, malgré le 
mauvais état des routes, il arriva, le 5, au palais de Tzars- 
koé-Sélo, pour y passer la nuit. 



CCXII 



Le baptême de la grande-duchesse Anne eut lieu le 
samedi 8 novembre, au palais d'Hiver, avec le cérémonial 
accoutumé, en présence de l'empereur, du césarévitch et 
de la grande-duchesse Olga. Cette dernière représentait la 
marraine; l'empereur était parrain. Le Te Deum fut chanté 
au bruit d'une salve de deux cent un coups de canon et au 
son des cloches de toutes les églises. 

Ce fut l'empereur qui, pendant la messe célébrée par le 
métropolitain de Novogorod et de Saint-Pétersbourg, pré- 
senta la princesse nouvellement née à la sainte communion 
et la décora des insignes de l'ordre de Sainte-Catherine. 

Il y eut ensuite dîner a la cour, avec concert, et le soir, 
la ville fut illuminée. Mais l'empereur était reparti, dans 
l'après-midi, pour Berlin, avec le césarévitch, accompagné 
des aides de camp généraux Benkendorff, Adlerberg et 
Kaveline. 

Avant son départ, l'empereur avait reçu les nouvelles 
les plus satisfaisantes de l'impératrice, qui lui disait n'avoir 
rien à désirer, que sa prochaine arrivée à Berlin et celle de 
leur fils, et qui lui racontait en détail la douce et charmante 
existence qu'elle trouvait au milieu de la famille royale de 
Prusse. 



: - 









480 — 



- 



11 y avait eu, chez elle, le 21 octobre, à sept heures du 
soir, grande réception de gala, dans la salle des Chfg ali 



icrs 



et les appartements qui en dépendent. Ces appartements 
avaient été décorés avec autant de goût que de luxe; ils 
étaient remplis de la plus brillante assemblée, lorsque 
l'impératrice y parut, avec une suite nombreuse; elle por- 
tait un riche costume national russe, enrichi de diamants; 
tous les assistants furent frappés de sa beauté et surtout 
de son air majestueux, de sa noble et gracieuse tournure, 
de son abord souriant et affable. Le prince royal de Prusse 
lui présenta le corps des généraux, à la tète desquels mar- 
chaient les ducs de Cumberland et de Mecklembourg-Stré- 
litz. L'impératrice parcourut les salles, en adressant la pa- 
role à tout le monde avec bienveillance et aménité. Elle 
rentra dans ses appartements, pour y recevoir le corps di- 
plomatique. 

Dix jours après, elle avait fait un voyage à Wittembers. 
pour avoir une entrevue avec son beau-frère, le grand-duc 
de Saxe-Weymar et sa belle-sœur la grande-duchesse Marie 
Paulovna, fille de l'empereur Paul. Un arc de triomphe, 
surmonté de drapeaux aux couleurs de Russie et de Prusse, 
avait été élevé par les soins de la municipalité, en face 
des portes du château, où le grand-duc et la grande-du- 
chesse de Saxe-Weymar étaient installés depuis la veille 
avec leurs enfants et les princes et princesses de leur fa- 
mille. 

Les salves d'artillerie et les sons des cloches annoncèrent, 
vers deux heures de l'après-midi, l'arrivée de l'impératrice 
et de la grande-duchesse Marie ; tout la population, en habits 
de fête, alla au-devant d'elles; le corps de la bourgeoisie 
était sous les armes et formait la haie, avec ses bannières; 
l'impératrice fut reçue, au pied du glacis de la forteresse, 



— 487 — 

par le commandant de la place et lit son entrée dans la ville 
an milieu d'un enthousiasme généM. 

Elle passa deux jours entiers, avec la famille de Saxe- 
Weymar qui eut le regret de ne pouvoir la retenir pins 
longtemps. Elle n'attendait pas encore l'empereur et le 
césarévitch, qui ne devaient se mettre en route que le 7 ou 
8 novembre, mais elle avait promis d'assister, le 2, à un 
déjeuner dansant, que le comte de Ribeaupierre, ministre 
de Russie a la cour de Berlin, aurait l'honneur de lui offrir, 
ainsi qu'à la famille royale de Prusse. 

Le départ de Nicolas avait coïncide avec l'invasion des 
premiers froids, qui lurent si subits et si âpres, qu'un long 
voyage en voilure de poste n'étail ni facile ni agréable, car 
les rivières, grossies par les neige», charriaient des glaçons, 
sans offrir encore un passage solide aux traîneaux, et les 
chevaux avaient de la peine a courir sur des roules dé- 
foncées par les pluies et couvertes de verglas. 

L'empereur ne s'arrêta nulle pari, cependant, ef quoi- 
qu'il fit atteler jusqu'à dix chevaux a sa calèche, dans les 
passages impraticables, en Courlande et eu Samogilie, il 
ne mit pas moins de cinq jours cl cinq nuils pour faire le 
voyage. 

Acinq lieues, le Berlin, l'empereur imagina de surprendre 
tout le monde, en arrivani à l'improviste, sans être annoncé 
ni attendu. Il laissa ses équipages cl moula dans une chaise 
de poste avec le césarévitch; ils firenl ainsi leur entrée dans 
la ville, presque incognito, le soir du 13 novembre. 

Mais ils avaient été reconnus par les officiers, les soldais 
et le peuple. Ils furent alors accompagnés et précédés, 
jusqu'au palais royal, par des acclamations joyeuses qui dé- 
rangèrent un peu leur complot. 

Toute la famille royale se trouvait encore réunie autour 










— 488 — 
de l'impératrice, cl le roi venait à peine de se retirer, après 
avoir passé la soirée avec elle chez le prince royal', lors- 
qu'on entendit au dehors la rumeur confuse qui annonçait 
l'arrivée des augustes voyageurs. On ne pouvait supposer 
que ce fussent eux. 

La surprise et la joie se traduisirent par une émotion 
générale, quand on vil paraître l'empereur et son fds, qui 
se disputaient l'un a l'autre le plaisir d'embrasser le pre- 
mier l'impératrice. 

Au boul de quelques instants donnes à la satisfaction de 
se revoir, l'impératrice entraîna son ('.poux et son fds, poul- 
ies conduire chez | ( . ro i qui n'avait pas eu le temps d'être 
prévenu de leur arrivée. 

Tous les habitants de Berlin prirent une vive part à cette 
fête de famiiïe î ,;| bonne nouvelle courait de bouche en 
bouche: elle axait eu ses premiers échos au théâtre, et au 
""■ment ou elle faisait l'entretien du public, on aperçut 
I empereur lui-même, dans la loge du roi, saluant l'assem- 
blée e! souriant à ses applaudissements. 

le lendemain, l'empereur était sur pied, de grand matin, 
et parcourait les rues, en frac et sans suite. On le reconnut 
pourtant, et certes personne plus que lui n'était reconnais- 
sahle, a sa haute stature, à son poil imposant, à sa belle et 
noble ligure, mais on respecta son incognito, et ceux qui 
passaient près de lui se bornaient a le saluer respectueu- 
sement. 

— Tout le monde me connaît ici comme à Saint-Péters- 
bourg, dit-il en rentrant à l'impératrice et à la grande- 
duchesse Marie, et je ne puis me donner le plaisir de l'in- 
cognito. 

— Sire! au nom du ciel, ne me causez pas de ces 
frayeurs, répartit l'impératrice; ne sortez plus, sans être 



— 480 — 
accompagné. S'il n'y avait que des Prussiens à Berlin, je 
n'aurais aucune inquiétude, mais il y a, il peut y avoir 
aussi des réfugiés polonais, ceux, par exemple, qui ont 
envahi le Belvédère dans la soirée du 29 novembre 1830. 
— Oh! n'ayez pas peur! s'écria l'empereur : je compte 
bien, dans quelques jours, me promener seul à Varsovie. 
Il faut ici-bas que chacun se soumette aux inconvénients 
de sa position, les empereurs comme le dernier des fonc- 
tionnaires. Dieu merci! la Providence s'est chargée jusqu'ici 
de me garder... Demain, nous sortirons ensemble, à pied, 
comme de simples bourgeois de Berlin. 

Dans cette première journée de son séjour, l'empereur 
rendit visite aux princes et princesses qui se trouvaient à 
la cour de Prusse. Le soir, il assista au spectacle, et au 
souper cpie lui offrait la famille royale. 

Le jour suivant, il alla, en habit de ville, avec l'impé- 
ratrice et la grande-duchesse Marie, visiter l'intéressante 
exposition de tableaux, qui attirait alors un grand concours 
de visiteurs; il fut enchanté de rencontrer à cette exposition 
un beau polirait de l'impératrice Charlotte-Alexandra, 
peint de souvenir plutôt que d'après nature, par un peintre 
prussien. 

Le soir, Leurs Majestés, après avoir dîné chez le roi, 
allèrent au liai de souscription qui se donnait dans la salle 
du théâtre, L'empereur se promena dans le bal où l'assem- 
blée était aussi nombreuse que brillante, et il adressa la 
parole, de la manière la plus gracieuse, a un grand nombre 
de personnes. 

Le 16 novembre, l'office divin fut célébré, selon le rite 
russe, par l'aumônier de la légation de Russie, dans la 
chapelle du château, en présence de Leurs Majestés, de 
Leurs Altesses impériales, et de toutes les personnes qui 






';, \ 







— 490 — 

composaient leur suite. Le roi Guillaume avait voulu assister 
aussi à la cérémonie. 

Après la messe, l'empereur se fit présenter, par son am- 
bassadeur a Berlifl, les sujets russes envoyés dans cette ca- 
pitale, aux frais du Gouvernement, pour v suivre les cours 
de l'Université. Nicolas daigna leur adresser des exhor- 
tations bienveillantes e( paternelles, en les encourageant à 
bien profiler de leur résidence à l'étranger, pour leur in- 
struct.on, et à se montrer toujours dignes du nom russe 
Il 5 eutgrand dîner, ce jour-là, dans la paierie de tableaux 
,l " cnât eau, et le soir, les familles royale et impériale 
assistèrent ensemble a la représentation d'un ballet du 
répertoire de l'Opéra français, /« Remit* au serait. 

Le 17, l'empereur, qui se promenait à cheval, au Parc, 
avec ses ai les de camp généraux Benkendorffet Adlerberg, 
entendit la musique militaire et s'approcha de deux régi- 
ments de la garde qui manœuvraient sous les veux d'une 
foule de spectateurs. II voulut être témoin des exercices et 
suivre les mouvements des deux répiments, l'un desquels 
était le répiment de l'empereur Alexandre. La foule qui se 
pressait autour du tzar, et qui l'avait entouré d'hom- 
mages, le reconduisit, en l'acclamant, jusqu'aux portes de 
la ville. 

Leurs Majestés dînèrent chez le prince Albert do Prusse, 
et assistèrent le soir à la représentation d'une traeédie alle- 
mande de Raupach, nommée Conradin, et à un concert 
donné par le célèbre violoniste Lafont. 

Le 18, l'empereur fit incognito une promenade en ville, 
avec le césarévitch, mais il ne tarda pas à être reconnu par 
'e peuple qui lui fit cortège, comme à l'ordinaire. 

-Nous avons, Dieu soit loué! une assez belle escorte 
dit-il en rentrant au palais. L'impératrice ne se plaindra 



— -501 - 

pas de ce que nous sortions, sans être accompagnés. 

Il y avait déjeuner chez le roi : 

Sire, dit Nicolas avec enjouement, m'avez-vous placé 
sous la surveillance de vos sujets? Je ne puis Caire un pas 
dans votre lionne ville de Berlin, sans avoir autour de moi 
deux ou trois mille individus qui me font une garde d'hon- 
neur, .le vous prie d'assurer l'impératrice que vous lui 
répondez de ma sûreté personnelle. 

— Sire, reprit le roi, quand vous êtes dans mon royaume, 
vous pouvez dire que vous êtes encore au milieu de vos 
sujets. 

La présence de Nicolas à Berlin avait attiré, de Ions les 
points de l'Allemagne et même de l'Europe, quantité de 
princes et de grands personnages qui venaient lui rendre 
hommage; la population de la capitale s'augmentait aussi 
d'un grand nombre d'étrangers; la ville présentait l'as- 
pect le plus animé; les l'êtes et les réunions se succédaient 
sans interruption, et toutes les classes de la société partici- 
paient a la joie de la famille royale. 

On vit arriver presque simultanément le prince d'Orange 
et son (ils le prince Alexandre, les grands-ducs de Saxe- 
Wcymar etdeMecklembourg-Strélitz, le grand-duc hérédi- 
taire et le duc Charles de .Meek'lemliourg-Schwéiin, avec 
leurs épouses, le duc et la duchesse d'Anhalt-Dessau, les 
ducs d'Anhall-Ca'then, de Brunswick et de Nassau, le prince 
co-régent de Saxe et le prince Georges de liesse. 

Le 19 novembre, l'empereur et le césarévitch assistèrent 
aux exercices d'un régiment de dragons de la garde; ils 
visitèrent ensuite, avec l'impératrice, le musée royal. Le 
dîner eut lieu cette fois chez l'impératrice, et le soir, ren- 
dez-vous général au théâtre, pour la représentation du déli- 
cieux ballet de la Sylphide. 






— 492 — 
Le 20, ou n'oublia pas la fête du grand-duc Michel et la 
famille impériale était présente à la sainte liturgie célébrée 
au château. L'empereur et son fils se rendirent ensuite aux 
exercices militaires qui avaient lieu devant la porte de 
Brandebourg. Ces exercices, exécutés par deux régiments 
de cavalerie de la garde avec une brigade d'artillerie, furent 
très-brillants. 

Ce jour-là, dîner chez le prince royal de Prusse, et bal 
chez l'ambassadeur de Russie, M. de Ribeaupierre. 

Le lendemain, 21, toute la cour alla passer la journée au 
château de Potsdam, et revint à Berlin pour le spectacle. 
Le 22, le roi conduisit son hôte impérial à la parade de la 
garnison de Berlin. 

Pendant le défdé, quand le 6< régiment de cuirassiers 
portant le nom de l'empereur de Russie, fut sur le point dé 
passer devant le roi, Nicolas, s'élançant à cheval, se mit 
a la tête de ce régiment et le fit défiler, en saluant avec son 
sabre le roi de Prusse. Le césarévitch suivit l'exemple de 
son père et défila aussi devant le roi, à la tète du V régiment 
de lanciers, dont il était le chef. 

L'empereur ne fut pas plutôt rentré au palais, qu'on lui 
annonça l'arrivée du prince Esterhazy, qui venait le saluer 
de la part de l'empereur d'Autriche, en lui apportant une 
lettre autographe de ce monarque. 

- Cette année, dit l'empereur à l'envoyé autrichien 
nous sommes à Berlin avec nos bons amis de Prusse; l'an 
prochain, nous serons à Vienne avec nos bons amis d'Au- 
triche. Je vous prie d'annoncer à Sa Majesté ma visite, 
pour le mois de septembre 183o. 

Au mois de septembre 1835, l'empereur François avait 
cessé de vivre, et le vœu du tzar ne fut pas réalisé. 
Le 23, on dîna chez le prince Auguste ; le soir, on alla 



— 493 — 

voir le ballet d'Aline, reine de Golconde, et on soupa en 
famille chez le prince Albert. 

Le lendemain, 24, qui était le dernier jour que l'em- 
pereur de Russie dût passer à Berlin, il fit manœuvrer en 
personne son régiment de cuirassiers, et le césarévitch, son 
régiment de lanciers; Ions les princes, à cheval, toutes 
les princesses, en calèche, assistaient à ces exercices, qui 
ne firent pas moins d'honneur aux chefs qu'aux troupes. 

Il y avait dîner d'adieu et souper chez le roi. Le moment 
de la séparation approchait, tout le monde était triste et 
préoccupé. Les dernières heures de la réunion furent don- 
nées au regret de se quitter el aux promesses de se re- 
voir. 

L'empereur partit dans la nuit, avec ses deux aides de 
camp généraux; l'impératrice ne devait partir que le len- 
demain, avec le césarévitch et la grande-duchesse Marie. 

Nicolas avait prolongé son séjour au delà du terme qu'il 
avait d'abord fixé; il voulait regagner du temps, par la ra- 
pidité du voyage. Il ne souffrit donc pas, en traversant le 
grand-duché de Posen, que son passage fût accompagne 
par les escortes qui avaient été échelonnées sur sa route par 
ordre du roi de Prusse. 

Parvenu aux frontières de Pologne, il trouva le feld-ma- 
réchal Paskcwitch, qui l'attendait avec un corps de troupes 
considérable, pour le recevoir en souverain. Il se refusa aux 
honneurs qu'on devait lui rendre, et il annonça au maré- 
chal, en le faisant monter dans sa calèche, qu'il ne ferait 
que traverser la Pologne incognito ; il renvoya toutes les es- 
cortes qu'on lui avait préparées. 

— Je suis chez moi et n'ai rien à craindre de mes en- 
fants, dit-il : un souverain n'a pas de plus belle escorte ni 
de plus sûre, que l'affection de ses sujets. Je sais ce que 






&spai 






— 494 — 
vous allez répondre, ajouta-t-il en fermant la bouche à Pas- 
kewitch : j'ai une cuirasse à l'épreuve des balles, c'est ma 
confiance dans la Providence. 

On arriva, dans la nuit du 26 nu 27 novembre, à Lowicz 
où l'empereur passa quelques heures; il se remit en route 
avant le jour, et, en approchant de Varsovie, il descendit 
de voiture à Wola, pour visiter le Champ de bataille. 

C'était Paskewitch qui lui servait de guide et qui lui dé- 
crirait tous les détails stratégiques de la sanglante bataille 
du septembre 1831. L'empereur écoutait en silence et 
considérait d'un œil morne cette vaste plaine, où tant de 
sang russe et polonais avait coulé : 

— J'ai fait mon devoir de souverain, si douloureux qu'il 
pût être, dit-il en poussant un soupir : il fallail que la ré- 
bellion fÛJ vaincue et soumise. Aujourd'hui, j'ai pardonné 
el je veux que la Pologne oublie ses torts, puisque que j'ai 
oublié ses griefs. Tout serait fini, si nous n'avions pas l'émi- 
gration polonaise, qui est le cancer de la Pologne. 

L'empereur remonta dans sa calèche et entra dans Var- 
sovie, où son arrivée n'était pas attendue ni même prévue. 
A l'instant, mille échos répétèrent ce cri, qui retentit aux 
extrémités de la ville : « Le tzar est à Aarsovie! a Aussi- 
tôt, le peuple fit irruption de toutes parts et se précipita sur 
le passage de l'empereur, qui fut acclamé avec transport. 

Paskewitch n'eût pas osé espérer un pareil résultat : il ne 
soupçonnait pas que le tzar pût encore redevenir populaire 
a \ arswie, trois ans après la fin de l'insurrection. 

Nicolas ne fit d'abord que traverser la ville, pour se 
rendre à la citadelle : il en inspecta tous les ouvrages. Les 
troupes de la garnison étaient rassemblées au champ de 
Mars : il alla les passer en revue. La population s'était 
transportée aux alentours du champ de Mars, pour assister 



as». 



j< » iw » KJ ,v- 



— 498 — 
à cette revue; l'enthousiasme des spectateurs se manifesta 
par des hourras qui retentissaient au loin. 

La parade terminée, l'empereur, remontant en voilure 
avec ses aides de camp généraux et le tckl-maréchal, se 
rendit au château royal, pour l'aire visite a la princesse Pas- 
kevvitch, puis il traversa la ville encore une Ibis, sans au- 
cune escorte, mais toujours accompagné par une foule ha- 
letante qui grossissait a chaque pas. 

Paskevitcb était tort inquiet et ne le cachait pas; ["em- 
pereur, calme et lier, ne laissait paraître ni défiance m 
souci. Il se lit conduire au palais du Belvédère, ou il reçut 
les généraux de toute arme, h; haut elerye, tant gfee que 
catholique; les consuls étrangers, les membres du Conseil 
d'administration et ceux du Conseil d'État. 

Il ne prononça aucun discours, et il eut la prévoyance 
d'empêcher qu'on ne lui en prononçai aucun. 

A huit heures du soir, il partit pour Modlin, ou il devait 
passer la nuit dans la forteresse. Il visita, le lendemain, les 
immenses ouvrages qui avaient l'ait de celle forteresse une 
des plus formidables places de l'Europe, 

— Je suis content de loi. dit-il à PaBkewitch» lu as com- 
pris qu'il fallait conduire les Polonais a\ec une main de fer 
danshngant de velours. Je reviendrai l'année prochaine, 
pour fermera toujours l'abîme di-> révolutions de Pologne. 
Nicolas quitla Modlin, a di\ heures du malin, cl ne larda 
pas à rejoindre, sur le chemin de Sainl-Petersbouri;, l'im- 
pératrice, qui revenait à petites journées avec la grande- 
duchesse Marie, et qui s'éloignait, comme.'i regret, de sa fa- 
mille etde son pays natal. L'empereur, heureux de la revoir 
en parfaite santé, ne s'aperçut pas d'abord qu'elle etail 
triste et tout absorbée par les souvenirs de la cour de Ber- 
lin. 



Il 



m 



À 




WJJtyWl 




— AM — 
Ils continuèrent leur route ensemble, et le reste du 
voyage fut, à cause de la saison avancée, retardé par toutes 
sortes de difficultés qui le rendaient aussi pénible que dan- 
gereux. Nicolas restait calme et impassible en apparence 
mais il s'inquiétait, à part soi, des accidents qui pouvaient 
attendre l'impératrice : celle-ci imitait son énergie et sa pa- 
tience, mais elle tremblait que le césarévitch, qui l'avait 
précédée de quelques jours seulement, n'eût rencontré sur 
sa voie les mêmes obstacles et les mêmes périls. 

— Je n'ai jamais peur, quand l'empereur est avec moi I 
dit-elle au général Benkendorff, en traversant une rivière 
sur la glace, qui craquait sous le poids du traîneau. Mais je 
voudrais savoir que mon fils n'a pas eu à passer par là. 

Enfin, les augustes voyageurs arrivèrent à Saint-Péters- 
bourg, dans la soirée du 8 décembre, deux jours après le cé- 
sarévitch, qui n'avait pas éprouvé, en route, le moindre ac- 
cident, quoiqu'il eût trouvé sur son passage des tourbillons 
de neige, des fleuves débordés et des chemins effroyables 

- Dieu soit loué! nous voici enfin de retour! disait 
1 empereur, en répondant aux caresses de ses enfants, qui 
s empressaient autour de lui. 

— Oui, oui! répétait avec un air boudeur la mande-du- 
chesse Olga, dont l'éclatante beauté faisait l'orgueil de son 
auguste père. C'eût été fort mal, que d'être absent le jour de 
votre fête ! Au reste, comme l'a si bien dit M. Gille à mon 
frère Alexandre, « l'empereur part toujours trop tôt et re- 
vient toujours trop tard. » 



FIN DU TOME SIXIÈME. 



....'■-■'.•.'.-,'-■.: 



TABLE LES MATIÈRES 



CHAPITRE GLXXX. 

Dans quel but Krukowiecki avait accepté la présidence du Gouvernement - 

1 se fait rendre compte de la situation des forces polonaises. - Découragement 
d la pop ula uo„. - Ktat de Tannée. - On renonce à distribuer des a,ws au 
peuple. - Varsovie incapable de soutenir un siège. - Manque de vivres - 

-onifications incomplètes. - Artillerie insuffisante. - Convocation d'un grand 
conseil de guerre (19 août 1831). - Longue et violente discussion. - kruko- 
wiecki propose de livrer bataille devant Varsovie ; Uminski, de soutenir un siège ■ 
Dembinski, do transporter la Diète et lo Gouvernement en Lithuanie. - On voté 
sur ces trois plans diflérents. - Celui d'Dminski est adopté. - Le général Lu- 
mensk, envoyé avec un corps de cavalerie dans le palatinat de Plock. - le gé- 
néral Ramorino envoyé sur la rive droite de la Vistule, pour combattre les corps 
(1 armée de Rosen et deGolowine. _ Succès apparent de l'expédition de Lubien- 
sk, - 11 n empêche pourtant pas la jonction du corps de Kreutz avec la grande 
armée russe. - il invite les bandes de partisans a se reformer. - il intercepta 
les approvisionnements de l'ennemi. - H se pente sur Osieck. - Kamormo livre 
plusieurs combats au général Golovvme, a Krinka, a Miendzyrzec, à Rogœnica 

- Manoeuvres de Golowine pour se rapprocher de Kamew. - Le général Rosen 
feint de battre en retraite'au delà du Bug. - Ramorino s'éloigne de plus en plus 
de Varsovie.- Rosen se renferme à Brzesc-Litewski. - Ramorino reçoit l'ordre 
de revenir en toute hâte pour défendre la capitale. - Il se met en marche, pour- 
suivi et harcelé par le général Rosen. - Krukowiecki et le généralissime Mala- 
chovvski préparent la défense de Varsovie. - On travaille nuit et jour aux forti- 
lications. - Krukowîecki échauffe l'enthousiasme de l'armée et de la garde 
nationale. - Il fait sortir de la ville, sous divers prétextes, Pierre Wisoçki, Jo- 
seph Zaliwsk,, et les démagogues les plus dangereux. - D'accord avec le prési- 
dent du Sénat et plusieurs ministres, il entre en négociations avec Paskewitch 

- Le général de Witt lui écrit de venir (3 septembre) trouver le feld-maréchal 
aux ayant-postes. _ Krukowiecki envoie le général Prondzynski et le colonel 
Wisoçki. - Le général Danncberg s'abouche avec eux, au nom du général en 
chef. - Il déclare que l'empereur était disposé à faire droit aux griefs des Polo- 
nais et a oublier le passé, mais non à réunir les anciennes provinces polonaises à 
la Pologne. - Quant à l'amnistie, on pouvait compter sur la magnanimité du 

V1 32 







— 498 - 

Uar. - Prondzynski se retire pour rendre compte de ces propositions au prési- 
dent Krukomeck, . - Wi»,ti retourne- à son poste, sans avoi, prononcé une ta- 
re e. - Krukowxeck. rassemble les membres du Gouvernement % septembre) - 
U leur expose es conditions offertes par l'empereur et conseille de les accepter 
-Le président du Sénat et deux des ministres se rangent a son avis. - Le v et 
président Niemoïowskl, le généralissime et les autres ministres s'y refusent - 
Krukowieck, annonce à Paskewitch que tout accommodement est impossible' - 

Hère de Mokatow - Paskewitch, en recevant la réponse de Krukowiecki or- 
donne 1 1 attaque générale pour le 6 septembre. _ La grande armée russ 10,4 de 

T^T^lTol^ P T d ' ar,i,,erie - " JonclllJ " *• ^ : 

, , ll1 ' 1 " 11 owirte. — L'armée russe se met en mouvement 

dans la nuit pour se rapprocher ils V»«™;. r> , . , " ,UUVLI,1UU 

i.r, - ' ', " luulLr (lc Varsovie. — Quartier-généra au village de 

Wlochy.- Ordre de bataille : Pahlen commande l'aile gauche- SchakhowS le 
centre; le grand-duc Michel, l'aile droite- Kreutz, la réLve. _ S Z n, r 
formant la tête des colonnes d'attaque. - Le généralissime Malachowski , ha " 

Le vi . IVirS; 15 ; _ r' T"? UgnC dG mCnSC *"*" abandonnée - 
Le v lla« ,, de V\ ola transformé en forteresse. - La seconde ligne de défense 
confiée au généra Dembinski. - Le général Betn déclare que la première Z 
ne peut arrêter t'ennemi pendant plus de vingVquatre heures. - TiïtSiï 

Ïe I >: et d ï C l ^ C " nU T le C ° mmenCe - - L6S "*«- e " tre '« *££ 
de Kalitz et de Cracovie ruinées par l'artillerie et enlevées d'assaut - Le sous- 

Le u la,., de Wola entouré pur toutes les forces de l'armée russe. - Dembin 

ZSTi ■£ ter mi ljata " lon d ' infanterie - - Lps *•" de ■*"** 1 

V fi £ 7 r^rL 1 T eraL ~ Assaut ^ éral "es redoutes de 

Wola. _ Elles sont emportées de vive force. - Héroïsme d'une femme polonaise. 

~, iz y r T e toi,jo ;' rs ' ~ Pah,,,n demaode d ° rcnf ° rt p° ur »™ »« »«■ 

, , ,' c ~ garm?0 " de metlro bas les ; '™^- - Belle réponse 

du général Sowanski. - il se défend jusqu'à ,a dernière extrémité. - 1 Z re- 
lui v 1 ÏL S ^ ' Omb o- m ° rt " PltJd dC VuUL - DCUX millc ***&* 

ZZT V" ir< ; u,cr - ? rro Wisoçki cri Mé de blcssures et kco »" u ««»> 

les morts. - Son désespoir Pa<>. 1 à 13 



CHAPITRE CLXXXI. 

Czvste k e° t S i C , ki T* Pa ; ' a feintG aUaque des Rllsses contrc les barrières de 
C yste et de Jérusalem. -En apprenant la perte de Wola, il rentre dans la ville et 

iTroutdT 1 de f \ SitUat j ÛQ : ' 1 la W*. ~ Ominski tente une diversion u 

a route de Kaszyn et chasse les Russes du village de Szopy. - Dembinski s'ef- 
orec en va,,, de reprendre Wola. - ,. est repoussé par trois fois. - P kt t i 
transporte son quartier-général dans cette forteresse. - Le généra! PI lent 
mande â continuer son mouvement offensif sur les faubourgs de Varsovie - La 
populace avait voulu s'armer et courir aux avant-postes. - Le gouverneur de la 
vi e : Chrzanowski s'y oppose. - Paskewitch remet au lendemain lassant "e Va ! 
sovie. - Bombardement pendant la nuit. - Le général Prondzynski, à trois 
Ïecki T"' T PréSC,U ° a " avant -P° stes eusses avec une lettre de Krnko- 
mSLT s fi™ f e< l Paskewit ^ ^ M imiter Krukowiecki à venir 
lu,-même. - Suspens.on des hostilités. - A huit heures du matin, Krukowiecki 



K?4U*M^^H 



— 499 — 

parait enfin avec Prondzynski. - La conférence a Heu en présence du grand-duc 
£ k t~i°r T " 6t , le l***™*» ** appelés comme tém 2. - 

« c ;ht r, dé r ouer ies paroies de sm f ° naé " e 1»--- ^ 

dzynski. - Celui-ci garde le silence. - Indignation de Paskewitch. - Il exi^e 
la «aauro absolue des Polonais. - Krukowiecki avait espéré traîner en" n 
gueur les négo C1 a tl ons. - „ s'excuse de n'avoir pas reçu de la Ï h 
voirs nécessaires pour traiter. - Paâkswiteh tire sa mo ]lre ; ^"/^ 
heure - Le grand-duc Michel s'interpose pour épargner de plu 7g J 

heurs à la Pologne. - Paskewitch déclare qu'il attendra la ré onse le d "t 
usquà une heure de l'après-midi. - Le grand-duc libelle de s m an le ^n 
nous du traité offert a la Diète. - Trois heures après, la Diète n'a auZr" 
ransmis aucune réponse. - Elle éta i« réunie depuis le matin. - Profil ui 
end compte de la conférence de Krukowiecki avec PaskewUch. - | | , 
de 1 assemblée. - Le vice-prés,dent Niemoïowski et plusieurs ministre Sent 
leur d mission. - Le palatin Ostrowski propose de distribuer des arm au 2 
- ( Nakwaski conseille d'envoyer une députation à Paskewitch, dans un but '■ 

Discou.s de Lelevsel. - Laide de camp de Krukowiecki vient rappeler à la 
DO. que l'heure s'avance. - Exaltation de l'assemblée. - Wolowsk h ,^ a 
dégager la responsabilité de la Diàte. - Le vieux p,,laf,n Kochanowsk r«c 
o enegonanon. -le.owick, César PU,, et Lelevvel veulent défendra 1 Ta» 
utal . - Larzykowski imagine de nommer un conseil de guerre pour surveiller 
epresident. - On accuse Krukowiecki d'être vendu aux Russes. - K„m ni I 

tyk invite , les nonces à faire leur devoir de soldats. - La canonnade , Se - 

Smdansb revient au projet de mettre en surveillance Krukowiecki - Le ma- 
r chai de la Diète prend tout à coup fait et cause pour Krukowiecki. - L'aLem 
b ee se sépare et s'ajourne à quatre heures du soir. - On se bat aux portes 1 
Varsovie depuis une heure de l'après-midi, - L artillerie russe canonno lester 
r ères de Czyste, de Jérusalem et de Wola. - Mourawieff, Kreutz et Pal,, n mar- 
que n sur ces trois points à la fbia. - Les généraux Uimnski et Milberg Co- 
tent à la rencontre de l'e,i.,em,. - Ils sont forcé* de lâcher pied. _ ! J JJ1 
donnent lassant aux retranchements du faubourg de Czystc et s'en emparent"!: 
Les Polonais se retirent en jneendiant le faubourg. _ Les Russes sont maîtres de 
la barrière de Wola, - Dembmski réussit a les en chasser. - La barrière" de Jé- 
rusalem est occupée par les assiégeants. - A quatre heures ,U. soir, nouvelle dé- 
marche de Prondzynski auprès de PaskewUch. - Ce dernier ne veut pas le rece- 
\on. - Le grand-duc Michel envoie a krukowiecki le général BerS accomm^é 
u colonel Anncnkoff et du prince Souwarol, _ Krukowiecki at'tenSd 'un 
heure a 1 autre le corps d'armée de Ramorino, qui .Hait à Siedlee. - Nouveaux 
subterfuges de Krukowiecki. - Il cède enliu pour sauver Varsovie. - Il écrit sa 
eue a 1 empereur - Cette lettre n'est remise à Paskewitch qu'une heure plus 
tard. - I rondzynski se présente avec un projet de traité émané de la Dieto - Le 
eld-maréchal déclare ce projet inadmissible. - Il fait partir pour Saint-Péters- 
bourg la lettre de Krukowiecki a l'empereur, et il accepte cette lettre comme base 
de la capitulation de Varsovie. - Krukowiecki sommé une dernière fois de sous- 
crire aux conditions qui lui sont imposées. - Le combat continue. _ La Diète 
délibère dans la confusion. - Elle reçoit la démission du président Krukowiecki 
- On lui envoie une députation pour lui enjoindre de ne signer aucun traité avec 
-es Russes. - Krukowiecki remet tous ses .pouvoirs entre les mains du maréchal 



: 




— 500 — 

de la Diète. - 11 monte à cheval et se rend à Praga. - 11 dirige lui-même la re- 
traite de l'armée polonaise. - On le réveille à deux heures du matin pour lui or- 
donner, au nom du Gouvernement, de retourner à Varsovie. _ Il re f US e et ne 
cède qu'aux instances du chef d'état-major Lewinski. - Berg l'attendait depuis 
onze heures du soir. - Ce général russe était entouré par les membres de la 
Diète et par les généraux polonais, qui cherchaient à gagner du temps - On em- 
ploie tous les moyens pour le retenir. - Las d'attendre, il veut enfin se retirer, 
car l'assaut doit avoir lieu au point du jour. - On est bien forcé de lui avouer 
que Krukowiecki a donné sa démission, et Niemoïowski est président à sa place 
- Berg s'aperçoit qu'il a été joué. - Ses reproches à Krukowiecki. - Querelle 
de celui-ci avec son successeur Niemoïowski. - Il dit que la Diète est une réu- 
nion de fous. - Il annonce à Berg que le généralissime de l'armée polonaise 
exécutera loyalement la capitulation. - Il veut retourner à Praga. - Les soldats 
le couchent en joue. - Uminski menaee de le faire fusiller. - Il est donc obligé 
de rentrer à Varsovie. - Berg ne sait que résoudre. - Prondzynski se porte ga- 
rant de la capitulation. - Dembinski, Krasinski, Andrychewicz et d'autres géné- 
raux supplient le généralissime de la signer. - Malachowski consent à en for- 
muler les conditions dans une lettre à Paskewitch. - Ii annonce que l'armée 
polonaise évacue \arsovie et se retire sur Plock. - Il demande que les effets 
d habillement et d'équipement soient rendus à l'armée. - Pertes des Russes et 
des Polonais dans la bataille de Varsovie. - Morne aspect de la capitale - Re- 
traite de l'armée polonaise à Jablona. - Entrée triomphale de l'armée victorieuse 
(7 septembre) Pag. 15 à 33. 



CHAPITRE CLXXX1I. 



Joie de Saint-Pétersbourg à la nouvelle de la prise de Varsovie. - Illumination 
générale et spontanée. - L'opinion publique divisée en deux partis à l'égard des 
Polonais. - Nicolas se range au parti de l'indulgence. - Les Polonais coupables 
sont toujours ses enfants. - Pièces relatives à la prise de Varsovie. - L'acte delà 
pacification resté en projet. - Krukowiecki refuse de donner sa signature - 
Prondzynski, honteux du rôle qu'il avait joué, se met à la disposition du grand- 
duc Michel. - Le grand-duc lui ordonne de garder les arrêts jusqu'à ce que 
l'empereur lui fasse grâce. - Paskewitch croyait que la capitulation serait exé- 
cutée. — L'empereur envoie des instructions dictées par la clémence. - Il ne de- 
mande qu'à pardonner aux Polonais. — Gouvernement provisoire institué à Var- 
sovie sous la présidence d'Engel. - Ukase qui élève Paskewitch à la dignité de 
prince de Varsovie. - 11 est nommé gouverneur général de Pologne avec une 
pension de 100,000 roubles. - Nicolas se proposait de nommer son frère Michel 
vice-roi de Pologne. - Le grand-duc Michel dissuade l'empereur. - On décide 
que Paskewitch remplira le rôle de vice-roi, sans en avoir le titre. - Ukase 
(29 août/10 septembre 1831) qui donne le nom de cësaréuitch au grand-duc héri- 
tier. - Règlement de la succession de Constantin. — Le palais d'Oranienbaum 
transmis avec ses dépendances au grand-duc Michel (ukase du 25 septembre/7 oc- 
tobre). — La princesse de Lowicz ne conserve aucune propriété et reçoit une 
pension viagère. — Conversation secrète de l'empereur avec la princesse. - Re- 
cherches pour découvrir un acte laissé par Constantin, relatif à sa renonciation 
du trône. — Le général Kuruta le retrouve dans un tiroir de table brisée. — Ces 



tiAMMG|g$i 



— SOI — 

papiers envoyés au ministre Pierre Wolkonskv. _ L'empereur les lit avec émo- 
,- Cation <f™ e du mémoire autographe. - Ces papiers restent ignorés 
usqu en 1852. _ Les personnes de la maison de Constantin passent dans la mai- 
P r n f Hé" R t éCOm Pf QS ~ ^ aux généraux qui avaient combattu en 
Pologne - Décorations et grades. - Le général Toll prend sa retraite. _ Res- 

sZ L e T reU I 1Ul 'f' 856 - ~ ReSCrit à '' aide de cam P eènéva\ comte Pahlen. 
- Nicolas apprend que la capitulation de Varsovie n'est pas exécutée. - Les 
membres de la Diète projettent de continuer la guerre. - Paskewitch déclare 
que le tra. é de Varsovie n'existe pas. - Il refuse d'accorder un armistice aux 
rebelles polonais et de leur livrer les effets d'habillement laissés dans les maga- 
sins _ Mission du général-major Berg. - Le généralissime Malachowski rem- 
placé par Rybinski. _ Conférences de Berg avec les généraux Dembmski et Le- 
duchowsk. à Modlin. - Audace et prétentions des membres de la Diète - 
Projets de campagne de Rybinski. - Concentration des troupes russes près de 



CHAPITRE CLXXXIII. 






Occupation de Varsovie par les Russes. - Le général comte de Witt, Gouver- 
neur provisoire; le général baron de Korff, commandant militaire. - Désarme- 
ment de la garde nationale et des habitants.- Mesures d'ordre et de précaution 
- Commission spéciale consultative. - Sept cents officiers de l'armée polonaise 
rentrent dans la ville. -Les généraux Krasinski, Moletski, Krnkowiecki, Rautre,,- 
strauch, Bontemps, etc., font leur soumission. - Démolition des retranchements 
de \arsov.e. - Paskewitch songe à détruire d'abord le corps d'armée de Ramo- 
rino. - Ce général avait son quartier-général à Kaluszvn. - Il n'était pas libre 
il agir. - Le prince Adam Czartoryski, le comte Gustave Malachowski et 
d autres membres de la Diète, décidaient tout en conseil de guerre. - Ils avaient 
empêché Ramorino d'obéir aux ordres de Krukowiecki. - Ils l'empêchèrent aussi 
de rejoindre l'armée polonaise à Modlin. - Ils veulent se constituer en gouverne- 
ment national. - Ramorino cherche à passer le Wieprz pour se rendre à Zamose 
-Les troupes russes lui ferment le passage. - Nouvel ordre de Malachowski' 
qui appelle Ramorino à Modlin. _ Ramorino, en marche sur Lukow, change de 
plan et de route. - Ses soldats abandonnent leurs drapeaux. - Ses forces ré- 
dmtes à huit mille hommes. - Rosen se met a la poursuite de Ramorino. - 
te général Krassowski apporte l'ordre d'attaquer (14 septembre). - Ramorino 
demande un armistice. - Rosen le somme de faire sa soumission à l'empereur 
- Rosen se réunit à Golowine. - Ramorino cherche à traverser la Vistale 
pour rejoindre, sur la rive gauche, le corps de Rozvcki. - Combat d'Opolie - 
Le général Zawadski s'empare du pont de Ianowiec et ne le garde pas - Le 
prince Czartoryski et ses collègues se séparent de Ramorino. - Celui-ci qui at- 
tendait Rozycki, apprend que ce général n'a pas même été prévenu. _ 11' ne peut 
se maintenir à Iosephow. - Il continue sa retraite. - 11 arrive à Rachow 
(17 septembre). - Il en est ehassé. - Il recule jusqu'à Zawichost. - Il ne 
trouve pas de pont pour passer la Vistule. - Il se dirige sur Kossin, près de la 
frontière d'Autriche. - Il entre en Gallicie et met bas les armes. - Les déta- 
chements de Rozycki et de Kaminski menacés à leur tour par Rudiger - Le 
feld-maréchal Osten-Sacken envoie des instructions relatives à l'État de Craco. 



' 



I 1 





— 502 — 

vie. - .Rozycki avait tenté d'organiser une levée en masse sur la Haute-Vistule 
- Rud.ger opère sa jonction avec Rosen et Dockthoroff. - Rozycki et KaiÏÏk 
forment «projet de manœuvrer isolement, en prenant pour base de leur^a 
tions IVtat de Cracovie. - Paskewiteh donne ordre à Rndiger d'occuper mUitai- 
rcment Cracovie et son territoire. - Le généra. Skrzynecki se présente au qar- 

TilS t °T 1' r Le Pri0Ce Czart0rYskl et ses coll ^ S vivent aVs . 
nais J enh r , TT' * °™ le Siêse du ^ernemen» polo- 
nais. - Joseph Zalrwslu, abandonné par ses soldats, se retrouve avec Skrzvnecki 

Z1T7, ° ZyC , kl - " EmbarraS de ° e ^ ra '> « ni *" * les conge- 
ler ans fâcheux accident - Plan de campagne de Rozycki. - Les armes, es 
mumtions et 1 argent ne lui manquent pas. - Rudiger lui donne la chasse - 
Rozycki se maintient entre Lagow et Pinczow. - Kaminski, poursuivi par le 

C al" e aS R W d ' CSt ' ■ f3i , t ' SkalmifirZ " - " Se — «^ -^ officiers à 
Cracovie.- Rudrger envo,e le colonel Stich pour réclamer l'extradition des re- 
belles - Les bandes polonaises battues à Wonchock, à Kielce et à Endzowo - 
Rozyck. se retire sur Olkusz. - 11 fait transporter à Cracovie les archives du 
gouvernement national. - Il passe en Gallicie avec le reste de ses troupes (25 sep- 
tembre). -Rudiger occupe Cracovie. - Il saisi t les caisses et les fabriques 
d armes des Polonais. - Le corps de Rozycki se réfugie en Autriche, où il est dé- 
sarmé. - Les négociations continuent à Jablona et à Modlin. - Paskewiteh avait 
annoncé à l'empereur, qu'il ne resterait pas un rebelle en Pologne à la fin de 
septembre. - Nicolas accuse les Polonais de parjure et de trahison. - Leur jus- 
tification. - Ressentiment du tzar contre le Remontais Ramorino. - Ukase 
contre ce général et ses complices (20 septembre/2 octobre 1831). _ Inaction de 
1 armée polonaise jusqu'au 20 septembre. - La Diète compte sur l'intervention 
des puissances européennes. - La situation des Polonais jugée par Lelewel - 
Symptômes trop certains de la fin de l'insurrection Pa g. 49 à ' 64 



CHAPITRE CLXXXIV. 




L armée polonaise à Modlin. - Conseil de guerre pour nommer un généralis- 
sime. - Cas.mir Malachowski donne sa démission. - Rybinski nommé à sa 
place. - Malachowski, accusé de trahison, se retire. - Caractère de Rybinski 

- Diète de Zakroszyn. - Ordre de la Persévérance et sa devise. - Plan de cair^ 
pagne de Rybinski. _ Paskewiteh en est instruit. - Il concentre ses forces pour 
empêcher Rybinski de passer sur la rive gauche de la Vistule. _ Dispositions de 

armée russe. - Situation de l'armée polonaise. - Elle manque d'effets d'habil- 
lement et de munitions. _ Elle se met en mouvement (25 septembre). _ Projet 
de gagner Kahsz et d'y rejoindre le corps de Rozycki. - Plans insensés débattus 
en conseil de guerre. - Rybinski veut se porter sur les frontières d'Autriche - 
L armée à Ploek. - Pont construit à Dobrzikow. - L'avant-garde traverse la 
Vistule et marche sur Gombin. _ Contre-ordre qui la rappelle sur la rive droite. 

- Quartier-général à Slupno. - Le général Berg vient sommer la Diète de faire 
sa soumission au tzar. - Le Gouvernement national demande un délai de vingt- 
quatre heures qui lui est refusé. - Les troupes russes se rapprochent pour acculer 
les Polonais à la frontière prussienne. - Conseil de guerre à Plock. -On décide 
que 1 armée s'arrêtera pour attendre l'ennemi. - Les membres du Gouverne- 
ment national se proposent de nommer un nouveau chef à la place de Rybinski 



:>'".;•■ I 



— r.03 — 

Z,t e l &né T, ^ min ? kicst ehoM ' ™ is Itan^e no le reconnaît pas. - Rybinski 
res t donc à la tête e l'armée. - Niemoiowski quitte et éprend la présidence du 
Gouvernement - La Diète s'ajourne pour aller sjéger à Cracovie - l'armée 

Se bS t 7 } V T PaniqUe Parmi 1CS émi ^ «F* --ent S - 
™ 117, k P ? 1P SU1 ' ^^ ~ Triste speotacIe de cett0 «route, - Le 

président Niemoïowski et les membres, lu Gouvernement se retirent en Prusse - 
Indignation de l'armée. - Le général Bem commande l'ayant-garde - Il nasse 
la V.stule à Wraclawsk. - Joie des Polonais, qui croient maX s ir Va s 
- Ils reçoivent l'ordre de retourner en arrière. - Rybinski avait appris la défa e" 
de Ramonno et de Rozycki et l'occupation de Cracovie. - Rybinski renonce à 

konski, Zielmski, Lubinski, an quartier-général russe. - Les débris de l'armée 

la me au bras, à leur expatriation. - Dernière escarmouche des Cosaques _ 
Ryhmsk, adresse une protestation à l'Europe et une lettre au roi de PrTs _ 
Origine de l'émigration polonaise. - Rybinski fait respecter le dépôt de la 
Banque de Pologne, et le directeur Lubienski ramené ce dépôt a Varsovie - En 
moins d un mois, la Pologne délivrée de l'insurrection. - Modlin et Zamosc ré 

soi 7w eSUrCS desévérité nécessaires. - Une seule exécution à Var- 

sovie. - Joseph Wittermann fusillé. - Rigueurs extraordinaires en Lituanie 
- Procès devant les commissions militaires. - Le comte Stempowski condamné 
à mort; sa peine commuée. - Consternation en Podolic et en Wolhynie - On 
parle de la proscription en masse de la noblesse. - Les prisonniers polonais en 
Russie. - Bruits mensongers sur les mauvais traitements infligés à ces prison- 
niers - Légende de la Jeanne d'Arc polonaise, Gorska. - Le général Gheismar 
s intéresse à elle. - L'empereur veut la voir. - Elle arrive à Saint-Pétersbourg 
en uniforme. - Elle est reçue chez l'empereur. - Nicolas rend hommage à son 
héroïsme. - Il lui donne la croix de Saint-Georges et une pension. - L'impéra- 
trice lui donne son portrait. - Gorska à la table impériale. . p ag 65 à 76 



CHAPITRE CLXXXV. 

Nicolas hésite sur le parti à prendre vis-à-vis de la Pologne. - Lo peuple russe 
demande des représailles contre les Polonais. - Ressentiment irréconciliable des 
vaincus. - L'insurrection a déchiré les traités qui étaient la base de l'existence 
du royaume de Pologne. - Opinion de Nicolas sur l'ingratitude polonaise - 
Nesselrode prêche la modération et la clémence. — « Derrière la Pologne, il y a 
l'Europe. » - Intervention diplomatique en faveur des Polonais. - Nicolas n'ac- 
cepte ces démarches indiscrètes qu'à titre de conseils ollicieux. - L'Autriche 
l'Angleterre et la France n'obtiennent que des promesses vagues. — Effet produit 
par la prise de Varsovie à l'étranger. - Emeutes à Paris, du 1G au 19 septembre 

- Discussion violente à la Chambre des députés. - L'ordre règne à Varsovie. 

— Mauguin et les orateurs de la gauche inspirés par les comités polonais. — Sé- 
bastian! forcé d'avoir recours à des allégations évasives. - Il prétend que la ques- 
tion polonaise renferme une question européenne. — Nicolas n'admet pas que les 
Puissances s'immiscent dans les affaires de son empire. - Nesselrode répond aux 
ministres étrangers, qu'ils se reposent sur la sagesse et la magnanimité de Tempe- 



il l 









— S04 — 
reur. - Nicolas refuse de recevoir le ministre de France Pan) a a n 
Il lu, gardait rancune de s'être montré trop favorah aS Pola s feTr ' " 
ça IS vus de mauvais œil à Saint-PétersbonU r 1 ° naiS " ~ Les Fran - 

a s'abstenir de toute conversion 2? ~n '^ de Fra " Ce les invite 

au champ de Mars, pour cS rer h n 2 7 ^^ "" T ' ° eUm Solennel 
Bowgoing. - n denSe à Z L, „ , T**™' ~ Embarras du ba ™ de 

nW charger S" ^ S ?" fî"* " hM " 
nel Leduchowski rend la placeTn' '' 7 ) Ca P ltu,atlon l, e Modlin. - Le colo- 
■'os 9, 12 et 1C octobre contre nsnt, T *" ffrand - duc MicheI - ~ C1 ^ 

ite impérial (^o^^^^^ »*»«* " *- 
marque l'absence de M. de BourgoL - Pf ? m^' ~ NiC ° laS re " 

défilé. - Réjouissances publimes M ««MBiBbla. - La revue et le 

pour services rendus ÎJ^telellfT'^T^ " ^^ 
l'armée russe. - Revue de l^Zlt, ^ ~ ^ dU J0Qraux trou P es d « 
militaires rendus au Sk^S^""^ 2^ ' *— " 
Ukase du 18 octobre contre le prmee Adan'r "r ~ v ï S "L """"T' ~ 
aux Polonais fidèles. _ Décoration, i ,! . ,7! ~ Fécom P en ses du tzar 
mofcki, aux généraux RozST K a« ^^JT 1 ^f '" 
Uve. - Actes de munificence impérial, i , "^ commé ™™- 

tiers d'hiver dans les "™ n J , * 7 "^ ' mpériale prend ses f I uar " 
Micbe, Prolog o S s5r TV;: L d ° TCtÎ * ^ ~ " K™^ 
- " Payait de sa boS il ZtiZ £éc7a^ V 1" *??** f**»* 
déroute cinq cents Polonais i„ r, ~ "«H*»' Cosaques mettent en 

une colonie JXSL Sde S? T' K ' UtChareff - " Nicolas fonde 
donneur de Pau, ^-T^T^^J^ * ^^ S 

CHAPITRE CLXXXV1. 
d'ÏÏT!!? ÉmoSn? d ' ÉpVPte "»*■**» aWC ^«^ *»<** ^ Saint-Jean 

Ka^-Mou.la, depuTs 18 7 S Tï" '", RUSSie ' ~ "**" dU fâUX pTO P hète 
Moulla défait pré e Khoun~aK ", f """t ^ ""^ en 183 °' ~ Kas '" 
reparalten 18 i devant IT ~ i T™ à prêcher la ?uerre sainte - ~ " 
le lieutenan e lé a KoKh „ T"£ 5 """""^ ~ " 63t ba " U près de Ta ^ P a >' 

maître dfcrcot^mfe nér lT JOr *«**"•*» "* PremiW " Uartier " 
no uui ps u armée. — Rosen se rend en tonte hâtp -i Tin;» i „ 

rançaise accuse Nicolas de vouloir recommence! z ^"de ^"JtSî 
« IsftsTreÏ ^r 15 ^ dU SUUaD - - J ' " "■«* ~" protS 

ru - SaÏsse d7s " ' '* ^^ ^ d '' Stm ' S ° UmiS à '' influanM 

d'être consX ,„ ^"vernement. _ Son patriotisme ne l'empêche pas 

fl Ïr otes 1 mme agen ' de ' a RuSSie ' " 1 " su '-'-ec.ion des Maïnotes et des 

5a s t ; a ~ a S S e Tr en " e ' a fl0ti " e Br " Cqae - ~ M0l,esse des '«««f an- 
glais françats. _ Le contre-amiral Ricord bloque Poros. - Miaulis refuse de 



'■■■-"^■yKrSBifflH*^ 



. 



— 505 - 

rendre la flottille au gouvernement grec. — Les Hydriotes ouvrent le feu contre 
l'escadre russe. — Miaulis fait sauter la flottille grecque (13 août 1831). — Capo 
d'Istria ordonne la destruction de Poros. — Médiation des commandants anglais 
et français. — Le contre-amiral russe exige la soumission des insurgés. — Ceux- 
ci jurent la mort du président. — Capo d'Istria assassiné par les fils du bey Ma- 
vro-Micalis (9 octobre 1831). — 11 a pour successeur son frère Augustin. — Le 
nouveau président écrit à l'empereur Nicolas, pour lui demander son appui. — 
Indignation produite par le meurtre de Capo d'Istria. — Les Grecs tournent les 
yeux vers la Russie. — Prétendues intentions de la Porte Ottomane. — Craintes 
inspirées par l'expédition de Syrie. — On s'attend à la reprise des hostilités entre 
les Turcs et les Grecs. — Nicolas n'avait jamais été en meilleure intelligence avec 
le sultan. — Mahmoud l'avait félicité de la prise do Varsovie. — M. de Boute- 
nieff, envoyé extraordinaire de l'empereur de Russie à Constantinople. — Pré- 
sents qu'il apporte au sultan. — On parle de l'envoi d'un corps de troupes russes 
contre les pachas révoltés. — Nicolas offre à Mahmoud une intervention armée. 

— Mahmoud l'accepte en principe. — Le cabinet russe est sans influence à la 
conférence de Londres. — La Hollande sacrifiée à la Belgique par la conférence- 

— Attitude expectante de la Hollande. — Le prince d'Orange demande des se- 
cours à son beau-frère. — Le tzar conseille de gagner du temps. — Il désap- 
prouve l'invasion des Hollandais en Belgique. — Les finances de la Russie obé- 
rées. — Nécessité d'un nouvel emprunt. — Nicolas écrit au prince d'Orange 
d'attendre des jours meilleurs. — Le roi des Pays-Bas achète la maison de Pierre 
le Grand, à Zaardam, pour la princesse d'Orange. — Fête intime dans cette mai- 
son historique. — Inscription cornmémorative. — Le prince de Lieven, ambassa- 
deur de Russie à Londres, se rapproche du ministre lord Palmerston. — Entente 
cordiale entre la Russie et la Grande-Bretagne. — La grande-duchesse Hélène in- 
troduite dans la salle du Parlement par le marquis de Cholmondeley (9 oc- 
tobre 1831). — La conférence prépare un traité de quintuple alliance. — Elle 
s'abstient absolument de s'occuper de la Pologne. — Le prince de Lieven se porte 
garant des intentions paternelles du tzar. — Le peuple russe réclame des mesures 
rigoureuses contre les rebelles vaincus. — L'empereur accusé de pencher vers la 
clémence. — Causes de son voyage à Moscou Pag. 93 à 104. 



CHAPITRE CLXXXVII. 



Ce voyage était aussi l'exécution d'une promesse. -- Le choléra avait à peu près 
disparu. — Départ de l'empereur et de l'impératrice (21 et 22 octobre). — Arrivée 
de Nicolas à Moscou. — Joie de la population. — Accueil qu'il reçoit à sa sortie 
du palais. — Il visite les constructions du Kremlin. — Nouvelles attributions du 
comptoir du Kremlin (ukase du 22 août/3 septembre). — Président, le prince 
S. Gagarine; vice-président, le prince Ouroussoff. — Les conseillers Ouschakoff, 
Guédéonoff, Lwoff et Yévréinoff, membres de ce comptoir. — Œuvre difficile de 
la pacification polonaise. — Le conseiller Engel, le maréchal Paskewitch et le 
grand-duc Michel y travaillent avec l'empereur. — Le secrétaire d'État comte 
Grabowski chargé de diriger la chancellerie impériale. — Nesselrode à Saint-Pé- 
tersbourg avec les ministres. — Le ministre de l'iiitérieur Zakrewski gravement 
malade de plusieurs atteintes du choléra. — Il écrit à l'empereur pour demander 
sa retraite. — Nicolas lui répond et le prie de rester au ministère jusqu'à la dési- 




— 506 — 

gnation de son successeur 7aii->-m,-?i-; 

- Onlui attribue X'*JÏÏfà^™£ffi ° Wit à *>« «**«. 
times du choléra. - Arrivée SI, LT * ° M ° r ° UbleS P our Ies ™- 
Les habitants se porten" à 7 Z o ntr e P , ^^ '.««"«•(te octobw,. _ 
l'image miraculeuse de Notre-Dame dw" T "3""" * g6n ° UX devant 
l'Assomption. _ A la cathédrale du mon Ï're~de H f * * '* Cathédrale d ° 
pour les officiers et soldats russes 1! ° Tchoudoff - - Service funèbre 

resse de Zamosc se «X "(Ï ÎSft»^ f*** T La **- 
tier à Moscou (9 novembre) - r Wfc , • '' 7~ " Vée du S rand -duc héri- 

vembre 1S31). _ L^afion nnS ""^-^Ne ^amnistie (l»/13nc- 
des comités olonais à ' t ran " r , "' l^ ™ PaS M tZar - ~ fo " d ^ 
ta*». - Gu rre d cal 1 es P^l !°f * ^'^ Se ref °™ ent » P °- 
provisoire. - Odietts TSm ™Jl , ? °» raSSurantes ^ Gouvernement 
"taire, dite de la X^£?uÏÏT' m * ai6tade - ~ Commission mi- 
sions militaires JS^^J^S^ 'T M ^ ~ C ° n " ni8 - 
damné à la déportation et ffraeié m l*L« ,~ enSeigne Chlo P icki c °n- 

* P'-ie-s Polonais, ^ »^^^^^«*^ 
tive du Gouvernement de Polo-np n T ; jenslu - ~ Organisation défini- 

- Xavier Potocki, ^mS^^^^^^. ^ff »**** 

- Retour des émigrés. - Retrait de, 111 ?C ~ S<?rment :Y rem Pereur. 
de Ramorino et de Rozvck P f» '" & C ° mre " eS ofli ^''s des corps 

« p- ei ^^^^^^ - RÎ - 

Prusse le rapatriement de ce corps d'armée t, ,^ ch né ff ocle avec la 

binski. _ Réclamations de R ^i d e n e êe ; e 7oL r de n g , ocier ,r c Ry - 

passe-ports pour la France.- Réintégration l"f « ° n Ieur déllvre des 

le manifeste du 13 novembre. nté ° ratIOn des soldats e " Pologne, amnistiés par 

Pag. 105 à 120. 

CHAPITRE CLXXXVI1I. 

naise. - DissoIution du conseillai 7e vt P ° rter " C ° Carde P ' " 

■M* de Wilna et de Varsov ie - £ , T ~ Fermel ™ des univer- 
modilîcations riffoureiisps ni réouverture des gymnases avec diverses 
mentationde la Schllh a~ R , é ° r * aniSatlon de la ""blesse Polonaise, et rè' 

rigeant de Saint-Péte^ur™ 1' , " ~ Su P pMque du Sé ™t" d i- 

- Rescrits datés de CZ^iïTjJl^ •* " P ° ,0ffne à ^^ 
généraux Vlassoff, Nabokoff ■ Mo™ wS 1 t . déCOra ^°" s - ~ Récompenses aux 

- Récompenses à des Polonais S ' ^ heiSmar > s chakhowskoï et de Witt. 
bellan da l-empéiî .! GéSj^ P ? CÎei f e P okol ^i nommé cham- 
Rapports secrète existant entl r P ? " mandéS a Moscou et interrogés _ 
PaHs. - CorJpondt": T^S^**^ et * ^ P*>^ d e 
sie. -- Les colonies militai,-^ a , France avec celles d e la Rus- 
Nicolas se décid^fieT p; fm r L S es P r, ^ T* ^^ ~ Vem ^ 

uppnmer. - Les colonies de cavalerie cosaques méritent 



*">i , '<**f!B'8?' 






— 507 — 

seules d'être conservées. — Changements introduits dans les colonies militaires 
(ukase du 8/20 novembre). — Le général Yermoloff, victime de la jalousie de Die- 
bitsch, rappelé au service actif. — Tous les ukases relatifs à la Pologne ne sont 
connus que plus tard en Russie. — Exposition de l'industrie nationale du gou- 
vernement de Moscou. — Leurs Majestés visitent cette exposition (14 novembre). 

— Le commerce de Moscou donne 50,000 roubles aux soldats russes blessés sous 
les murs de Varsovie. — Départ du grand-duc héritier. — Départ de Leurs Ma- 
jestés (5 décembre). — Mort de la princesse de Lnwicz à Tzarskoé-Selo (30 no- 
vembre). — Ses derniers instants. — Son entretien avec le prince Wolkonsky. — 
Papiers du grand-duc Constantin. — Calomnies sur la mort de sa veuve. — Re- 
tour du grand-duc Michel à Saint-Pétersbourg. — Il était resté en Pologne jus- 
qu'à la pacification complète. — Il avait vu rentrer l'armée polonaise. — Joie 
des deux frères en se revoyant. — Retour de la grande-duchesse Hélène. — Mo- 
tifs politiques de ses voyages en Europe. — Te Deum pour la cessation du cho- 
léra (10 décembre). — Ou attend toujours la décision de l'empereur sur le sort de 
la Pologne. — Les ordres de Pologne réunis à ceux de Russie (ukase du 29 no- 
vembre/11 décembre 1831). — Suppression des grandes charges de la cour de Po- 
logne (ukase du 18/30 janvier 1832) — Pétition des notables de Varsovie présen- 
tée au grand-duc Michel. — Intrigues et clabauderies de l'émigration polonaise. 

— Adresse des habitants du palatinat de Masowie à l'empereur (6/18 dé- 
cembre 1831). — Accroissement de sévérité en Pologne. — Séquestres, emprison- 
nements, condamnations. — Création de la médaille d'honneur polonaise, pour le 
mérite militaire (ukase du 31 décembre 1831/12 janvier 1832). — Ordre du jour 
de l'empereur aux troupes de l'armée active (même date). — Les bourgeois des 
gouvernements de Kieff et de Riga sollicitent en vain la marque d'honneur po- 



onajse. 



Pag. 121 à 136. 



CHAPITRE CLXXXIX. 

Rédaction définitive des statuts organiques de la Pologne. — Nicolas les an- 
nonce aux cours de l'Europe. — Paskewitch mandé à Saint-Pétersbourg à cette 
occasion. — La question de la réunion du royaume de Pologne à l'empire discu- 
tée dans la conférence de Londres. — Le prince de Lieven expose les intentions 
irrévocables du tzar. — La paix de l'Europe menacée. — Le roi des Pays-Bas re- 
fuse de céder aux sommations de la conférence. — Transformation de la Sainte- 
Alliance. — La conférence de Londres la remplace. — Nicolas inflexible sur la 
question de Pologne. — Concert des cinq puissances dans tonte autre question eu- 
ropéenne. — La Hollande refuse de souscrire au traité de Londres du 15 no- 
vembre 1 831 . — Ce traité ratifié par la France et l'Angleterre. — Ratification de 
l'empereur de Russie (18 janvier 1832). — Mission du comte Orlofl'à La Haye. — 
Il échoue dans ses négociations. — Lettres de Nicolas au prince d'Orange. — 
L'Autriche et la Prusse s'engagent à ratifier le traité do Londres. — Le différend 
hollando-belge doit se terminer de gré ou de furce. — Promulgation des statuts 
organiques de la Pologne. — Manifeste impérial qui l'accompagne (14/26 fé- 
vrier 1832). — Analyse des statuts. — Les traités de Vienne et le droit impres- 
criptible du vainqueur. — Création d'un département spécial, au Conseil de l'Em- 
pire, pour les affaires de Pologne. — Membres de ce département : les conseillers 
privés Novossiltsoff et comte Zamoïski, les généraux Krasinski, Roznecki et Gra- 



, - '■■■■.:.. -, 





— 508 — 
ll0W p a k i et 'T inCe LUbeCki> ~ Paskewitch > P^ident, et Engel, vice-pré.ident 

Dépêche du comte de Nesselrode "!;*?' ~ SubSldeS aUX émi ^s. - 
fils du prince de Lieven - La LlL fr l ~ l "T* Se fait paSSer P our 
comte Pozzo di Borgo " ^"S^ 6 ' eXpU,Se ' sur la del "ande du 

Pag. 137 à 150. 

CHAPITRE CXC. 

Députation polonaise envovée à l'empereur _ NtVnto., *, 
vices rendus dans la guerre de Po 2 L™ h r l Com P ense tous les *r- 

- Drapeaux de MbWW« ~ J ° Ur du C/18 dé cembrel831. 

drapeaux de Saint-Georges, avec inscriptions, donnés aux régiments - Trnm 
pe tes de Saint-Georges, marques distinctives aux casques et aux shakos Z' 

verneur Général L l S » vl <*-am>r a l prince Menschikoff nommé gou- 
ron Pahlen, gouverneur de Courlanif x ? V" " ^ de ' em P ereur « ba- 

ae la justice. - Son éloge. - Rivalité de travail entre l'empereur et lui Re 

Jas offre un banquet à tous les élèves anciens et nouveaux de ce corns n«" 

e misa exécution en Pologne. - La lutte continue entre la Porte et Méhém 
B s ~ 57 mCaPablft ^ f ° Urnir Me armée et de "W au ro des p'v 

C rar'a7ondu e ^ 0mreUS V' SSU ! * '* miSSi ° n d " ™ 0rlo «' en Hollande - JJ. 
clarat.ondu 22 mars adressée au roi Guillaume 1". _ Refroidissement entr "t 

ZTl MaliaÏÏT -- L f a / ranCe 6t rAn?,eterre ~ leS « e 6 BeÏ 
gique. — Mariage du roi Léopold avec une fille de Louis-Phi lin™ i , 

j W Mortier, duc de Trévise, ambassadeur de France a Z à 7^ 

* as suTTe ' 1™^' '" 1813 " ""■ ~ Fine et -Vicieuse obeSo n Z 

ll4 a S -et ambassadeur. Arrivée du maréchal aSaint-Pét r- 

K va* avni 1832). _ Le baron de Bourgoing rappelé en France. _ Il va 



5WWBHWR5?'; 



— 509 — 

l'aire ses adieux à Nicolas. - Les deux compagnons d'armes de la guerre de Tur- 
quie Pag. 151 à 160. 

CHAPITRE GXCI. 

Personnel de la députation polonaise. — Le prince Valentin Radziwill, le géné- 
ral Thomas Lubienski, le comte Komorowski, le comte Alexandre de Waleski, 
l'évèque Chomoranski. — Audience solennelle au palais d'Hiver (13 mai 1832). — 
La députation introduite par le comte StrogonoiT. — Cérémonial de l'audience. 
— Discours du prince Radziwill. — Réponse du ministre de l'intérieur au nom 
de l'empereur. — Entretien familier de Nicolas avec les députés. — Los Russes 
jaloux du statut organique de la Pologne. — Manifeste impérial accordant des 
droits et privilèges aux habitants des villes de Russie. — La bourgeoisie notable, 
héréditaire et non héréditaire. — L'empereur songe à organiser les classes infé- 
rieures. — Ses projets pour l'affranchissement des paysans. — Ses conférences à 
ce sujet avec le ministre Daschkoll'. — Sage réflexion du ministre. — Les pro- 
priétaires seuls ont le pouvoir d'abolir le servage. — Le comte Panine, son ad- 
joint, partage son opinion. — Le sénateur Ouwarolf, adjoint du ministre de l'in- 
struction publique (ukase du 21 avril/3 mai 1832). — Ses plans d'éducation 
nationale. — Régularisation du monnayage des espèces d'or et d'argent (ukase 
du 26 décembre 1831/7 janvier 1832). — La circulation de l'or diminue, celle du 
papier augmente. — Progrès du commerce russe. — L'exportation double dans 
l'espace de dix ans. — Cancrine et l'empereur se refusent à l'abaissement du ta- 
rif douanier. — Accroissement des produits du commerce extérieur. — Réforme 
de la législation commerciale. — Création des tribunaux de commerce (ukase du 
14/26 mai 1832). — Règlements sur les banqueroutes et les lettres de change 
(ukase du 7 juillet). — Travaux du département des voies de communication. — 
Le duc Alexandre de Wurtemberg, directeur-général. — Son adjoint le lieute- 
nant-général Bazaine. — Création de l'école des ingénieurs civils. — Institut des 
voies de communication créé par Alexandre I" en 1809. — Examen public des 
élèves en 1832. — Prospérité de l'institut. — Construction des écluses de Schus- 
selbourg. — Leur ouverture (22 juillet 1832). — Rescrit de Nicolas au duc 
Alexandre de Wurtemberg (18 août). — L'empereur porte intérêt à l'agriculture. 
— Concours des céréales ouvert par la Société agronomique d'Odessa. — Prix fon- 
dés par l'empereur. — Culture en commun des champs du domaine des Apanages 
(ukase de 1827). — Fondation de l'école agronomique de Krasnoé-Sélo. — Nicolas 
visite, chaque été, cet établissement. — Ses observations sur la condition des 
paysans. — Anissnn Séménoiï' et son fils adoptif ilacare. — Noble et touchante 
conduite de ce vieux paysan. — L'empereur lui envoie une médaille et une somme 
d'argent Pag. 107 à 182. 



CHAPITRE CXCI1. 



Changements dans l'organisation militaire. — Le général Yermoloff chargé de 
présenter des rapports à l'empereur. — Transformation des colonies militaires. — 
Kleinmichel, qui était directeur de ces colonies, nommé général de service à 
l'état-major de l'empereur (l cr /13 mai 1832}. — Réorganisation du ministère de 






— S10 — 

nSrr^^^t »• - Conseil de guerre annexé au mi . 

généra. d'Adlerberg nommé chef de .a chapellerie mSZeV~2 Ï 
l'empereur. - Attributions de cette place de haute confiance rT 
économies dans les dépenses. - Fixation rie, „! ~ Réformes et 

tion de l'armée et de l population - 2" mbtWn - ~ Aigmenta- 

Tinfanterie, de ,a clleïï ^iSKS^ÏS " ^T™ * 
euerrp i * Kn *„. h ■ lu " ell <-. l arme.! du Caucase sur e pied de 

Em^AlisS ; CtU P' 1llon ™*°rcé dans .es principautés danubiennes - 
i«eneiuLi-Aii suscite des embarras au sultan x*;„„i 

Innaicoc t„ i i--'«uo uj,diu ue la Pologne et des provinces no- 

narses Xton.ptaut.Uou de cinq mi.le famdles de gentilshommes de hPodo 

féré 8 Z V , V ~ ° bjetS d art du châtB;lu des rois de Polorae trans 

s Xmnr ï M0SC0U - ~ MenSmeeS des comités Mto-lî - Origine d 
meture Z ',~ eSUreSPater ' lelleS du ornement russe en Pologne - Fe 

fant I4m. ~ wUen a J oute à la rigueur des règlements de l'institut de l'En- 

ztz : AvZrr d ™ a,,ciens s,,,ciats de i ' amée p°'°-- d - " - 
««in; oiz ag « ïïsrt r t Arrôté «? conse,, d ' adminis - 

so.is-olliciera et soldiis , ' 7 BïCfJ P tl0 « en faveur de quelques 

nais sou e d ap au ~I r ' 7> ° r "^ """ ° ffert auX ,lobles ^Io- 
de, prison ÏS;*r re ? g,é ; da r les torèis - ~ sm e ™ abie 

en Pologne - Extrai d', Ï» ,~J ^ "' 6 ' réor ^ anisation « d'apaisement 
««ne. Extrait d une lettre de Nicolas à Paskewitch. . Pag. m à 200. 



CHAPITRE CXC1II. 

mSS IT £?ïs **ï£ r7 hûff - 1 Revue de la * arde et Jes ** 

l mai ibdi). _ M 0rt de la grande . duchesse Alexandraj fl „ a du 



'■ 'VsWWHS'! 1 " 



— m — 

grand-duc Michel (9,7 mars 1832). - L'impératrice au milieu de ses enfants. - 
Incendie du quartier de Moscou à Saint-Pétersbourg (20 juin). — Le lieutenant- 
général Séliavine vient avertir l'empereur. — Nicolas se rend sur le théâtre de 
l'incendie. — La voix publique attribue ce désastre à une punition du oiol contre 
les yamstchiks. — Le grand marché est préservé comme par miracle. — Familles 
sans asile. — Comité des secours, composé du secrétaire d'Elat Longuinoff, du gé- 
néral-major Kokoschine, et du lieutenant-général Séliavine. — L'Ancien de la cor- 
poration des yamstchiks. - Députation du corps de la noblesse de Moscou 
(1 er juillet). — Son président le comte Goudovitch, — Elle est reçue par l'empe- 
reur et l'impératrice. — Grossesse de l'impératrice. - La colonne Alexandrine 
transportée de Finlande à Saint-Pétersbourg (13 juillet). — Description de ce mo- 
nolithe. — L'entrepreneur russe Vassili Abraham Yakolelf. — L'impératrice le 
félicite et promet d'assister au débarquement de la colonne. — Apprêts du débar- 
quement (24 juillet). — L'empereur et sa famille arrivent sur un vapeur avec le 
prince Guillaume de Prusse. — Le débarquement de la colonne s'opère avec suc- 
cès. — L'empereur fixe au jour de la fête de saint Alexandre l'érection de la co- 
lonne. — Nouvelles inquiétantes du Daghestan, — Le prophète Kazi-Moulla repa- 
raît avec ses Murides (mai 1832). — Son auxiliaire Ilamsad-Bek d'Avares. — ' 
Leurs incursions dans le pays. — Leur retraite près du village d'Erpili. — Le gé- 
néral-major Karpoff se met à leur poursuite. — Kazi-Moulla réussit à lui échap- 
per. — Hamsad-Bek, qu'on disait tué, revient il la charge avec un nouveau pro- 
phète, Moulla-Tzenoff. — Les Djars et les Lesghis s'insurgent. — La forteresse do 
Zakatali bloquée. — Tchoban-Bek se joint à Hamsad-Bek. — Le lieutenant-géné- 
ral Itosen se met à la tète des troupes pour arrêter la sédition. — Il reprend les 
villages d'Enghilouy et de Mouganline. — 11 bat Hamsad-Bek au village de Mou- 
kaki (11 août). — Le lendemain, il le bat encore et le poursuit. — Les habitants 
révoltés font leur soumission. — Ils livrent au général russe leurs chefs et le pro- 
phète Moulla-Tzenoff. — Disparition de Hamsad-Bek. — Kazi-Moulla rassemble de 
nouvelles bandes. — Tribus belliqueuses et fanatiques du Caucase. — Iioscn aug- 
mente son corps d'armée. — Eloge de la milice géorgienne. — Nicolas se dispose 
à partir pour un voyage d'inspection dans les provinces occidentales. — Audience 
de congé des ambassadeurs de France et d'Angleterre. — Neutralité de Nicolas 
dans les affaires de Hollande. — Le roi de Prusse se fait l'appui du roi des Pays- 
Bas dans la conférence de Londres. — Convention du 7 mai 1S32, signée à 
Londres pour la nomination du prince Ollion comme roi de Grèce. — Traité du 
21 juillet, signé à Constantinople pour l'extension des frontières du royaume grec. 

— Nicolas ne maintient pas l'influence de la Russie en Grèce. — Le président 
Augustin Capo d'istria s'embarque sur un brick russe, emportant le corps de son 
frère (10 avril 1832). — Élévation de la colonne Alexandrine sur son piédestal 
(11 septembre). — Messe solennelle au monastère de Saint-Alexandre Newsky. — 
Préparatifs de l'érection du monolithe. — Le général-major Schilder et ses vieux 
soldats. — Aspect de la place du palais d'Hiver. — La tente impériale. — Succès 
de l'opération. — L'architecte Ricard de Montfcrrand mandé près de l'empereur. 

— Esprit vif et subtil de cet artiste français. — Comparaison de la colonne Alexan- 
drine avec la colonne Vendôme. — Heureuse repartie de Montferrand. — L'em- 
pereur y trouve le sujet d'un tableau qu'il commande au peintre Bruloff. — Ter- 
reurs inspirées par l'annonce d'une comète. — Superstition du cœur. — Départ 
de Nicolas (12 septembre). — Les généraux Benkendorlf et Adlerberg l'accompa- 
gnent, — Arrivée à Smolensk (14). — Le monument du colonel Engelhart. — 








— 51:2 — 

L'empereur ordonne de le reconstruire. - Il m-oietiP ,„, =,,.„ ,i„ , ■ 
neur des héros russes rie ls*« i , P jeUe u " aic de triomphe en Thon- 
Paris rZ ruSbes | de1812 - ~ Lare de triomphe de la barrière de l'Étoile à 
Fans. — Réponse malicieuse du baron de Bonm-m™ r. , 

Poltava et à Karkoff. _ H passe TmoZu t^ ~ A Lem ^ reuT à Kieff , à 

Pag. 201 à 216 
CHAPITRE CXG1V. 

Nouvel ukase d'amnistie en faveur de la Pologne (4/16 octobre 18321 Disn- 

sac rtv s r r- ■ ^^srrstsr 

mr sur les fonts son dernier fils par sa sœur Anne PauTvna rV Z f 

ore ï s- d 7 :::* s P ° n nis nm ™ é » >* «»» ™ rt b **. 

bapteme - No veUe café/o £ d~e" f?™™ * n ° minati ° nS à 1Wi0n du 
rétablit pas en Po oïe -T S . , " "'^ ~ La tran 1 uil,ité ne fe 

lieutenant généra Rosen -SS^STi^ ***"■ " ^^^ du 

aimes. — otages et contributions de g-uerre — fWiitiAn ^„ 
Trésor. - Amortissement de celte dette (12 sentemhrel n„ „ ° 

tobrerir^,S . e n ° UVeUe m ° nnaie d ' ar ^ ent ' < ukase ^ 15/27 oc- 



r^wCT?(!HB*fl(l3P*f*r : jP 



Hce prend sous sa protection cet IS^SS ^JS??"'-™***- 

Pou, LWe 183 3 . -ttua^™^ fZ Sf" ^^ °^ 
de la Baltique et de la mer Noire. - LeV C ï 'o7 , T P ° rtS 

conçue des marchands de la y^lKliSt - KE£5 
de la navigation du Danube. - La ville de Rraïln™ i=, ■ . " 6vel0 PP ement 
commerça,. - L'empereur approuve c b u S ; rÏu a, Tr ?■*?** ^ 
général Kisseleff dans les Princ paulés - H su t vn , -, ? dminutrat,on l1lt 
adm,„i s tr ati on. - II adopte les {£5 .es STdïïSîiar" * ^ 

Pag. -217 à 232. 
CHAPITRE CXCV. 

_ L'assemblée moldo-valaque vote des remereiments au délégué plénipoten 

Ualre ' a ÎZ; ~ T ° Urnée d ' ins P eclIon dugénéral Kisseleff en Moldavie (derniers 
mois de 1832). - Sa sollicitude paternelle. - 1, descend dans les mines de se, 
- Il 8 indigne des rigueurs exercées entre les condamnés au travail des mines' 
■-Nicolas satisfait de la lecture du rapport que lui transmet le président des 
Principautés. - Le général Kisseleff avait résolu ce problème : la conduite irré- 
prochable des fonctionnaires. - Mesures extraordinaires pour donner de l'exten- 
sion à l'industrie (ukase du 22 décembre 1832/3 janvier 1838). - Premier pas 
vers l'émancipation des paysans. - Travaux d'embellissement exécutés dans les 
villes des Principautés. - La Moldavie et la Valaehie semblent devenues des 
provinces russes. - Nicolas ne veut pas déroger aux conditions du traité d'An- 
drinople. - Sa bonne foi suspectée en Europe. - Ibrahim-Pacha s'avance en 
Asie Mineure après la prise de Saint-Jean d'Acre. -Nicolas fait rappeler le con- 
sul russe d'Alexandrie. — Bataille de Koniah et défaite des Turcs (21 dé- 
cembre 1832). - Flotte russe préparée à Sébastopulj armée russe rassemblée en 
Bessarabie. - Situation critique de Mahmoud. - Ibrahim-Pacha ne dissimule 
pas ses projets. — Nicolas a lieu do craindre pour ses possessions du Caucase. _ 
Le ministre de Russie offre de nouveau à Mahmoud le secours d'une escadre 
russe. — Mahmoud comptait encore sur les bons offices de la France et de l'An- 
gleterre. — Consternation produite par la défaite de Koniah. - Le général Mou- 
rawieffj envoyé extraordinaire du tzar, arrive à Constat! tinople. - Il devait al- 
ler à Alexandrie sommer le vice-roi d'évacuer la Turquie d'Asie. — Le sultan 
écrit à l'empereur do Russie pour demander le secours d'une escadre. —Le divan 
cherche à empêcher le départ du général Mourawielf pour Alexandrie. — j| fait 
partir à la hâte l'ancien capitan-pacha Halil. — Halil revient sans avoir pu con- 
clure la paix avec Méhémet-Ali. - Le vice-roi cède aux menaces de Mourawiett. 
— Il ordonne à son fils de cesser les hostilités. - Le chargé d'affaires de France 
emploie tous les moyens pour empêcher l'intervention russe. — Ibrahim 
s'avance par la route de Brousse. - Agitation a Constantinople. — Remise d'une 
Vl 33 



I 



y :$mg$Em 



51 i — 




note à M. de Boutenieiï, pour demander l'envoi immédiat d'une escadre et d'un 
corps de débarquement. — Cette note est adressée à Samt-Péterabdurg. - En 
même temps, M. do Boutenieiï donne avis à l'amiral Greig de faire met tire à la 
voile l'escadre du contre-amiral Lazareff. — On redoute l'apparition de la flotte 
et de l'armée égyptiennes. — Ibrahim, sommé de s'arrêter dans sa marche, répond 
qu'il se voit forcé d'assurer les subsistances de ses troupes. — Le ministre de 
France annonce au divan l'arrivée du vice-amiral Roussin comme ambassadeur. 

— Retour du général Mourawioff à Constantinople. — On apprend qu'Ibrahim 
s'est arrêté à Kutahia. — Le divan s'inquiète des complications qui peuvent 
naître par suite de l'intervention russe. — Conférence avec Mourawieff (8 fé- 
vrier). — L'ambassadeur de Russie invité à contremander le départ de l'escadre. 

— Le divan apprend avec stupeur que l'escadre est en mer. — M. de Boutenieff 
consent à envoyer un aviso turc au-devant d'elle. — 11 réclame auparavant un 
contre-ordre écrit. — Ce contre-ordre ne lui est remis qu'au bout de plusieurs 
jours.— Teneur de ce mémorandum daté du 17 février. — Réponse de l'ambas- 
sadeur à ce mémorandum. — Arrivée du nouvel ambassadeur de France. — Il 
insiste pour avoir une audience immédiate du reiss-effendi. — Il l'adjure de ne 
pas laisser arriver la Hotte russe et s'engagea obtenir la conclusion de la paix avec 
le vice-roi d'Egypte. — L'escadre russe jette, l'ancre devant Boayukderé (80 fé- 
vrier). — Mouchir-Ahmet-Pacha, aide de camp généra- du sultan, se présente 
chez l'ambassadeur de Russie pour lui exprimer la reconnaissance de Mahmoud. 

— Le séraskier Khosrew-Paeha fait une visite oflBcielle au commandant de l'es- 
cadre russe. — La fermentation s'apaise à Constantinople, malgré les troubles de 
la Bosnie et de la Servie. — L'ambassadeur de France travaille à éloigner l'es- 
cadre russe. — On décide que cette escadre ira stationner à Sizopoli. - Recon- 
naissance du sultan envers le tzar. — Le vice-amiral Roussin continue à écarter 
la médiation russe. — Ibrahim-Pacha refuse de signer la paix. — Il destitue les 
autorités de Smyrne et s'empare des villes de Magnésie et de Balikoser. - Ordres 
et instructions envoyés par l'empereur Nicolas au gouverneur de la Nouvelle- 
Russie. — Seconde division de la flotte russe, commandée par le contre-amiral 
Coumani, prête à mettre à la voile. — Corps d'année réuni dans les Principautés 
sous les ordres du général Kisseleff. — Déclaration énergique faite au divan par 
l'ambassadeur de Russie p a n-. 233 à 248. 



CHAPITRE CXCVI. 






Nicolas n'hésite pas à courir les risques d'une nouvelle guerre en Orient. — 
Son devoir et son honneur de souverain lui tracent sa conduite. — Les trois 
millions de soldats de la Russie. — Situation politique tendue et difficile. — Le 
chargé d'affaires d'Angleterre demande des instructions précises à son Gouverne- 
ment. — Le secrétaire de l'ambassade anglaise et les neuf boutons de son uni- 
forme. — Création île la petite poste à Saint-Pétersbourg. — Manifeste de l'em- 
pereur annonçant la publication du Code des lois (31 janvier/1-2 février 1833). — 
Travaux de Michel Spéransky et de son collaborateur Modeste de Ivorff. — Ordon- 
nance du recueil comprenant huit codes différents. — Eloge de cette œuvre gi- 
gantesque. — Inscription de l'obélisque de Pierre le Grand à Cronstadt. — Rè- 
glements pour la réorganisation de l'armée (ukases des 9 février et 2 avril 1833). 
— Analyse de ces règlements. — L'armée divisée en sept corps. — Création des 






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— ulo 

régiments de réserve cantonnés dans Jes gouvernements. - Effectif de la -arde 

Z " ~,% C ° rPS détaCh& de Fin,and ^ da C " «« ^ Série I iC 
numériques de l'armée. - Levée des recrues (ukase du 27 avril 1833) - Nom 
nattons de nouveaux chefs militaires. _ Cette transformation de l'armée rusTâ 
pour objet de faire face aux événements. . Pag 249 à S» 



CHAPITRE CXGVII. 

Caractère décisif de l'intervention russe en Orient. - Arrivée de l'escadre du 
contre-amiral Coumam dans le Bosphore (5 avril,. - ,brah,m-Pacha continue t 
s avancer vers Constantmople. - Rupture des négociations pacifies. - N, , - 
ve les démarches de l'amiral Roussin. - Débarquement des troupes russes sur la 

ZérTZt ~ ff lm ° UC S<? . rC " d aU Pala ' S de Théra P ia et donile audience au 

su a o! T ï f T amiraUX ''^^ - D Se féll " te de P°-oi'' compter 

sur la loyale amitié du tzar. - Ibrahini-Pacha m,s en demeure, par l'ambassa- 
deur de France, d'accepter les offres concdian.es de la Porte. - On attend™ 
nouveau convoi de troupes russes. - Camp du corps d'armée d'intervention P 2 
dlnk.ar-Skeless, - Présents du sultan aux troupes, à l'occasion de Pà ues 
(14 avril). - 11 tire des chevaux de ses écuries pour remonter la cavalerie russe 
- Les troupes turques fraternisent avec les Russes. - Les ofliciers du sultan as' 
sistent aux exercices du camp. _ Mahmoud fait l'éloge du soldat russe - Ibra 
h,m attend des renforts d'Egypte. - Le contre-amiral Hugon, devant Smyrne 
retabht les autorités turques. - Le général Mourawff impatient d'en venu- aux 
mains avec l'armée égyptienne. - Mission du général comte Orloff à Constanti- 
nop e. - Son départ de Saint-Pétersbourg coïncide avec l'arrivée de Namouk- 
Pacha, envoyé du sultan. - Namouk-Pacha reçu en audience particulière par 
1 empereur. - Il repart sans savoir qu'un second détachement de troupes s'em- 
barquait à d'Odessa, et que l'armée du Danube était en mouvement. - Le général 
Kisseleff annonce aux divans des Principautés que l'empereur l'a nommé chef de 
1 expédition de Bulgarie. - Adresse de l'assemblée de Valachie au général - On 
craint un coup de main d'Ibrahim sur Constantirmple. - Le vice-roi d'Egypte ne 
cache plus sa prétention de se rendre indépendant de la Porte. _ Tentative d'in 
surrecnon en Pologne. - Folle entreprise du lieutenant Dziewicki. - Ses bandes 
poursuivies et dispersées par les Cosaques sur la frontière de GaUicie - Il s'em 
poisonue dans sa prison. - Quatre de ses complices condamnés par un conseil de 
guerre. - Trois fusillés à Varsovie (7 mai,. - Le quatrième, Eustache Rapinski 
gracié. - Autre conspiration déjouée. - Exposition des produits de l'industrie 
nationale à Saint-Pétersbourg. - Brillants résultats de cette expos, tion _ Pro- 
grès de l'industrie russe. - Visite de l'empereur et de la famille impériale à 
t exposition. - Remerchnents de Nicolas aux exposants. - Il leur offre un ban- 
quet au palais d'Hiver (25 mai). - Description de ce banquet. - Toast ,1e l'em- 
pereur. - Nicolas présente aux invités ses enfants. - Le grand-duc Constantin 
grand-amiral. - Le grand-duc Nicolas, âgé de trois ans. - Le grand-duc Michel 
dans les bras de sa gouvernante. — L'empereur chef de famille. - Départ subit 
et mystérieux du ministre de la justice. - Bruits vagues d'une conspiration po- 
lonaise. - L'empereur part pour un voyage d'inspection avec Alexandre Benken- 
dorff (28 mai). - Il s'arrête à Bobruisk. - L'impératrice le rejoint à Revel - 
Mesures de précaution et de défense en Livonie et en Courlande. - Surveillance 



1 



— 510 — 

et ordre de service rigoureux autour de Leurs Majestés. — Affliction de l'impé- 
ratrice. — Elle s'embarque avec l'empereur pour la Finlande. — A leur arrivée à 
Helsingfors, on apprend la découverte d'un complot polonais. — Machine infer- 
nale pour faire périr l'empereur. — Les auteurs de ce complot. — Adresse des au- 
torités d'Helsingfors à Nicolas. — Leurs Majestés retournent à Cronstadt sous la 
protection d'une escadre russe. — Projet attribué aux conspirateurs. — Émotion 
de la Russie à la nouvelle du danger que l'empereur avait couru. — Cette affaire 
reste dans les ténèbres. — Bombes fabriquées à Riga. — Procédure criminelle à 
liuis clos. — Plusieurs condamnés aux mines de Sibérie. — Amnistie de quarante- 
trois individus, sur la proposition du gouverneur de Grodno et de Bélostock. — 
Bandes errantes en Pologne et en Litbuanie Pag. 259 à 276 



CHAPITRE CXCV1II. 



Nicolas au palais d'Vélaguine. — Arrivée du prince de Prusse (17 juin}. — 
Conclusion définitive de la paix entre le sultan et Méhémet-Ali. — Mahmoud 
cède à la pression de l'ambassadeur de France. — Le vice-roi d'Egypte obtient 
l'investiture de la Syrie. — Le district d'Adana accordé a Ibrahim-Pacha. — Le 
comte Orloff débarque à Constantinople le lendemain de la signature du traité de 
paix. — Il empêche l'éloignement immédiat de la flotte russe. — Il contremande 
l'envoi de nouvelles troupes. — Il arrête la marche du général Kisseleff sur le 
Danube. — Mais il somme Ibrahim-Pacha de battre en retraite et de repasser le 
Taurus. — Les forces de terre et de mer envoyées par le tzar garderont leurs po. 
skions jusqu'à l'exécution du traité. — L'armée égyptienne commence son mou- 
vement rétrograde. — Le capitaine baron de Lieven envoyé sur les lieux pour ob- 
server la conduite d'Ibrahim. — Energie et fermeté du comte Orloff. — Mahmoud 
lui en sait bon gré. — 11 manifeste l'intention de visiter la flotte russe dans le 
Bosphore. — Relation de cette visite solennelle (1" juin). — Réception du sultan 
sur le vaisseau-amiral. — Il adresse la parole au portrait du tzar. — Conférence 
secrète avec Orloll. — Les troupes russes, rangées en bataille sur la côte, exécu- 
tent des feux roulants. — Salves d'artillerie des vaisseaux russes. — Impression 
produite sur les Turcs par cette visite du sultan à la Hotte russe. — Escadre fran- 
çaise, dans le golfe de Smyrne, commandée par le contre-amiral Hugon. — Flotte 
anglaise, dans l'Archipel, commandée par sir Pultney Malcolm. — Rivalité poli- 
tique de la France et de l'Angleterre contre la Russie, à Constantinople. — Les ca- 
binets de Paris et de Londres témoignent de leur mauvais vouloir en appuyant 
Méhémet-Ali. — D'après les instructions de l'empereur, Orloff pose les bases d'un 
traité d'alliance offensive et défensive avec la Porte. — Le but de l'intervention 
russe est atteint. — La Turquie replacée sous la protection de la Russie. — Re- 
connaissance du sultan pour Nicolas. — La retraite de l'nrmée égyptienne effec- 
tuée dans les premiers jours de juillet. — Orloff annonce au rciss-effendi le pro- 
chain départ de la Hotte et des troupes russes. — Réponse flatteuse du reiss-effendi 
à la note du comte Orloff. — Traité secret conclu à Constantinople entre la Porte 
et la Russie (8 juillet 1833). — Analyse de ce traité d'Dnkiar-Skelessi. — Article 
additionnel, plus important que le traité lui-même, pour la fermeture du détroit 
des Dardanelles. — A la nouvelle de ce traité, les cabinets de France et d'Angle- 
terre demandent des explications à Saint-Pétersbourg. — Réponse évasive et pour- 
tant très-ferme du comte de Nesselrode. — Mahmoud élude de répondre ca- 



■ ■ ^HH^S/fl^^f*** 1 * 



— 517 — 

tégoriquement à la même demande d'explications. - Négociations dirigées 

personnellement par Nicolas. - Nesselrode rend hommage à la prévoyance d 
1 empereur. - Modestie de Nicolas, qui fait l'éloge de ses ministres. - Il ~t 
que le sultan ne se fasse pas chrétien orthodoxe. - Il prédit la chute de la" Tu - 
quie avant un denu-siècle. - Le traité d'Unkiar-Skelessi n'est connu que par me 
indiscrétion de la chancellerie turque Pag. 277 à 288 



CHAPITRE CXCIX. 



Le gouvernement de Louis-Philippe imagine une intervention française à 
Samt-Pétersbourg. - I! demande le maintien du traité de Vienne relativement à 

a Pologne _ Note officel.e à ce sujet. _ Nicolas y répond par une fin de non 
cevoircaegonque Rappel de l'ambassadeur de Russie Pozzo di Borgo - 
M. d Oubril, chargé d'affaires, reste seul à Paris. - Le duc de Trévise, ambassa- 
deur de France ne retourne pas à Saint-Pétersbourg. _ Le comte de Sébas Uan, 
et le duc de Broghe adressent des représentations, fondées sur le traité de Vienne 
- ■ L empereur s'irrite de cette insistance. - 11 en rend responsable Louis-Phi-' 
Uppe, quH nomme le roi des barricades. - Son antipathie et son ressentiment 
contre le roi datent de 1833. - On est indécis sur la cause de ces dispositions","' 

des - Nicolas reconnaît lui-même qu'il est partial et injuste. - Chacun a sa 

S Hfîr P r' S T ~ * S? Pard0nne PaS à Louls - ph '"PP« Savoir fait la révolution 
de juillet. - Le prix d une couronne. - La cour de Russie s'intéresse à la du- 
chesse de Berry, prisonnière à Blaye. - Nicolas refuse de croire que Louis-Phi 
■ ppe se soit fait le complice du juif Deutz. - L'impératrice insiste pour nue 
1 empereur adresse des représentations sévères au gouvernement français - Ni 
colas ordonne à son ambassadeur à Paris de faire des démarches officieuses en fa- 
veur de la duchesse de Berry. - Pozz,, di Borgo n'obtient rien des ministres de 
Louis-Phihppe. - Indignation de Nicolas contre le roi. - Il l'appelle l'escamo- 
teur constitutionnel - Le départ de Pozzo d, Borgo est une protestation solen- 
nelle. - Nicolas adresse aussi des plaintes énergiques en faveur de la Hollande 
- La conférence de Londres fait droit à quelques-unes des réclamations du roi 
des Pays-Bas. - Nicolas ne pardonne pas à Louis-Philippe de vouloir s'insérer 
dans les affaires de Pologne. - Les traités de Vienne et l'usurpation du roi de, 
Français. - L'empereur n'admet pas qu'il puisse exister pour l'Europe une nues 
tion polonaise. — Cette question très-vivace en France et en Angleterre -Les 
subsides aux réfugiés polonais. - Le chant de la Varsociennc composé' par Casi- 
tmr Delavigoe, poëte ordinaire de Louis-Philippe. - Le roi souscrit pour la Po- 
logne. _ ses palinodies confidentielles vis-à-vis de l'empereur de Russie - Un 
roi qui souille le froid et le chaud. - Le gouvernement anglais intervient aussi 
dans la question de Pologne. - Note diplomatique du cabinet de Saint-James 
Débats à ce sujet dans la Chambre des Communes d'Angleterre (9 juillet) -Dis 
cours violent de C. Fergusson. - Réponse anodine et ambiguë de lord Palmers- 
ton. - La Chambre est sur le point d'adopter la motion de Fergusson en faveur 
dp la Pologne. -Nicolas très-sensible à ces attaques. - m se décide 5 vrépondre 
par une note adressée a l'Europe entière. - Cette note rédigée par I.' comte Mi- 
chel Spéransky, sous les yeux d, l'empereur. - C ■lus,,,,, ,i, ,,. i,„. Ulllli pub)i( , 

par la voie des journaux. — L'Autriche el la Prusse 



la question polonaise. - Nicolas médite une triple ail 



tlliance, — li 



la Russie u, in- 
né son^e pas à 






— 518 — 

prolonger le séjour de ses troupes et de sa flotte dans le Bosphore — Souvenir de 
l'occupalinn russe sur la côte d'Asie. - Le général Mourawicff fait transporter un 
bloc de rocher près du promontoire de Selvi-Bournou. — Inauguration de ce 
monument le jour anniversaire de la naissance de Nicolas. — Bal magnifique à 
l'hôtel de l'ambassade russe. — Le feu d'artifice de la montagne du Géant. — Le 
comte Orloff rend visite au sultan. — Inscription turque composée par Mahmoud 
pour le monument de Selvi-Bournou. — Embarquement des troupes russes 
(9 juillet). — Départ de la flotte. — Lettre du séraskier-pacha à l'empereur 
(2.9 juin/11 juillet 1 . — Orloff nommé général de cavalerie (ukase dj 11/23 juillet). 
— Le vice-amiral Lazarefl désigné pour succéder à l'amiral Greig. — Rescrit à 
l'ambassadeur Boutenieff (15,27 juillet). — Rescrit au baron de Sturmer, inter- 
nonce d'Autriche près de la Porte (31 jnillet/12 août). — Signe d'un rapproche- 
ment amical entre l'Autriche et la Russie p a o-, 289 à 304. 



CHAPITRE CC. 



L'empereur Nicolas se prépare à une grande guerre contre la France et l'Angle- 
terre. — La flotte russe commandée par l'amiral Ricord, dans la Méditerranée, 
en présence des flottes anglaise et française. — Conscription générale en Russie 
(ukase du 1"/18 août 1833). — Nicolas offre un banquet aux élèves des écoles mi- 
litaires campés à Péterhoff (28 juillet;. — Le césarévitcli et le grand-duc Constan- 
tin prennent rang parmi les Cadets. — L'empereur porte un toast aux écoles mi- 
litaires. — Il présente a l'impératrice les orphelins polonais. — Le fils du général 
comte Hauke et les trois fils du colonel Sowinski. — Nicolas passe en revue la 
flotte de la Baltique, commandée par l'amiral Crown (9 juillet). — Il fait arborer 
sur sou bâtiment le pavillon de grand-amiral. — Le grand-duc Constantin vient 
assister au spectacle d'un combat naval. — Sa sensibilité en apprenant la mort 
d'un matelot tombé à la mer. — Attaque simulée de Cronstadt, par la division 
du comte de Hevilen. _ L'empereur remercie les marins de la flotte. — Objet du 
déploiement des forci s maritimes de la Russie. — L'empereur introduit dans son 
gouvernement diverses améliorations empruntées à ses voisins. — Loi d'expro- 
priation pour cause d'utilité publique (ukase du 7/19 juin). — Nouveau règlement 
pour la construction et l'entretien des routes. — Mort du duc Alexandre de Wur- 
temberg, à Gotha (4 juillet). — Services funèbres en son honneur. — Création, à 
Saint-Pétersbourg, d'une école pour la navigation marchande. — Le conseiller 
Ouwaroff, adjoint au ministre do l'instruction publique, devient ministre de ce 
département. — L'empereur accepte la démission du prince Charles de Lieven 
(ukase du 18/30 mars 1833). — Excès de zèle de ce ministre pour l'Église gréco- 
russe. — Mesures violentes contre l'Eglise catholique dans les anciennes pro- 
vinces polonaises. — Suppression des couvents. — Les moines et les abbés persé- 
cutés. — Le vieil abbé Sierocinski envoyé en Sibérie. — Motifs réels de ces 
persécutions. — Eglises catholiques affectées au culte grec (ukase du 7/19 juil- 
let 1832). — Le peuple s'indigne de la profanation de ses églises. — Protestation 
du prince roumain Sangusiko devant ses juges. — Superstitions des paysans polo- 
nais. — On attend la sentence de la commission extraordinaire de justice contre 
les coupables exceptés de l'amnistie. — La retraite du prince de Lieven considé- 
rée comme un changement de système dans l'instruction publique. — Ouwaroff 
se propose d'opére-r une réforme radicale. — Symptômes de tolérance religieuse. 



■? "M,lUtW» - 



Bén 



- 510 — 

La vieille église catholique de Moscou reconstruite 



.. aux frais de l'empereur. — 
âdlBtion de la première pierre de l'édifieé (23 août 1833). Pag. 305 à 31G. 



CHAPITRE CCI. 



L'empereur s'embarque sur l'Ijora pour Stetiin (28 août). - Il allait s'abou- 

TjZlr r0i ^ Pi r° 6t rem,>Pre " r d ' AutHche > '"' ur conclure ^ *"* «ne 
a c défensive. - Le pru.ee Charles-Albert de Prusse était parti deux jours 

mZl r~ , T eDtlVe et inqUiêtêj dans !; '«""tedes conférences de 

Munchen-Graetz. - Projet de coalitidt s trois souverains du Nord contrôles 

puissances occidentales. - Départ du comte de Nesselrode pour la Prusse - 
Personnages qui accompagnent l'empereur. _ Tempête terrible dans le golfe de 
Finlande. - Calme extraordinaire de l'empereur. - Il passe la nuit à travailler 

- Règlement pour les pensions des artistes des théâtres impériaux. - Nicolas se 
préoccupe des inquiétudes de l'impératrice. - Il rappelle au général d'Adlerberg 
la tempête affreuse qu'ils avaient essuyée sur la mer Noire en octobre 1828 - Il 
débarque dans la baie de Péterboff. - Son retour inopiné à Tzarskoé-Séio - 
Bruits sinistres qui avaient couru à Saint-Pétersbourg. - Nicolas se dit amoureux 
de la mer, qui ne le paye pas de retour. - 11 se montre aux habitants de la capi- 
tale, pour démentir la nouvelle de sa mort. - Il part en posté, dans la soirée du 
31 août, avec Benkendorff. - Il arrive en soixante heures à Sehwedt-sur-1'Oder 

- Entrevues du roi de Prusse avec l'empereur d'Autriche à Tœplitz. - Confé- 
rences diplomatiques et manœuvres militaires. - Le roi de Prusse avec sa fa- 
rndle, attendant l'empereur à Stettm. -Arrivée de Nicolas, par terre, après deux 
jours de retard. - Séjour de Nicolas à Schwedt. - Entretiens du comte de Nes- 
selrode avec Ancillon, ministre des affaires étrangères de Prusse - Départ de 
l'empereur de Russie avec le prince royal (9 septembre). - Son arrivée au châ- 
teau de Munchen-Graetz. - Accueil que lui font l'empereur et l'impératrice 
d Autriche. - Il était attendu par sa saur Marie Paiilovna et par le grand-duc 
de Saxe-Weymar. - Séjour à Munchen-Graetz. - Grandes conférences politiques 

- Nicolas ne néglige pas les affaires de son gouvernement: - Ukases et rescrits 
datés de Munchen-Graetz. - Joukowski, gouverneur intérimaire du grand-duc 
héritier. - Le gouverneur en titre, le général Mœrder, voyageant en Italie pour 
cause de santé. - Bescrit que lui adresse l'empereur (31 aoûl/11 septembre 1833) 

- Rescrit au vice-amiral Rieord (même date). - Nicolas inquiet de la disette qui 
menace la Russie. - Grandes manœuvres de Bunzlau. - Défilé des troupes de- 
vant Leurs Majestés. - Régiment de hussards, dont l'empereur de Russie devient 
le chef et qui doit porter son nom. — L'empereur François promet d'assister aux 
manœuvres de l'armée russe sous les murs de Varsovie. - Il s'engage aussi à 
être présent à l'inauguration de la colonne Alexandrine. _ Nicolas, escorté par le 
duc de Nassau et le prince de Reuss, traverse la Silésie. - Sa réception à Bres- 
lau. — Le maréchal Paskewitch vient au-devant de lui à Kalisz. - L'empereur à 
Modlin (22 septembre). - Il inspecte les travaux de la forteresse. - 11 parcourt 
les camps de l'infanterie. - Sa réponse sévère â un message de la municipalité de 
\arsovie. — Il passe en revue l'armée d'occupation. — Les portes de Varsovie 
fermées et ses habitants consignés. - Nicolas fait rendre les honneurs militaires 
au ield-marechal. - Disette en Russie. - Le recensement général et la levée des 
recrues sont suspendus (ukase du 10/22 septembre). - Mesures efficaces pour 






— .V20 — 

combattre la famine. - Généreux efforts de l'administration publique, - L'em- 
pereur visite la citadelle en construction à Varsovie. - 11 s'arrête sur le champ de 
bataille d'Ostrolenka. - Le général lîerg lui l'ait la description stratégique do la 
bataille. - Il refuse de donner audience aux marécbaux de la noblesse dans les 
provinces polonaises. - Son retour à Tzarskoé-Sélo (28 septembre). - 11 se fait 
rendre compte de ce qui s'est passé en son absence. - Le grand-duc Constantin 
à bord d'un vaisseau de la flotte, sous la direction de l'amiral Lutke - Alterca- 
tions entre le grand-duc Constantin et son frère aîné. - Leur rencontre et leur 
querelle dans les chantiers de l'Amirauté. - Constantin jaloux de ses droits de 
grand-amiral. — Il défend au capitaine Kékouatofr de recevoir à bord de sa fré- 
gate le césarévitch. - Qualités et défauts du grand-duc Constantin. - Touchante 
allocution de l'empereur aux deux frères. - Excellent cœur du jeune Constantin 

- L'éducation du césarévitch touche à son terme. - Part distributive de ses pré- 
cepteurs dans cette éducation. - Maladie du général Mœrder. - Affection du 
grand-duc pour son gouverneur. - M, Gille, sous-précepteur du prince. - Son 
éloge. - Le roman du sous-précepteur. - Deux traits de la jeunesse du grand- 
duc Alexandre. - Les épaulettes de sous-lieutenant. - Reproches et conseils de 
l'empereur à son fils aîné. - Effet produit par cette leçon paternelle. - Le 
grand-duc subit un examen sur l'histoire ancienne et moderne. - Michel Spé- 
ransky l'interroge devant l'empereur. - Le modèle d'un empereur. - Titus ou 
Marc-Aurèle. - Réponses du grand-duc. - Réponse du jeune comte polonais 
W îelkorski. - Néron et le tzar Ivan IV. - Anecdote de Pierre le Grand racontée 
par l'empereur. - Les deux textes de PuflendorlV. - Usage de l'histoire pour 
lesijrinces Pag. 817 à 888. 

CHAPITRE CCI1. 

Rescrit au feld-maréchal Paskewitch (iy septembre/1" octobre 1833). - 
Craintes motivée du maréchal lors du passage de l'empereur en Pologne. — Sol- 
dats réfractaires et conspirateurs. - Conseils de prudence adressés à l'empereur. 

- La disette augmente. - Nicolas fait mettre en vente les farines des magasins 
de la couronne. - État déplorable des campagnes. - Épidémies et mortalité. - 
Appel a la bienfaisance des classes riches. - Actes charitables de la famille Tou- 
hnoff, à \ oronèje. - Importation de grains. — L'armée ne souffre pas de la di- 
sette, par suite des changements de cantonnements. — Ces mouvements de 
troupes semblent motivés par des complots à déjouer. - Projet d'attentat contre 
la personne de l'empereur. - Grande revue au champ de Mars. — Monument 
commémoratifdu siège de Braïlow, fondé par le général Kisseleff. - L'empereur 
remarque un individu suspect. — Son regard le met en fuite. - Recherches de 
la police pour retrouver cet homme. — Le bureau des passe-ports. - Le voya- 
geur qui doit aller a Jérusalem. - 11 est arrêté. - Saisie de papiers compromet- 
tants. - On reconnaît un ancien oilicier polonais. — Nicolas veut le voir et l'in- 
terroger. — Le coupable, avoue son crime et témoigne du repentir. — L'empereur 
lui pardonne. — L'officier polonais régicide devenu colonel d : nn régiment de la 

'-/"'' lr '"~ s "- ~ l " 11 '"' lu regard de Nia. las. — Curiosité de l'empereur à 

l'égard des oOiciers de sa garde. — On le compare au fameux sultan llarouu-al- 
Kaschid. - Il son tous les soirs à pied ou en voiture pour faire son inspection 
dans la capitale. — l.e sommeil de l'officier au poste. _ Son bilan équilibré par 



msa 



— 521 — 

l'empereur. — Le bien vient en dormant. — Continuation des préparatifs de 
guerre. - On discute toujours la portée du traité d'Unkiar-Skelessi. — Réponse 
arrogante de la Gazette de Moscou aux journaux anglais. - Prédiction d'un 
traité signé à Calcutta. - Note diplomatique de la France à propos du traité du 
8 juillet 1833. — Réponse très-terme et peu conciliante du comte de Nesselrode. 
— Le maréchal Maison nommé ambassadeur extraordinaire de France à Saint-Pé- 
tersbourg. - Arrivée de Mouchir-Ahmet Pacha, ambassadeur extraordinaire du 
sultan à Saint-Pétersbourg. - Nouveau traité d'alliance offensif et défensif entre 
la Porte et la Russie. - Départ de Nicolas pour Moscou (0 décembre). - Le 
peuple attend trois heures, pour le voir, par un froid de quinze degrés. — L'em- 
pereur fait ses dévotions aux cathédrales. — Il visite les hôpitaux. — Il va voir, à 
l'atelier du sculpteur Vitali, le monument en l'honneur du prince Galitsyne. — 
Description de ce monument exécuté aux frais du commerce de Moscou. - L'en- 
terrement du soldat. — Le drosehki de l'empereur blesse un homme. — L'empe- 
reur envoie sa voiture en fourrière et son cocher en prison. — Punition de ce co- 
cner P;ig. 339 à 3S6. 



CHAPITRE CC1II. 



Retour de l'empereur à Saint-Pétersbourg (14 décembre). — Arrivée du grand- 
duc Michel, de la grande-duchesse Hélène et de leurs enfants, du prince d'Olden- 
bourg et du prince Auguste de Wurtemberg. - Réconciliation du prince roval 
des Pays-Bas avec son beau-frère Nicolas. — Fête de l'empereur (18 décembre).— 
Le comte de Heyden et le prince Menschikoff nommés amiraux. — Le capitaine 
comte Rzewuski nommé aide de camp de Sa Majesté. —Gage de réconciliation 
offert à la noblesse polonaise. — Amnistie accordée par Paskewitch à quinze 
Polonais accusés de conspiration. — Arrivée du prince d'Orange et de son fils.— 
L'audience du maréchal Maison ajournée. — Conférences secrètes de Nesselrode 
avec l'envoyé du sultan. — Le maréchal Maison présente ses lettres de créance à 
l'empereur (5 janvier 1834). —Ses aides de camp le colonel baron de La Rue et le 
marquis de Chasseloup-Laubat.— L'ambassadeur de France présenté à l'impératrice. 

— Il n'assiste pas au Te Deum en mémoire de l'évacuation du territoire russe par 
l'ennemi, en 1812. — Mécontent de sa réception, il demande son rappel. — Son 
opinion sur les Grecs. — L'empereur veut convertir les Turcs à la foi orthodoxe. 

— Signature d'un nouveau traité avec la Porte pour le règlement définitif du 
traité d'Andrinople (29 janvier 1834). — La conséquence de ce traité est la resti- 
tution des Principautés à la Turquie, à l'exception de Silistrie. — Hescrit au 
général Kisseleff (18 décembre 1833). — Audience de congé de Mouchir-Achmet- 
Pacha (12 février 1834). — Publication des conventions de la Russie, de l'Au- 
triche et de la Prusse, relativement à la Pologne. — Mesures pour l'extradition 
réciproque des criminels de haute trahison et de lèse-majesté. — Les autres 
puissances s'abstiennent de s'immiscer davantage dans la question polonaise. — 
Réaction naturelle contre les émigrés polonais. — Tentatives du général Ramo- 
rino et de ses complices pour insurger le Piémont. — Les Polonais expulsés du 
canton de lîernp. — lïtat comparatif des officiers le l'armée polonaise et des 
émigrés. — Transformation de l'éducation publique eu Kussi' pi en Pologne. — 
lîducation nationale russe, — Le, lycée de Wolhynie transféré de Kjzemieniesc .i 
Kieff (ukase du 8 novembre 1833). — Défense de créer aucune pension nouvelle 



— 522 — 

à Saint-Pétershonrg et à Moscou. - L'État se réserve le privilège de l'instruction 
pubhque L'Europe libérale proteste contre la suppression les univerÏ e 
Varsovie et e Wihia - Supériorité de la nouvelle université de Saint-Vladimir 
-Création de la haute école d'Orscha et sa réunion à l'université de Saint- 

1 P ™ ne" r SU f P TT° n UnifWme de ^ JeUMSSe - ^nationalisation de 
la Pologne. - Resent à Paskcwitch (14/26 février 1834). - Paskewitch retourne 
en Pologne avec des instructions secrètes pour la commission extraordinaire de 
justice. - Le général Kisseleff attendu à la cour. - Ses préparatifs de départ 
âpre a signature du traité du 29 janvier 1834. - Bel exemple d'administratL 

- Son rapport adressé à l'empereur. - Tableau touchant de son départ des 

nnT I " S MoWo-Valâques le surnomment le Bon génie de la patrie. 

- Son audience chez 1 empereur. - Nicolas lui fait l'éloge de son rapport. _ Il 
avait fan copier des extraits de ce rapport par la grande-duchesse Marie -Il 
s ouvre à lui au sujet de l'émancipation des serfs.- Les pièces du procès du servage. 

Pag. 357 à 372. 

CHAPITRE CCIV. 



Majorité du césarévitch. - La cérémonie fixée au 4 mai, fête de Pannes - 
Messe de la résurrection dans la chapelle du pala.s d'Hiver. - Préparatifs de la 
prestation du serment du grand-duc héritier. - Insignes impériaux apportés par 
les grands-oiiciers. -Le grand-chambellan, comte Golowkine, assisté par 
rohertkoff et le prince Gagarine. - L'amiral Mordwinoff assisté par Youscloff 
et le comte Wielkorski. - Le prince Ko.choubei assisté par les comtes Ch^ 
vitch et de Laval. _ Les assistants. - L'empereur conduit par la main le césa- 
nals ;7 2 serment. -Le grand-due y ajoute sa signature. - Le 

passé et avenir en présence. - Le Te Deum au bruit des cloches et de l'artil- 
lerie. -Autre cérémonie dans la salle Saint-Georges. - Députation de tous les 
régiments de l'armée. - Entrée de l'empereur et de l'impératrice. - Le césaré- 
vitch prête un nouveau serment de fidélité à l'empereur et à la patrie. - Mani- 
feste d e , empereur (22 avril/4 mai 1834). - Le grand-duc Alexandre écrit une 

™ .Rome" ! f J P ° Ur 1Ul raC ° nler la Cérém ° nie - ~ Le ^ néral ^ait 
moit a Rome. - Ses dernières paroles. - Lettre du césarévitch au prince 

Gahtsyne, gouverneur de Moscou (22 avril/4 mai 1834). - Autre lettre au irai 
Essen, gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg (même date). - Rescrit de 
1 empereur au prince Kotchoubei en le nommant chancelier de l'empire - 
Autres resents aux généraux Kouteinikoff et Kleinmichel. - Rescrit au géné- 
ral comte Tchernycheff (22 avril/4 mai 1834).- Rescrit au général Kisfeleff 
m ftvril/B mai). - Le général Kisseleff, pour cause de santé, refuse la charge de 
curateur du grand-duc héritier. _ Son indisposition. - Combien l'empereur &ai 

nfl x,ble sur la règle et l'étiquette. - Rescrit impérial au prince WolkonsS 
en lui envoyant une canne à pommeau d'or (22 avril/4 mai) - Autres rescril 
(même date au prince Galitsyne, au comte de Nesselrode, au comte Cane , ne au 

! d o'rf Se vlt^ ™r Ue P****»»"*»**! Alexandre Bei- 
kendorfl etc. - L empereur prodigue de décorations et de promotions à l'occa- 
sion de la majorité de son fils. - Enthousiasme du peuple dans les rue de 
Saint-Pétersbourg.- Nicolas assailli et à demi étouffé d'à colades paL'ëS - 
Grandes réceptions du lendemain. - Bal offert au césarévitch par la n 2 £ 'du 






— tm — 

gouvernement de Saint-Pétersbourg-. — Apprêts de ce bal dans l'hôtel du çrand- 
veneur Naryschkine.— Description de la fête. — La salle du souper.— Les toasts. 

— Illuminations extérieures de l'hôtel.— La majorité du césarévitch célébrée 
en Pologne. — Lo pavillon impérial arboré sur la nouvelle forteresse de Varsovie. 

— Le peuple en liesse p acr- 373 ^ 390 



CHAPITRE CGV. 






Seize condamnés politiques graciés par Paskewilch. - Inquiétude et découra- 
gement des classes élevées en Pologne.- Enquêtes interminables. - Exactions 
déplorables.— Dénonciations odieuses. — Impuissance des excitations venues de 
l'étranger. — Effacement et silence de la nation polonaise.— La population des 
campagnes satisfaite de la domination russe. - Les cabinets européens renon- 
cent à toute intervention en faveur de la Pologne. — Refroidissement des sym- 
pathies pour les émigrés polonais.— L'Angleterre no songe qu'à reconquérir sa 
prépondérance en Orient. - Sa flotte maîtresse de la mer de l'Archipel. — La 
France ne se laisse pas entraîner dans une démonstration contre la Russie.— 
Révolte des Arabes en Syrie contre le vice-roi d'Egypte. — Neutralité absolue 
du sultan Mahmoud. — Prise et saccagemeut de Jérusalem par les Arabes.— 

— Nicolas veut envoyer une armée russe au secours de la ville sainte. — Nessel- 
rode l'en dissuade. — Opinion de l'empereur sur la revendication de cette ville 
par l'Europe chrétienne. — Le sultan satisfait des embarras de Méhémet-Ali dans 
son gouvernement des provinces asiatiques. — L'empereur de Russie augmente 
ses forces navales. — Création des corporations de matelots dans les villes d'A- 
leschky et de Nicopol. — École de navigation marchande fondée a Kherson (ukase 
du 7/19 février 1834).— Règlement d.' cette école.— But de ces institutions navales. 

— Le ministre de l'instruction publique travaille à nationaliser l'éducation.— 
Nicolas commence par réglementer les voyages et le séjour des Russes à l'étran- 
ger (ukase du 17/29 avril 1834). — Préambule de l'ukase qui se rattache à l'édu- 
cation de la jeunesse.— Elévation du taux des passe-ports. — La réglementation 
des voyages à l'étranger équivaut à une demi-interdiction. — Murmures des 
classes riches. — L'empereur accusé de tyrannie par le Journal des Déhais.— 
Sa réponse officielle à un article de ce journal, qu'il lisait toujours. — Panégy- 
rique du règne de Nicolas. —Fondation de l'observatoire de Saint-Pétersbourg. 

— Nicolas protège les sciences astronomiques. — Progrès de l'astronomie en 
Russie.— Lexol, Roumowski, Inokhodtseff, Schubert, Struwe. — Projet et plans 
de l'observatoire présentés par Parrot. — L'empereur les approuve (ukase du 
28 octobre/9 novembre 1833). — La Chambre des députés de France refusant un 
télescope à Arago. — L'observatoire construit, par l'architecte Brulofl', sur la 
montagne de Pulkowo. — Fabrication des instruments, à Saint-Pétersbourg et à 
Londres. — Ouwarcff tend à multiplier les établissements scientifiques. — L'em- 
pereur reproche à Pierre le Grand et à Catherine d'avoir importé eu Russie les 
idées de l'Occident. — Il se plaint de son éducation.— Réorganisation de la hié- 
rarchie des fonctionnaires. — Règlement général pour les promotions aux rangs 
du service civil (ukase du 25 juin/7 juillet 183'.). — Classement des employés.— 
Avantages et défauts du Tchine, — Ouwaroff veut établir un niveau entre les 
privilèges de naissance et les prérogatives d'éducation. — La noblesse peu disposée 
à entrer dans la carrière des emplois civils. — Ouwaroff soumet à un règlement 



— 524 — 

S3tiiS tule p s , et pr ' cep T s chargés dc 1Y ' ducation p rivée ^™ lu 

1/13 juillet). - Prolégomènes de cet ukase, rédigés par l'empereur. - Dispo- 
sitions du nouveau règlement destiné à diminuer le nombre des instituteurs et 
es précepteurs Pénalité attachée aux infractions à ce règlement. -Son 

m p 1St ° Cratie 3U SUJ6t ^ rukaSe -~ EUe acc - e Ouwaroff e ui 
te hostile. -L empereur prend fait et cause pour son ministre. -Il veut que 
1 éducation nationale fasse des Russes et non des Français ou des Allemands - 
Plan de cette éducation formulé par Ouwaroff. . . Pa „ 3™" 408 



CHAPITRE CCVI. 



Mort du prince Kotchoubei, à Moscou (14 .juin). - Chagrin de l'empereur - 
E oge du prince Kotchouhei. - Ses obsèques à Saint-Pétersbourg (3 juillet)' - 
L empereur et le césarévitch y assistent. - Une boutade du comte Orloff -Le 
conseiller privé Novossiltsoff nommé président du Conseil de l'Empire - I e 
prince royal de Prusse et sa femme Elisabeth-Louise de Bavière viennent passer 
six semâmes à la cour de Russie. - Projet d'un voyage de l'empereur en Prusse 
- Intelligence politique delà Prusse et de la Russie. - Fête anniversaire de la 
naissance de l'empereur, à Péterhoff (7 juillet). - Parade où Nicolas prend le 
commandement des troupes. - Le prince royal défile devant l'impératrice à la 
tête du 1« régiment de grenadiers de l'empereur. - Lettre du prince royal au 
colonel de ce régiment (25 juin/7 juillet). - Réunions intimes et fêtes de famille à 
la cour.- Revues dans les plaines de Krasnoé-Sélo.- L'empereur écrivant au roi 
de Prusse pour 1 inviter avec tous ses enfants à l'inauguration de la colonne 
Alexandnne.- Réponse du roi Guillaume pour s'excuser (20 juillet). - Le prince 
royal et sa femme s'embarquent à Cronstadt (13 août).- La famille impériale 
1 accompagne en mer. - Incendie de la ville de Toula (H juillet). - Dix mille 
habitants sans ressources. - L'empereur envoie aux incendiés son aide de camp 
général Khrapovitsky. _ Comité spécial de secours organisé par les autorités 
locales. - Le Gouvernement rouvre les ateliers de la fabrique impériale d'armes 
- Orages et sécheresses. - La foudre tombe sur la citadelle, à Saint-Pétersbour- 
[U .juillet) . - Le laboratoire d'artillerie est en feu. - Courage des officiers et 
soldats. - Entêtement héroïque d'un soldat nommé Kouliabine. - L'empereur le 
récompense. - Religion de la consigne militaire.- Incendie de la ville de Kre- 
mentchoug (23 juillet). - Incendie d'Elisahethgrad (28 juillet). - Fatalisme de 
empereur.- Continuation de la disette. - Nouveaux embarras du Trésor - 
Emission temporaire de billets du Trésor. - Mauvais résultat de cet expédient 
financier. - Immenses achats de grains à l'étranger par l'Etat. - Rescrits de 
remerciments aux fonctionnaires qui avaient porté remède aux souffrances de, 
populations affamées. - Rescrit au général comte de Witt, qui avait dirigé l'a- 
limentation des colonies militaires de Kherson (7/19 juillet). -Encouragements 
accordés à l'agriculture. - Concessions de terrain aux étrangers cultivateurs 
ukase du 30 mai/12 juin 1834). - Nouveau système de recrutement dans Wnt'é- 

''" l'agriculture (ukase du l- lu août) .- Remise du recrutement arriéré i.u 

gouvernements éprouvés par h disette ukase sous l;, même .1,1, . i> a8 m à m 



— 525 



CHAPITRE CCVII. 

Préparatifs de l'inauguration de la colonne Alexandrine. — Commission' du 
monument présidé par le grand-chambellan comte Litta. - Achèvement des tra- 
vaux par les soins de l'architecte Ricard de Montfcrrand. — Changement au 
projet primitif du monument.- La statue d'Alexandre remplacée par un ange 
crucifigère. — Construction des estrades sur la place du palais d'Hiver. — Per- 
sistance du mauvais temps. - Arrivée des curieux et des invités à Saint-Péters- 
bourg. — Le feld-maréchal prince de Wittgenstein, le général prince Hovansky, 
le baron de Pahlen, le comte Worontzoff, le général Levaschoii'. - Paskewitch 
apporte à l'empereur le jugement définitif de la Commission extraordinaire de 
justice. — Ordre du jour de l'empereur relatif à l'envoi d'une députation do trou- 
pes prussiennes (G/18 août). — Ordre du jour du roi de Prusse adressé à son 
armée. — Arrivée de la députation des troupes prussiennes à Saint-Pétersbourg, 
sous le commandement du prince Guillaume. — Invitation de l'empereur au roi 
de Suède Charles- Jean. — Embarras du roi de Suède. — Il se fait représenter par 
le général comte de Lowenhielm, son ambassadeur près du roi des Français. — 
Sa lettre à l'empereur Nicolas (24 août). — L'empereur d'Autriche s'excuse d'as- 
sister à la cérémonie. — Sa réponse au prince Gortchakoff. — La Russie et 
l'Autriche agissent de concert à Constantinople avec prudence et fermeté. — 
L'Angleterre prête à se déclarer en faveur du roi d'Egypte. — Mahmoud décide 
à soutenir l'insurrection de Syrie contre Méhémet-Ali. — Il demande secrètement 
la coopération de la flotte et de l'armée russes. — M. de Boutenieff se rend à 
Saint-Pétersbourg pour recevoir ses instructions de la bouche de l'empereur. — 
Rescrit à M. de Boutenieff (8/17 juin 1834). — Sages représentations de l'ambas- 
sadeur de Russie au sultan. — Mahmoud garde la neutralité dans les affaires de 
Syrie. — Refroidissement des relations du gouvernement turc avec la Russie.— 
La Porte Ottomane sous la protection du drapeau russe. — Nicolas empêche le 
sultan de manquer à ses engagements avec le vice-roi d'Egypte, — Belle sentence 
de l'empereur sur la fidélité à la foi jurée Pag. 423 à, 432. 



CHAPITRE CCVIII. 



Fâcheux préludes de la cérémonie du 11 septembre. — L'empereur refuse d'a- 
journer l'inauguration. — Changement subit et imprévu dans l'état de l'atmo- 
sphère. — Achèvement des derniers préparatifs. — Lettre de Nicolas au prince 
Guillaume de Prusse, en lui envoyant l'ordre de Saint-Vladimir (30 aoùt/11 sep- 
tembre). — Cérémonie religieuse au monastère de Saint-Alexandre Newsky. — Les 
invités prennent place sur les estrades. — Les troupes viennent occuper les posi- 
tions assignées. — Arrivée de l'empereur et du césarévitch à la tète de leur état- 
major. — Cortège de l'impératrice. — Procession du clergé avec les saintes 
images et les bannières. — Te Deum. — Tout le monde s'agenouille, l'empereur 
donnant l'exemple. — Prières pour le repos de l'âme d'Alexandre 1". — Nicolas 
donne le signal. — Le voile écarlate qui couvrait la colonne tombe. — Marche du 
cortège impérial autour de la colonne. — Le soleil illumine le monument. — 

Défilé des troupes. — Médaille frappée en commémoration de la solennité. Le 

prince Pierre Wolkonsky commandant de la compagnie des grenadiers du palais. 



— 52(1 — 

- ^'empereur se met à la tète de cette compagnie pour assister au défilé - Émo 
ton générale. -Nicolas embrasse le prince Guillaume de Prusse -Grande 
illuminations.- Affluence des curieux pour admirer la colonne. - Loi sm 
pensions de retraite pour améliorer le sort des employés de l'ordre civil. - Ord 
du jour de l'empereur qu, confie la garde de la colonne aux grenadiers du nabis 
-Rescnt au prince Wolkonsky (30 août/11 septembre! iw J, , , 

Worontzoff (même date). - Re/crit au général SS 'mSZTl 
Nomination, à 'occasion de la solennité du 11 septembre. -Émotion produite 
en Europe par l'inauguration de la colonne Alexandrine. . . £g. £f à 4« 



CHAPITRE GCIX. 




L a France interprète mal l'inauguration de la colonne Alexandrine. - Suscep- 

é ab ;7 V r " re , 6S ° PéraUOnS C ' e laGom ^sion extraordinaire de justice 
tabhe à Varsovie par ukase du 13/25 février 1832. - Explication de la Sueur 
des arrête de celte commission. - La peine de mort et le séquestre de W 
pron onces contre deux cent quatre-vingt-dix émigrés.- Enuméatio, des cat 
1 Lnêrai T , ^ A * UB C ™ t0 ^ ki > Jc nonce Vincent NiemoïoWk 
iein s caÏtatr" 60 , ' "^ ^ * Btt " de cond ^^ion. - Variété de 
pei.es capitales. - L empereur apporte des modifications à l'arrêt définitif (ukase 

I rKVf^ 6 ' *"' rendU -» fo r^-nt aux dés s d S 
grand-duc Constante. - Commutation des peines. - Dissolution du tribunal 
criminel extraordinaire. - Dépôt des procédures aux archives. _ Cess on 
toutes poursuites. - Ukase qui règle la situation des Polonais absents ou 4 

même date . _ Ces deM ^ ^.^ ft ^ _ , tf 

; r révolutionnaire. - La Pologne cesse d'être responsable des actes de ZÎ 

£ emoir r •' " Ni t CdaS , Se dlSP ° Se * faire U " TO ^ e de leu, mois 1 

Mar 7-îoZL " ff 1Ce 0U al ' er à Ber ' in avec sa ,ille > la Krande-duche.se 
Maie. - Le c sarevitch reste à Saint-Pétersbourg avec ses frères et sœurs - 

Lettre de Nicolas au roi Guillaume pour lui rendre compte de l'inauguration de 

la colonne Alexandrine (6/18 septembre). - Départ de l'empereur (18 % e mbr 

S ) srf ce et ? - sa m,e - Arfivée de ««* a *<**&•% 

na se i' 7 , ' ? opulat1011 - ~ L'empereur se rend aux cathédrales. - Il 

co hers/r Ue t f 7 11SOn ' _l1 reÇ ° U ,eS «cations ^ marchands et de 
à dis cl ? r6) - ~ ^ ^ ' Klodi " skoé -P°le- - La police tient le peuple 
Tmn , 2 Î7 empereur ordonne de laisser tout le monde s'approcher de lui. _ 

emb f Sra,ld - maUre de P ° liCe - -Aud-nce aux fonctionnaires (21 sep. 

on e 7i ^ le , ,, qUanier Ser P° ukh0 «--- L'empereur s'y rend en pe - 
sonne - Visite aux établissements publics de bienfaisance (82 septembre). - 
N.colas ambassadeur de l'impératrice. _ Journée entière consacrée aux travaux 
du g ûuve rnement (88 septembre). - Il faudrait dix tètes pour le métier d'empe- 
hab na7t ! M"" mS{ T m]1UaireS (24 s °P tem bre). - Surprise ménagée aux 

cou 2 se, ,emh CM - "nf d ° n " é P3r '" ^^^ ° él ^ al ■*»*« Je Mos- 
cou (85 septembre). -Dîner de gala au palais (26 septembre). - Le comte de 
Ficquelmont, ambassadeur d'Autriche, y assiste. - Spectacle gratis I 

rbÏÏ'^'^dT 318 - S?**™ ^ ~ • - Vis'ite aux Jg£j£ 
tembre). - Conditions satisfaisantes de la santé publique. _ A minuit la cloche 



^.t^fffk^fr»^ , 



— 527 — 

d'alarme annonce un incendie au quartier de Yaousa. - L'empereur y accourt le 
premier. - Il accorde aux pompiers vingt minutes, montre en main, pour étein- 
dre le feu. — Le peuple reste spectateur immobile. - Le secours des prières. - 
Règlements de police qui défendent de venir en aide aux pompiers. 

Pag. 445 à 458 

CHAPITRE GCX. 



L'empereur visite l'hospice, des veuves et passe la soirée au théâtre (28 sep- 
tembre). — 11 part pour Orel avec le général Benkendorfif, - Les troupes du 
3= corps de cavalerie de réserve réunies sous la tente à Orel. - L'empereur à 
Kalouga (29 septembre).- Grandes réceptions.— L'empereur s'entretient avec les 
négociants. — Il se montre initié à tous les détails de l'industrie et du commerce. 

— 11 se félicite de la prospérité du commerce russe. — Création d'une caisse de 
secours pour alléger l'acquittement des redevances territoriales (ukase du 25 juil- 
let/6 août 1834). - Impôt sur les patentes. — Etat de répartition de l'impôt. — 
Bruits fâcheux répandus à l'étranger sur l'épuisement du Trésor russe. — Le 
ministre des finances Cancrine donne un démenti forme] à ces calomnies.— 
Nouvel emprunt souscrit par les grandes maisons de banque de la Hollande.— 
L'empereur visite les établissements publics de Kalouga. — La pension noble 
dirigé par le capitaine Ougnekowsky. — L'empereur inspecte la prison de la ville. 

— Il fait grâce à deux exilés chargés d'une nombreuse famille. - Illumination 
de Kalouga. — Arrivée de l'empereur à Orel dans la nuit du 1"' octobre. Te 
Deum à la cathédrale (2 octobre).— Revues et audiences. — Visite aux établisse- 
ments de bienfaisance. — On présente à l'empereur un jeune élève doué des plus 
heureuses dispositions pour le dessin. — L'empereur donne une somme à placer 
sur la tète de cet enfant. — Manoeuvres des dragons (4 octobre). — Nicolas entend 
la messe dans l'église de Notre-Dame des Sept- Douleurs (5 octobre). — Bal splen- 
dide offert par la noblesse du gouvernement. — Grands exercices militaires (6 et 
7 octobre).— Visite aux établissements publics s octobre). — biner des comman- 
dans du 3° corps. — Toast de l'empereur. — Il donne lecture d'une lettre du 
prince Gortchakoff sur les manœuvres du camp de Turas. — Départ pour Moscou 
dans la soirée. — L'empereur y arrive le 10 au matin. — Il y reste encore six 
jours. — Ses visites quotidiennes aux établissements d'éducation. — L'empereur 
et son ombre. — La police se cache pour faire son service. — Le général-major 
Tsinski remplit le rôle d'un de ses agents. — L'empereur met à jour l'arriéré des 
affaires du gouvernement. — Rapport du général Soukhozanet sur les examens de 
l'Académie militaire. — Rescrit que lui adresse l'empereur(29 septembre/Il octo- 
bre). — Compte rendu de la séance solennelle de l'Académie impériale des scien- 
ces. — Le tableau de Bruloff, représentant le Dernier jour de Pompéia, donné à 
l'Académie par Anatole Demidoff. — Affaire de Zoubchaninoff, condamné par 
erreur pour fraudes et malversations. — Réhabilitation de l'innocent. — Dédom- 
magement que lui accorde le tzar. — Il est nommé maître de police dans la ville 
de Penza où il avait été incarcéré. — L'empereur reçoit des nouvelles de l'impé- 
ratrice. — Le roi de Prusse, et la famille royale vont au-devant d'elle à Friedrich- 
felde (27 septembre). — L'impératrice lui remet la lettre de l'empereur. — Entrée 
de L'impératrice à Berlin. — Accueil qui lui est fait. — « Ils se souviennent de 
moi! » — Musique du Charme de la Rose blanche. — L'hymne national russe et 




— 828 — 

l'hymne national prussien. — Grande parade entre l'Arsenal et l'allée des Tilleuls 
(•28 septembre). — Le roi commande les troupes. - L'impératrice et sa fille au 
palais de la princesse de Liegnitz, épouse morganatique du roi. - Le vieux prince 
Auguste blessé en tombant de cheval. - L'impératrice se regarde comme étant 
la cause de cet accident. - Elle assiste à la représentation du Robert le Diable 
de Meyerbeer. - Intérêt touchant de cette représentation. - Elle rend visite à sa 
tante la princesse Louise de Radziwill (29 septembre). -Promenade à Potsdam 
(30 septembre).- L'impératrice évoque ses souvenirs d'enfance devant sa fille - 
Réception solennelle que le magistrat de la ville lui avait préparée. - Inaugu- 
ration du pont de Glienick.- Ingénieuse et délicate réflexion de la princesse 
Jane. - Affluence de princes et princesses à la cour de Prusse. - Les princes de 
Mecklembourg-Schwerin, les ducs Frédéric et Guillaume et leur sœur, la duchesse 
Louise, succèdent au prince et à la princesse d'Anhalt-Dessau. - Le prince et la 
princesse Frédéric des Pays-Bas avec leur fille. - Le prince d'Orange et safemme 
Anne Paulovna, regrettent d'être retenus à La Hâve p a o- 439 à 47" 



CHAPITRE CCXI. 



Nicolas part pour Yaroslaw (17 octobre). - Il s'arrête au monastère de Saint- 
Serge. - Sa conférence secrète avec le métropolitain Philarète, supérieur de ce 
monastère. - Il arrive dans la soirée à Yaroslaw. - Audience à la noblesse et 
au commerce (18 octobre). - Visite au monastère du Sauveur, avec l'archevêque 
Abraham. - Inspection des établissements militaires et charitables. - Bal ma- 
gnifique offert par la noblesse et le commerce. - Office divin du dimanche 
(19 octobre) et revue. - Visite aux fabriques de soieries. - L'empereur monte 
dans une barque pour traverser le Volga. -Il tient la barre du gouvernail - Il 
continue son voyage avec ses aides de camp Benkendorff et Adlerber"- - Il s'ar- 
rête au monastère de Saint-Ipaste. - Allocution de l'évèque Paul. -L'empereur 
visite les anciens appartements du tzar Michel Fœdorovitch. - Entrée à Kostroma 
dans la soirée. _ Réception des fonctionnaires, de la noblesse et du commerce 
(20 octobre). - Visite aux établissements publics de Kostroma. -Nicolas se fait 
présenter un enfant qui résout tous les problèmes d'arithmétique. - Exercices 
merveilleux de cet enfant sans éducation, nommé Ivan Pétroff. - L'empereur 
interroge. - L'enfant calcule combien il y a de secondes dans une année - 
L empereur, émerveillé de cette prodigieuse intelligence, donne une somme a 
placer sur la tète d'Ivan Pétroff'. _ Arrivée de Nicolas à Nijny-Novogorod (21 oc- 
tobre) - Il demande à voir la sépulture du célèbre Kosma Minine, qui chassa 
les Polonais de Moscou, en 1012. - Il se propose de faire élever un tombeau à Mi- 
nine et a son auxiliaire Dmitri Pojarski. - On lui apporte l'ancien étendard des 
habitants de N.jny-Novogorod. - Il presse sur son cœur cet étendard, qui a vu 
fuir le grand hetman polonais Chodkiewicz. - 11 descend dans les caveaux de la 
cathédrale pour voir les tombeaux des grands-princes russes. - II visite les éta- 
blissements publics et les monuments. - Inspection des troupes et visite aux ca- 
sernes (24 octobre). - Il monte sur une tour du Kremlin pour voir le panorama 
de la ville. - Il se remémore les agitations politiques qui précédèrent l'intronisa- 
tion de la famille Romanoff. - Il fait ses prières aux cathédrales de Saint-Michel 
Archange et de l'Assomption. - Bal donné par la noblesse de Nijny-Novogorod 
- L empereur part le lendemain pour Moscou. - Il s'arrête à Mourom où les 



"' ^^ç^ 



— Sâ9 — 

marchands lui dirent le pain et le sel. - Il traverse l'Okadaui une barque con- 
dnile par les lils des notables marchands. - Il entend un Te Ihum dans la cathé- 
drale de Mouron. - Il arrive dans la soirée a Vladimir. - Il travaille avec sou 
secrétaire Pozer. - Humeur gaie et causeuse de Nicolas. - H se repose dans une 
maison de poste. - Il fait chanter le Veni Creator par son médecin Euohin. _ 
Il lut raconte une histoire romanesque dans laquelle il se met en scène - I e ro 

•Mm de ('empereur, - Son séjour a Vladimir. - Visite aux établissements du 
bureau de curatelle générale. - il célèbre L'anniversaire de la naissance de son 
dernier fils Michel. _ La religion du eouvenir chez les Busses. - Les anuiver 
sairesde la famille impériale. - Nicolas fait ses dévotions a la cathédrale do l'As- 
somption. - Reliques des saints grands-princes russes conservées dans cette 
église. - L'empereur va voir la cathédrale de Saint-Dmitri, - Ce vovage de 
l'empereur prend le caractère d'un pèlerinage historique et religieux - Il part 
pour Moscou, et il y arrive le 86, pour le. service anniversaire de la mort de sa 
mère. - Quatre jours donnés à l'expédition des affaires du gouvernement - l a 
lâche do l'empereur. - Nicolas va au-devant de son lils (81 octobre); - Il le ra- 
mène à Moscou. - Enthousiasme du peuple. - Préoccupations de Benkendorff 
-L'empereur le rassure. - Le eésarévitcb, accompagné du prinse de I ieven vi- 
site les établissements publics. - « C'est noire tzar! „ - Bal offert an graud'dur 
héritier par la noblesse. - L'empereur reçoit la nouvelle de l'accouchement do la 
grande-duchesse Hélène. - Manifeste dans lequelil annunceascs peuples la nais- 
sance do la grande-duchesse Anne, née le 27 octobre. - Il part avec sou lils poul- 
ie baptême de cette princesse. - Sou arrivée à Tzarskoé-Sélo (5 novembre). 

Pag. 473 a 484. 

chapitre ccxii. 



Baptême de la grande-duchesse Anne au palais d'Hiver (8 novembre). - La 

grande-duchesse Olga remplace la marraine Anne Paulovna, princesse d'Orange. 

— L'empereur parrain. — Il présente reniant à la communion. - Il repart dans 
l'après-midi, avec le césarévitch, pour Berlin. - Ses aides de camp généraux 
Benkendorff, àdlerberg et Kaveline l'accompagnent. — Nouvelles qu'il reçoit de 
l'impératrice. — Grande réception de gala chez l'impératrice (21 octobre). — 
Voyage de l'impératrice à Wittemberg pour passer quelques jours avec .-a belle- 
sœur la grande duchesse de Saxe-Weymar, Marie Paulovna. - Réception solen- 
nelle qui l'attendait à Wittemberg. - Kilo retourne à Berlin pour assister à un 
déjeuner dansant chez le comte de Ribeaupierre, ambassadeur de liussie. — Dif- 
ficultés .lu voyage de l'empereur, à cause des premiers froids. — Sa calèche em- 
bourbée en Courlande et en Samogitie. - Il projette de surprendre l'impératrice. 

— Il entre incognito à Berlin dans la soirée du 13 novembre. — Il est reconnu' 
par les soldats et par le peuple. — Son arrivée inattendue chez l'impératrice. — 
Fête de famille, à laquelle s'associent tous les habitants. — Apparition de l'empe- 
reur au théâtre. — L'empereur parcourt les rues, en frac et sans suite (14 no- 
vembre). — Tout le monde le reconnaît. — Il s'en étonne et s'en impatiente. - 
L'impératrice le supplie de ne pas sortir seul. - Elle craint les réfugiés polonais. 

— Nicolas compte bien se promener seul à Varsovie. — Chacun doit se soumettre 
aux inconvénients de sa position. — L'empereur rend visite aux princes et prin- 
cesses qui se trouvent à la cour de Prusse. - Il parcourt, avec l'impératrice et 
6a fille Marie, l'exposition des tableaux (15 novembre). — Leurs Majestés vont a 



VI 



34- 






— 530 — 

un bal de souscription dans la salle du théâtre. - Célébration de l'office gréco- 
russe dans la chapelle du château (16 novembre). - Le roi Guillaume y assiste 
- L empereur se fait présenter par l'ambassadeur les sujets russes envoyés aux 
trais du gouvernement pour suivre les cours de l'université de Berlin - Exhor- 
tations paternelles du tzar. - Grand dîner dans la galerie de tableaux du châ- 
teau. - Les familles royale et impériale assistent ensemble à la représentation 
a un ballet. - Promenade de l'empereur au parc (17 novembre). - Il est témoin 
des manœuvres de deux régiments de la garde. - La foule le suit, en l'acclamant 
jusqu aux portes de la ville. - Dîner chez le prince Albert de Prusse. - Repré- 
sentation d'une tragédie allemande, et concert du violoniste Lafont. - L'empe- 
îeur se promené incognito avec le césarévilch (18 novembre). — 11 est encore re- 
connu et acclamé. - Ses gardes du corps. - Aspect de Berlin pendant le séjour 
cia 1 empereur. - Le prince d'Orange et son fils Alexandre arrivent de La Haye. 

Cour plénicre des princes et des princesses d'Allemagne. - L'empereur et 
1 impératrice visitent le musée royal (19 novembre). _ Dîner chez l'impératrice 

boirée a l'Opéra. - La famille impériale célèbre la fête du grand-duc Michel 
-0 novembre). - Exercices militaires à la porte de Brandebourg. - Dîner chez 
le prince royal, et bal à l'ambassade de Russie. - Journée à Potsdam et soirée 
de spectacle à Berlin (21 novembre). - Le roi conduit l'empereur à la parade de 
la garnison (2-2 novembre). - Nicolas, chef du 6' régiment de cuirassiers, se met 
a la tête de ce régiment pour le défilé devant le roi. - Le césarévitch défile 
aussi à la tête du 5° régiment de lanciers, dont il était chef. - Le prince Ester- 
hazy apporte à Nicolas une lettre autographe de l'empereur d'Autriche. - Nico- 
las s engage à rendre visite à l'empereur François, au mois de septembre 1835 - 
Dîner chez le prince Auguste (23 novembre), soirée à l'opéra, souper chez le 
prince Albert. - L'empereur fait manœuvrer lui-même son régiment de cuiras- 
siers, et le césarévitch son régiment de lanciers (24 novembre). - Dîner d'adieu 
et souper chez le roi. - Départ de l'empereur, dans la nuit. - Il renvoie les es- 
cortes échelonnées sur sa route. - Il trouve le maréchal Paskewitch à la fron- 
tière de Pologne. - Il refuse les honneurs qu'on veut lui rendre et renvoie les 
troupes. - Il traverse la Pologne incognito. - 11 ne veut pas d'autre escorte que 
celle de ses sujets. - Passage à Lowicz dans la nuit du 26 novembre. - Il visite 
le champ de bataille de Wola. - Paskewitch lui décrit la bataille du 6 sep- 
tembre 1831. - Le devoir du souverain. - L'émigration polonaise, cancer de la 
Pologne. - L'empereur entre à Varsovie sans escorte. - 11 est acclamé avec 
transport. - Il se rend à la citadelle. - Il passe en revue la garnison au champ 
de Mars. - Il rend visite à la princesse Paskewitch. - Réception des autorités 
russes au palais du Belvédère. - Pas de discours prononcé. - Il visite les tra- 
vaux de Modlin. — Il promet de revenir l'année suivante pour fermer l'abîme 
des révolutions. - Son départ de Modlin. - Il rejoint l'impératrice et la grande- 
duchesse Marie. - Voyage pénible et dangereux. - L'impératrice ne craint rien 
quand l'empereur est avec elle. - Ses inquiétudes pour son fils Alexandre. - Le 
césarévitch était arrivé deux jours avant elle, sans accident. - L'empereur et l'im- 
pératrice de retour à Saint-Pétersbourg (8 décembre). - Nicolas au milieu de ses 
enfants. - La grande-duchesse Olga répète un mot charmant de Gille, sous-pré- 
cepteur du césarévitch Pa?# 4g5 à 49c _ 

FIN DE LA TABLE DU SIXIÈME VOLUME. 



Paris. — Typ. de Ch. Meyrueis, rue Cujas, 13. — 1869. 




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